1996, la NBA honore les 50 plus grands joueurs de son histoire. Parmi toutes les légendes, un vénérable grand-père de 2.10 mètres. A ce moment-là, difficile à croire que cet homme de 72 ans au pas un peu hésitant dominait la NBA un demi-siècle plus tôt, lorsqu’elle n’en était encore qu’à ses balbutiements. Cet homme, c’est George Mikan, terreur des raquettes grâce à sa taille, sa coordination et sa rage de vaincre. Mikan, c’est le premier « big guy » dominant du basket US, le scoreur le plus efficace des premières années (22.6ppg en carrière) et un palmarès énorme vu le temps passé sur les parquets: en 9 saisons professionnelles (2 en NBL, 1 en BAA et 6 en NBA) il a remporté 7 championnats. Il était l’élément de base de la première success story du basket, les Minneapolis Lakers.
Mikan était un monstre pour n’importe quel défenseur, son style de jeu a même forcé la league à changer ou ajouter certaines règles. Peu de joueurs ont eu autant d’impact sur le jeu. En 1950, il fut d’ailleurs honoré comme le plus grand joueur de basket de la première moitié du 20e siècle par l’Associated Press, alors qu’il avait commencé sa carrière pro en 1946.

Thanks Ray
Avant de devenir une terreur des parquets, George Mikan, fils d’immigrés croates, avait d’autres rêves. Celui de devenir prêtre par exemple. Il n’était absolument pas destiné à devenir un athlète de haut niveau et avait des problèmes de genou régulier qui l’ont immobilisé durant un an et demi pendant son enfance.
Ce n’est qu’à l’Université de DePaul qu’il se met au basket grâce à la volonté d’un homme, Ray Meyer, le coach de l’équipe qui a vu en lui le potentiel physique mais aussi une certaine intelligence et une vivacité d’esprit qui feraient de lui un excellent joueur de basketball. Mais Mikan était aussi un adolescent timide et réservé, dans la vie, comme dans le sport. L’idée de Meyer était tout de même assez révolutionnaire, car contrairement à aujourd’hui, le basket n’était pas considéré comme le sport des grands, vus comme trop pataud set trop maladroits. Durant des mois, Meyer va s’atteler à transformer Mikan, il va lui apprendre l’art du hook, il va aussi lui apprendre à se servir de ses deux mains (via des exercices « simples » appelés par la suite « Mikan drill »), il en fait aussi un joueur agressif, lui inculque sa culture de la gagne et n’oublie pas le jeu de jambe de son poulain, allant même jusqu’à lui donner des leçons de danse.
Dès ses premiers matchs avec les Blue Demons, il devient un joueur dominant. Sa puissance et sa taille intimident ses adversaires. Son travail spécifique a fait de lui un attaquant redoutable et il se battit une réputation de joueur dur, qui joue malgré les douleurs et capable de commettre de grosses fautes. Nommé College Player of the Year deux fois et dans les All-American Teams trois fois, Mikan a mené DePaul au titre NIT en 1945. Durant cette campagne pour le titre, il réalise le record de points sur un match, 53 contre Rhode Island State. Un exploit incroyable car, à lui tout seul, il a scoré plus que tous ses adversaires réunis.
Parmi les règles qui ont été ajouté sous son ère universitaire: le goaltending. L’idée que quelqu’un soit assez grand et saute assez haut pour jouer les gardiens de but n’avait effleuré personne avant les années 40. Mais son arrivée a tout remis en cause. En NCAA tout d’abord, où il rejetait tous les tirs. Après sa carrière, il avait expliqué la tactique de l’époque: « Nous étions disposé en défense de zone, avec quatre bonhommes autour de moi, et je gardais le panier. Quand l’autre équipe prenait un shoot, je sautais et je repoussais le tir. » Cela a poussé la NCAA à interdire ce type de contre un peu particulier.
Main mise sur le titre.
Il débute le basket en professionnel en 1946, lorsqu’il est signé par les Chicago American Gears, en NBL. Mais l’engagement ne fut pas facile. Contrairement aux idées reçues, les problemes de contrat n’ont pas commencé dans les années 90, Mikan a fait l’impasse sur 19 matchs pour négocier à son avantage. Une fois ces soucis contractuels réglés, Mikan continue sur sa lancée universitaire et fait du dégat. Il domine les pros comme il le faisait à la fac, il tourne à 16.5 points par match, mène son équipe au titre et fait partie de la All-NBL Team.
Avant le début de la saison 1947-48, le propriétaire de l’American Gear Company et de la franchise de Chicago, Maurice White, décide de retirer son équipe de la NBL et prévoit de créer une ligue à 24 équipes où il controlerait tout (les franchises, les salles) Mais le projet, baptisé Professional Basketball League of America ne pouvait pas être monté en si peu de temps. Alors, les joueurs de Chicago ont été éparpillé entre les 11 autres franchises. Mikan débarque aux Minneapolis Lakers par le fruit du hasard, ou plutôt, d’une lottery!

Sous le maillot des Lakers, Mikan forme une front-line impressionnante avec Jim Pollard (1.93m, dit Kangaroo Kid) Les Lakers dominent la conférence Ouest et se retrouvent en finales contre les Rochester Royals (victoire 3-1) Mikan tournait à 21.3 points en saison mais pesait 27.5 points durant les finales.
Lors de l’intersaison 1948, les Minneapolis Lakers, Rochester Royals, Fort Wayne Zollner Pistons et Indianapolis Kautskys décident de quitter la NBL pour la ligue concurrente, la BAA. Côté business, avec des franchises à New York, Boston, Philadelphie et Chicago, la BAA se portait bien. Mais ces 4 franchises apportaient de grands joueurs, dont Mikan.
Pour revenir au basket, Rochester et Minneapolis se tirent la bourre pour la suprématie à l’Ouest. Pour un match, les Royals finiront en tête, malgré les efforts de Mikan, joueur le plus dominant de la league, en atteste ses 28.3 points par match. Pour remettre cette perf dans le contexte de l’époque, seuls deux autres joueurs Joe Fulks (Philadelphie) et Max Zaslofsky (Chicago) dépassaient les 20 points par match! Durant les playoffs ‘49, les Lakers iront jusqu’en finales, sortant notamment les Royals en finale de conférence (2-0)
Les finales opposent les Lakers aux Capitols de Washington, qui étaient, pour l’anecdote, coachés par Red Auerbach. La série se joue au meilleur des 7 matchs, les Lakers remportent facilement les trois premiers mais, au quatrième match, Mikan se casse le poignet et les Capitols s’imposent. Mikan joue tout de même le G5, score 22 points mais les Capitols reviennent à 3-2. Lors du G6, les Lakers s’imposent de 21 points (77-56) et remportent le titre. En 10 matchs de playoffs, Mikan a tourné à 30.3 points par match.
La PBLA de Maurice White ayant fait un flop (elle n’a duré qu’un an), la BAA et la NBL se rapprochent, fusionnent et donnent naissance à la NBA en 1949. Pour sa première saison, elle regroupait 17 équipes en 3 divisions. Les Lakers étaient dans la division central, la plus relevée du nouveau circuit.
Parmi les anecdotes célèbres, le 13 décembre 1949, les Lakers jouent au Madison Square Garden face aux Knicks. Dans les tribunes, une pancarte se distingue des autres: « Geo. Mikan vs. Knicks ». Lorsque Mikan entra sur le parquet, il trouva ses coéquipiers en vêtements de ville. Un déclara: « Ils veulent que tu joues contre les Knicks, alors vas y. Nous attendrons ici »
Son ancien coéquipier, Vern Mikkelsen déclara quelques année après sa retraite: « à notre époque, George c’était Michael Jordan, Magic Johnson et Larry Bird réunis. Partout où nous jouions, il était le mec que les gens voulaient voir. En fait, il était plus acclamé à l’extérieur qu’il ne l’était à Minneapolis. »
Par ailleurs, Mikan était un joueur très bien payé. Là où s’est coéquipiers touchaient entre 5000 et 7000$ par an, lui gagnait 35000$.
NBL, BAA ou NBA, George Mikan est toujours le joueur le plus dominant et score 27.4 points par match lors de la saison 1949-50. Seul Alex Groza d’Indianapolis scorait également plus de 20 points en moyenne. Les Lakers finissaient la saison régulière avec un bilan de 51-17. En playoffs, les premiers tours sont une rigolade, les Stags, les Pistons puis les Packers sont balayés! Les finales 1950 opposent les Lakers aux Syracuse Nationals. Ces derniers ont l’avantage du terrain mais le perdent dès le premier match, suite à un shoot de 13 mètres au buzzer de Bob Harrison ! Les Nats, valeureux, remporteront deux manches, mais les Lakers s’imposent 4-2, Mikan a scoré en moyenne 31.3 points en playoffs!
A partir de la saison 1950-51, la NBA commence à comptabiliser les rebonds, Mikan fait évidemment partie des gloutons, 14.1 prises, second derrière Dolph Schayes (16.4rpg) Cependant Schayes ne pouvait pas rivaliser avec le scoring de Mikan, le pivot des Lakers établiera sa top perf, 28.4 ppg! Pourtant, pour la première fois depuis le début de sa carrière pro, Mikan ne décroche pas le titre. Les Lakers tombent face aux Royals, 3 manches à 1. Cette défaite est en grande partie dûe à la blessure de Mikan, jambe fracturée.
Malgré la perte du titre, Mikan reste la star de la league. Il est le seul joueur à attirer les foules sur son nom. Mikan, c’est le Goliath qu’on aime voir tomber. Mais c’est aussi un joueur que les fans aiment regarder jouer, car il a beau être plus grand, il est agile comme un mec à qui il rend 20 centimètres. Il obtient aussi toutes les récompenses au fur et à mesure qu’elles arrivent: il fait partie des premières All-NBA First Team (de 1949 à 54), des premiers All-Star Game (de 1951 à 54) où il se signalera avec 26 points et 15 rebonds en 1952. Dommage que le premier MVP fut décerné en 1956.
Mikan est à ce moment-là trop fort pour le reste de la league, ses moyennes au scoring font de lui l’arme ultime du basket de l’époque, une arme incontrôlable pour les autres défenses. Dans le but de le gêner, la league va adapter les règles, en élargissant par exemple la zone où l’attaquant ne peut rester que 3 secondes, elle passe de 6 à 12 pieds, soit 1.80 à 3.60 (à peu près) L’horloge des 24 secondes est aussi introduite à ce moment-là. La « faute » en partie revient aux Pistons, lors d’un match en 1950, ils avaient pris le pari que la seule manière de battre les Lakers étaient de les priver de ballon. Ils gagnèrent 19-18, le plus petit score de l’histoire NBA, mais cela a incité la league à réagir.
A partir de la saison 1951-52, Mikan commence à décliner. La faute aux règles mais aussi à un physique fragile. Il ne score plus que 23.8 points par match, et, plus inquiétant, à 38.5%. Evidemment, il reste craint, il score et continue de gober un maximum de rebonds, il conserve aussi sa rage de vaincre et conquiert un nouveau titre en 1952, en 7 matchs face aux Knicks.
L’année suivante, il ne score plus que 20.3 points par match mais devient, pour la première fois, meilleur rebondeur de la league avec 14.4 prises. Il est aussi élu MVP du All-Star Game avec 22 points et 16 rebonds. En fin de saison, nouveau titre, toujours face aux Knicks, 4-1.
En 1954, il mène une nouvelle fois son équipe au titre, le cinquième en six ans, et le premier three-peat de l’histoire. Seuls les Celtics (de 1959 à 1966), les Bulls (1991-1993 puis 1996-1998) et les Lakers à nouveau (2000-2002) feront aussi bien voire mieux.
Retraite surprise
George Mikan n’est peut-être plus aussi dominant mais il fait toujours partie de la crème du basket américain. Pourtant, il étonne tout le monde en annonçant sa retraite au terme de cette saison 1954. « J’ai des enfants qui grandissent et j’ai décidé d’être avec eux. Je sens que c’est le moment de commencer une nouvelle vie professionnel, en dehors du basket. » se justifia-t-il.
Une autre raison qui explique cette retraite précoce (29 ans) est que son corps est « mutilé », 10 fractures et 16 fois recousu au visage durant ses années pros. Son agressivité lui a joué des tours. Autre signe de cette rudesse, Mikan est un joueur qui commettait énormément de fautes et fut, à 3 reprises, celui qui avait fait le plus de fautes sur la saison.
Sans lui, les Lakers sont évidemment de suite moins dangereux. Après une saison terminée à la seconde place de Division, les Lakers sombrent en 1955-56. Au milieu de cette saison, Mikan ressort les sneakers et revient dans la rotation des Lakers à la plus grande surprise de tous. Mais son absence des terrains lui a fait perdre le rythme et sa technique était plus limitée. Il joua 37 matchs pour 10.5 points, Minneapolis termina dans le négatif et sortit au premier tour des playoffs. A la fin de cette saison, il prend une retraite définitive.
Coach puis dirigeant
Au cours de la saison 1957-58, John Kundla, qui coachait les Lakers depuis l’origine, persuade Mikan de prendre sa relève après un début de saison catastrophique (10-23) Mikan accepta, l’expérience fut un vrai désastre. Sous sa houlette, les Lakers ne gagneront que 9 matchs pour 30 défaites et finiront dernier de la Western Division.

Il quitte alors un temps le monde du basket pour celui du droit et des affaires. Pendant 10 ans, son nom n’apparait plus dans les colonnes sportives, excepté en 1959, où il fait partie de la première promotion du Naismith Memorial Basketball Hall of Fame. mais en 1967, il revient en tant que commissioner de l’ABA, la ligue concurrente de la NBA. Pour lancer cette nouvelle league, Mikan décide d’être novateur et d’apporter quelques idées pour faire de l’ABA une ligue populaire. Il est notamment à l’origine de la ligne des 3-points ou des balles « patriotiques », bleues, blanches et rouges. Il sera le commissioner de l’ABA jusqu’en 1969.
Il « disparait » alors jusque dans les années 80 où il décide, avec d’autres investisseurs locaux (Harvey Ratner et Marv Wolfenson), de ramener une équipe de basket professionnel à Minneapolis. Son influence et son lobbying permettent à l’Etat de retrouver une franchise en 1989, les Minnesota Timberwolves. Une statue de bronze à son effigie « décore » l’entrée du Target Center
En 1996, il est nommé parmi les 50 plus grands joueurs de l’histoire, sans la moindre contestation.
Mr.Basketball
Steve Springer, journaliste au Los Angeles Times en 2001: « Mikan était ‘big’ avant Chamberlain. Il maitrisait le hook avant Abdul-Jabbar. Il était Superman avant Shaquille O’Neal. Il a amené des titres aux Lakers avant la naissance de Magic Johnson et il a mis la NBA sur la carte du monde un demi-siècle avant que Michael Jordan la plaça au centre de l’univers. »
Mikan est un pionnier. Il est le premier pivot, celui qui a probablement inspiré tous les autres de Bob Pettit à Brook Lopez drafté il y a quelques jours. Pour faire travailler les pivots, les coachs utilisent encore les Mikan drills, la méthode de Ray Meyer qui a transformé un adolescent timide en machine de guerre incontrôlable.
Il est décédé le 1er juin 2005, suite à des complications de son diabète. Sa mort a fortement bouleversé le monde du basket et a été largement couverte dans les médias. Une minute de silence fut observée avant le match 5 des finales de conférence entre Detroit et Miami. Bob Cousy déclara que Mikan avait littéralement porté la NBA lors de ses débuts alors que Shaquille O’Neal pris en charge les frais de son enterrement, car « sans le numéro 99, je n’aurais pas été là. »
Sa fiche
- Né le 18 juin 1924 à Joliet, Illinois
- Poste: C
- Taille: 2.10m
- Poids: 110kg
- High School: Quigley Prep, Chicago
- College: DePaul University
- Franchise:
- Chicago American Gears (1946-47, NBL)
- Minneapolis Lakers (1947-48, NBL)
- Minneapolis Lakers (1948-49, BAA)
- Minneapolis Lakers (1949-54, NBA)
- Minneapolis Lakers (1955-56, NBA)
Palmarès
NBL
- Champion NBL (1947, ‘48)
- MVP NBL ((1948)
- All-NBL First Team (1947, ‘48).
BAA
- BAA champion (1949)
- All-BAA First Team (1949)
NBA
- NBA champion (1950, ‘52, ‘53, ‘54)
- Cinq fois membre de la All-NBA First Team (1950-54)
- Quatre fois NBA All-Star (1951-54)
- MVP du All-Star Game en 1953
- Elu au Naismith Memorial Basketball Hall of Fame (1959)
- Elu parmi les 50 Greatest Players in NBA History (1996).
Stats en carrière
- Points: 10156 soit 23.1 par match à 40.4% et 78.2% aux LF.
- Rebonds: 4167 soit 13.4 par match (à partir de 1950)
- Assists: 1246 soit 2;8 par match
- Matchs: 439, 70 en playoffs.



