A deux jours du début anticipé de l’Euroleague entre le Maccabi Tel-Aviv et l’Union Olimpija (car le yellow submarine jouera aux USA la semaine prochaine), je vous propose le dernier volet des présentations automnales des gros bras européens, avec les espagnoles du Caja Laboral Baskonia, le club Vitoria-Gasteiz.
Changement de nom, changement de leaders.
Le premier fait marquant de l’intersaison du géant basque est son changement de nom. Depuis 1986, TAU Ceramica, une marque du géant de la céramique TAULELL, prêtait son nom au Saski Baskonia. A partir de maintenant, il faudra s’habituer au Caja Laboral, une banque espagnole, devenue le nouveau sponsor du club.
Second fait marquant, le départ d’Igor Rakocevic vers la Turquie. Le scoreur serbe était annoncé dans tous les clubs prestigieux et son départ n’était pas forcément une surprise. Mais quitter un géant du basket espagnol pour un club turc, ça peut surprendre. A partir de là, les départs se sont enchainés, Pete Mickeal a choisi Barcelone, Vlado Ilievski a rejoint l’Union Olimpija et les trentenaires Ariel Eslava et Will McDonald n’ont pas officiellement trouvé de nouveau club.
Avec une bonne moitié du roster à renouveler, Dusko Ivanovic va rapidement miser sur Lior Eliyahu et lui offrir 6M$ sur 4 ans. Le leader trouvé, il fallait l’entourer, chose faite avec l’ailier argentin Walter Herrmann, le scoreur canadien de Gran Canaria Carl English, le très sous-coté Pau Ribas, le meneur brésilien Marcelinho Huertas (ex-Badalone et Bilbao) et son homologue porto-ricain Andres Rodriguez.
Dernier gros morceau de l’été : l’âpre négociation avec le Real Madrid pour Pablo Prigioni — le président basque réclamait 89M€, en référence à Cristiano Ronaldo. Le meneur argentin a finalement rejoint la capitale espagnole en échange du second scoreur du dernier championnat, Brad Oleson.
Le groupe était ainsi présentable, mais les blessures ont forcé la direction basque à encore sortir le chéquier. Herrmann, Huertas, Oleson et Eliyahu souffrant de bobos plus ou moins graves — 2 mois d’absence pour le premier nommé — deux joueurs ont complété le groupe : l’ailier serbe Vladimir Micov en provenance du Panionios et l’ancienne vedette de Tennessee Chris Lofton, débarqué ce week-end après une saison à Mersin, en Turquie.
Un groupe plus équilibré ?
Après la domination d’Igor Rakocevic, qui tenait le sort du TAU entre ses doigts depuis 2006, une nouvelle ère va débuter. Celle de Lior Eliyahu. Grand, délié, dôté de belles mains, toujours très intense, ce sera un leader formidable pour Dusko Ivanovic.
Il aura à ses côtés trois intérieurs de bon niveau. Forcément, son association avec le roc Tiago Splitter fait saliver, mais derrière, il y a aussi du talent. Le pivot remplaçant sera l’espoir croate Stanko Barac, 2.18m, attaquant polyvalant et défenseur perfectible. Au poste 4, la rotation sera Mirza Teletovic, ailier mobile et combatif qui n’a que 24 ans. Une raquette de « seulement » 4 hommes, mais quels hommes !
A l’aile, Walter Herrmann fait son grand retour en Espagne. Blessé en début de saison, il amènera son fighting spirit et du liant poste 3. Le serbe Micov, le local San Emeterio voire Teletovic / Eliyahu pour une lineup plus physique compenseront l’absence de l’argentin puis le relaieront une fois revenu.
Les lignes arrières sont plus peuplées, surtout avec l’arrivée récente de Lofton. Deux gros scoreurs (English et Oleson), deux playmakers, le punsheur brésilien Huertas et l’ex-Joventut Ribas, et un plus obscur porto-ricain (Rodriguez) tacheront de faire oublier l’ultra complémentaire paire Rakocevic – Prigioni qui faisait la pluie et le beau temps l’an passé.
La rotation est donc plus ample, mais la préparation a rappelé que les blessures peuvent être désastreuse lorsqu’on n’a pas 12 pros sous la main. La raquette semble relativement light et un cinquième homme, vraiment ancré en dessous, ne ferait pas de mal.
Focus sur … Tiago Splitter
Il n’a que 24 ans, mais on dirait déjà un vieux. Tout simplement parce qu’il est présent depuis une éternité sur les parquets. A 15 ans, le TAU Vitoria l’avait déjà attiré dans ses filets. Trois saisons d’apprentissage, d’abord en EBA (16.9 points, 9.3 rebonds, et 2.5 blocks de moyenne) puis en LEB 2 et 1 avec Bilbao où il se maintient au-dessus des 10 points par match et moissone sa part de rebonds ! En 2003, il intègre le roster pro du club basque pour une saison d’apprentissage.
C’est à partir de 2004/05 qu’il devient un membre à part entière du TAU, s’affirmant chaque année un peu plus — le départ de Scola vers les Rockets aidant — jusqu’à former l’axe majeur du TAU avec Igor Rakocevic depuis 2 saisons. A l’heure des rotations ultra-dense, Dusko Ivanovic avait fait le pari de s’appuyer sur cet axe fort et de bien les entourer afin de compter de vrais leaders dans ses rangs. Au fil des ans, on le retrouve toujours plus prêt du cercle, alors qu’il avait de grandes tendances à s’écarter en début de carrière. Ses pourcentages de réussite s’en ressentent : 65.9% l’an passé !
A partir de 2004, son nom apparaît comme un possible lottery pick mais chaque année, il se retire. En 2006, de nombreuses équipes sont effrayés par le montant de sa clause libératoire et Tiago décide ainsi de repousser d’un an sa participation. Atteint par la limite légale d’âge, il est choisi en 2007 par les Spurs avec l’espoir de l’accueillir en 2008. Mais fin mai 2008, il prolonge jusqu’en 2010 à des conditions 8 fois supérieur à ce que pouvait proposer les Spurs selon l’échelle des salaires.
En sélection, il s’illustre depuis 2003, participant notamment aux médailles d’or de 2003, 2005 et 2009 aux FIBA Americas Championship. Il a aussi joué les Mondiaux de 2002 et 2006, mais n’a jamais pu disputer les Jeux Olympiques. A son palmarès figure également deux nominations aux All-Euroleague Team (first 2008 et Second 2009), 1 titre de champion d’Espagne (2008), 3 coupes (2004, 2006 et 2009) et 4 supercoupe (de 2005 à 2008, avec deux titres de MVP en 2006 et 2007).
Le coach : Dusko Ivanovic
Dusko Ivanovic est un monstre. Ancien joueur de Buducnost, de la Jugoplastika, de Girona et de Limoges, il a notamment fait partie de l’équipe de Split qui a remporté l’Euroleague en 1989 et 1990 (avec Kukoc, Rada, Tabak et compagnie).
Après une fin de carrière en Suisse, il prend en charge Fribourg et la sélection nationale suisse avant de prendre en main Limoges pour une saison. Une saison mémorable, 1999-2000, avec, à la clé, le triplé coupe – championnat – coupe Korac. Mais les affaires au sein du club limougeaud vont faire exploser le club. Coach Ivanovic retourne alors en Espagne. Il passera 5 saisons à Vitoria, deux et demi à Barcelone, et revient à Vitoria à l’été 2008.
Comme tous les élèves de l’ancienne Yougoslavie, Ivanovic est un coach exigeant, qui demande le meilleur à ses joueurs. Celui qui a dompté Rakocevic, c’est lui, celui qui a développé les intérieurs Scola puis Splitter, c’est encore lui, et celui qui maintient le TAU au top, c’est toujours lui.
Pour l’anecdote, il s’était confié à BasketSession en avril dernier, et il avait parlé de ses entraînements réputés « terribles ». Réponse de l’intéressé dans un sourire.
Beaucoup de gens disent cela. Mais je ne sais pas pourquoi. Je suis exigeant avec les joueurs, mais aussi avec moi-même. Ma philosophie, c’est de tirer le maximum de chaque joueur que j’ai dans mon équipe. Mais pas pour les rincer, parce que je veux gagner. Et au niveau où on joue, il faut travailler beaucoup pour rester au top.
Le roster.
| PG | Pau Ribas | Marcelinho Huertas | Andrés Rodríguez |
| SG | Brad Oleson | Carl English | Chris Lofton |
| SF | Wálter Herrmann | Vladimir Micov | Fernando San Emeterio |
| PF | Lior Eliyahu | Mirza Teletovic | |
| C | Tiago Splitter | Stanko Barac |

Vitoria aura encore une très belle équipe cette saison, sans méga stars mais du lourd à tous les postes, un prétendant au Final Four si les blessures ne sont pas légions