Un championnat du Monde, c’est l’occasion de voir les poids lourds s’affronter, mais aussi de découvrir de nouveaux joueurs et de nouvelles équipes. Il y a quatre ans, nous avions ainsi pu découvrir — ou redécouvrir — les artilleurs porto-ricains Arroyo-Ayuso, l’intenable ailier libanais Fadi El Khatib, le remuant intérieur angolais Joaquim Gomes ou encore le polyvalent Ime Udoka. L’Afrique y avait également réalisé de belles performances mais cette fois-ci les représentants seront différents, l’Angola mis à part. Découvrons les participants africains, avec un témoin privilégié, l’international ivoirien Issife Soumahoro.
Historique du continent
En 2006, l’Angola et le Nigeria avaient franchi le premier tour, et le Sénégal avait perdu tous ses matchs, sans être ridicule contre l’Italie ou Porto-Rico. En 2010, l’Angola est toujours là, avec deux titres de champion d’Afrique supplémentaires et une campagne olympique, soldée par cinq défaites.
La Côte d’Ivoire, finaliste malheureuse du dernier AfroBasket, participera à sa troisième compétition mondiale, après 1982 et 1986 et la génération Marcus Dagana. Ces participations faisaient suite aux titres africains de 1981 et 1985. Depuis la retraite de Dagana, les ivoiriens n’ont plus vu les demi-finales africaines jusqu’en 2009.
Pour la Tunisie, ce championnat du monde sera une grande première. Jamais championne d’Afrique, la sélection d’Adel Tlatli n’était plus montée sur le podium continentale depuis 1974.
Depuis 1950 et la participation de l’Egypte, sept nations africaines ont participé au Mondial. L’Angola est évidemment la plus régulière avec 6 participations et il est compliqué de trouver une seconde force régulière. L’Egypte a participé cinq fois mais ne s’est plus qualifiée depuis 1994, la Côte d’Ivoire et le Sénégal se sont qualifiés trois fois, le Nigeria deux fois, et l’Algérie et la République centrafricaine une fois.
Issife Soumahoro : C’est vrai qu’il n’y a pas de hiérarchie fixe mais il y a des équipes dont beaucoup de joueurs refusent de venir par choix comme pour l’équipe du Nigéria avec Andre Iguodala. C’est ce qu’on essaye — ou plutôt notre manager — de bâtir avec l’équipe de Côte d’Ivoire, qu’on soit une équipe dominante sur une longue durée et que la domination angolaise prenne fin.
Côte d’Ivoire : bonne surprise ?
Avec quelques joueurs habitués du championnat de France, comme Pape-Philippe Amagou, Mouloukou Diabate ou Mohamed Kone, la Côte d’Ivoire a quelques similitudes avec le Sénégal ’06. Membre de l’équipe ivoirienne en 2009 et présent au camp en 2010, Issife Soumahoro, qui évolue également en France, à Strasbourg, nous décrit quelques axes clés du travail de Randoald Dessarzin (ex-Dijon).
Issife Soumahoro : Le coach insiste beaucoup sur l’intensité défensive. Il faut qu’on soit tout le temps sous pression. On ne doit pas se reposer en défense ni en attaque, il faut qu’on joue juste que ce soit sur jeu placé ou en transition avec beaucoup d’espace entre les joueurs.
Il précise également que cette équipe de Côte d’Ivoire n’a rien à voir avec la caricature du basket africain, faite de joueurs athlétiques et physiques, mais dépourvus de fondamentaux.
Issife Soumahoro : Je pense que cette année tout le monde est capable de shooter et de le mettre, du poste 1 au poste 5. Chaque joueur est une menace à 3-points même nos poste 5.
Le groupe ivoirien s’appuiera également sur l’expérience acquise à l’Afrobasket 2009 et par les joueurs formés en France. Par rapport à l’an passé, Brice Assie, Guy Landry et Herve Lamizana, des joueurs formés aux Etats-Unis, ont rejoint le groupe. Ces expériences accumulées sont évidemment profitables à l’équipe nationale et la tirent vers le haut.
Issife Soumahoro : Cela permet d’élever le niveau comme Philippe Amagou qui a un grand palmarès qui se traduit par une bonne connaissance du jeu. Comme il y a des joueurs de différents horizons, on doit s’adapter, mais tous les conseils sont les bienvenus pour que l’on progresse tous ensemble.
Présente dans le groupe C, la Côte d’Ivoire bataillera avec la Chine, la Grèce, la Russie, Porto-Rico et la Turquie pour se qualifier. En tant que numéro 2 du continent, les ivoiriens ont une responsabilité et sont finalement dans un groupe assez ouvert. La Chine ne réalise pas une grande préparation, Porto-Rico vient de perdre Larry Ayuso et Christian Dalmau qui ont décidé de claquer la porte, et la Russie est capable du meilleur (championne d’Europe 2007) comme du pire (1-4 aux JO suivants).
Issife Soumahoro : Notre ambition, c’est de passer le premier tour. Depuis le match amical contre l’Espagne, qu’on dominait au troisième quart temps, avant de perdre de 15 points, on se dit qu’avec du travail on peut créer la surprise en Turquie. Et ça, dès le match d’ouverture contre la Turquie. L’adversaire le plus prenable sera la Chine.
Interrogé sur le site de la FIBA Afrique, son partenaire Ismael N’Diaye va dans le même sens.
Ismael N’Diaye : Concrètement nous représenterons notre pays avec beaucoup de cœur et dignité, je peux vous promettre que nous laisserons tout ce que nous avons en nous en Turquie. Le peuple ivoirien peut vraiment compter sur nous et nous produirons de très grandes surprises.
Angola, le poids lourd
Poids lourd du basket africain depuis les années 80, et champion d’Afrique 10 fois sur 11 depuis 1989, l’Angola est le géant du basket africain. Jean-Jaques da Conceiçao avait popularisé le basket dans ce pays et la passion n’est jamais retombée. Présent au second tour en 2002 puis 2006, l’Angola est une nation crainte dans le basket Mondial.
Dépourvu de joueurs dépassant les 2.10m, l’Angola propose un basket basé sur la vitesse, la vivacité et de gros shooteurs. Au Mondial 2006, l’Angola tournait à 85.5 points par match, 48.2% au tir et 36.9% à 3-points. Olimpio Cipriano, Eduardo Mingas, Carlos Almeida, Carlos Morais et Joaquim Gomes étaient déjà présents en 2006 et sont désormais des trentenaires expérimentés.
L’originalité de cette formation réside en la force de son championnat. La majorité des joueurs viennent de deux clubs locaux, Primero De Agosto et Petro Luanda. Certains joueurs avaient tenté leur chance en Europe, comme Joaquim Gomes (en Allemagne et aux Pays-Bas), mais aujourd’hui, les joueurs majeurs évoluent tous au pays. Une force, selon Issife Soumahoro.
Issife Soumahoro : On voit rarement des joueurs angolais joués a l’étranger. En général tous les joueurs angolais jouent dans leur championnat et en Angola c’est le sport numéro un. Ainsi, il y a beaucoup d’investissement financier matériel et sportif. Je pense que ce sont leurs atouts principaux.
L’Angola n’est pas tombé dans un groupe facile, avec la Serbie, l’Argentine et l’Australie. Ils retrouveront également l’Allemagne, poussée en 2006 à 3 prolongations. Dirk Nowitzki avait été sensationnel lors de ce match… mais il sera absent. La quatrième place pourrait donc se jouer entre ces deux équipes. La méconnue Jordanie apparait un bon ton en dessous. En tout cas, l’Angola est la meilleure force africaine pour cette compétition.
Issife Soumahoro : Je pense que l’Angola pourra passer au second tour. Maintenant à nous d’y arriver aussi et de prouver au monde que l’Afrique possède des équipes qui peuvent se mesurer aux meilleures mondiales.
Tunisie, toute première fois.
Petit poucet du groupe B, la Tunisie a confié son destin en 2004 à Adel Tlatli et n’a cessé de progresser depuis. Battue par l’Angola en demi-finale de l’Afrobasket 2009, elle est allée chercher sa qualification en venant à bout du Cameroun (83-68), finaliste de la compétition deux ans plus tôt.
La Tunisie, comme l’Angola, s’appuie en majorité sur le vivier local. Des 16 joueurs présélectionnés, quatre, seulement évoluent à l’étranger. Radhouane Slimane joue aux Emirats Arabes Unis, Marouan Kechrid au Maroc, Atef Maoua en division inférieure espagnole et Ziyed Chennoufi en Allemagne. Tous les autres, dont le géant Salah Mejri (2.16m) disputent le championnat tunisien.
A Istanbul, le représentant du Maghreb croisera les USA, le Brésil, la Croatie, la Slovénie et l’Iran. Gagner un match serait déjà un bel exploit. Même l’Iran, et son pivot NBA Hamed Haddadi, apparait au-dessus. Et ce n’est pas le match joué à Pau face à la France qui va rassurer sur le niveau global de cette équipe. Néanmoins, la Tunisie aura la chance de jouer les USA.
Issife Soumahoro : Bien sûr qu’on avait tous envie de se mesurer aux Américains mais bon, c’est le tirage au sort et la Tunisie a été tiré donc bonne chance à eux !

Excellente initiative cet article. Le basket africain est trop méconnu. Je pense que l’Angola peut atteindre le second tour, l’Allemagne n’est plus un gros danger, et la Cote d’ivoire peut faire la surprise. La Tunisie aura un role de punching ball comme la Jordanie ou le Liban, mais il en faut aussi.
Question sur Iguodala, il a refusé le Nigéria ? Il me semble qu’il est né aux USA ?
Iguodala a un père du Nigeria mais n’a jamais répondu positivement aux appels du pied de ce pays. Il est bien natif des USA et a fait partie de l’USA Select Team. Il avait donc de bonnes chances d’intégrer l’équipe nationale US, chose faite cet été.
Merci pour les précisions.
Je trouve les propos de Soumahoro plutôt sensés. Il ne prêche pas que pour sa paroisse et c’est une bonne chose. La Cote d’Ivoire a un bon potentiel et on en sait un peu plus sur leur style de jeu. J’espère qu’ils passeront le premier tour, ce serait une bonne chose pour la reconnaissance du basket africain.