Le poste de General Manager est un boulot exposé. En première ligne dans les négociations ou les choix de draft, le GM est aussi le premier critiqué lorsque les joueurs qu’il a recruté ne forme pas le collectif attendu. Pendant longtemps, R.C. Buford a fait figure de référence, avec des choix ingénieux en fin de premier tour et au second tour, notamment des internationaux.
Désormais, l’architecte des Spurs se fait voler la vedette par son voisin de Houston, Daryl Morey. Un dirigeant posé, qui a intégré les Rockets le 3 avril 2006 et en est devenu le GM le 10 mai 2007, à la retraite de l’historique Carroll Dawson. Sa méthode : du nez, de l’ouverture d’esprit et des chiffres.
Une ascension fulgurante.
Diplômé en informatique, passionné de statistiques, il intègre la Sloan School, une des cinq écoles du Massachusetts Institute of Technology (MIT) où il décroche un Master of Business Administration, un diplôme international d’études supérieures du plus haut niveau dans le domaine de la conduite globale des affaires. Il deviendra alors professeur d’ « Analytical Sports Management » au sein de la Sloan School.
Sa passion pour le sport va le pousser vers les Boston Celtics, il devient membre du staff de Danny Ainge en 2004. Il y développe une méthode d’analyse basée sur les stats qu’il applique au basket, afin d’éclairer les rapports des scouts. Ces méthodes, dont les origines viennent du livre MoneyBall, il les appliquera pour chaque décision (draft, trades, free agency).
Non issu du sérail NBA, il prend du galon en 2006, lorsqu’il est embauché par les Rockets, en qualité de bras droit de Carroll Dawson, en poste depuis 1996 et proche de la retraite. Conquis par ses compétences, Dawson l’adoubera pour lui succéder un an plus tard.
En deux ans, il va remodeler le groupe, multiplier les bons deals, réaliser de bons choix tardifs et glaner de nombreuses reconnaissances. D’après l’insider — et fan de top 10 — de Yahoo! Sports, Kelly Dwyer, il aurait mérité le titre d’Executive of the Year en 2009 et ne tarit pas d’éloge à son sujet.
Le général manager des Houston Rockets Daryl Morey n’est pas un génie. Il n’a pas la moitié du cursus de ses collègues. Il est juste meilleur que les autres en tant que GM, pour le moment.
Une méthode : les chiffres.
En 2006, à son arrivée, il a livré au site clutchfans.net une partie de sa méthodologie et de ses influences, et affirmait alors avoir le soutien de Leslie Alexander, le propriétaire de la franchise, sur son approche.
La plus grande partie des décisions que j’ai eu à prendre dans une organisation ont vu leur tendance augmentée par l’utilisation de preuves objectives (chiffres, données, information) afin d’améliorer les prédictions, ou tester des suppositions avant les actes. Cette utilisation de preuves objectives fut testée avec succès dans de nombreux domaines, et rendu célèbre par les Oakland A’s et le livre Moneyball. Mais il y a eu de nombreux autres succès, les Boston Red Sox, les New England Patriots, etc.. Mr. Alexander fut à la pointe de cette tendance durant quelques temps, mon embauche est juste plus médiatisée que les autres améliorations qu’il a faites. De bonnes décisions augmenterons nos chances de gagner des matchs.
Depuis, sa méthode a fait ses preuves. Les Rockets ont gagné 52, 55 et 53 matchs sous sa direction, en tant qu’assistant puis general manager. Ils ont également réussi à atteindre le second tour des playoffs pour la première fois depuis 1997 !
Curieusement, si Morey a réussi, c’est davantage grâce à sa passion pour les chiffres que sa connaissance du basket. Bien sûr, il est fan de sport US en général et de basket en particulier. Seulement, contrairement à d’autres, il a compris qu’une équipe n’était pas juste un assemblage de scoreurs et que le talent ne se mesurait pas au nombre de points marqués.
ESPN Magazine lui a consacré un article en 2008 et explique sa manière de fonctionner. Ça vaut le détour. Eric Neel, qui a rencontré Morey, raconte que pour évaluer la meilleure manière de marquer un panier, il a pris plusieurs feuilles et a dessiné des demi-terrains. Il place alors une variable x représentant son meneur d’alors, Rafer Alston et a tracé plusieurs flèches. Chacune représente une action, une passe, un tir, une balle perdue, une pénétration. « Nous voulons évaluer au plus près le vrai impact d’une action, telle que mettre le ballon dans la raquette. » explique alors Morey.
Ces schémas ont un but : prouver que parmi le nombre incalculable de possibilités qui s’offre à Alston, certaines seront plus efficaces que d’autres.
Imaginez ce que vous voudriez savoir d’impossible si vous le pouviez, c’est à cela que nous travaillons.
Dans un entretien avec le New York Times, Daryl Morey va même un peu plus loin.
Nous traquons tout ce qui est possible et imaginable. Chaque pick-and-roll, quel est le résultat ? Chaque joueur sur le terrain, quelle est son efficacité ? La plupart, nous ne l’utilisons pas. Mais nous le faisons, car si nous avons une questions, nous aurons une réponse qui devient pertinente.
De la méthode aux actes, il n’y a qu’un pas. En 2006, les Rockets choisissent Rudy Gay en 8e position. Le choix parait bon, Gay est porté par la hype, il était même plutôt vu dans le top 5, mais Morey va décider de monter un deal impliquant son prospect et Stromile Swift pour récupérer Shane Battier car les chiffres ont montré qu’avec Battier, son équipe est meilleur au scoring, rebond, shoot et défend mieux.
Tout le monde veut Kevin Garnett, il a la taille parfaite, le corps, la mentalité, mais il faut souvent s’accomoder de moins. Derrière Yao et Tracy, nous sommes près à abandonner quelques centimètres pour plus de talent, ou pour un joueur qui joue dur et crée pour les autres, qui défendent et vont au rebond.
Cette philosophie, on la retrouve dans le roster des Rockets aujourd’hui. Rick Adelman, un coach qui aime le talent et la polyvalence, dispose de joueurs interchangeable, capable d’évoluer sur plusieurs postes, qui défendent, font des passes et pensent surtout au collectif.
Compenser les blessures
Alors, cet intersaison, quand il a fallu compenser la retraite de Dikembe Mutombo, la blessure de Yao Ming, l’absence de Tracy McGrady et la fin de contrat de Ron Artest, Daryl Morey a évalué ses options.
Son premier choix fut facile, Trevor Ariza.
Dès que vous avez la chance de signer un champion NBA qui n’a que 24 ans, je pense que vous devez sauter sur l’opportunité. C’est ce que nous avons fait. A la minute où j’ai entendu dire qu’il y avait une possibilité de le piquer aux Lakers, nous étions dans l’avion.
Idem pour trouver un intérieur. Marcin Gortat devenu indisponible, le Shaq parti aux Cavs, Dwight Howard intouchable, Daryl Morey a fait marcher ses réseaux et a été sensible aux appels du pied de David Andersen, qui se disait intéresser par un challenge en NBA mais ne recevait jamais de nouvelles des Hawks, qui l’avaient drafté en 2002. Il a récupéré ses droits pour un futur second pick et du cash, une aubaine. Ce deal peut rappeler l’arrivée de Scola. L’intérieur argentin n’a jamais signé aux Spurs et fut échangé avec Jackie Butler contre les droits de Spanoulis, qui souhaitait revenir en Europe.
L’ancien intérieur du CSKA Moscou et de Barcelone évolue dans un registre différent d’Hayes, Scola et Landry — aucun ex-first round pick. Plus offensif qu’Hayes, plus fuyant que Scola, plus technique que Landry, il s’intègre doucement (6.2ppg-3.1rpg en 14min) et a déjà fait chauffer quelques équipes comme les Lakers (19pts), les Nuggets (17pts-9rbs) ou les Mavs (16pts).
Le plus intéressant est peut-être de voir que seul Shane Battier et Tracy McGrady furent draftés plus haut que la vingtième place. Par contre, les seconds tours sont légion : Ariza et Scola, plus Hayes non drafté dans le cinq, Budinger, Andersen et Landry sur le banc. Preuve qu’un bon scouring report vaut toutes les hypes du monde.
Puis, on peut ajouter la couveuse des Rockets, qui contient Joey Dorsey, intérieur rebondeur et rugueux, actuellement blessé mais à son aise l’été dernier, ainsi que Jermaine Taylor, un arrière au potentiel athlétique et défensif fort intéressant. On peut aussi citer l’arrière australien Brad Newley, qui tourne à 17.8 points par match avec le Besiktas Istanbul.
Executive of the year ?
Pour marquer la league, il ne lui manque que le titre d’executive of the year à Daryl Morey. Si les Rockets maintiennent le cap et se hissent jusqu’en playoffs, sans joueur majeur payé plus de 7M$, Morey fera figure de candidat quasi incontournable.
Entre choix de draft tardifs effectués ou récupérés (Brooks, Landry, Budinger) et deal astucieux (Scola, Andersen, Lowry, Ariza), Morey a construit une équipe de qualité, à la construction cohérente, à moindre coût. Il a aussi prouvé que ses méthodes rationnels n’étaient pas farfelues, bien au contraire.

Cet article me fait penser au GM des Oklahoma Thunder, Sam Presti, qui fait de l’excellent travail aussi. Je ne sais pas par contre comment il fonctionne. Il me semble plus intuitif que le GM de Houston
Ya un peu de ça ouais. Des GMs assez jeunes venus de la société civile, les deux faisant en plus un boulot assez remarquable sur tout les plans (aspect financier, scouting…)
Après son fonctionnement a jamais été détaillé comme celui de Morey, je pense pas qu’il soit aussi à fond sur les chiffres que le GM des Rockets mais ya quand même une approche très méthodique et rationnelle chez lui : le juriste face à l’informatique en gros (leurs passés scolaires respectifs)
Diantre, article très très interessant !
k:
Chapeau Gayrome
Quand on voit l’approche de Morey pour faire progresser Alston, on se demande presque quand les joueurs auront des GPS au pied, pour traquer leurs moves au centimetre pres et bosser les tactiques au millimetre…
Plus serieusement, l’approche est vraiment particuliere. Mais je me demande si son approche, favorisant le collectif au detriment des stars « individualistes » ets issue de la statistique pure comme le souligne l’article ou si le mec n’est pas un visionaire en avant sur son temps, amenant une nouvelle vision du basket a la NBA…
tous a fait d’accord par contre joey dorsey s’eclate en d league avec 15ppg et 13.5rpg et env 2 bpg il a un profile a la ben wallace