Nous vous proposons un nouveau portrait d’un des plus grands joueur ayant foulé les parquets de l’Euroleague ces dernières années. Alphonso Ford, 1.92m, SG de poche à l’explosivité monstrueuse et probablement le meilleur scoreur pur qu’ait connu l’Euroleague depuis Nikos Gallis. Une étoile qui nous a toutefois quitté en 2004, emporté à 32 ans par une leucémie qui le poursuivait depuis 1997…
Naissance d’un scoreur hors-norme
Greenwood, petite ville de 20 000 âmes plantées au beau milieu de l’état du Mississippi, surnommée la Capitale mondiale du Coton et point de naissance de la Yazoo River. C’est là qu’Alphonso Ford a vu le jour le 31 octobre 1971. Il devient rapidement une star locale, s’imposant durant son passage à l’Amanda Elzy High School comme un des lycéens les plus doués de son état. Le SG de poche (1.92m seulement) rejoint alors l’Université de Mississippi Valley, université de Division 1 faisant partie de la SouthWestern Athletic Conference (SWAC).
Sous son impulsion, Mississippi State réalisera en 1992 le doublé « saison régulière-tournoi de conférence ». Mieux, Alphonso Ford rentrera dans l’histoire en devenant le 4ème meilleur scoreur de l’histoire de la NCAA Division 1. Ses 3 165 points scorés sous le maillot des Delta Devils ne sont battus que par les performances de Pete Maravich, Freeman Williams et Lionel Simmons. Il dominera le scoring NCAA dès sa saison freshman, tournant à 29.9 ppg en 1988-89. En tant que sophomore, il carburera à 32.5 ppg, battu par le seul Bo Kimble au classement des scoreurs. Avec 29 ppg en moyenne sur ses quatre saisons universitaires, Alphonso Ford s’est fait une petite place parmi les grands scoreurs de l’histoire de la NCAA.
Un saut laborieux dans le basket pro
Les débuts dans le monde des pros sont plutôt laborieux pour lui. Drafté par les les Sixers en 32ème position, il ne portera jamais la vareuse des Sixers qui le coupent juste avant le début de la saison. Ford prend la direction de la CBA, une ligue mineure. Il signe au Tri-City Chinook (dans l’état du Washington) et s’impose comme une des valeurs sûres de la CBA. Rookie de l’année avec ses 24.8 ppg, il est également repris dans la All-League CBA Team et participe au All-Star Game de la league.
Des débuts prometteurs qui attirent l’œil des scouts NBA. Les Seattle Sonics le signent au mois de mars pour un contrat de 10 jours, qui sera par la suite prolongé de 10 jours supplémentaires. 20 jours en NBA, l’occasion de prendre part à 6 rencontres pour Ford. Il tourne à 2,7 ppg (à 53% à 2 points et 1/1 à 3 pts). Pas mal pour le temps de jeu négligeable, moins de 2 minutes par match, passé sur le parquet. Les Sonics le laissent après son deuxième contrat de 10 jours. Ford est sans club à la fin de la saison 1993-94.
C’est alors les Clippers qui vont lui donner une chance lors de l’été 1994. Mais comme les Sixers un an plus tôt, les Clippers le coupent juste avant l’entame de la saison. Et comme un an plus tôt, Ford reprend le chemin de la CBA et des Tri-City Chinook. Il fait une nouvelle saison convaincante dans la ligue mineure: 24 ppg et sélectionné pour le ASG. Et comme un an plus tôt, une nouvelle équipe NBA vient aux nouvelles. Les Sixers cette fois-ci le contactent, Ford y signe pour 10 jours — contrat qui sera prolongé de 10 jours par la suite. Il joue 5 rencontres et obtient sa chance, jouant 20 minutes par match (avec une pointe à 38 face aux Bulls le 01/04/95). Mais le scoreur qu’est Ford passe à côté de son sujet, ne rentrant que 3.8 ppg sous les 25% de réussite. Il compense quelque peu avec ses 4 rpg et 2 apg, mais sera finalement coupé à 5 jours de la fin de la saison… Dur dur les débuts en tant que pro…
Alphonso Ford donne alors une nouvelle direction à sa carrière : fini la CBA et les piges en NBA, Il traverse l’Atlantique pour se faire une place en Europe. Il rejoint le petit club de Huesca en Liga ACB. A défaut de conduire le club vers le succès (Huesca sera relégué à la fin de la saison), Ford se fait un petit nom en Europe. Jouant l’ensemble des 38 matchs de la saison, il s’impose comme une véritable scoring machine, tournant à 25 ppg (36% à 3 pts, 61% à 2 pts, 77% aux LF) et claquant régulièrement plus de 30 points, avec comme top-perfs une pointe à 41 points, face à la Joventut lors de la cinquième journée.
Les sirènes du championnat grec (à l’époque au top, avec le PAOK, le Pana, l’Oly et l’Aris étaient au sommet de l’Europe) résonne alors aux oreilles d’Alphonso Ford. Il rejoint le BC Papagou, petit club de la banlieue athénienne. Emmené par le tandem Ford-Georgios Diamantopoulos, le club atteindra la septième place du championnat, gagnant par la même occasion un ticket pour la Coupe Korac. Alphonso Ford devient un acteur central du championnat, meilleur scoreur du championnat grec avec une moyenne de 24.6 ppg.
Ce qui ne tue pas rend plus fort
S’imposant comme un des meilleurs joueurs offensifs du vieux continent, Alphonso Ford est frappé par la fatalité. A l’aube de la saison 1997-98, une leucémie — aussi connu comme le cancer du sang – est diagnostiquée chez lui. Il rompt son contrat avec Papagou et prend une année sabbatique pour se soigner…
Il revient lors de l’été 1998 dans le championnat de Grèce, au Sporting Athènes, l’un des clubs historiques du championnat grec. En lutte pour le maintien, le club parvient à décrocher une 11ème place finale, en grande partie grâce à un Alphonso égal à lui-même qui reprend son titre de meilleur scoreur de la ligue grecque (22.3 ppg). Peristeri, étoile montante du basket grec à la fin des années 90, flaire le bon coup et attire Alphonso Ford dans le club. La progression linéaire de l’ambition de Ford apparaît : habitué aux clubs sans envergure ni prétention, il se retrouve au Peristeri dans une configuration différente. Le club cherche à grandir et Ford, malgré la maladie, résonne comme la clé des succès à venir au club. Ford est aussi pour la première fois encadré de joueurs aux dents longues, à l’image de Michalis Pelekanos et Kostas Tsartsaris.
Il confirme son titre de meilleur scoreur en 2000 et 2001, scorant en moyenne respectivement 22.2 et 23.7 ppg. Pour la première fois de sa carrière, les perfs individuelles de Ford sont ponctuées par les succès collectifs. Lors de la saison 1999-2000, Peristeri termine 5ème du championnat et atteint les 16èmes de finale de la Coupe Korac. Et pour ses premiers sur la scène européenne, Ford se montre à la hauteur de son talent. Jouant 37 minutes par match et tournant à une moyenne de 20.7 ppg (57% à 2 pts, 3/14 à 3 pts), 4 rpg et 3.8 apg, il se révèle aux yeux de l’Europe. Il se permet même des points à 37 points (face aux Bosniaques de Brontjo) et 34 points (face aux Grecs du Near East). Cette saison 1999-00 permet aussi à Ford de confirmer son titre de Roi des scoreurs en Grèce.
La cinquième place décrochée dans le championnat national permet au Peristeri et à Alphonso Ford de découvrir l’Euroleague et à l’Euroleague de découvrir aussi Alphonso Ford. Et quelle rencontre… Face à l’Estudiantes, pour son premier match dans la compétition majeure du basket européen, Ford claque 35 points. La saison sera une réussite pour lui: en Euroleague, il cumulera une moyenne de 26 ppg (avec une meilleure performance à 41 points, face au TAU Ceramica en Top 16), jouant en moyenne 35 minutes par match. Il terminera meilleur scoreur de la compétition et se retrouve nommé dans la All-Euroleague Team.
Sur la scène nationale, Ford continue de régner sur le classement des meilleurs marqueurs. Il est en prime couronné MVP du championnat, alors que Peristeri livrait la plus belle saison de son histoire en terminant 3ème du championnat.
Ford ayant prouvé toute l’étendue de son talent, l’Olympiacos vient le « voler » au Peristeri lors de l’été 2001. Il y signe pour une saison et 1 million de dollar. Sa mission chez les « Reds »: ramener un titre à la maison, le club n’ayant rien remporté depuis plus de 4 ans. La mission sera réussie : le club remporte la Coupe de Grèce, en grande partie grâce aux exploits de Ford. En demi-finale, il claque 20 points et 7 assists aux rivaux du Pana. Et en finale, ce sera 24 points et 10 rebonds qu’il cumulera dans la victoire face au Maroussi. En Euroleague par contre, la saison est plus laborieuse. Ford confirme son talent de scoreur, renouvelant son titre acquis la saison passée avec 24.8 ppg. Mais le club rate la qualification pour le F4 d’un poil, la faute à une défaite après prolongation face à l’Union Olimpija de Beno Udrih. En ligue grecque, Ford fait une razzia sur les titres individuelles : meilleur scoreur et MVP de la coupe de Grèce. Le club échouera dans la conquête du titre nationale. Lors des finales face à l’AEK, Ford se blesse et est absent des derniers matchs. L’Olympiacos menait alors 2-1, mais le club privé de sa superstar craquera et laissera les rivaux d’Athènes empocher le titre…
La fin de carrière en Italie
Lors de l’intersaison 2002, les clubs grecs doivent opérer de larges coupes budgétaires pour rénover leurs salles en vue des JO de 2004. Du coup, l’Olympiacos apparait dans l’impossibilité de garder Alphonso Ford. Fort de ses succès en Grèce, Ford met le cap en Italie, à la Montepaschi Sienne. Dans un roster où les forces offesnives sont innombrables (Stefanov, Turckman, Kakiouzis, Vuckevic), le rôle de Ford change quelque peu. Scoring machine attitrée par le passé, Ford doit désormais se contenter d’un peu moins de ballon. Du coup, sa moyenne au scoring chute quelque peu.
En Euroleague 2002-03, Ford est « limité » à 17 ppg. Sienne se qualifie pour la première fois pour le F4 de l’Euroleague. Mais le club tombera d’entrée de jeu, face au Benetton Trévise. Ford, dominé par Tyus Edney, a livré ce soir là une de ses plus mauvaises rencontres, compilant 15 points mais à 5/19. Le club décrochera toutefois la troisième place en venant à bout du CSKA Moscou. Individuellement, Ford est primé et se retrouve de nouveau dans la All-Euroleague Team…
A la fin de la saison, Ford quitte Sienne pour le Scavolini Pesaro. Il livrera une superbe saison, cumulant 22.2 points par match. Pesaro atteindra la finale de la Coupe d’Italie et la quatrième place, synonyme de ticket pour l’Euroleague 2004-05. Une compétition que ne disputera jamais Alphonso Ford. Le 26 août 2004, Alphonso Ford adresse une lettre aux fans du Scavolini Pesaro:
Chers amis,
Je suis désolé de vous annoncer que je ne serais pas en mesure de disputer la saison 2004-2005 avec la Scavolini Pesaro.
Ma condition physique n’est plus suffisamment bonne pour un athlète professionnel. Je suis reconnaissant envers vous tous, les entraîneurs, les staffs, les joueurs, les supporters, les dirigeants et les arbitres qui, ces dernières années, m’ont donné l’opportunité de jouer le sport que j’aime le plus. Concernant la Scavolini, je voudrais remercier chaque personne de l’organisation, mes coéquipiers, mes entraîneurs, et aussi nos fantastiques supporters.
Je voudrais que chacun de vous garde la foi. Soyez forts et battez vous. Mon cœur sera toujours avec vous.
Avec mes respects.
Alphonso Ford
La leucémie, qu’il a combattu depuis 1998, a repris vigueur. Il décédera quelques semaines le 4 septembre à Memphis, laissant sa femme Paula et leurs 3 enfants Quekenshia Aljernea, Karlderek et Alphonso Jr.
Un héritage énorme
En moins de dix ans en Europe, Alphonso Ford s’est bâti une véritable légende. Scoreur hors-norme, il est considéré par certains comme le meilleur scoreur de la dernière décennie en Euroleague. En guise d’hommage, l’Uleb a décidé lors de la saison 2004-05 de nommer le trophée remis au meilleur marqueur de la compétition le « Alphonso Ford Trophy ». Bel hommage pour un joueur talentueux, mais qui a connu pas mal de moments difficiles…
Gianfranco Bina, journaliste sportif italien, a d’ailleurs rendu un superbe hommage à Alphonso Ford sur le site officiel du joueur.
Je l’ai vu pour la première fois un soir de novembre 2000. Persiteri-Paf Bologne en Euroleague. Jusqu’alors, il était pour moi un nom et une réputation: excellent joueur, grand scoreur. Une telle réputation accompagne beaucoup d’autres, mais il n’était rien de cela. Alphonso Ford était un artiste, un poète du basket, mélange de force athlétique et de grâce. Je suis retourné naturellement à Peristeri, attiré par Ford. J’étais de nouveau amoureux du basket! Je me souviens de sa sérénité et de sa joie quand il rigolait avec Savrasenko quelques heures avant une demi-finale de championnat au cours de laquelle il allait inscrire 43 points. Je me rappelle aussi de son étonnement et de sa gentillesse pour les enfants qui allaient prendre quelques shoots durant les temps-morts. Son fils jouait souvent avec les arbitres de l’Euroleague. Je me souviens de sa rage après un dunk raté dans les dernières minutes d’un match face au Panionios. Même quand il protestait contre les arbitres, il était amusant, se frappant les doigts avant de murmurer « bullshit! bullshit! ».
Alphonso Ford était tout ça: un basketteur de génie doublée d’un homme au grand cœur. Malgré la maladie qui l’a poursuivi tout au long de sa carrière, Ford s’est imposé comme un modèle dans le jeu offensif. Véritable tueur, il a su attirer le respect de tous : entraineurs, coachs, arbitres, supporters — même les supporters du Pana l’ont applaudi quand il portait le maillot de l’Olympiacos. Rappelons le, en guise d’hommage, l’Euroleague a décidé de renommer le titre de meilleur marqueur de la saison. Depuis 2005, ce trophée porte le nom d’Alphonso Ford Trophy, afin que la légende qu’il est devenu persiste et ne tombe pas dans l’oubli…
Sa fiche
- Né le 31 octobre 1971 à Greenwood, Mississippi (USA).
- Poste : SG.
- Taille : 1.93m.
- Poids : 86 kg.
- Université : Mississppi State Valley University.
Clubs successifs:
- CBA: Tri-City Chinook (1993–94)
- NBA: Seattle SuperSonics (1993–94)
- CBA: Tri-City Chinook (1994–95)
- NBA: Philadelphia Sixers (1994–95)
- ACB: SD Huesca (1995–96)
- A1: Papagou Athènes (1996–98)
- A1: Sporting Athènes (1998–99)
- A1: Peristeri (1999–01)
- A1: Olympiacos (2001–02)
- LBA: Mens Sana Siena (2002–03)
- LBA: Scavolini Pesaro (2003–04)
Palmarès
En club
- Coupe de Grèce 2002 (Olympiacos).
Titres individuels
- 4ème meilleur scoreur de l’histoire de la NCAA Division 1 avec 3165 points (derrière Pete Maravich, Freeman Williams et Lionnel Simmons).
- Deux participations au All-Star Game CBA en 1994 et 1995.
- Quatre fois meilleur scoreur de la ligue grecque (1996-97 avec 24.6 ppg, 1998-99 avec 22.3 ppg, 1999-00 avec 22.2 ppg, 2000-01 avec 23.7 ppg).
- MVP de la ligue grecque (2000-01).
- MVP de la Coupe de Grèce (2001-02)
- Trois participations au All-Star Game grec (1996, 2000, 2002).
- Deux fois meilleur scoreur de l’Euroleague (2000-01 avec 26.0 ppg, 2001-02 avec 24.8 ppg).
- Deux fois nommé dans la All-Euroleague First Team (2001, 2003).
- Une fois nommé dans la All-Euroleague Second Team (2002).
Stats de carrière en Euroleague
- Matchs: 54 (dont 45 dans le starting lineup) sur 3 saisons, aucun match non-disputé .
- Points: 1200 (22.2 ppg).
- Rebonds: 211 (3.9 rpg).
- Assists: 146 (2.7 apg).





Merci pour cette bio d’un joueur trop méconnu.
Très bel hommage, très bien rédigé, mes felications Max, si t’étais aussi doué en FL, ca serait une bonne chose pour toi !