Après avoir examiné quelques gros, nous faisons un arrêt par le Rhône et Villeurbanne, de retour au plus haut niveau européen après 4 ans d’absence. Les troupes de Vincent Collet ne sont évidemment pas des favoris à la qualification au Final Four, mais les verts ont entamé leur mue, ont posé la première pierre du projet avec le titre de champion l’an passé.
Recrutement d’Euroleague.
Si on en croit le staff technique, l’ASVEL a obtenu ses principales cibles et le recrutement opéré à plutôt de la gueule. Si Reynolds, Sy, Troutman, Bogavac ont quitté le club, de l’expérience européenne est arrivée.
Gilles Moretton a rapidement annoncé les arrivées de Bobby Dixon et Curtis Borchardt — sous la forme d’un jeu plutôt original. Le premier, quasiment inconnu avant que Le Mans ne le cherche en janvier dernier, a réalisé une seconde partie de saison incroyable et a redynamisé une équipe mancelle pas transcendante jusque là. Scoreur, créateur et couillu, il a tout du bonhomme capable de faire basculer un match d’Euroleague. Borchardt débarque lui d’Espagne où il vient de passer 4 ans à Granada. 2.10m et meilleur rebondeur de l’ACB l’an prochain, il répond au standard de l’Euroleague.
Par la suite, le staff vert est allé prospecter du côté des pays de l’Est et a débauché le lituanien Mindaugas Lukauskis en provenance du Lietuvos Rytas et l’estonien Kristjan Kangur du BC Kalev. Là encore, c’est expérimenté, puisque Lukauskis a remporté deux coupes ULEB (2005 et 2009) et a déjà connu l’Euroleague. Le second a connu le championnat d’Allemagne et fut MVP des dernières finales estoniennes l’an passé. Il apportera une énorme densité physique et du combat sur les deux spots d’ailier.
Pour jouer les utilités, TJ Parker est arrivé dans les bagages de son frère mais a dû passer sur le billard pour des problème de genou et Thomas Heurtel est arrivé en provenance de Pau-Orthez puis fut prêté à la SIG afin d’engranger de l’expérience et du temps de jeu.
Une rotation trop limitée ?
Si l’ASVEL a effectué un recrutement de qualité, la quantité risque d’être juste. En France, l’habitude n’est pas au roster de 15 pros mais miser sur 9 joueurs et des espoirs risquent d’être juste si les blessures pointent leur nez. Il ne faut pas oublier le rythme de l’Euroleague et ses 3 matchs par semaine.
La mène est plutôt intéressante avec le leadership de Bobby Dixon et le gestionnaire Aymeric Jeanneau. C’est complémentaire, ça tiendra la route en Euroleague, et on peut imaginer que Vincent Collet utilise les deux ensembles par séquence, même si la petite taille de Dixon est un frein à ce type d’association.
Sur les ailes, quatre joueurs confirmés se partageront le poste. Mindaugas Lukauskis, Ben Dewar et Laurent Foirest ne seront appelés que sur les postes 2 et 3. Kristjan Kangur est davantage un 3-4. Et c’est là qu’un cinquième élément peut manquer. Edwin Jackson ? Vincent Collet l’a appelé en équipe de France, il croit donc un minimum en lui. Mais il sera prêté pour apprendre les responsabilités à Rouen plutôt que de disputer 10 minutes par-ci, par-là. Son sens du scoring et sa vista auraient pû être utiles.
A l’intérieur, Kangur donnera quelques minutes avec Curtis Borchardt, Ali Traoré et Eric Campbell. Les deux pivots sont complémentaires et on peut imaginer une association, Eric Campbell est un formidable energizer mais ne mesure qu’1.98m. Le jeune Bangaly Fofana, 2.10m, est encore en phase d’apprentissage mais sera incorporé au groupe pro cette saison.
La rotation n’est pas extensible avec quelques joueurs amenés à jouer sur deux postes. La défaite contre Dijon en Pro A ne doit pas être vue comme un signe de faiblesse, elle peut largement s’expliquer par une préparation tronquée, un coach absent, des joueurs à l’Euro 3 semaines avant la reprise. Sur la durée, l’ASVEL est le favori du championnat de France et un candidat au top 16 de l’Euroleague.
Focus sur … Curtis Borchardt.
Curtis Borchardt aurait dû être une de ces brutes qui se baladent en NBA. Un pivot rustre, physique, qui défend dur mais limité offensivement. Une doublure classique. Sélectionné en 18e position de la draft 2002 par le Magic, l’ancien pensionnaire de Stanford sera immédiatement dealé au Jazz. Mais les blessures le rattraperont et il passera son année rookie en rééducation.
Il réalise ensuite deux saisons sous les ordres de Jerry Sloan qui n’a jamais été contre les gros pivots blancs (Eaton et Ostertag sont là pour le rappeler). Il dispute au total 83 matchs pour 13.5 minutes de présence sur le parquet, 3.1 points à 42.1% et 3.3 rebonds de moyenne. Il fait ensuite partie du plus gros deal NBA, qui a impliqué 5 équipes et 13 joueurs, et rejoint les Celtics qui ne le conservent pas au-delà de la présaison.
Il part alors pour l’Espagne et le CB Granada. Le genre d’équipe où on fait une pige d’un an le temps de se faire remarquer… Lui y restera 4 ans, il oscillera entre demi-saison et saison pleine, et s’impose parmi les meilleurs rebondeurs du championnat, avec 10.1 prises en moyenne sur 4 ans.
Cet été, l’ASVEL, en quête d’un pivot pour l’Euroleague met la main sur lui. Il complètera parfaitement le potentiel offensif d’Ali Traoré avec sa taille, ses rebonds et son travail de l’ombre. Une très bonne pioche pour l’ASVEL, comme pour la Pro A.
Le coach : Vincent Collet.
Ancien joueur de Nationale 1, Vincent Collet a connu une deuxième partie de carrière intéressante au sein de l’élite à l’ASVEL, au Mans puis au Havre. Arrière ou meneur de jeu au shoot soyeux — natif de Saint-Adresse, ça ne s’invente pas — et auteur de 989 passes décisives en Pro A, il s’est forcément orienté vers le boulot de coach à la fin de sa carrière.
Il commence au Mans, en tant qu’assistant d’Alain Weisz puis lui succède en 2000. Entraineur de l’année en 2001 et 2004, et présent sur le banc au All-Star Game en 2001, 2003 et 2008, il permet surtout au Mans de se stabiliser en tête du championnat, et de sécuriser en 2006 une place en Euroleague pour trois saisons au bénéfice du ranking, preuve de la régularité des performances de son club. Mais en Euroleague, il ne parviendra jamais à passer le premier tour.
En 2008, il est engagé par l’ASVEL pour franchir un nouveau cap, gagner le titre et retrouver l’Euroleague. Mission accomplie dès la première année. Au passage, il est nommé à la tête de l’équipe de France qu’il qualifie au championnat d’Europe et qu’il mène à la cinquième place de la compétition. Il rend même les bleus agréables à voir jouer.
Vincent Collet est un coach fidèle à des principes de jeu : jeu de passe rapide, balle en mouvement, alternance extérieur / intérieur avec un poste 5 fort. On sent la patte d’un ancien meneur de jeu dans ses schémas. Il est également très attentif à l’aspect défensif et reste un formateur accompli. Au Mans, il a sorti Koffi, Bokolo, Amagou, Batum et Diot, à l’ASVEL, il faudra peut-être s’habituer à Bangaly Fofana, Paul Lacombe, Octavio Da Silveira et Jerome Sanchez, en attendant Thomas Heurtel et Edwin Jackson.
Roster
| PG | Bobby Dixon | Aymeric Jeanneau | TJ Parker |
| SG | Mindaugas Lukauskis | Ben Dewar | Paul Lacombe |
| SF | Kristjan Kangur | Laurent Foirest | Jerome Sanchez |
| PF | Ali Traore | Eric Campbell | Octavio Da Silveira |
| C | Curtis Borchardt | Bangaly Fofana |





Excellente preview de l’ASVEL. C’est vrai qu’il faut pas les voir comme des favoris au F4 mais ce serait déjà bien de revoir un club français au top 16.
J’aimerais vous poser une question, est-ce que vous pensez que c’est une bonne chose pr le basket français d’avoir un très gros, type ASVEL, qui dominerait le championnat et qui nous représenterait chaque année en Euroleague ?
Merci.
Pour moi, c’est une bonne chose, en France on aime bien l’alternance, et depuis quelques années on avait chaque année un nouveau champion.
Le problème, c’est que derrière, en Euroleague, on se retrouve avec des clubs qui ne sont pas au niveau, qui n’ont pas la puissance financière pour bâtir une équipe digne d’un top 16.
Les Cibona, Olimpija, Partizan, Zalgiris sont des clubs dominateurs au niveau national, ils arrivent à recruter de bons américains, car ils savent qu’ils trouveront un tremplin pour un club plus grand. L’an passé, par exemple, Alan Anderson a brillé au Cibona, cette année, il se retrouve au Maccabi.
L’ASVEL doit devenir ce type d’équipe, en France, on n’a pas la tradition basket des clubs baltes et balkaniques, mais on a plus de moyens financiers (après y a la pression fiscale qui reste un autre débat). L’ASVEL, avec son projet de salle, ces ambitions nationales et continentales, est le seul club français actuellement à pouvoir également être crédible en Euroleague. Le Mans a prouvé son incapacité à le faire ces trois dernières années.
Donc selon moi, c’est une bonne chose. On a vraiment besoin d’un club qui engrange de l’expérience européenne. Si Prokrom arrive à attirer de bons joueurs US et parvenir au top 16 une année sur deux, l’ASVEL peut aussi y arriver.
Et avec un peu de chances, d’autres clubs vont recruter pour titiller l’ASVEL. En Croatie, on ne connait que le Cibona, mais derrière il y a Vrasc, Zadar ou le KK Zagreb, en Russie, derrière le CSKA, il y a le Dynamo et le Khimki, en Lituanie, il y a le Lietuvos Rytas, etc etc… En France, on doit avoir des Nancy, Le Mans, Strasbourg, Roanne qui arrivent aussi dans les Final 4 (ou 8 ) européen, sans que ça semble être un miracle.
Merci pour toutes ces précisions.
Mais tu penses pas que ça va réduire encore + l’intéret pour la Pro A ?
C’est pas que ca va réduire l’interêt de la Pro A, ca va au contraire élever son niveau ! Pour se qualifier pour l’Euroleague, les autres équipes comme Le Mans ou Roanne ou Nancy … vont devoir élever leur niveau.
Ca ne peut que tirer le championnat français vers le haut.
Le problème, c’est que la Pro A, tout le monde s’en branle déjà. Alors est-ce qu’on peut réduire l’intérêt ? J’en doute.
Au contraire, ça peut être bien d’avoir une tête d’affiche et un club qui jouera le match de l’année toutes les semaines.
Mais l’important, c’est vraiment d’être à nouveau crédible sur la scène européenne.
Au passage, peut-être qu’un jour on verra des Flo Pietrus, de Colo ou quelques joueurs NBA qui en ont marre de squatter les bancs touches. Le Partizan avait 90% de joueurs serbes l’an passé, le Cibona avait quelques internationaux présents à l’Euro (Kus, Prkacin, ils ont fait revenir Bagaric cette année)
Ca ferait aussi du bien au basket français. Voir revenir Risacher, c’est formidable, mais il n’est plus tout jeune et on sait qu’il ne jouera plus 10 ans.