Nouvelle étape de notre tour d’Europe des gros bras de l’Euroleague. Nous faisons aujourd’hui escale à Istanbul chez un club particulièrement ambitieux : l’Efes Pilsen. Avec Igor Rakocevic, les hommes d’Ergin Ataman ont désormais un leader reconnu dans leurs rangs, et un atout majeur pour retrouver le Final Four.
Rakocevic, aimant à recrue.
Le 21 juin, l’Efes Pilsen a réalisé le gros coup du marché européen : le club turc a signé Igor Rakocevic pour 3 saisons et 5.5M€. Le marché était lancé et le tout récent champion turc avait là une formidable tête d’affiche pour attirer de nouveaux joueurs.
Le recrutement sera alors judicieux. L’effectif, champion en 2009, ne sera pas bouleversé, simplement bonifier avec de vrais joueurs de qualité. C’est ainsi que Kerem Tunçeri et Kaya Peker sont revenus au pays, après des passages au Real Madrid ou au Triumph Lyubertsy pour le premier, au TAU Vitoria pour le second.
Ce sera nettement plus clinquant avec Boki Nachbar, l’ailier slovène sort d’une belle saison au Dynamo Moscou, 16.1 points, 4.8 rebonds, 2.2 assists et 1.4 steals en EuroCup malgré de nombreux problèmes internes. Dernière recrue, le pivot porto-ricain Daniel Santiago, titulaire à Barcelone l’an passé, signé début septembre.
Déséquilibre extérieur / intérieur ?
En regardant le roster de l’Efes Pilsen, on se rend rapidement compte qu’il y a beaucoup de joueurs portés sur l’extérieur… même à l’intérieur. Parmi les 4 PF/C du groupe, on retrouve deux géants qui vont partir à la castagne (Kasun et Santiago), un PF sobre et efficace (Peker) et un gaillard qui aime le tir extérieur (Nachbar). Les ailes ne compensent pas ce déficit, si ce n’est les slasheurs US Preston Shumpert et Charles Smith. Mais les deux sont trop petit pour peser inside.
Le scoring intérieur sera probablement une faiblesse. Santiago et Kasun sont des joueurs de qualité, ne nous y trompons pas, mais plus habitués à jouer sur 15 minutes que 35 depuis quelques saisons. Un small ball intéressant peut se mettre en place avec Peker et Nachbar en dessous, qui semblent plutôt complémentaire.
Les lignes arrières sont construites autour d’Igor Rakocevic. Le scoreur serbe va apporter ses 20 points par match, bien complété par la polyvalence de Thornton, le shoot de Guler et les deux slasheurs dont nous parlions plus haut, l’ancien bisontain Shumpert et Smith.
La mène est parfaitement complémentaire. Si Rakocevic peut prétendre à quelques minutes sur le poste, on devrait retrouver la majeur partie du temps le tandem Arslan – Tunçeri. Le premier, driver supersonique que vous avez peut-être découvert durant l’Euro, et le second, gestionnaire de qualité, présentent des profils différents qu’Ergin Ataman saura utiliser selon les circonstances.
Focus sur… Bootsy Thornton
Lieutenant annoncé de Rakocevic, Marvis Bootsy Thornton est un all around player reconnu. A 32 ans, il entame sa dixième saison en Europe et a eu le temps de rouler sa bosse, bien qu’il ait manqué le train NBA. MVP du tournoi de la Big East en 2000, l’ancien pensionnaire de St-John’s a connu son heure de gloire aux USA le 24 janvier 1999 en plantant 40 points (dont 7 paniers primés) contre le Duke de Brand, Battier, Maggette et Langdon.
Non drafté en 2000, il part pour l’Italie. Il commence par trois saisons à Cantu puis deux à Sienne avec qui il va atteindre le Final Four en 2004. En 2005, il tente un nouveau challenge et s’engage avec Barcelone. Il ne trouvera pas sa place, et quittera le club pour Girona où il décrochera la FIBA EuroCup en 2007 avec Marc Gasol et Gregor Fucka. Il reviendra alors à Sienne pour une année bien remplie, avec un nouveau passage au F4 et une place dans la All-Euroleague Second Team. En fin de saison, il part pour la Turquie et remporte le titre national avec l’Efes Pilsen.
Ailier polyvalent, il tournait à 12.8 points, 56.1% inside, 43.9% outside, 4 rebonds et 3.1 assists lors de la dernière campagne d’Euroleague, avec quelques cartons contre Milan (17pts-4pds-4stls), le CSKA Moscou (19pts-3stls-2rbs) ou le Real Madrid (15pts-8pds-6rbs). Mais l’absence de vrai leader (Vujanic a bien déçu…) a plombé l’Efes. Avec le tandem Rakocevic – Thornton, les blancs ont désormais de solides fondations.
Le coach : Ergin Ataman
Petit joueur, grand coach. Ergin Ataman fait partie de cette caste. Il fait ses premières armes de coach au milieu des années 90 dans les équipes de jeunes de l’Efes Pilsen. Sa carrière prendra un grand coup de boost lorsque le Turk Telekom, en 1996, lui offre la direction de son équipe première. Un an plus tard, il sera l’assistant d’Ercüment Sunter sur le banc de la sélection turque.
En 1999, il est nommé à la tête de l’Efes Pilsen, son règne durera deux ans. Il part ensuite pour Sienne, où il remportera une Coupe Saporta en 2002. En 2003, il rentre au pays où il coachera 3 saisons l’Ulkerspor (avant la fusion avec le Fenerbahce) puis se retrouve en 2006 à la Fortitudo Bologne. Sa saison sera mouvementée et il décide de quitter le club pour le Besiktas, qu’il mènera au Final Eight de l’Uleb Cup. En 2008, l’Efes Pilsen le fait revenir, et il fait immédiatement le doublé coupe – championnat.
Coach exigeant, adepte des joueurs polyvalents et qui assument leurs responsabilités, Ataman sera aux anges avec son nouveau groupe. L’an passé, malgré les blessures, il a su mener l’Efes Pilsen au titre, après quatre ans de disette. Désormais, il a un groupe monstrueux, capable de chatouiller pas mal d’équipes. L’année idéale pour faire son entrée dans le cercle des très grands coachs européens.
Roster.
| PG | Ender Arslan | Kerem Tunçeri | |
| SG | Igor Rakocevic | Preston Shumpert | Charles C.Smith |
| SF | Bootsy Thornton | Sinan Guler | |
| PF | Bostjan Nachbar | Kaya Peker | |
| C | Mario Kasun | Daniel Santiago |

Bien vu l’Efes Pilsen parmi les gros bras, c’est vrai que le recrutement est intéressant, avec Rakocevic est des internationaux turcs.
Mais je me posais une question : l’efes pilsen est pas connu pour être un grand du basket ou controlé par un miliardaire, et pourtant ils attirent Rakocevic. L’an dernier, Fenerbahce avait déjà attiré Giricek je crois. Comment ça se fait que les turcs sont si attractifs ? La France a pas les mêmes moyens que ces clubs là ?
Effectivement l’Efes Pilsen n’est pas un monstre de la scène européenne et leur meilleure place en Euroleague reste la 3e acquise en 2000.
Mais en Turquie tu as une ferveur dans les salles que tu ne retrouves pas en France par exemple.
Economiquement, je n’ai pas de réponse précise, mais c’est bien connu qu’en France on n’a pas la fiscalité la + avantageuse du continent. Et je doute qu’un club français puisse offrir 2M€ par saison à un joueur. Voir un pivot du calibre de Borchardt à l’ASVEL est déjà une belle réussite.
Après qu’un gars comme Rakocevic aille en Turquie, ça se défend autant sportivement (l’EP est compétitive autant en Europe qu’en championnat, avec un big 5 de qualité, avec le Turk Telekom, Galatasaray, Besiktas et le Bahce, assurance de gros matchs), que financièrement. Il a aussi l’assurance d’avoir une équipe construite autour de lui, comme à Vitoria, alors qu’en allant dans un gros club grec ou espagnol, il n’aurait été qu’un joueur parmi les autres. Et je ne vois pas Rakocevic s’intégrer dans cette philosophie, il aime trop le ballon et le scoring pour ça.