La relation Russell – Chamberlain

Pivots dominants des années 60, Bill Russell et Wilt Chamberlain étaient à la fois rivaux sur le parquet et bons camarades dans la vie. Entre le féroce défenseur vert et...

Pivots dominants des années 60, Bill Russell et Wilt Chamberlain étaient à la fois rivaux sur le parquet et bons camarades dans la vie. Entre le féroce défenseur vert et le scoreur de tous les records, il existait surtout un grand respect mutuel. Les deux joueurs se sont régulièrement croisés en playoffs, pour la suprématie de l’Est lorsque Chamberlain évoluait à Philadelphie, puis pour le titre, suite au départ de l’échassier pour Los Angeles.

Comme la semaine dernière, je vous propose un article exclusivement composé d’un extrait de livre. Cette fois-ci, il s’agit de la plume de Bill Russell, Second Wind: The Memoirs of an Opinionated Man (1979). En effet, au fond, qui de mieux placé que le principal intéressé pour décrire cette relation ?

Wilt Chamberlain et moi étions amis durant tout le temps où nous jouions au basket ensemble, même lorsque les journaux nous présentaient comme des ennemies mortels. Il y a une certaine part de show business dans le basket professionnel et nous deux étions un rêve pour la publicité. Les journalistes faisaient preuve d’une grande imagination dans leurs titres, comme « Big Goliath vs Little Goliath » ou « The Good Guy vs The Bad Guy » et ont consacré des milliers d’articles sur nous. Russell était meilleur que Chamberlain ou vice versa ? On aurait pu croire que nous étions des champions de boxe poids lourds, car nos équipes respectives étaient largement ignoré. En fait, je ne vois pas deux sportifs qui ont été plus opposés à travers des théories aussi diverses que Wilt et moi. Presque tous les arguments ont été utilisés dans le débat Russell vs Chamberlain. Presque toutes les vertus et tous les péchés ont été imaginés dans ce petit jeu. Nous étions des symboles.

Bill Russell bloque un tir de Wilt Chamberlain

Bill Russell bloque un tir de Wilt Chamberlain

Tant que nous jouions, je pense que Wilt et moi avons réussi à ignorer ça. Nous étions habitués à éviter la controverse. Nous en rigolions car nous savions que ça leur permettait de se faire de l’argent. Nous avons toujours essayé de ne pas parler de notre relation personnelle, et quelques personnes nous ont bien aidés. Eddie Gottlieb, le propriétaire des Philadelphia Warriors, a souvent rappelé à Wilt que tout ça n’était que de la hype, en tout cas, c’est ce que Wilt me disait. Gottlieb, à chaque fois que les Celtics jouaient à Philadelphie, il criait dans les journaux que j’étais un goaltender criminel, que j’échappais à la condamnation pour meurtre et que je devais être arrêté. Quand nous arrivions à Philadelphie, je voyais les gros titres, et dans le match, il criait ça sur les arbitres si violemment qu’il fallait le retenir. J’ai toujours pensé qu’il était plus fort pour allumer des mèches que Red, jusqu’à un soir, où il est venu dans notre vestiaire avant un match. Il s’est assis à côté de moi et m’a dit « Je suppose que tu ne prêtes pas attention à tout ce que je dis sur le goaltending. Ça m’aide juste à remplir la salle.« Il était chaleureux et plein d’humour, et puis, il allait dans la salle et il se mettait à crier au goaltending contre moi comme un fou.

Wilt était de loin le pivot le plus dur que j’ai affronté. Il était énorme, et, quoiqu’en disent les gens sur son manque d’esprit collectif, ses équipes sont toujours allés en playoffs contre nous. Il m’a toujours dominé au scoring par de grosses marges — 20 ou 30 points par match — donc je n’espérais même pas lutter contre lui dans un duel de scoreurs. Je ne m’autorisais pas à être frustré dans le match. Je devais faire tout ce que je pouvais pour nous aider à gagner. une année, Wilt tournait à une incroyable moyenne de 50 points par match, alors que moi j’étais à 16 ou 17. Cette même année, son équipe tournait à 112 points par match et les Celtics à 110, donc j’avais réalisé que si je pouvais le faire scorer moins que sa moyenne, nous devrions gagner ces matchs. C’est ce qui se passait.

Wilt Chamberlain et Bill Russell séparés par l'arbitre

Bill Russell – Wilt Chamberlain, rivaux sur le parquet.

Pendant que les titres des Celtics commençaient à s’accumuler, Wilt prenait mal les attaques, dont l’étiquette de looser. Ils disaient qu’il ne pouvait pas gagner le titre, comme s’il avait un blocage dans sa personnalité qui l’empêchait de gagner les matchs clés. Pour moi, ça résonnait comme un non-sens. Je pense que vous gagnez des matchs jusqu’à ce que vous affrontez une meilleure équipe. C’est aussi simple que ça. Je préfère penser que les Celtics étaient des Winners, les champions en fait, et que les équipe de Wilt étaient la meilleure équipe que nous avions à battre.

En 1967, Wilt et les Philadelphia 76ers nous ont battu car ils étaient meilleurs. Ils nous ont dominé sur le terrain et, pendant un instant, j’ai eu le goût de la défaite. Les Celtics arrêtaient une série jamais vue de huit titres de champions consécutifs. Cet été-là, les fans à Boston m’ont hué dans la rue. « Qu’est-ce qui vous est arrivé l’an dernier ? » « Vous êtes tous lessivé ou quoi ? » « Je savais que ça ne pourrait pas durer. Vous, les gars, n’aviez plus envie. » Je n’en revenais pas. Je n’ai jamais été aussi heureux de reprendre l’entraînement pour arrêter ces cris et ces huées. Durant notre série de victoires, j’ai facilement apprécié les applaudissements. Au moins, j’ai compris pourquoi Wilt cherchait à chasser cette étiquette de loser. Être allumé avec un tel abus pendant des années aurait agacé n’importe qui. Malgré ça, notre relation avec Wilt n’a jamais été endommagé par toutes ces choses.

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