10 matchs ont suffit à Brandon Jennings piour s’incruster dans le panorama de la league. 1000 questions avaient entouré son départ vers l’Europe puis son arrivée en NBA. En 10 matchs, les doutes se sont estompés et un sujet est devenu récurent : sera-t-il rookie of the year ?
Star précoce
Natif de Los Angeles, Brandon Jennings se fait remarquer à la Dominguez High School de Compton, au sud de L.A.. Rapide, vif, technique et plein de culot, il est repéré par la Oak Hill Academy, la fabrique à champion qui a vu passer Carmelo Anthony, Kevin Durant, Josh Smith, Jerry Stackhouse, Stephen Jackson, Rajon Rondo ou Rod Strickland. En Virginie, il explose, 32.7 points, 7.4 assists et 5.1 rebonds pour la saison 2007-08. Ce n’est que le niveau lycée, mais ses prestations lui offrent de nombreux awards, Naismith High School Basketball Player of the Year, 2007-08 Gatorade Player of the Year (Virginia), 2008 Parade Magazine Player of the Year et 2008 EA Sports Player of the Year.
Malgré ses prestations, la route vers l’université sera semé d’embûche. En août 2006, il annonce son premier choix : USC. Quelques mois plus tard, en avril 2007, alors qu’il est toujours lycéen, il revient sur son choix et annonce son envie de jouer pour Arizona, notamment pour évoluer avec Jerryd Bayless — ce qui n’aurait pas été possible vu qu’il s’est présenté à la draft 2008. Mais en juin 2008, Bayless échoue aux examens d’entrée à l’Université d’Arizona.
Commence alors un poker menteur. Brandon Jennings annonce qu’il va renoncer à la fac pour jouer en Europe. Le prospect #1 ne jouera pas en NCAA, la terre tremble. Il aura quelques offres et choisira Rome pour 2 ans et 1.65M$ par saison. Il est alors évident qu’il ne jouera qu’une saison en Italie.
Sur le parquet, son aventure sera compliquée. Habitué à être la star, il a dû apprendre à se fondre dans un collectif. Ses perfs n’ont rien d’extraordinaire et il est par moment critiqué pour son jeu « trop américain » et son manque d’intelligence défensive. Néanmoins, il progressera mentalement, en terme d’intelligence de jeu, et apprend surtout à se comporter comme un pro. En un an à Rome, il a probablement autant progressé que s’il avait passé 4 ans à la fac.
Cap sur les Bucks.
Sur son blog du Racine Journal Times, Gery Woelfel a publié un article intéressant sur la manière dont Brandon Jennings a débarqué aux Bucks. Il compare cette arrivée incroyable à celle d’Aaron Rodgers, le Quaterback des Packers, lui aussi tombé bien plus bas que prévu (24e choix de la Draft NFL en 2005) et pick quasi miraculeux.
Le premier élément qui aurait pu empêcher l’arrivée de Jennings s’est produit en février dernier. Peu avant la deadline, les Bucks sont en négociation avancée avec les Grizzlies pour un deal impliquant Mike Conley. Celui-ci comptait un fan assidu dans le staff des Bucks : Lionel Hollins. Peu ou mal utilisé par Marc Iavaroni, Conley sera déclaré finalement intransférable par les Grizzlies suite au changement de coach. Lionel Hollins aura finalement Conley sous ses ordres, mais dans le Tennessee.
Puis, les Bucks ont étudié la possibilité de dealer ce pick 10, afin de recruter Stephen Curry. Des négociations poussées ont eu lieu avec les Wizards, qui se sont finalement montrés plus coopératifs avec les T-Wolves. Ce pick aurait aussi pu partir pour les Bobcats, très intéressés par Terrence Williams. Un swap de pick 10-12 aurait permis à la franchise de Michael Jordan de sécuriser l’acquisition de Terrence Williams, finalement sélectionné en 11e position.
Enfin, il n’était absolument pas dit que Brandon Jennings soit encore disponible en 10e position. L’ancien meilleur lycéen du pays avait notamment fait un excellent workout aux Warriors, détenteurs du pick #7. Il y aurait notamment surclassé Jonny Flynn, #6 de la draft. Les Knicks semblaient aussi intéressés mais ont passé leur tour. Le fit était moins évident pour les Raptors dont le meneur titulaire est Jose Calderon.
Ainsi, les Bucks ont choisi Brandon Jennings et ont conservé leur poulain. Mais celui qui rêvait de New York allait-il accepter de jouer à Milwaukee ? Et les Bucks, qui avaient le cas Ramon Sessions à gérer, avaient-ils déjà défini un plan de progression pour leur jeune meneur ? Les questions se posaient, il fallait attendre novembre pour avoir une réponse.
La folle ascension
Mis en concurrence avec Luke Ridnour en présaison, Brandon Jennings est finalement désigné par Scott Skiles comme meneur titulaire. Pour son premier match, il ne passera pas loin d’un triple double, avec 17 points, 9 assists et 9 rebonds. Mais les Bucks ont perdu à Philadelphie. Devenu pro, Jennings s’exprimera en compétiteur après le match.
J’ai essayé de mettre en place le tempo, essayé de faire mon possible pour aider l’équipe à gagner. Si nous avions gagné, je serais plus heureux.
Les matchs s’égrainent, Michael Redd rejoint l’infirmerie, mais les Bucks profitent d’un calendrier favorable (6 matchs à domicile consécutif) pour signer 6 victoires en 7 matchs. Seuls les Mavs auront raison, après prolongation, de cette équipe de Milwaukee qui ne fait plus rire grand monde.
De son côté, Brandon Jennings prend du volume. Contre les Nuggets, il prend les choses en main dans le quatrième quart-temps avec notamment 2 paniers primés consécutifs et 6 lancers en fin de match, il domine Chauncey Billups et pose un 32 points, 9 assists qui fait bien sur sa carte de visite. Son apprentissage « étape par étape » se fait à vitesse grand V.
Scott Skiles : Brandon est un talent unique. Nous essayons de le mettre dans une situation où il peut prendre des décisions, car il très bon, à la base, pour cela.
Le meilleur reste à venir. Deux jours plus tard exactement. Les Bucks accueillent les Warriors. Après un premier quart-temps sans scorer, il va peu à peu prendre confiance jusqu’à scorer 29 des 43 points de son équipe dans le troisième quart-temps. Chaud bouillant, il va boucler son match avec 55 points, 21/34 dont 7/8 à 3-points, 6/8 aux LF, auxquels il ajoute 5 assists. Le si rigide Scott Skiles était bluffé.
Scott Skiles : C’est un performance très, très impressionnante pour n’importe qui, alors pour un rookie qui jouait son septième match !! Nous n’avions qu’à donner le ballon à Brandon et le laisser faire.
Les superlatifs vont alors s’enchainer. Les comparaisons aussi. Lors de son année rookie, Kareem Abdul-Jabbar n’avait pas fait mieux. Son record n’était « que » de 51 points. Si Wilt Chamberlain (58pts) détient toujours le record, seuls Elgin Baylor, Rick Barry, Earl Monroe et LeBron James ont fait aussi bien, voire mieux. Mais l’ancien romain est un garçon mûr. Venu à sa rencontre le lendemain, le Racine Journal Times n’en a pas eu pour son argent.
Brandon Jennings : La nuit dernière, c’est le passé. Je vais prendre 600, 700 tirs, pour garder le rythme, comme en Europe. Je n’ai jamais eu un jour de repos, donc j’ai l’habitude de faire cela. L’important, c’est de jouer, et jouer, et jouer.
Depuis sa perf, Jennings enchaine, 25 points face aux Mavs, 19 contre les Nets, 8 assists à chaque fois, hier soir, il a encore claqué 29 points et 7 assists, quelques erreurs de rookie subsiste, des signes de maturité précoce se dévoilent. Brandon Jennings est finalement loin de l’image qu’il donnait, celle d’un joueur capricieux, immature et bouffeur de ballon. Il bosse dur, il est humble et se bat pour une franchise sans envergure.
John Hammond : Beaucoup de choses furent écrites et dites au sujet de Brandon. On ne veut jamais se donner un fardeau. Je m’inquiétais pour lui, j’avais un peu peur, c’est mon job. Mais je ne pense pas que Brandon avait peur ou était inquiet. Et c’est ça le plus important.
Sexy Milwaukee ?
Dans le Milwaukee Journal Sentinel, Michael Hunt se réjouit de l’impact de Jennings. Depuis le départ de Ray Allen, les occasions de faire la fête étaient rares au Bradley Center. Mais l’ancien romain a amené quelques projecteurs avec lui.
Petit marché dans un état peu attractif, Milwaukee a sans cesse besoin de nouvelles attractions. Après l’échec Yi Jianlian, le pari Jennings est plus sûr. Et le joueur, qui a plus allumé Ricky Rubio que le côté champêtre de Milwaukee (coin pommé de 602 782 habitants) a rapidement été adopté par les fans.
Michael Redd : Je l’ai remarqué des tribunes. Le public est concerné. Il y a un sérieux buzz. Brandon y est pour beaucoup dans ce buzz. On avait besoin de cette étincelle. Il a amené du charisme et du style à cette équipe.
En 10 matchs, Brandon Jennings a peut-être fait plus que Michael Redd en 10 ans. Le constat est sévère, mais il y a une part de vrai.
Surtout, en 10 matchs, Brandon Jennings a fermé la bouche d’une grosse partie de ses détracteurs. En partant en Europe, Jennings a progressé dans tous les domaines. Mais le plus important : il est devenu pro.
En bonus, le reportage que lui a consacré la NBA. 6 minutes qui retrace son début de carrière, de Rome à Milwaukee.





super article sur un joueur qui se révele plus tot que prévu
On parle jamais de son échec aux exams d’entrée à Arizona qui font qu’il n’est pas passé par la case NCAA et que c’est ça qui le pousse à partir en Europe et non pas un choix tombé du ciel comme on lit souvent.
En tout cas j’aurais jamais pensé le voir réussir si rapidement. Outre le fait qu’on parle de plus en plus de lui comme ROY, moi je me demande si pour le moment il mérite pas tout simplement le spot de meneur starter au ASG!