Un accord posant les fondations d’un nouveau Collective Bargaining Agreement (CBA) a donc été trouvé entre joueurs et propriétaires, laissant entrevoir une reprise des activités baskets pour le 9 décembre prochain.
ESPN par l’intermédiaire de Larry Coon, grand spécialiste du fonctionnement de la NBA, propose sur son site un article détaillant précisément les changements principaux entre l’ancien CBA et le futur.
Si ce pavé en anglais, bourré de chiffres et de jargon complexe vous rebute, je vous propose un point sur les principaux changements…
A noter aussi qu’un résumé assez détaillé de l’ancien CBA est toujours disponible (pour quelques semaines probablement, le temps de réaliser la même chose avec le nouveau !) sur Passion Basket pour les adeptes de l’archéologie. Certaines notions ne seront pas détaillées ici mais l’ont déjà été dans ce précédent article, n’hésitez donc pas à y jeter un œil.
Durée d’application
Premier élément important : la durée de validité de l’accord.
Les règles fixées par le nouveau CBA resteront valables en théorie pendant 10 ans, jusqu’à la fin de la saison 2022 donc. Toutefois joueurs comme propriétaires auront le droit de demander la renégociation totale des termes du CBA à l’issue de la saison 2017.
Autant vous dire qu’il est extrêmement probable que cette option soit utilisée…
Partage des revenus
Jusqu’à la fin de la saison dernière 57% des revenus générés par l’activité Basket (Basketball Related Income ou BRI) étaient réservés aux joueurs. Ce pourcentage sert en fait à décider du montant du salary cap, et donc indirectement à décider de la somme totale reservée aux salaires des joueurs NBA.
Ce partage des revenus a vraiment été l’un des principaux points de désaccord entre les deux partis, qui ont finalement accepté le principe d’un partage équitable. Les joueurs toucheront donc entre 49 et 51% des revenus à partir de la saison 2012/2013, la variation dépendant de l’erreur commise sur les prévisions de revenus : on part sur une base de 50% puis 60.5% de l’excédent ou de la dette non prévus seront ajoutés ou retranchés à la part des joueurs.
Pour la saison à venir les joueurs recevront 51.15% du BRI.
Le système « Escrow »
Pas de jeux de mots pourris sur le terme Escrow SVP !
Ce terme barbare cache en fait un fond spécial, alimenté par une partie du salaire des joueurs, et dont le rôle est de permettre aux propriétaires de puiser dedans afin de garantir qu’ils toucheront effectivement la part prévue du BRI (50% donc).
10% (contre 8% la saison passée) des salaires des joueurs seront désormais bloqués jusqu’à la fin de chaque saison et l’éventuel trop versé sera directement reversé aux propriétaires. Si ces 10% ne constituent pas une réserve suffisante pour atteindre une part de 50% pour les propriétaires, ceux-ci pourront mettre la main sur les fonds manquants en puisant dans le 1% du BRI, destiné à alimenter un fond de retraite pour les joueurs.
L’Amnesty Rule
Déjà en 2005 la NBA avait lancé ce système, à savoir autoriser chaque équipe NBA à se séparer d’un joueur afin de pouvoir se débarrasser du poids qu’il faisait peser sur le cap-space et surtout du point de vue de la luxury tax. Allan Houston ou encore Michael Finley avaient ainsi pu être libérés par leurs franchises.
Et bien on va remettre ça !
Chaque équipe pourra, une et une seule fois au cours de la durée du nouveau CBA, libérer un joueur dont le contrat a été signé avant le nouveau CBA. Le salaire de ce joueur ne comptera ni dans le calcul de la masse salariale pesant sur Salary-Cap, ni dans celui de la luxury tax.
Le terme libéré est toutefois légèrement erroné car la NBA va mettre en place un système de Waivers (façon Fantasy League pour les connaisseurs). Un joueur coupé dans le cadre de l’amnesty Clause sera donc disponible au plus offrant, parmi les équipes ayant de la marge sous le Salary-Cap uniquement, avant d’être libre de signer où il veut et pour le prix qu’il veut.
A noter que le salaire qu’une équipe sous le cap choisirait de verser à un de ces joueurs sera retranché de la somme totale dont l’équipe désireuse de se séparer du joueur doit s’acquitter (car si le salaire ne compte plus, il doit tout de même être honoré).
Masse salariale Minimum
Toute franchise est tenue de posséder une masse salariale atteignant au minimum une part pré-définie du Salary-Cap, sous peine de pénalités.
De 75% jusqu’à maintenant, ce taux va remonter à 85% jusqu’en 2012/2013 puis plafonner à 90% ensuite.
Luxury tax
Faute d’avoir décidé de la mise en place d’un Hard-Cap, le futur CBA va toutefois inclure une Luxury Tax nettement plus contraignante.
La règle du dollar de taxe pour chaque dollar au delà du seuil de la Luxury Tax est conservée mais complétée dès la fin de la saison 2012-13 par un système de palier :
- Dépassement de moins de 5 millions de dollars: 1.5 dollars à payer pour 1 dollar de dépassement
- Dépassement de moins de 10 millions de dollars: 1.75 à payer pour 1 dollar de dépassement
- Dépassement de moins de 15 millions de dollars: 2.5 à payer pour 1 dollar de dépassement
- Dépassement de moins de 20 millions de dollars: 3.25 à payer pour 1 dollar de dépassement
- Dépassement au delà de 20 millions de dollars: 0.5 dollar de plus à chaque palier de 5 millions de dollars de dépassement (3.75 pour un dépassement de moins de 25 millions, par exemple)
Les équipes qui seraient des habituées du dépassement (4 fois sur les 5 saisons précédentes) se verront attribuer des sanctions majorées d’un dollar par pallier (2.5 pour le premier, puis 2.75 etc…)
En plus de ce système d’amende, une équipe payant la Luxury Tax sera punie en terme de compétitivité via une Mid-Level Exception plus faible, une souplesse diminuée dans le cadre des transferts, l’interdiction d’utiliser la Bi-Annual Exception et à partir de 2013-14 l’interdiction du sign-and-trade pour toute équipe située à plus de 4M$ au dessus du seuil de la Luxury Tax.
Les Exceptions
L’exception « Mid-Level »
La Mid-Level exception va maintenant varier selon l’état des finances des équipes voulant l’utiliser.
Pour les équipes ne payant pas la Luxury Tax, elle peut être utilisée chaque saison avec une durée maximale de contrat de 4 ans et un montant maximum de 5 millions de dollars (pour les deux premières années du CBA) qui augmentera de 3% par an ensuite.
Pour les équipes payant la Luxury Tax, le montant de cette exception sera moindre car limité à 3 millions par an (avec hausse de 3% dès la 2ème année du CBA) et la durée maximale de tout contrat l’utilisant sera de 3 ans.
Pour les équipes sous le Salary Cap, elles pourront désormais proposer des contrats Mid-Level pour un montant maximal de 2,5 millions et une durée maximale de 2 ans. Cela devrait offrir davantage de possibilités aux équipes désireuses de signer de gros Free-Agents et qui avaient généralement un mal fou à pouvoir compléter leur effectif par la suite.
L’exception « Bi-Annual »
Comme mentionné dans la partie Luxury Tax, cette exception ne concernera désormais que les équipes ne payant pas cette dernière.
Sinon pas de grand changements, il s’agit toujours d’une somme d’environ 2M$ disponibles pour signer un ou plusieurs contrats allant jusqu’à deux saisons. Elle n’est comme son nom l’indique pas utilisable deux ans de suite.
Disabled player Exception
Il était auparavant possible de demander une exception à la NBA en cas de grave blessure d’un joueur de l’effectif afin de pouvoir le remplacer. Le salaire du joueur de remplacement était plafonné à 50% de celui du blessé ou au niveau du salaire moyen (le plus faible des deux montants) et la durée du contrat pouvait atteindre les 5 saisons.
Pas de changement côté salaire, mais il ne pourra s’agir que d’un contrat d’un an, histoire de cadrer davantage avec le rôle de cette exception : un coup de pouce à court terme pour faire face à l’imprévu.
Les contrats
Les contrats des joueurs NBA restent totalement garantis et leur durée maximale sera de 5 ans (avec jusqu’à 7.5 d’augmentation entre chaque saison) pour les joueurs ayant leurs Bird-Rights. Ils sont limités à 4 ans (avec augmentation de salaire de 4,5% par an) pour les autres joueurs.
Le salaire maximum reste au niveau fixé par le précédent CBA, avec toutefois l’introduction d’une nouvelle règle : un joueur sortant de son contrat Rookie mais ayant accompli des prouesses est éligible à un salaire à hauteur de 30% du salary Cap. Par prouesses la NBA entend l’accomplissement d’au moins un de ces faits d’arme:
- Présence dans une équipe All-NBA (1ère, 2ème ou 3ème) deux fois
- Place de titulaire au All-Star Game deux fois
- Élu MVP
En gros les joueurs de type Derrick Rose n’auront pas à attendre des plombes avant d’obtenir un très gros chèque.
Concernant les prolongations de contrat les joueurs sortant d’un contrat Rookie pourront prolonger jusqu’à 4 saisons supplémentaires. Toutefois chaque équipe peut désigner un joueur dans cette situation et monter jusqu’à 5 ans et le salaire maximum. Une équipe ne pourra posséder qu’un seul et unique joueur ayant été signé avec ce régime de faveur.
Les autres joueurs NBA peuvent prolonger jusqu’à 4 saisons en comptant les saisons restantes (3 ans de plus pour un joueur dans la dernière année de son contrat par exemple).
Une extension de contrat précédant un trade (comme Melo avant de partir aux Knicks) ne pourra pas dépasser 3 saisons, en comptant celles restantes sur le contrat du joueur.
La Free-Agency
Cap-Hold
Les joueurs ayant leurs Bird Rights ou ayant été premier tour de draft continueront de peser sur le cap de leur équipe jusqu’à clarification de leur situation (renoncement ou signature quelque part), sur la base de leur précedent salaire assorti d’un coéfficent multiplicateur.
Le maximum de celui-ci passe toutefois d’un maximum de 300% à 250%.
Restricted Free Agency
Le temps de réflexion de l’équipe d’un joueur signé en tant que restricted Free-Agent, pendant lequel elle est libre à tout moment de s’aligner sur les termes du contrat et donc de conserver son joueur, passe de 7 à 3 jours.
A noter que la Qualifying Offer, à savoir la 5e saison du contrat Rookie qui confère le statut de restricted Free-Agent, sera maintenant impactée par la performance du joueur (dans quelles proportions ? Mystère…). En résumé un joueur drafté en fin de premier tour qui réaliserait des perfs énormes pourra compter sur une qualifying offer plus elevé que prévu, à contrario une équipe NBA victime d’un gros bust mais désireuse de garder les droits du joueur (cf Greg Oden) pourra le faire à moindre frais.
Les trades
Fonctionnement de base
Comme pour la Mid-Level Exception, le fonctionnement des trades va tenir compte de la situation financière d’une équipe.
Pour les équipes ne payant pas la Luxury Tax (avec la masse salariale post-trade), elles pourront accueillir jusqu’à 150%+ 100 000$ ou 100% + 5M$ des salaires quittant leur équipe.
Pour les équipes payant la luxury Tax, pour elles rien ne change et ce sera toujours la règle des 125%+100 000$.
Autre changement majeur, le cash qu’il est possible d’inclure dans des transactions ne pourra plus dépasser 3M$ sur l’ensemble de la saison.
Sign and Trade
Les « Sign-and-Trade » sont encore autorisés sans aucun changement de fonctionnement pendant les deux prochaines saisons. A partir de 2013, les teams ne pourront plus utiliser ce procédé si, après avoir acquis un joueur par ce moyen, leur masse salarial dépasse le seuil de la Luxury Tax de plus de 4 millions de dollars. Enfin, la durée maximale des contrats proposés sera de 4 ans, avec augmentation de salaire maximale de 4,5%.
Base Year Compensation
Un joueur est toujours soumis à la BYC si son équipe l’a resigné avec une hausse de salaire de plus de 20% en étant au dessus du cap ou si il a été prolongé avec une hausse de salaire de plus de 20% à l’issue de son contrat Rookie.
Mais la règle très complexe qui oblige à utiliser l’actuel salaire du joueur comme salaire entrant et la plus grande somme entre la moitié de son nouveau contrat ou le montant de son précédent salaire comme salaire sortant, rendant tout trade terriblement complexe à monter, ne s’appliquera plus que dans le cadre d’un sign and trade ou pour un joueur BYC tradé après le 15 janvier.
Tout trade classique est interdit avant cette date du 15 janvier pour un joueur soumis à la Base Year Compensation.
Resignature d’un joueur tradé
Un joueur transféré puis coupé par sa nouvelle équipe ne sera plus autorisé à rejoindre à nouveau son équipe d’origine pendant la saison en cours.
Bilan
Pas l’énorme révolution annoncée mais pas non plus un pet de souris…
Les franchises dominantes financièrement qui avaient tendance à se moquer totalement des règles comme la Luxury Tax devront sans doute réfléchir davantage à l’avenir : les sanctions financières seront plus lourdes, mais peut être plus grave encore leur compétitivité pour conclure des transferts ou signer des joueurs libres sera altérée.
Je vois d’un assez bon œil l’arrivée de plusieurs mesures qui devraient limiter la présence dans de nombreux trades de fillers (Autrement dit de joueurs présents dans une transaction que pour la rendre légale) : souplesse accrue concernant l’équilibre des salaires, interdiction de trader un BYC avant mi janvier, interdiction de revenir dans on équipe après un cut…
Question joueurs enfin, outre la baisse générale des revenus qui ne nous concernent que peu, on peut constater une sorte d’officialisation du statut de Méga Star avec possibilité de signer plus longtemps et pour plus cher que les autres joueurs à l’issue d’un contrat Rookie pour peu qu’on sorte de l’ordinaire par ses performances.







Tu t’es retaper le même boulot qu’il y a quelques années avec le précedent CBA Bob.
Alors bravo et merci.
« Pas l’énorme révolution annoncée »
Excellente conclusion.
Je suis encore très étonné de la résolution si rapide du conflit. Après nous avoir expliqué pendant des mois que le fossé était immense, il n’y a finalement rien d’extraordinaire.
Le système était dépassé ? Logiquement, on y change rien, et surtout, on garde une grande partie des exceptions et on en rajoute…
Ca valait vraiment le coup de mettre la saison en jeu et d’annuler 2 mois de SR…
Un jeu de poker menteur durant 149 jours…
Moi j’ais le sentiment que la plainte déposé par les joueurs a quelques peu fait paniqué Stern, ses adjoints, et même les owner réticent à un accord.
Et concernant l’âge d’entrée à la draft on en est où ? Ca reste pareil ou pas ?
Ce point est toujours en discussions.
Certains voudraient 20 ans au lieu de 19, mais il semblerait qu’on s’oriente vers un statut quo.
gros travail Bob, bravo!
c’est compliqué la NBA, pfiuuu…. j’ai pô tout compris…
Ce que j’arrive pas à voir avec cet accord, c’est est-ce que ça va encourager plus de transferts qu’avant? y a finalement beaucoup de désaccords sur ce sujet d’après ce que j’ai pu lire par-ci, par-là…..ton avis sur ce point bob?
et sur la question de Ben, quels sont les intérêts des joueurs et des proprios pour tel ou tel âge limite à la draft? qu’est ce qui les oppose sur ce point?
Plus de transferts je dirai non… Plus que la fréquence c’est la complexité des transferts qui devrait changer et réduire.
La règle des 150% au lieu des 125% (en gros un joueur à 10M$ est désormais transférable contre un autre à 15M$) et l’interdiction de récupérer un joueur coupé qui était auparavant membre de l’équipe devrait contribuer à réduire le nombre de joueurs insignifiants dans les deals. Les gars à 1 ou 2M$ l’année dont tout le monde se fout et dont le rôle était d’équilibrer les salaires…
A priori moins de transferts de picks de draft quand même pour cause de limitation à 3M$ de cash par an dans des deals (3M$ c’est souvent ce que coûte 1 choix de fin de premier tour…)
Pour l’âge limite, l’intérêt des joueurs c’est de faire sauter purement et simplement la règle qui constitue de leur point du vue (et du mien
) une entrave à la liberté de travail. Pour les proprios il s’agit sans doute d’une mesure de confort, réduisant légèrement le risque de très mauvais scouting via une observation prolongée et face à un niveau de compétition supérieur.