Trois changements de coach en une saison – dont une légende comme Butautas parmi les victimes – , c’est du rarement vu. Le licenciement d’un coach – et son non-remplacement – alors que l’équipe est menée 2-1 en finales des play-offs, c’est du jamais vu. Que ces deux événements presque cataclysmiques se déroulent dans le même club, lors de la même saison est aussi probable que de croiser un éléphant en liberté à Strasbourg. C’est pourtant ce qu’a connu cette saison le Zalgiris Kaunas. Retour sur la saison très agitée du Géant Vert lituanien…
La saison du renouveau
Pour comprendre comment le Zalgiris en est arrivé a cette situation, il faut remonter a la fin de la saison 2008-09. En mai 2009, le Zalgiris est au fond du trou. Le club est surpassé sportivement par le Lietuvos Rytas. Et financièrement, la situation n’est pas meilleure : salaires impayés, dettes non-rembourses; le club est menacé de perdre sa Licence A le qualifiant automatiquement pour l’EuroLeague. Malade, il se cherche un repreneur qui viendra renflouer les caisses et redresser la barre.
Le sauveur sera Vladimir Romanov, un excentrique homme d’affaires russo-lituanien. Via la Ukio Banko Investicine Grupe (banque d’investissement dont il est le président), il rachète 75% des parts du Zalgiris Kaunas et prend les commandes du club. Il y injecte directement 1,5 million d’euros pour régler les problèmes urgents. Un signal fort est envoyé: le Zalgiris est sauvé. Mieux, son nouveau propriétaire semble bien décidé à remettre en marche le mythe lituanien. Le recrutement et les mouvements opérés à l’entre-saison démontrent bien cette ambition retrouvée. L’arrière Marcus Brown, le meilleur scoreur de l’histoire de l’Euroleague, revenait en Lituanie après deux saisons passées au Maccabi. L’aspirateur à rebonds Travis Watson et le longiligne Mirza Begic venaient renforcer une raquette orpheline de Tanoka Beard. On notera aussi l’arrivée en cours de saison du très bon PG slovène Alskandar Capin. Ces arrivées se greffent à une base lituanienne bien en place, mixe entre la jeunesse et les promesses des PG Mantas Kalnietis et de l’ailier Tadas Klimavicius et de l’expérience de l’ancien mais toujours aussi bon Dainius Salenga.
Les débuts sont encourageants. Pour l’ouverture de la saison Euroleague, les Lituaniens donnent une leçon de basket à l’ASVEL. Mantas Kalnietis (17 points), Marcus Brown et Martynas Pocius (16 points chacun) et Travis Watson (14 rebonds) martyrisent les Lyonnais et le Zalgiris remporte le duel 71-52. Mais le club rentre bien vite dans le rang, se faisant corriger 84-64 à Sienne la semaine suivante. Mais là où le Zalgiris prouvera sa puissance, ce sera en Ligue Baltique. Ils sortiront un début de saison parfait, cumulant 9 larges victoires sur les 9 premières rencontres (écartant le Siauliau, Valmiera, Tartu Rock à 2 reprises, VEF Riga, Nevezis, Kalev/Cramo, Lauvas et Ventspils). De quoi aborder en pleine confiance le déplacement au Lietuvos Rytas. Les Verts entament le match de manière idéale, rejoignant les vestiaires avec un avantage de 7 points. Un avantage qui sera complètement dilapidé en seconde période. Les locaux réalisent la deuxième période parfaite, plaçant un effroyable 54-30 à un Zalgiris complètement dépassé. La défaite 91-74 est amère. D’autant qu’une semaine plus tard, le club se fait très peur. En déplacement chez les Estoniens du Kalev/Cramo, le Zalgi ne remporte le match que d’un point (81-82) après avoir été mené 81-72 à 2 minutes de la fin…
Un premier licenciement…
Ces deux sérieux contre-coups mettront à mal la confiance du président en son coach. D’autant qu’en Euroleague, le club est à la dérive. Après la victoire initiale face à Villeurbanne, les Lituaniens ont vécu une période de vaches maigres, cumulant 7 défaites consécutives, face au Barça et Sienne à deux reprises et face au Cibona, à l’ASVEL et au Fenerbahce. Le collectif, si clinquant en début de saison, semble tomber en déconfiture, tant en Euroleague qu’en Ligue Baltique. En cette fin 2009, le club reste sur un bilan négatif : deux défaites humiliantes face au Lietuvos Rytas (91-74) et au Regal Barcelona 89-55) et une victoire étriquée, presque toute aussi humiliante pour un club du calibre du Zalgiris, face au Kalev/Cramo.
C’en est trop pour Vladimir Romanov, le sanguin président du club. Car oui, Vladimir Romanov est un sanguin dans sa manière de diriger. Les fans des clubs de FBK Kaunas et du Heart of Midlothian, deux clubs également au main du magnat russo-lituanien peuvent en témoigner. Le premier nommé est une institution en Lituanie, 8 fois champion national entre 1999 et 2007. Une montagne solidement installée au sommet du football lituanien que Romanov a réussi, tout seul comme un grand, à faire rétrograder en ligue amateur. La raison: le refus par la ligue lituanienne de football d’une révision – proposée par Romanov – du mode de désignation des arbitres. Une proposition refusée par la ligue. Comme outil de pression, Romanov a alors menacé de quitter le championnat. La ligue n’a pas plié, et le club a été exclu. Tout simplement… En Ecosse, les Hearts of Midlothian doivent se souvenir du « coup » réalisé par Romanov lors de la saison 2005-06http://portail.noli.fr. Pointant en tête du championnat après une série de 10 victoires consécutives, Romanov décide de virer le coach en position, George Burley. Le club terminera 2ème du championnat, mais la manoeuvre de Romanov est restée à travers la gorge de certains fans. D’autant que depuis, le club écossais s’est « lituanisé » et est sérieusement retombé dans la hiérarchie nationale.
Pour en revenir à notre Zalgiris, comme souvent en cas de mauvaises passes, c’est le coach qui paie: Gintaras Krapikas est démis de ses fonctions le 22 décembre 2009, remplacé par Ramunas Butautas, coach de l’équipe nationale.
… Suivi d’un deuxième…
Un Butautas qui ramènera la confiance dans le groupe. Il parviendra à aller chercher deux victoires consécutives en Euroleague – face au Bahce et au Cibona – pour qualifier les Lituaniens pour le Top16. En Ligue Baltique, le Zalgiris redevient là aussi convaincant, imposant sa loi au Nevezis, au Siauliau et à Lauvas. Seul Ventspils parviendra à battre les hommes de Butautas. Qualifié pour le Top16, les Lituaniens sont versés dans la poule de Malaga, du CSKA et de Prokom. L’entame est délicate : dans un derby de la Baltique, le Zalgiris chute lourdement à Gdynia face au Prokom. Et une semaine plus tard, c’est à Moscou que les Lituaniens prennent la leçon. A quelques heures du troisième match du Top16 face à Malaga, Romanov donne un grand coup de balai dans la direction sportive du club : les victimes sont le coach Ramunas Butautas (présentant pourtant un bilan de 5-3 depuis sa prise de fonction) et le directeur sportif Algirdas Brazys. En cause : une nouvelle fois des résultats sportifs décevants.
Et pour remplacer un mythe tel que Butautas et obtenir des meilleurs résultats, Vladimir Romanov met en position Darius Maskoliunas, l’ancien assistant-coach de Butautas. Celui-ci obtiendra des résultats très convaincants. En Euroleague, malgré le mauvais départ pris dans le Top16, Maskoliunas parvient à faire renaître l’espoir en remportant deux de ses trois premières rencontres. Il parvient ainsi à écarter Malaga et le Prokom, transformant le déplacement à Moscou en manche décisive. Malheureusement, le club tombera sur plus fort que lui ce soir-là: le CSKA l’emporte 84-71, éliminant le Zalgiris tandis que Gdynia validait son ticket pour les quarts de finale face à Malaga. « Débarrassé » de l’Euroleague, Maskliunas a su remobiliser ses troupes pour partir à l’assaut de la Ligue Baltique. Une remobilisation efficace, puisque le club a terminé le championnat en boulet de canon. Trois victoires sur les 3 derniers matchs de saison régulière (après OT face au Kalev/Cramo, face au VEF Riga et surtout face au Lietuvos Rytas), de bonne augure en vue du Final Four à la Siemens Arena de Vilnius (fief du Lietuvos Rytas).
En demi-finale, le Zalgiris Kaunas retrouve le BK Ventspils. Et de match, il n’y en aura pas. Pourtant mené de 7 points à la mi-temps, Kaunas enquillera un 29-8 dans le troisième quart-temps. Trop pour des Lettons du Ventspils dépassés, qui ne reviendront plus dans le match et laisseront la finale à un derby entre les deux géants du basket lituanien, le Zalgiris et le Lietuvos Rytas.
Une finale qui rentrera dans les annales, tant le come-back réalisé fut impressionnant. Après un premier quart-temps équilibré, le Lietuvos place un permier coup d’accélérateur et claque un 18-3, les propulsant à 30-16. L’écart restera stable, la mi-temps étant rejointe avec 46-32 au marquoir. Revenu des vestiaires le couteau entre les dents, les Greens attaquent le troisième acte de la plus brillante des manières avec un gros 17-2 – des frais de Pocius et Brown – les plaçant pour la première fois aux commandes. S’en suit une lutte où les coups sont rendus à l’identique, l’écart n’atteignant plus les 5 points. Jusqu’au sprint final du Zalgiris qui, dans les cinq dernières minutes, parvient à donner le coup de rein nécessaire pour enchainer un 11-2 – administré cette fois-ci par Klimavicius et Salenga – décisif pour la conquête du titre.
… Avant des finales de play-offs complètement folles
Sacré en Ligue Baltique et assuré d’être présent en Euroleague en 2010-11, le Zalgiris peut donc se concentrer sur la conquête du titre national. On passe les détails de la saison régulière (remportée par le Lietuvos Rytas avec 23-1, devant le Zalgi et son 22-2) et les play-offs (sweeps à tous les tours pour les deux « Grands »), pour se concentrer sur les finales. Des finales complètement dépourvus de tout sens logique.
En tant que vainqueur de la phase classique du championnat, le Lietuvos Rytas a l’avantage du terrain dans ces finales se jouant aux meilleurs des 7 manches. Et pour le match inaugural, le 4 mai, , le Zalgiris créé la surprise en allant récupérer cet avantage à Vilnius. Plus agressif (26 fautes provoquées à 17) et plus précis (notamment un formidable 27/30 aux LF), le Zalgiris étaient les locaux 77-90. Les grands artisans de ce succès initial sont Mantas Kalnietis (19 points, 4 assists) et surtout un Tadas Klimavicius qui cumulera 22 points et 9 rebonds. De bon augure pour la réception par le Zalgiris, 3 jours plus tard, des voisins. Un match qui se disputera selon le même schéma. Les visiteurs sont plus agressifs et provoquent et rentrent plus de lancers-francs (27/33 pour le Lietuvos cette fois). A la mi-temps, le sort est presque déjà scellé. Le Zalgiris est mené de 13 points et s’inclinera au final 64-75, les bourreaux se nommant Kenan Bajramovic (24 points), Martynas Gecvicius (18 points) et Arturas Jomantas, auteur lui de 13 points, 8 rebonds et 6 assists.
L’affront de la défaite initiale est effacé par le Lietuvos, qui se remet en marche vers le titre et le ticket Euroleague qui va avec. Le message sera bien reçu par les hommes de Kurtinaitis qui s’imposeront après s’être faits de belles frayeurs. Menant 64-53 après 30 minutes de jeu, le Zalgiris va parvenir à revenir dans le match grâce à un 13-0 lors des 6 premières minutes du dernier acte. A 65-67, les deux équipes sont aux coudes à coudes avec 3 minutes à jouer. S’en suit 3 minutes de folie furieuse offensive, durant lesquels tous les coups sont rendus à l’identique. Et à ce petit jeu, le Lietuvos Rytas impose sa loi à domicile. En 3 minutes, les locaux rentreront 18 points pour finalement l’emporter 83-81.
Mais dans cette saison, rien n’est complètement logique Alors que tout le monde s’attendait à un 4ème duel « normal », Vlad Romanov réapparait. Déçu par les résultats, il met à pied Darius Maskoliunas à quelques heures du match. En réaction, les joueurs menacent de ne pas prendre part aux match. Mais ils se ravisent finalement, par crainte de représailles financières, tout en évitant soigneusement tout commentaire sur les problèmes connus dans les coulisses (toujours par craintes de représailles). Mieux, plutôt que de virer Maskoliunas pour le remplacer dans la foulée, Romanov ne nomme pas de remplaçant. Et c’est donc sans coach que le Zalgiris reçoit Rytas pour un match 4 presque décisif. Sans coach, c’est l’expérimenté Marcus Brown qui assume la fonction d’entraineur-joueur. Et il brillera dans les deux rôles: avec 17 points et 3 steals, il indiquera le chemin à suivre. Et en tant que coach, il opérera des choix bien souvent judicieux. Comme faire confiance aux seconds couteaux Capin et Pocius, deux joueurs qui se montreront décisifs lors d’un deuxième quart-temps durant lequel le Zalgiris a pris jusqu’à 10 points d’avance. Un écart qui sera ensuite parfaitement géré, notamment grâce aux 13 points-7 rebonds de Dainius Salenga, les 9 points-6 rebonds de Klimavicius et les 10 points-11 rebonds de Travis Watson. Bref, un coup de maître pour les débuts de Marcus Brown en entraineur-joueur.
Quatre jours plus tard, jour du cinquième duel, nouvelle surprise puisque Romanov n’a toujours pas nommé de nouveau coach. C’est donc toujours Marcus Brown qui débarque à Vilnius avec sa double-casquette de joueur-entraineur. Mais le Lietuvos Rytas, ce lundi 17 mai, est bien trop fort. Prenant le Zalgi à la gorge dès l’entame de match (11-0 dans les 3 premières minutes), le Lietuvos Rytas rétablira son honneur en remportant le duel 89-75. un succès probant, qui place le club à un succès du titre. Un titre qui pourrait être acquis dès ce soir, sur le parquet d’un Zalgiris toujours sans coach…
La crainte de sanctions plus lourdes
Et déjà, suite au licenciement « surprise » de Maskliunas, des voix s’élèvent contre un éventuel « arrangement » entre ami. Le toujours très bien informé BallinEurope avance les supputations et les craintes de certains d’avoir à faire à un championnat joué d’avance. Pourquoi? Car l’enjeu de ces finales est double. Elles doivent permettre de désigner le champion national, mais pas seulement.
En effet, là où le Zalgiris Kaunas est assuré de sa présence en Euroleague l’an prochain (grâce à la Licence A acquise par le club, le Lietuvos Rytas doit lui être sacré pour pouvoir accéder à la poule aux œufs d’or européenne. Et vu que le Lietuvos Rytas – le club – est détenu par le journal Lietuvos Rytas, principal journal national, il est peut être tentant pour un personnage aussi controversé que Vladimir Romanov d’avoir bonne côte auprès d’une telle institution. D’où la tentation – et la crainte – d’interpréter la manœuvre opérée à quelques heures du Game 4 comme un coup de force de Romanov et une immersion du Président dans les affaires sportives du club, chose qui ne serait pas une première dans le chef de Romanov. D’autant que cette décision a donné lieu à une situation de vacance du poste d’entraineur, Romanov refusant de nommer un assistant-coach à la place…
Plus concrètement, la fédération lituanienne a décidé d’enquêter sur ce licenciement. Tant la méthode Romanov déjà expérimenté au Heart of Midlothian qu’avec Butautas – virer l’entraîneur quelques heures avant la rencontre, les motifs avancés – Maskulions ne ferait pas de son mieux pour le club – ne semble plus convaincre grand monde à la fédération… Sans aller jusqu’à parler de complot ou de championnat arrangé, il est certain que depuis l’arrivée de Romanov au Zalgiris, une ambiance pourrie s’est installée dans le club.





Bon beh le suspense continue en Lituanie. Le Lietuvos est tombé ce soir face au Zalgiris. Les Verts l’ont emporté 77-63, notamment grâce à un finish époustouflant, 12-0 sur les 6 dernières minutes de match… Enorme, et bien trop fort pour une équipe du Lietuvos Rytas pourtant toujours devant à la fin du 3ème quart-temps…
Bref, un match de plus au programme dans ces finales de LKL complètement indécises et folles. Le Game 7 est prévu dimanche à 18h10 (si je ne me suis pas planté dans mes décalages horaires) et devrait être possible à suivre en direct sur le site du journal Lietuvos Rytas – http://www.lrytas.lt/videonews/live/
Merci pour cet article…complétement dingue !