Karl Malone — The Mailman (part I)

Karl Anthony Malone, né le 24 juillet 1963 à Summerfield en Louisiane, est un tout jeune hall of famer. Avec ses 2.06m et 120 kilos, il a marqué les années...

Karl Anthony Malone, né le 24 juillet 1963 à Summerfield en Louisiane, est un tout jeune hall of famer. Avec ses 2.06m et 120 kilos, il a marqué les années quatre-vingt dix avec son équipe d’Utah et son coéquipier, John Stockton. Retour sur la carrière d’un monstre du basket contemporain.

Hall of « farmer » ?

Karl Malone est le huitième enfant d’une fratrie de neuf, dans une famille modeste mais indépendante. En effet, il vit dans une petite ville du Nord de la Louisiane dans une ferme avec sa mère célibataire. Sa mère a des soucis pour assurer financièrement la vie de famille mais travaille très dur et ne demandera jamais d’aide même si elle y avait droit.

Shirley Malone : C’était ma responsabilité. Je devais m’occuper de mes enfants, chacun doit s’occuper de son propre foyer

Son père, Shedrick Hay, a quitté le foyer pour fonder une autre famille et finit par se suicider quand Karl avait 14 ans. Un événement dont le joueur ne parlera qu’en 1994, il reste discret sur sa famille même si elle a forgé ses opinions politiques fortes comme on le verra plus tard. Enfant dans une ferme, c’est l’assurance de travailler dur en tant que bûcheron, chasseur, pêcheur… Karl vit près de la terre et cette simplicité le guidera tout au long de sa carrière.

Il intègre le lycée de Summerfield où il mène son équipe à trois titres consécutifs de 1979 à 1981 dans l’Etat de Louisiane. Il est très vite repéré et même si le coach Eddie Sutton de l’Université d’Arkansas veut le recruter, Karl décide de rester près de chez lui et intègre Louisiana Tech et ses « Bulldogs ». Il n’intègre néanmoins l’équipe qu’au bout de la seconde année car ses notes étaient trop basses en tant que freshman.

Sous la direction du coach Andy Russo, il intègre l’équipe en 1983-84 et tourne à 18.7 pts (56.6% au shot) et 9.3 rebonds par match sur les trois saisons qu’il connaitra en Université. Louisiana Tech terminera la saison 84/85 en trombe avec un bilan de 29 victoires pour 3 défaites, premier de la conférence Southland et rejoint pour la première fois de son histoire le tournoi NCAA. Cependant, l’équipe perd au Sweet 16. Durant ses trois saisons, Malone fait partie de la All-Southland sélection à chaque fois.

La NBA

Draft et débuts dans l’Utah

Il se présente à la draft de 1985 et est sélectionné en 13ème position par le Jazz d’Utah, derrière Pat Ewing (n°1), Chris Mullin (n°7), Detler Schrempf (n°8) ou encore Charles Oakley (n°9). Selon sa biographie officielle, si les scouts l’avaient bien jugé, il aurait été pris plus haut. NBA.com y va même franchement en affirmant qu’il a dû être patient dans la salle alors que certains joueurs comme Benoit Benjamin, Jon Koncak, Joe Kleine et Ed Pinckney étaient sélectionnés! La saison rookie se passe bien à Utah. Sous l’égide de coach Frank Layden, Malone est à 14.9 pts, 8.9 rbds par match et fait, naturellement, partie de la NBA All-Rookie Team de 1986 avec Joe Dumars, Charles Oakley, Xavier McDaniel et Pat Ewing. Par contre, il n’arrive que 3ème au vote du Rookie of the Year, remporté par la future légende des Knicks Pat Ewing (20 pts, 9 rbds par match, déjà).

Cela n’enlève rien à sa belle saison où, à l’occasion d’une victoire contre les Rockets (14 janvier 1986), le Jazz met fin à une série de 20 victoires consécutives des texans. Karl Malone score 29 points dans cette rencontre dont 4 lancers décisifs. L’équipe est en forme et se qualifie en playoffs pour la troisième année consécutive. Ils perdent contre les Mavs au premier tour en quatre matchs, malgré les 20 pts, 8.9 rbds de Karl. Il se fait aussi remarquer durant la saison grâce à ce dunk sur Michael Cooper:
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Dés sa saison sophomore, Malone mène son équipe au scoring (21.7 pts) et au rebond (10.4) mais ne reçoit aucun honneur. Seul Mark Eaton intègre la All-Defensive second team. Le Jazz a fait venir l’ailier all-star Kelly Tripucka contre Adrian Dantley et termine la saison avec un bilan positif (44-38). En playoff c’est rebelote: après avoir mené 2-1 contre Golden State, le Jazz enchaîne deux défaites consécutives et se fait éliminer au premier tour. Karl Malone ne brille pas, il ne shoote qu’à 42% mais reste à 20 pts et 9.6 rbds de moyenne dans la série.

Un duo mythique

Cette troisième saison (1987/88) est la consécration du Mailman – surnom qu’il hérite pour sa capacité à délivrer la passe ou le panier à tout moment. Il devient la pierre angulaire de l’attaque du Jazz en compagnie de John Stockton. Malone est naturellement sélectionné pour son premier All Star Game fort de ses 27.1 points par match et 12 rbds, et aura les honneurs de la All-NBA first team à la fin de la saison. C’est sa première apparition au All Star Game, elle se déroule bien puisqu’il finit en tant que leader offensif (22pts). Il y participera durant 14 saisons, rien que ça. Cette année marque aussi l’avènement de John Stockton qui est intronisé meneur titulaire, avec effet immédiat: 13.8 passes par match dont la plupart sont destinées à Malone. Stockton rejoindra Karl dans la All-NBA Second team.

Le Jazz termine, encore une fois, dans le positif (47-35), à la troisième position de la Midwest. L’obstacle des Blazers est passé au premier tour mais le second tour réserve une surprise de taille: affronter le champion en titre, les Los Angeles Lakers menés alors par Magic Johnson, James Worthy et Kareem Abdul-Jabbar. Si la confrontation paraissait bien inégale, le Jazz va solidement accrocher les Lakers pour pousser la série en 7 matchs. Karl Malone est en feu dans ce dernier match: 31 pts, 15 rbds! Mais les Lakers l’emportent 109-98 avant de réaliser le back-to-back en Finals.
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En 11 matchs de playoffs, Malone tourne alors à 29.7 pts et 11.8 rbds et, pour la troisième saison consécutive, il joue les 82 matchs et mène au scoring 62 rencontres. A la fin d’une saison aussi réussie, Karl Malone signe alors un contrat de 10 ans (!!) pour 18M$. Les changements ne tardent pas à arriver pour l’équipe et en décembre 1988, Jerry Sloan, alors assistant coach, succède à Layden sur le banc tandis que ce dernier devient président de l’équipe.

Le Jazz entre dans la saison 88/89 avec de l’espoir et surtout de la réussite. Le club enregistre un record de 51 victoires sous la houlette d’un Karl Malone à 29.1 points par matchs, second meilleur scoreur juste derrière Michael Jordan, et 10.7 rebonds à son compteur. Au All Star Game, il brille encore de mille feux: 28 pts, 9 rbds, 3 pds et le titre de MVP. Le Jazz se qualifie logiquement (51-31) mais se fait balayer au premier tour par les Warriors. A titre individuel, Malone est récompensé d’une première place en All-NBA First team et troisième au vote de MVP. Quelques faits d’armes sont déjà à son actif: 44 points contre les Sixers, sa meilleure performance offensive, et durant les 3 matchs perdus en playoffs contre Golden State, il cumule 30.7 pts et 16.3 rebonds, limpide.

La saison suivante (1989-90) montre que le Mailman ne fait que progresser, inlassablement. Toujours en double-double de moyenne, il atteint les 31 points par match et 11.1 rebonds qui lui valent les honneurs de la All-NBA First team, et ce jusqu’en 1999. Le 27 janvier 1990, Malone marque les esprits en scorant 61 points dans une écrasante victoire contre les Bucks (144-96!!) avec un 21/26 au shot, 19/23 aux lancers-francs et en seulement 33 minutes, c’est la troisième fois dans l’histoire que cela arrive. C’était la meilleure marque au scoring d’un joueur du Jazz depuis leur déménagement de la Nouvelle Orléans.
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Même s’il est encore envoyé au All Star Game, il doit se résigner pour cause de blessure à la cheville. Il n’en revient que plus fort, menant au scoring son équipe 24 matchs sur les 26 restants. Il réitère de grosses performances, 52 points contre les Hornets, 49 contre les Warriors, 45 contre les Lakers et voilà le Jazz avec un bilan très flatteur de 55 victoires pour 27 défaites. Et comme la saison précédente, l’aventure est très courte en playoff (une des grandes malédiction de Malone) car les Suns éliminent Utah en 5 rencontres où Karl cumule 25.2 pts et 10.2 rbds. Il termine encore une fois derrière Michael Jordan au scoring.

Dans sa vie personnelle, les choses se concrétisent néanmoins. Il épouse Kay Kinsey, alias Miss Idaho en 1988, le 24 décembre! Ils auront quatre enfants ensemble et quelques problèmes, comme on le verra.

La saison 1990/91 arrive à grand pas et le Jazz fait l’acquisition de l’arrière Jeff Malone dans un deal à trois, donnant au club une arme offensive crédible de plus. Mais le Jazz débute mal cette saison en perdant 7 de ses 15 premiers matchs. Heureusement, les deux Malone s’entendent bien et scorent, ils permettent de passer un 21-9 en deux mois. Durant 19 matchs, de janvier à mars, Karl mène au scoring à chaque rencontre. Le Mailman participe alors à son quatrième All Star Game, scorant 16 pts et gobant 11 rbs. Il termine la saison régulière avec de belles moyennes encore une fois (29 pts, 11.8 rbds), meilleur scoreur parmi 4 joueurs en double figure au scoring: Jeff Malone (18.6 pts), John Stockton (17.2 pts) et Thurl Bailey (12.4 pts). En confiance, Utah rencontre Phoenix au premier tour des playoffs 1991. Malone, fraichement nommé dans la All-NBA First team (3ème année consécutive) annonce la couleur au match 1: 27 pts, 10 rbds à Phoenix. Le Jazz termine la série en quatre matchs pour affronter en demi-finale les Blazers. Mais malheureusement, même si Malone réussit sa meilleure série au rebond (13.3), le Jazz se fait éliminer en 5 matchs secs.

Comme lors de la saison 1989/90, Malone termine la saison suivante (91/92) second au scoring (28 ppg) de la ligue. Il intègre la All-NBA First team pour la quatrième année d’affilée. L’équipe repose sur les épaules d’un Malone , qui pointe plusieurs matchs à 40 points mais se fait surtout remarquer par une très grosse faute. En effet, le 14 décembre 1991, dans une rencontre opposant Jazz et Pistons, Malone s’en va mettre un coup de coude dans la tête d’Isiah Thomas! Ce coup est tellement violent que le meneur a besoin de 40 points de suture et l’image reste très impressionnante:
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Sans surprise, Karl est suspendu le match d’après et reçoit 10.000$ d’amende. Pour une vidéo plus complète, cliquez là. La faute est sujette à interprétation, Malone arrive et détourne la tête dés qu’il a sauté, si le geste et le résultat sont impressionnants, il ne faut pas y voir un geste de malice d’un dirty player pour le coup.

Pour en revenir sur la saison, ce n’est pas individuellement que la différence est palpable, c’est au niveau collectif. Le Jazz fait les playoffs 1992 et atteint pour la première fois de son histoire les finales de conférence, à un pas du titre. Le Jazz va donner du fil à retordre aux Blazers mais l’affaire est réglée en 6 rencontres où Karl excelle : 29.1 points à 52.1% au shoot et 11.9 rbds de moyenne. Le basket n’est cependant pas terminé puisque Karl Malone est sélectionné pour intégrer la Dream Team en 1992 pour les Jeux Olympiques de Barcelone. Une expérience dont tout le monde se souvient (là par exemple). Malone remporte la médaille d’or en menant au rebond lors de trois rencontres.

La polémique

Un nuage va pourtant planer sur cette sélection, et il viendra de Karl. Jamais la langue dans sa poche, le joueur exprime son opposition au retour de Magic Johnson dans la Dream Team – il avait pris sa retraite en 1991 – car testé positif au VIH. Une opinion qu’il exprime en novembre 1991 et s’en défend.

Karl Malone : Regardez ça, des écorchures et des coupures de partout sur mon corps. [Il presse une contusion] J’ai ce genre de choses tous les soirs, à tous les matchs. Ils ne peuvent pas me dire qu’il y a zéro risque, et ne soyez pas hypocrite, tout le monde en NBA y a pensé.

Gerald Wilkins, joueur de Cleveland à l’époque, soutient le « Mailman »:

Gerald Wilkins ; Tout le monde en parle. Certains sont effrayés. C’est possiblement dangereux pour nous tous mais comme ça l’est Magic. Les gens doivent prendre des gants quand ils parlent, ils ne vous diront pas ce qu’ils ressentent vraiment.

Et Malone d’enchérir:

Karl Malone : Ce n’est pas parce qu’il a fait son retour que ça doit me concerner. Je ne suis pas un fan ou une cheerleader. C’est certainement bien pour le basket qu’il soit revenu mais il faut regarder plus loin que ça. On a beaucoup de jeunes gens qui ont une longue vie devant eux, la Dream Team était un concept génial mais il faut revenir à la réalité.

Et la réalité est celle-ci: Karl Malone disait quelque chose que tout le monde pensait tout bas dans la ligue, alors que la maladie était encore mal connue, hormis ses vecteurs de transmission. Les affres d’une question de société, peu connue, ont rattrapé un Malone qui s’est attaqué à un mythe là où nombre de joueurs et officiels s’inquiétaient. Même Jerry Colangelo a émis des réserves sur les risques. Cela a viré au scandale, à l’hypocrisie de certains comme Charles Barkley ( « je n’ai jamais pensé à ça, jamais jamais jamais! » ). Dans cette incertitude, même David Stern a dénié commenter la situation, seul Magic a eu le courage de monter au créneau pour rassurer avec l’avis de ses médecins.

La seule réponse de la ligue sera l’introduction de « mesures de précaution » concernant les personnes ayant le SIDA. L’une d’elle consiste, par exemple, à ce qu’un joueur qui subit une coupure dans un match doit immédiatement sortir se faire soigner. De plus, le syndicat des joueurs a réalisé un programme éducatif pour les joueurs concernant la maladie.

Le médecin de Magic conclut l’épisode:

Dr. Michael P. Johnson : Les questions ont afflué. On m’a demandé « que se passe-t-il si je me coupe et que lui aussi est coupé? » Il y a théoriquement une possibilité que cela arrive mais ce risque est très faible. Cependant, quand on en vient à parler du risque zéro, il n’existe effectivement pas, pour quoi que ce soit.

Karl Malone est encore diabolisé aujourd’hui pour ces commentaires. Il faut faire l’effort de contextualiser ce « scandale », afin de savoir pourquoi et comment cela s’est déroulé. Il rencontrera Magic en tête à tête à Salt Lake en 1993 pour mettre les choses à plat et oublier cette histoire.

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