Pierre angulaire des Celtics entre 1950 et 1963, Bob Cousy n’aurait jamais du jouer à Boston. La raison est très simple : Red Auerbach n’en voulait pas. Le coach mythique de la franchise a expliqué cet épisode dans son livre Let Me Tell You A Story. Nous vous proposons donc de comprendre les conditions de cette arrivée rocambolesque à travers des extraits de ce livre.
L’idole du coin
Natif de New York, Robert Joseph Cousy est issu d’une famille française très pauvre, qui a émigré vers les Etats-Unis après la première guerre mondiale. Au lycée, le jeune Cousy n’est pas un talent pur et se fait régulièrement fermer les portes des équipes de basket. En deuxième année, il tombe d’un arbre et se casse la main droite, ce qui le force à développer sa main gauche. Un mal pour un bien, puisqu’il devient ambidextre.
Malgré des difficultés scolaires, il intègre l’équipe de basket du lycée Andrew Jackson et commence à se faire une petite réputation. Bob Cousy, qui n’aurait jamais envisagé d’aller à l’université, est courtisé par les programmes sportifs. Bien décidé à quitter New York, Cousy a la possibilité d’aller à Boston College ou Holly Cross. Il privilégie la deuxième option, impressionné par les installations.
A Holy Cross, coaché par Alvin « Doggie » Julian, il débute comme meneur remplaçant. Il est le troisième scoreur de l’équipe mais se plaint de son temps de jeu. La petite histoire dit qu’il allait prier après les entrainements pour obtenir davantage de temps de jeu. Pour cette première saison, il remporte le titre mais ne score que 4 points, à 2/13, en finale contre Oklahoma.

Bob Cousy à Holy Cross
Durant son année sophomore, Bob Cousy reste frustré par son temps de jeu. Il demande alors un transfert et écrit au coach de l’université de St.John’s à New York, Joe Lapchick. Ce dernier lui répond que Coach Julian est un des meilleurs coachs du pays, et qu’il doit lui faire confiance.
Il devient une star dans un match contre Loyola, où, dans les 5 dernières minutes, il inscrit 11 points, dont le buzzer beater après un dribble derrière le dos. Par la suite, il mène Holy Cross à 26 victoires consécutives. Il ne remporte plus de titre universitaire mais son talent est reconnu à travers les distinctions individuelles.
Le péquenaud du coin
En 1950, Bob Cousy est un joueur réputé. Son handling est vanté dans tout le pays et sa qualité de passe le rend imprévisible. Mais Red Auerbach n’en veut pas. Pourquoi ?
Red Auerbach : Je ne voulais pas vraiment de lui. En fait, je n’en voulais pas du tout. Il était une mégastar à New England car il a été la star d’Holy Cross, et le basket universitaire était bien plus important que le pro à l’époque. Tout le monde, dans les médias, disait que je devais le prendre à la draft. Ma réponse était simple: je dois construire une équipe, le péquenaud du coin ne m’intéresse pas.
Arrivé quelques semaines plus tôt, Red Auerbach a pris la direction d’une équipe au bilan négatif depuis ses débuts. Pour construire son équipe, le coach souhaitait avant tout un pivot. Pas un meneur flashy.
Red Auerbach : J’ai vu Cousy jouer. Il était très flashy. Il n’était pas le premier gars à dribbler derrière le dos, un gars nommé Bob Davies le faisait avant lui, mais il était celui qui a rendu cela populaire. La presse locale était sur mon dos pour que je prenne Cousy. Rendre la presse contente ne m’intéressait pas. J’avais une franchise à construire. On ne construit pas avec des arrières mais avec des intérieurs. Donc, au moment de choisir, j’ai pris Charlie Share de Bowling Green. Il faisait 2.05m, il était grand et puissant. Plus tard, je l’ai transféré contre Bob Brannum, Bill Sharman et Bob Harris. Ce fut plutôt un bon deal. Là, j’avais de nouveaux joueurs et j’ai renoncé au héros local.
Mais l’intersaison ne s’est pas arrêté là. Bob Cousy était finalement retenu en troisième position par les Tri-Cities Blackhawks, une destination qui n’enchantait pas le joueur. Un différent financier plus tard — Bob Cousy demandait 10000$, Ben Kerner proposait 6000$ — le rookie est transféré aux Chicago Stags. Sauf que la franchise n’a pas passé l’intersaison. Les trois meilleurs joueurs de l’équipe, Max Zaslofsky, Andy Phillip et Bob Cousy, sont alors déclarés éligibles dans une dispersal draft qui concerne les trois plus mauvaises équipes de la league. Les Celtics en font partie.
A cette annonce, Red Auerbach a un avis bien tranché sur le joueur qu’il souhaite accueillir.
Red Auerbach : Si j’avais eu le choix, mon troisième choix aurait été Cousy. Les deux autres gars étaient des professionnels référencés. Phillip avait de longs bras et était un grand défenseur. Zaslofsky pouvait vraiment scorer. Cousy était juste un rookie.
Par mesure d’équité, la destination des trois joueurs concernés par cette draft est tirée au sort. Lorsque Red Auerbach sort la main du chapeau, il découvre le nom de son nouveau joueur, Bob Cousy. Le péquenaud du coin.

Bob Cousy à la baguette. Une image impossible si le sort n'avait pas décidé à la place d'Auerbach.
Changement d’avis
Red Auerbach doit donc composer avec Bob Cousy, un joueur dont il ne voulait pas. Trop flashy. Juste un arrière. Un joueur sur lequel on ne peut pas construire. Un péquenaud. Tout cela étant dit, Red Auerbach change rapidement d’avis après les premiers entrainements.
Red Auerbach : J’étais surpris car, en le voyant jouer, je m’attendais à rencontrer un mec suffisant. Mais pas du tout. Il était discret et modeste. Bien différent de son style de jeu. Puis, au début des entraînements, je pouvais me rendre compte que son jeu flashy avait du sens. Il ne faisait pas une passe fantaisiste juste pour faire une passe fantaisiste. Il le faisait parce que c’était la meilleure manière de mettre la balle là où il le fallait.
Rapidement, les deux hommes se comprennent. Red Auerbach a un côté paternaliste qui le pousse à toujours discuter et comprendre ses joueurs. Bob Cousy a accepté la situation avec beaucoup d’humilité. Alors, le coach a laissé son artiste s’exprimer, tant qu’il respectait une règle.
Red Auerbach : Il était en avance sur son temps avec sa manière de passer le ballon. Mais je voulais qu’il comprenne une chose. Il pouvait passer le ballon comme il voulait, entre les jambes, dans le dos, en avant, en arrière, je m’enfichais. Mais je lui ai dit qu’il fallait qu’elle arrive. Si elle ne va pas dans les mains du joueur, c’est de sa faute. Si la balle est perdue, il ne jouera plus. Je ne voulais pas être dur avec lui, mais j’ai toujours pensé que 95% des balles perdues étaient de la faute du passeur. Je voulais qu’il comprenne ça.

En 13 saisons, Bob Cousy pèse 18.4 points, 7.5 assists et 5.2 rebonds de moyenne. 13 fois all-star, 10 fois membre de la All-NBA first Team, 1 fois MVP, 6 fois champion NBA, Bob Cousy a un palmarès long comme le bras. Logiquement, son #14 n’est plus attribué.
Red Auerbach a tout fait pour ne pas l’avoir. Le destin en a décidé autrement. L’intersaison 1950 a marqué le début d’une nouvelle ère. Les Celtics étaient des losers. Ils établiront en quelques années un règne sans partage.


Une histoire assez étonnante que j’ignorais totalement…
Vraiment intéressant
Incroyable quand même comme le sort peut changer les choses parfois. Sans la fin de cette équipe de Chicago et sans cette dispersal draft, rien de tout cela ne serait arriver…
Incroyable histoire….quand le destin frappe à la porte…