Du fin fond de la Louisiane à Motor City, tel est le destin de Joe Dumars. Sa route commence dans la petite ville de Natchitoches (18 337 habitants) mais sans le basket. Comme ses cinq frères, il préférait le foot US, bien plus populaire dans la région. Comme ses ainés, il jouait défenseur au lycée local jusqu’à son année junior. Cette année-là, la petite histoire dit que son père installa un panier de basket à partir d’un vieux vélo et d’une porte en bois dans la cour familiale. Dumars commença alors à shooter pendant des heures, se façonnant ainsi une technique de shoot très fluide.
C’est l’université de McNeese State qui va bénéficier de cette initiative paternelle. Durant ses quatre années de college, il tournera à 22.5 points, avec une pointe à 25.8 en senior. Ces performances attire l’oeil des scouts, notamment ceux des Pistons. Le GM de l’époque Jack McCloskey l’observa pour la première fois lors d’un tournoi de Noel à Las Vegas. Il savait déjà que Dumars serait compétitif pour la NBA mais il savait aussi que ses Pistons ne participeraient pas à la première lottery de l’histoire (en 1985) et qu’il aurait donc peu de chance de l’obtenir via la draft.
Le jour de celle-ci Jack McCloskey se pointe avec le 18e choix, les joueurs défilent, Pat Ewing en numéro 1, Xavier McDaniel, Chris Mullin, Detlef Schrempf, Charles Oakley, Karl Malone… on arrive au 16e choix, les Mavs ont 2 picks, ils prennent Bill Wennington puis Uwe Blab et le GM des Pistons n’en croit pas ses yeux, Joe Dumars est toujours disponible. Il avouera plus tard que ce fut le choix le plus facile qu’il ait eu à faire en tant que GM. Dumars rejoint donc les Pistons et, pour l’anecdote, le joueur qu’il avait mis comme son sportif favori à son entrée à McNeese State, Isiah Thomas.
Dumars arriva dans une équipe compétitive, qui reste sur 2 saisons à plus de 45 victoires et deux campagnes de playoffs achevées prématurément. La base de l’équipe est déjà solide, avec Isiah Thomas à la mène, Kelly Tripucka à l’aile, Bill tête de lard Laimbeer sous les panneaux et Vinnie Johnson en 6e homme. Dumars qui était un scoreur en NCAA va vite comprendre qu’à Detroit, c’est sa défense qui interesse.
Il débute son année rookie sur le banc, mais le 15 janvier 1986, après 15 défaites en 20 matchs, il est intégré au cinq majeur, une place qu’il ne quittera quasiment plus jusqu’à sa retraite. Le résultat est plutôt convainquant puisque les Pistons remporteront 20 des 28 matchs suivants et finiront la saison avec 46 victoires, comme l’année précédente. Avec 9.4 points et 4.8 assists (meilleur passeur de la cuvée) par match, il est nommé dans la All-Rookie Team avec Patrick Ewing, Karl Malone Xavier McDaniel, et Charles Oakley. Une équipe qui a de la gueule! Cependant, en playoffs, les Pistons seront éliminés dès le premier tour, par les Hawks de Do Wilkins.
En 1987, les Pistons franchissent un palier, ils sortent Washington puis les Hawks et se retrouvent en finales de conférences face aux Celtics pour une série restée graver dans les mémoires. Les coéquipiers de Bird remportent les deux premiers matchs au Boston Garden, les Pistons les deux suivants au Silverdome, avec en bonus une bagarre entre Bird et Laimbeer. Lors du match 5, les Celtics s’imposent grâce à la fameuse balle volée de Bird qui délivre ensuite un caviar pour Dennis Johnson. Les Pistons iront chercher le match 6 (113-105) mais s’inclineront dans le dernier match malgré 35 points de Dumars.
L’année suivante, les Pistons seront encore plus proche du titre, 54 victoires en saison régulière, élimination des Bullets (3-2) puis des Bulls (4-1) Lors de ce second tour, Dumars fut opposé à Michael Jordan, meilleur scoreur de la league (35ppg) pour la seconde année consécutive, et qui sortait d’une série face à Cleveland où il avait mis 45 points par match. Dumars eut donc une et une seule mission: contenir Jordan! C’est durant cette série qu’apparut les « Jordan Rules« . En gros, Dumars ne devait pas laisser Jordan driver vers la droite lorsqu’il était en tête de raquette ou dans l’aile. La tactique ne concernait pas uniquement Dumars mais l’ensemble de l’équipe. Ce fut un succès puisque les Pistons remportèrent cette série en 5 manches. Les Pistons sortirent ensuite les Celtics en 6 manches et allaient défier les Lakers en finales, les premières dans le Michigan depuis 1956.
La finale se jouera en 7 matchs, elle sera plutôt marquée par l’intensité qui regnait entre Magic et Zeke (et son match 5 à 25 points malgré une entorse à la cheville dans le 3e quart) Menés 3-2, les Lakers remporteront les deux dernières manches avec au passage une faute controversée de Laimbeer sur Kareem Abdul-Jabbar à 2 secondes du buzzer alors que les Pistons comptaient un point d’avance. Et KAJ rentra ses 2 lancers!
C’est à cette période que les Pistons devinrent les Bad Boys, avec Rodman et Mahorn qui n’étaient pas des danseuses en plus de Laimbeer, Thomas et Dumars. Notre homme commence a vraiment prendre de l’importance au sein de la league. Sa réputation est faite des deux côtés du terrain, en attaque où ses pourcentages au shoot et au lancer sont montrés en exemple comme en défense où il fera sa première apparition dans la All-Defensive First Team en 1989. Cette même année, il inscrira son record de points en carrière, 42, face aux Cavs, dont 24 dans le troisième quart-temps (record de la franchise) Cette année 89 sera aussi marquée par sa première blessure sérieuse, une main cassée face aux Knicks, qui l’éloigna des parquets durant 3 semaines.
Mais cette année-là, la saison régulière et les 63 victoires décrochées ne furent qu’un échauffement. En playoffs, Dumars fera des perfs que peu de fans des de la franchise du Michigan oublieront, tournant à 27.3ppg durant les finales NBA. Les Lakers, handicapés par les blessures de Magic Johnson et Byron Scott, n’arriveront jamais à prendre le pas sur des Pistons surmotivés. Les finales tourneront courts, 4 petits matchs et les Pistons obtiennent le premier titre de leur longue histoire et Dumars est élu MVP des finales.
En 1990, Dumars prend encore une nouvelle dimension avec une première sélection au All-Star Game, une place dans les All-NBA Third Team et All-Defensive First Team et de nouvelles finales NBA. Pourtant, ces playoffs paraissaient mal engagés avec une nouvelle fracture de la main en fin d’année qui le condamna à ne plus jouer en saison régulière. Il revient pour les playoffs, à son niveau, et plante 18.2 points sur l’ensemble de ceux-ci. Le champion élimine tour à tour les Pacers (3-0), les Knicks (4-1) et les Bulls (4-3) et se retrouve en finales face aux Blazers.
Ces finales furent dramatiques pour Dumars. Les deux équipes ont remporté une rencontre lorsqu’il plante 33 points durant le Game 3. Après le match, il apprendra le décès de son père ce qui aura des conséquences émotionnelles évidentes. Toutefois, il ne rentrera pas parmi les siens, sa mère lui demandant d’achever sa mission à Detroit avant de rentrer à la maison. Il suivra les instructions maternelles et les Pistons remportent la série en 5 manches. Isiah Thomas sera nommé MVP des finales.
Malgré le décès de son père, Dumars continua à évoluer à son meilleur niveau, il sera titulaire durant le All-Star Game ’91 (car Thomas était blessé) et continua à figurer en bonne place dans les récompenses de fin d’année. Mais à l’heure de défendre leur couronne, les hommes du Michigan butteront sur les Bulls en finales de conférence, défaite sèche, 4-0! Cette défaite marquera le passage de témoin entre les Bad Boys et les Bulls de Jordan/Pippen. Symbole de la fin de cette ère, la défaite au premier tour en 1992 contre les Knicks (3-2). Les Pistons sont tombés sur plus bad qu’eux.
L’année suivante, Joe Dumars signe sa meilleure saison statistique, 23.5 points par match, établit un record de franchise de shoots à 3 points tentés (299) et rentrés (112). Mais les Pistons ont un bilan négatif (40-42) et manquent les playoffs pour la première fois depuis 10 ans. A la draft ’93, les Pistons sélectionnent deux guards, Allan Houston et Linsey Hunter. Le but est clair, formé un nouveau backcourt, plus jeune. Mais les deux vétérans restent titulaire et Dumars, pour la quatrième année consécutive, est le meilleur scoreur de cette équipe. Le bilan est désastreux, les Pistons n’ont remporté que 20 matchs et en fin de saison, Thomas et Laimbeer prennent définitivement leurs retraites.
Bien qu’il ne soit plus dans une équipe compétitive, Dumars sera invité à participer aux Championnats du Monde ’94 de Toronto avec l’équipe US. L’occasion de revoir une dernière fois le duo Thomas-Dumars à l’oeuvre. La sélection US s’imposera sans grosse difficultée à l’image de la rouste infligée en finale à la Russie, 137-91. Ce sera sa seule aventure avec l’équipe américaine.
Son équipe est sur le déclin mais obtiendra Grant Hill à la draft 1994 après deux saisons sous les 50% de victoires. Dumars prouva qu’il était bien un des plus grands leaders de la league en servant de mentor à l’ancien étudiant de Duke. Sur le parquet, la blessure d’Hunter le décalera à la mène où il aura l’occasion de montrer toute son intelligence de jeu. En 1996, il reçoit le premier Sportsmanship Award, sorte de trophée du fair play qui porte désormais son nom.
Il jouera jusqu’à ses 35 ans et prit sa retraite en 1999 après 3 éliminations au premier tour des playoffs en quatre ans. Il laissera l’image d’un joueur constant, polyvalent et fidèle à sa franchise. Un défenseur réputé, une menace offensive fiable, un clutch player et un leader efficace ainsi qu’un homme de classe sur et en dehors du terrain. Une cérémonie se déroula en son honneur le 10 mars 2000 et son célèbre maillot numéro 4 fut retiré.
Désormais, Dumars est le General Manager des Pistons, avec Rick Carlisle puis Larry Brown, il a construit une équipe capable d’aller jusqu’au titre grâce à des deals ingénieux, comme la venue de Ben Wallace dans le sign & trade qui envoya Hill à Orlando, la venue de Rip Hamilton contre Jerry Stackhouse qui faisait partie des meilleurs scoreurs de la league à l’époque, la signature de Chauncey Billups à une époque où peu croyait encore en lui (alors qu’il fut un pick 3), le choix de Prince en fin de premier tour ou encore l’arrivée de Rasheed Wallace après quelques jours à Atlanta. Des deals qui ont permis aux Pistons de remporter un nouveau titre en 2004.
En 2006, il a fait partie des nouveaux entrants au Hall of Fame sans que qui que ce soit n’y trouve quelque chose à redire. A cette occasion, Chauncey Billups déclara, et ce sera le mot de la fin: « Ce que ça veut dire pour ce sport, pas seulement pour cette ville [Detroit] mais pour toute la league, c’est qu’avec son esprit sportif, sa classe et sa personnalité, ça ne pouvait pas lui échapper plus longtemps. Juste pour les chose qu’il a fait à l’extérieur du terrain, je pense qu’on a attendu trop longtemps.«
Sa fiche
- Né le 24/05/1963 à Shreveport, Louisiane
- Poste: SG
- Taille: 1.92m
- Poids: 86 kgs
- High School: Natchitoches Central, Natchitoches, Louisiane
- College: McNeese State University
- Draft: 18e position par les Pistons en 1985
- Franchise : Detroit Pistons (1985-99)
Palmarès
- Champion NBA (1989, 1990)
- MVP des finales (1989)
- All-NBA Second Team (1993)
- All-NBA Third Team (1990, ’91)
- All-Defensive First Team (1989, 1990, ’92, ’93)
- All-Defensive Second Team (1991)
- 6 fois NBA All-Star (de 1990 à ’93, ’95, ’97)
- NBA All-Rookie Team (1986)
- J. Walter Kennedy Citzenship Award (1994)
- NBA Sportsmanship Award (1996)
- Médaille d’or au championnat du monde (1994)
- Elu au Naismith Memorial Basketball Hall of Fame (2006)
Stats en carrière
- Points: 16401 soit 16.1 par match.
- Rebonds: 4612 soit 4.5 par match.
- Assists: 2203 soit 2.2 par match.
- Matchs: 1018 (dt 944 en tant que titulaire) de saison régulière, 112 en playoffs.

