Mark Eaton

En ce 24 janvier, célébrons l’anniversaire de Mark Eaton, gentil géant à la présence défensive redoutable. Malgré ses 2.24m, il a mis du temps à intégrer la NBA. Comme d’autres,...

En ce 24 janvier, célébrons l’anniversaire de Mark Eaton, gentil géant à la présence défensive redoutable. Malgré ses 2.24m, il a mis du temps à intégrer la NBA. Comme d’autres, il doit sa carrière à un heureux concours de circonstance et la bonne rencontre au bon moment.

A quoi tient une carrière? Une rencontre, un coach, un gabarit, des détails peuvent parfois changer un destin. Celui de Mark Eaton a été bouleversé dans le garage où il travaillait comme mécanicien depuis trois ans et sa sortie du lycée. Ses 2.24m ne passaient évidemment pas inaperçus, alors lorsque Tom Lubin, assistant coach au Cypress Junior College, rentra dans ce hangar, il pensa directement à son équipe.

Le gaillard a déjà 21 ans, alors revenir dans le cursus scolaire, même pour jouer au basket, ne faisait pas partie de ses plans. Surtout que sa petite passion était plutôt le water-polo. Il accepta tout de même de faire un essai et resta 2 ans au sein de cette faculté de seconde zone. En 1979, il avait déjà l’âge requis pour être drafté, il avait donc tenté sa chance. Il fut sélectionné au 5e tour par les Suns qui renoncèrent à leurs droits sur le joueur ce qui lui permit de continuer sa carrière universitaire.

Une carrière universitaire chaotique

Après deux ans chez les Chargers de Cypress, il décide d’intégrer une fac plus côtée. Il part donc pour le géant local, UCLA. Les Bruins ont remporté 10 titres en 12 ans entre 1964 et 1975 et ont vu passer des pivots aujourd’hui au Hall of Fame, tels Kareem Abdul-Jabbar et Bill Walton. Si Eaton n’a rien à envier à la pilosité de Walton, il n’est par contre ni dominant comme KAJ, ni complet comme Walton. Eaton, c’est avant tout un gabarit immense, un joueur rugueux sans réel talent qui compense par beaucoup d’envie. Ce passage au niveau au-dessus n’est pas une réussite, en 2 ans, il ne joue que 11 matchs, 42 minutes pour des petites moyennes, 1.3 points et 2 rebonds par match. Sa taille ne trouvera grâce ni aux yeux de Larry Brown, ni de Larry Farmer.

Malgré ce manque de temps de jeu, il se présente à la draft, une seconde fois, en 1982, à 25 ans. Il sera finalement pris en 72e position, au 4e tour, par le Jazz. Pour information, jusqu’en 1984, la draft avait 10 tours, ce fut réduit à 7 en 1985, 3 en 1988 et finalement 2 en 1989.

Au bon endroit au bon moment

Revenons à 1982, Eaton arrive dans une équipe qui a changé de ville deux ans auparavant (de la Nouvelle Orleans vers Salt Lake City) et qui n’a jamais joué les playoffs. Pire, le Jazz n’a jamais eu le moindre bilan positif depuis la création de la franchise, en 1975. L’équipe est menée par le serial scoreur Adrian Dantley, et les arrières Darrell Griffith et John Drew. Par contre, il n’y avait quasiment aucune présence inside, la saison précédant son arrivée, aucun joueur ne bloquait plus d’un ballon par match et le meilleur rebondeur, Jeff Wilkins, récupérait 7.5 boards par match.

Mark Eaton et Frank Layden

Mark Eaton et Frank Layden

Le coach de l’époque, Frank Layden, était conscient de ce manque à l’intérieur, ainsi il a justifié son choix en déclarant, « vous ne pouvez pas enseigner la taille », autrement dit, à l’entraînement, vous pouvez travailler ce que vous voulez, mais il faut bien prendre la taille où elle est. En l’occurrence, chez ce jeune homme de 25 ans quasiment inexistant depuis 2 ans.

A partir de là, tout va s’enchaîner. Eaton a un impact inattendu. Il débute évidemment la saison dans la peau d’un remplaçant mais effectue régulièrement des entrées convaincantes. Layden est conscient que son bucheron ne palliera pas les manques offensifs de son équipe, mais il dispose là d’une tour de contrôle impressionnante. Après 50 matchs, le titulaire du poste, Danny Schayes, est envoyé aux Nuggets contre un autre 7-footer, Rich Kelley. Layden décide alors d’associer sa recrue avec Eaton qui ne lâchera plus son spot de titulaire sur les 32 derniers matchs de la saison.

Eaton ne pèse finalement que 4.3 points et 4.6 rebonds en 18.9 minutes mais sa présence en défense fait la différence. Durant la saison, il a bloqué la bagatelle de 275 tirs, record de la franchise à ce moment-là, ce qui le place en troisième position à l’échelle de la league. Seul un autre géant, Wayne Tree Rollins et le rouquin Bill Walton faisaient mieux que ses 3.4 blocks par match.

Défenseur d’élite

Lors de son année sophomore, il devient un titulaire indiscutable et tient la baraque en défense. Il reste un défenseur craint pour son envergure, il contre 4.3 tirs par match (#1 de la league) et s’impose même comme le meilleur rebondeur de son équipe, avec 7.3 prises en 26 minutes. Son apport statistique n’a rien d’extravagant mais il est désormais redouté, pour sa taille, son sens du contre… et son vice.

Ses prestations ne sont pas étrangères à la saison historique qu’a vécu sa franchise. Pour la première fois de son histoire, le Jazz est toujours présent en avril, s’offre son premier bilan positif (45-37) et ira même au second tour (vainqueur 3-2 des Nuggets puis éliminé par les Suns 4-2) L’impact d’Eaton n’a évidemment rien à voir avec le charme que dégage Dantley (30.6ppg) mais le pivot est devenu une pièce maîtresse d’une équipe crainte. Le revirement est d’ailleurs impressionnant! Que ce soit pour Eaton, passé en 2 ans, du statut de bout de rotation à la fac à pivot titulaire dans une équipe qui gagne, comme pour le Jazz qui n’avait remporté que 25 matchs lors de la saison 1981-82.

Son développement continue l’année suivante. Il devient un rempart infranchissable, et il établit deux records NBA all-time de blocks, 456 durant l’année pour une moyenne de 5.56bpg!! Ces records tiennent toujours. Le 18 janvier 1985, il renvoie 14 shoots (!!!) face aux Blazers. Sam Bowie et Darnell Valentine doivent encore se souvenir de cette soirée… De plus, au fur et à mesure, il devient un rebondeur plus que correct. Pour sa troisième année, il établit son record en carrière, 11.3 prises, numéro 5 de la league.

Mark Eaton

Mark Eaton en position offensive

Ses prestations lui valent les honneurs de la All-First Defensive Team et surtout, il remporte le titre de Defensive Player of the Year! Il fut le premier à détrôner Sidney Moncrief, vainqueur des deux premières éditions. Par ailleurs, il score 9.7 points en moyenne, principalement avec son « tippy toe » dunk. Il fait ainsi partie intégrante de la nouvelle campagne de playoffs du Jazz, sorti une nouvelle fois au second tour, par les Nuggets (4-1)

La suite de sa carrière est dans cette lignée, le Jazz progresse grâce aux bons choix de draft, Stockton (’84) puis Malone (’85), et Eaton reste un défenseur réputé, bien qu’il perde sa couronne de top blockeur face à Manute Bol en 1986. Un bien qu’il récupère en 1987 et conserve en 1988. Il sera ensuite devancé par Hakeem Olajuwon.

Sa carrière est également marquée par sa présence dans les All-Defensive Team. Entre 1985 et 1989, il est sélectionné à trois reprises dans la première et deux fois dans la seconde.

Dans le même temps, le Jazz se stabilise autour des 50% de victoires (jamais en-dessous) et s’installe parmi les équipes redoutées à l’Ouest. Malone devient le leader de l’équipe suite au départ de Dantley à Detroit, Stockton est encore remplaçant mais a déjà la science du caviar (8.2 assists en 22.7 minutes en 1987) et l’éternel Darrell Griffith s’occupe du scoring extérieur

La progression est tranquille, régulière… et va s’accélérer! La saison 1988-89 restera inoubliable. Les Lakers et les Blazers étaient au top de la league mais le Jazz semblait partie pour être la team des années 90 ! Après 17 matchs, Frank Layden, huit ans à la tête de l’équipe, quitte son poste de coach pour devenir le président de l’équipe. Il choisit de passer le témoin à un assistant, Jerry Sloan, ancien joueur des Bulls reconnu, pour ses qualités défensives. En grand défenseur qu’il était, Sloan aime les hard worker. Ainsi, Eaton fait toujours partie de ses plans.

La paire intérieure Eaton-Malone réalise une saison exceptionnelle. Le Mailman décroche le titre de MVP du All-Star Game pendant que la montagne de Salt Lake remportait pour la seconde fois le DPY. Le 18 février, Eaton égale son propre record en bloquant 14 tirs face aux Spurs! Mais le plus incroyable se déroule à Houston où le Jazz est représenté par 3 joueurs au All-Star Game, Malone, Stockton et … Eaton ! Ironiquement, il est souvent décrit comme le joueur le plus moche ayant participé au ASG. Evidemment, son jeu n’a rien de flashy ni de sexy, mais cette sélection vient récompenser une carrière absolument improbable. Lors de ce ASG, il n’a pas scoré mais a récupéré 5 rebonds en 9 minutes.

A la fin de la saison, le Jazz a un bilan historique, 51 victoires pour 31 défaites. C’est la première fois que la franchise empoche plus de 50 victoires! Mais les playoffs seront catastrophiques! Les hommes de Sloan se retrouvent face aux Warriors de Don Nelson, l’affaire sera bouclée en 3 matchs. Eaton a contrôlé la raquette, avec 8.3 points et 11 rebonds par match. La folie de Mullin, Richmond et Teagle aura eu raison de la rigueur mormone…

Fin de carrière

L’année suivante, Eaton disparaît des All-Def Team mais reste un défenseur craint. Le Jazz continue sa progression, 55 victoires mais une nouvelle élimination au premier tour en 1990, 54 victoires et une demi-finales de conférence en 1991, 55 victoires et une défaite en finale de conférence. Sloan a fait progresser cette équipe autour de son formidable duo Stockton-Malone. Eaton oscille lui entre 25 et 32 minutes par match et s’occupe du dirty job pour Malone.

La saison 1992-93 sera sa dernière. Pour la première fois de sa carrière, il manque plus de 3 matchs en une saison. La faute a des problèmes de genou et de dos. En fin de saison, il bloque son 3000e tir en carrière. Sa carrière s’achève à Seattle, dans un Game 5 couperet perdu par le Jazz 100 à 92.

Eaton laissera l’image d’un défenseur solide, costaud, dominateur! Un géant quasi-inexistant lorsqu’il fallait scorer mais terriblement précieux à l’autre extrémité du parquet. Pour l’honorer, le Jazz a retiré son numéro 53 durant la saison 1995-96. A sa retraite, il avait contré 3064 shoots, seul Kareem Abdul-Jabbar et Artis Gilmore (en comptant ses stats en ABA) avaient fait mieux. Désormais, Hakeem Olajuwon et Dikembe Mutombo sont également passés devant. Par contre, il détient la meilleure moyenne de crêpes par match, 3.5 par match.

Pour occuper ses journées, il est passé au micro pour analyser les matchs de l’université d’Utah et du Jazz. Il défend régulièrement le basket d’école, basé sur les fondamentaux, une balle en mouvement, des écrans, bref, on peut retrouver les valeurs prônées par Sloan dans ses commentaires. Là est tout l’héritage d’Eaton, pas de bling bling, plutôt du travail dans l’ombre.

Sa fiche

  • Né le 24/01/1957 à Westminster, Californie
  • Poste: C
  • Taille: 2.24m
  • Poids: 124kgs
  • High School: Westminster
  • College: Cypress Junior College (1978-1980) puis UCLA (1980-82)
  • Draft:
    • 5e tour, en 19e position (soit en 107e position) par les Suns en 1979
    • 4e tour, en 3e position (soit en 72e position) par le Jazz en 1982
  • Franchise: Utah Jazz (1982-93)

Palmarès

  • Defensive Player of the Year (1985, ’89)
  • All-Defensive First Team (1985, ’86, ’89)
  • All-Defensive Second Team (1987, ’88)
  • NBA All-Star (1989)

Stats en carrière

  • Points: 5216 soit 6 par match à 45.7% et 64.8% aux LF.
  • Rebonds:6939 soit 7.9 par match
  • Blocks: 3064 soit 3.5 par match
  • Assists: 840 soit 0.96 par match
  • Matchs: 875 (dont 815 comme titulaire), 74 en playoffs.