EuroBasket : le basket en Pologne.

La Pologne accueille l’Euro 2009 sans le statut de grande nation. Comme en Suède il y 6 ans, ce sera une occasion de découvrir un autre basket et de donner un nouvel élan à un pays historiquement faible sur la scène continentale. Mais aujourd’hui, la Pologne a un joueur NBA, quelques vedettes du vieux continent et une équipe U16 demi-finaliste de l’Euro de la catégorie. Le début d’une nouvelle aventure ?

Un peu d’histoire.

Pour trouver trace d’un basket polonais glorieux, il faut remonter aux années ’60 où l’équipe de Witold Zagorski est allé cherchée 3 médailles européennes consécutives (argent en 1963, bronze en 1965 et ’67) et a brillé aux Jeux Olympiques de 1964 et ’68 (6e à chaque fois). Les stars de l’époque se nommaient Janusz Wichowski, Mieczyslaw Lopatka, Bohdan Likszo, Zbigniew Dregier et Kazimierz Frelkiewicz. Depuis le début des années ’70, la Pologne n’a jamais fait mieux qu’une septième place à l’Euro… lorsqu’elle s’y qualifiait. En effet, depuis 1987, la Pologne n’a obtenu son ticket qu’à trois reprises.

En club, la Pologne n’a jamais connu de réelle domination continentale. Aucun titre n’est venu couronner les aventures de Wroclaw ou Sopot dans les compétitions européennes. Le championnat est dominé depuis une dizaine d’années par l’Asseco Prokom, anciennement basé à Sopot, délocalisé à Gdynia cet été pour des raisons financières. Le club s’est fait une place en Europe lors de la FIBA Champions’ Cup 2003, où les hommes d’Eugeniusz Kijewski ont atteint la finale de la compétition. Depuis 2004-05, le club polonais dispute l’Euroleague. En 5 saisons, il est arrivé 3 fois au top 16, mais n’a jamais passé ce cap.

Mais la domination de l’Asseco Prokom est mise à mal par un autre ambitieux, Turow Zgorzelec, vice champion depuis 3 ans et quart de finaliste de l’ULEB Cup 2008. Cet été, pour détrôner le rival, le club de Zgorzelec a embauché Sasa Obradovic pour diriger l’équipe.

Parmi les grands joueurs du passé, on retrouve évidemment les héros des années 60, mais aussi, Zdzislaw Filipkiewicz (leader de l’équipe olympique de 1936), Andrzej Adamek, le meilleur joueur polonais des années 90, l’inusable Adam Wojcik et la nouvelle génération, menée par des joueurs qui ont tenté leur chance en NBA (Cezary Trybanski qui a débarqué en NBA en 2002, Szymon Szewczyk drafté en 2003, Maciej Lampe, 30e choix en 2003, et Marcin Gortat, en NBA depuis 2007)

Wojcik, l’emblème.

Si le basket européen fait partie de vos passions, vous avez sûrement déjà croiser Adam Wojcik en Coupe d’Europe. A 39 ans, ce vétéran du circuit, professionnel depuis 1987, présent à l’Euro ’91 a bourlingué à travers toute l’Europe. Il a évidemment joué en Pologne, mais surtout en Belgique (Oostende, Charleroi), en Grèce (Peristeri), en Espagne (Malage) et en Italie (Capo d’Orlando). Huit fois champion de Pologne, quatre fois MVP du championnat, douze fois all-star polonais, The Professor est une légende au pays de Copernic.

Attaquant polyvalent, intérieur à l’ancienne amateur de feinte « de grand papa », Wojcik dispose surtout de bonnes mains et de suffisamment de vice pour scorer sans déchet. Vous vous souvenez peut-être de l’Euro 2007, France-Pologne au premier tour, où il a scoré 19 points (7/9) en 25 minutes. S’il n’a pas tenu tout le tournoi à ce rythme (12pts contre l’Italie quand même), Wojcik sera un complément idéal à Gortat, Lampe et l’énigme Szewczyk.

Lampe, le leader.

Né en Pologne, a grandi en Suède, passé par le centre de formation du Real Madrid, Maciej Lampe a connu une enfance riche en expérience. Mais à 18 ans, il tentera celle de trop, ou trop tôt. Après une saison en LEB, il décide de se présenter à la draft 2003 où il fait figure de « nouveau Nowitzki » un an après Nikoloz Tsikichvili… Forcément, sa cote descend, il est sélectionné en 30e position par les Knicks où il ne jouera jamais…

Sa carrière NBA se résumera à des transferts, il fait partie du package envoyé par les Knicks pour récupérer Stephon Marbury. Dans une équipe sans ambition, il joue 10.7 minutes pour 4.6 points et 2.1 rebonds par match, avec une top perf à 17 unités contre les Bucks le 20 mars 2004. Il ne fera jamais mieux, en janvier 2005 il est envoyé aux Hornets, puis aux Rockets en février 2006. Conscient qu’il n’arrivera pas à se faire une place en NBA, il part à l’été 2006 pour la Russie, d’abord au Dynamo Saint Petersburg, qui fera faillite quelque temps plus tard, puis au Khmiki Moscou, où il arrivera enfin à s’exprimer. &laquo Vous savez, j’étais trop jeune quand j’ai quitté le Real Madrid pour jouer en NBA. Parfois, vous devez avoir de la chance, je n’en ai pas eu. » confessera-t-il en 2008 à HoopsHype

En 3 ans au Khimki, il a accompagné la croissance de cette équipe gloutonne sur le marché des transferts, et devenu la seconde force du pays. En février 2008, il gagne la coupe de Russie face au CSKA Moscou et il est nommé MVP de la finale. Malgré un contrat longue durée, il décide en juin 2009 de signer au Maccabi Tel-Aviv où il découvrira enfin l’Euroleague. Avant de revenir en NBA ?

Est-ce que j’ai envie de revenir en NBA ? Bien sur. Mais si je reviens, je jouerai de grosses minutes. Je veux faire partie intégrante d’une équipe.

Avant ce nouveau challenge, il découvrira une compétition internationale — il avait fait l’impasse en 2007 — avec la Pologne. Sa sélection aura bien besoin de son scoring ultra efficace et très polyvalent (10.9 points, 55.3% inside, 60.9% outside cette saison), de ses talents de rebondeurs et de son sens du jeu. Plus mobile et plus habitué aux responsabilités que Gortat, il aura un vrai rôle de leader à tenir.

Gortat, the polish hammer.

Marcin Gortat, avant les playoffs 2009, beaucoup ne savaient même pas qu’il existait. Pivot robuste de 2.13m, plus physique que technique, plus amateur de taches obscures que scoreur de talent, il n’avait en fait rien pour plaire à l’amateur de basket lamda. Et puis, sont arrivés les playoffs où son sens du contre et sa défense ont fait mouche. Mais comment en est-il arrivé là ?

Gortat, passionné de football, a débuté le basket sur le tard. A 17 ans, le club de Lodz achève sa formation et le lance dans le grand bain. Il est alors repéré par les dirigeants du RheinEnergie Köln qui développera définitivement son potentiel. En Allemagne, il étoffe son palmarès avec quelques coupes et un titre de champion 2006 qui lui permettra de découvrir l’Euroleague. En 2005, à 21 ans, il est sélectionné en 57e position de la draft par les Suns, qui échangeront ses droits au Magic contre du cash.

En 2007, il débarque en Floride, mais il est rapidement envoyé en DLeague pour se faire les dents. Il débute finalement le 1er mars 2008, contre les Knicks, où il inscrit ses premiers points et gobe son premier rebond. Il fera ses premières étincelles lors du dernier match de la saison, 27’51 contre les Wizards, 12 points, 11 rebonds et une victoire de 20 points.

La saison 2008/09 est partie sur les même bases, jusqu’à la mi-décembre où il réalise un double double contre les Warriors (16pts-13rbs) C’est le déclic, il ne quittera plus la rotation, et devient le parfait complément de Dwight Howard.

Son inexpérience et son manque de talent offensif n’en font pas un leader naturel et pourraient même limiter ses minutes vu le talent des autres intérieurs, mais il est évident que son nouveau statut en NBA fait de lui une figure populaire au pays et un joueur d’impact en défense. Suffisant pour démarrer les matchs et devenir un joueur régulier dans la rotation de Muli Katzurin.

Logan, l’aide extérieure.

Si la Pologne a un secteur intérieur plutôt fourni, on ne peut pas vraiment en dire de même des ailes, et de la mène. Ainsi, la fédération a naturalisé David Logan, le meneur – scoreur – bombardeur de Prokom, présent depuis 3 ans en Pologne. Ancien vainqueur du NCAA II Player of the Year Award et meilleur scoreur de l’histoire de l’université d’Indianapolis (à ne pas confondre avec les Hoosiers d’Indiana), Logan a trouvé en Pologne toute la reconnaissance qu’il cherchait.

Associé à une autre mitraillette ambulante à l’arrière (Daniel Ewing), Logan a planté 17.3 points au premier tour d’Euroleague, puis 16.2 points au top 16, avec quelques pointes intéressantes à Sienne (25pts) ou au Pyrée (24pts). Les supporters de Nancy se rappelleront sûrement également de lui, puisqu’il avait scoré 22 points en Lorraine et 18 en Pologne.

Joueur vif, porté sur le scoring, capable de défier les grands dans la raquette comme d’allumer des bandrilles de loin, Logan sera une aide non négligeable à la sélection polonaise, privée d’Andrzej Pluta (à la retraite), son meilleur scoreur de l’Euro 2007. Petit détail qui a son importance, avec Prokom, il a l’habitude de jouer 35 minutes, voire 40 si nécessaire. Vu la faiblesse générale du backcourt, il ne serait pas étonnant de retrouver Logan avec un gros temps de jeu durant l’Euro… et ainsi le retrouver parmi les meilleurs scoreurs du tournoi.

Perspectives.

Après vous avoir présenté quelques forces individuelles en présence, il est temps de se demander ce que la Pologne pourra faire chez elle. Passer à la trappe ? Chatouiller les gros ? Viser les quarts de finale ?

Les matchs amicaux n’ont pas apporté des tonnes d’enseignements, notamment car Logan est arrivé plus tard au camp, une fois son passeport régularisé, et, car Gortat a eu quelques problèmes de dos. Au complet, ils ont battu Israel, mais ils ont notamment perdu contre la Turquie et la Macédoine durant les matchs précédents. Globalement, cette équipe semble coupé en deux, entre une raquette fournie et un secteur extérieur désert, sans shooteur pur. Logan peut palier à ce déficit, mais à trop shooter, il peut aussi se trouer, comme le rappelle son 16/58 (soit 27.6%) en première phase d’Euroleague 08.

Logan, Lampe et Gortat devront imposer leur leadership, Adam Wojcik et le sleeper Krzysztof Szubarga, bon gestionnaire, excellent défenseur mais offensivement limité, seront là pour donner un coup de main mais la rotation de Muli Katzurin n’est pas extensible à l’infini.

Le format de la compétition peut permettre à la Pologne de se qualifier pour le second tour, à condition de battre la Bulgarie de Pini Gershon (qui est probablement plus équilibré avec un gros scoreur intérieur et un gros scoreur extérieur) mais elle apparaît clairement en dessous des autres membres du groupe B, la Turquie et la Lituanie.

Espoir : Premyslaw Karnowski.

Il ne sera pas membre de la sélection polonaise en septembre, et pour cause, il n’a que 16 ans. Mais le leader des U16 a frappé un grand coup en Lituanie avec ses 10 points, 7.7 rebonds, 1.6 assists et 1.4 blocks en 9 matchs. Du haut de ses 211 centimètres, il a déjà montré qu’il avait tout d’un grand.

Si bien que le portail polonais Gazeta Pomorska s’est intéressé à son cas et a notamment dévoilé que des équipes espagnoles, italiennes, françaises et grecques avaient flashé sur la pépite polonaise. Parmi les clubs cités, on retrouve Barcelone, Malaga, Vitoria et le Panathinaikos. Des clubs qui lui ouvriront des portes mais qui ne lui garantiront pas une place en équipe première à long terme.

Des universités américaines se sont aussi penchés sur son cas et ses parents ont confirmé avoir déjà reçu des offres de bourse, alors que techniquement, il ne pourra s’inscrire que dans deux ans. S’il choisit cette voie, il peut toujours intégrer un lycée américain au préalable et cela lui donnera, à terme, une plus grande visibilité auprès des scouts NBA.

On n’en est pas encore là, et le plus important reste le développement de ce joueur grand, mobile, dominant, capable de donner le ballon dans de bonnes conditions et qui sent bien le jeu. Sur le site European Prospects, on peut notamment lire que Karnowski est déjà « plus qu’un grand big man. »