La Turquie dans le basket mondial

S’il est une Nation qui a su monter en puissance durant la dernière décennie sur la planète Basket, c’est bien celle surplombant le Bosphore. Petit retour historique sur cette équipe qui fait désormais partie des sérieux outsiders pour le titre de champion du monde, à domicile..

Une seule médaille… Conquise à domicile

L’histoire du basket turc se résume à peu de choses: 2 participations aux J.O (1936 et 1952), 2 Championnats du Monde (2002 et 2006) et 20 EuroBasket (49, 51, 55 à 63, 71 à 75, 81, 93 à 09). Et de ces 24 tournois, un seul résultat probant est à noter: une médaille d’argent conquise lors de l’EuroBasket 2001 à domicile

L’équipe était alors emmenée par les Kutluay, Turkoglu, Okur, Turkcan, Besok, Peker ou Tunceri. Les Turcs avaient enchainé les exploits. Lors du premier tour, en battant l’Espagne (84-79) pour conserver la première place du groupe. Ensuite en s’imposant de 2 points face à la Croatie en quart de finale (86-84) puis d’un point face à l’Allemagne en demi (79-78). Impeccable dans la gestion des money-time, la Turquie a sans aucun doute bénéficié du soutien de ses supporters pour forger ses 3 exploits consécutifs. De bon augure pour ces Championnats du Monde 2010.

De l’histoire du basket turc – si on excepte la génération actuelle toujours active sur les parquets – on retiendra aussi un nom, celui de Efe Aydan. Recordman du nombre de sélections en équipe nationale (224) et de points marqués sous le maillot national (2195), Aydan a démontré tout au long de sa carrière une très grande classe. Ce n’est qu’à 16 ans, après avoir échoué dans le football, qu’il a découvert le basket en rejoignant le Galatasaray. Il restera une saison au Galat’, avant de véritablement lancer sa carrière en deuxième division turc, à Karsiyaka. Dès sa première saison, il s’impose comme le moteur de l’équipe. A 18 ans, il conduit son club à la première division. Et pour sa première saison en D1, il emmène Karsiyaka à la 3ème place du championnat. Il met alors le cap à Eczibasi, club de la banlieue d’Istanbul. Le début d’un règne assez incroyable. Il restera 6 ans au club, remportant avec le club 5 titres de champion. Il mettra alors le cap sur le Fenerbahce, qu’il transformera en club de basket majeur au pays. Mais en 4 années passées là-bas, il ne parviendra pas à remporter le titre. C’est le Besiktas qui viendra chercher Aydan en 1987. Mais sans succès: il ne reste qu’une saison au Besiktas, se faisant sortir au premier tour par le Galatasaray.

Sur cet échec, il quitte le club pour rejoindre Tofas, là où la « légende humaine » Aydan se bâtira. Contre toute attente, Tofas est relégué. Tout le monde s’attend à le voir partir du club et rejoindre un grand de Turquie. Mais Aydan surprend tout le monde en restant et en acceptant d’évoluer en deuxième division. Survolant la compétition, Tofas remonte immédiatement en première division. Une ascension qui permettra à Aydan de terminer sa carrière sur deux belles saisons au cours desquelles Tofas s’imposera au sommet du basket turc, jouant deux finales de TBL – Turkish Basketball League.

L’année ou jamais?

Qu’attendre du 8ème d’un Euro aux Championnats du Monde? A priori, pas grand chose… Sauf que la Turquie a de très belles références… Depuis sa place de vice-champion d’Europe 2001, les Turcs ont cumulés quelques bonnes performances. La 10ème place de l’Euro 2003 n’est pas glorieuse. Ni même les 12ème places de 2005 et 2007.

Mais lors des Championnats du Monde 2006, les Trucs avaient fait bonne impression, atteignant les quarts de finale et s’inclinant face aux solides Argentins. Et l’an passé, lors de l’EuroBasket polonais, les Turcs avaient accumulé les bons coups. Vainqueurs des Serbes et des Espagnols, ils ne s’étaient inclinés que de deux points face à la Slovénie lors du second tour et de deux points après prolongation face à la Grèce (en ayant galvaudé la balle de match lors de la prolongation).

Conclusion: la Turquie termine à une peu flatteuse 8ème place de l’EuroBasket, suite à des matchs de classement disputés sans envie et sans ambition. Une position qui ne reflète nullement la qualité du groupe à disposition de Bogdan Tanjevic.

En poste depuis 2001, le Monténégrin a su imposer à l’équipe turque ses méthodes: la liberté dans la rigueur. Avec succès, au vu des résultats engrangés ces dernières saisons. Il faut dire que Tanjevic a à disposition un roster bardé de talents. Les Turkoglu, Ilyasova, Tunceri, Arslan ou Akyol comptent parmi le gratin du basket européen. Mais avec cette équipe turque, le seul talent ne suffit pas. Si l’équipe est bien dans sa tête, elle développe un jeu brillant et peut jouer les yeux dans les yeux avec tout le monde. Par contre, quand l’esprit s’évapore, c’est une toute autre histoire – cf. les matchs de classement l’an passé.

Cependant, cette année, les signaux semblent au vert pour l’équipe turque. « Le moral a été au plus haut tout au long du camp d’entrainement et nous avons bien travaillé », expliquait Ersan Ilyasova début août.  Autre facteur motivant, la volonté de bien faire pour les – possibles? – adieux de Bogdan Tanjevic au basket turc. Victime de gros soucis de santé lors de la saison passée, le Monténégrin avait été contraint de quitter le banc du Fenerbahce. De gros doutes ont d’ailleurs plané sur sa présence lors de ces Championnats du Monde. Il sera finalement présent sur le banc, avec notamment à ses côtés l’ancien All-Star NBA Rolando Blackman.

Enfin, dernier élément en faveur des Turcs, la motivation de jouer a la maison, devant leurs propres fans.

Hedo Turkoglu: En tant que joueurs, nous savons a quel point ce tournoi est important. Notre objectif est d’être prêt pour le 28 août et nous voulons impressionner nos fans. Nous pouvons le faire en tant qu’organisateur d’un tournoi majeur. Jouer à domicile et avec nos supporters derrière nous devront être des facteurs que nous devons combiner avec nos performances.

Cette sur-motivation leur avait donné des ailes en 2001 lors de l’EuroBasket. Ils avaient alors été chercher une médaille d’argent à la surprise générale. Avec les qualités présentes dans le roster, les connaissances de Bogdan Tanjevic et les supporters derrière eux, tout semble réuni pour créer une nouvelle grosse surprise…

L’avenir du basket européen?

Et pourtant, l’avenir s’annonce encore plus rose; car si la génération Turkoglu a démontré de belles choses lors de cette dernière décennie, les joueurs qui s’apprêtent a prendre le pouvoir promettent d’être au moins aussi doués.

Il y a bien entendu Ersan ilyasova, qui à 23 ans a déjà acquis une énorme expérience entre D-League (Tulsa 66ers), Europe (FC Barcelone) et NBA (Milwaukee Bucks). Prototype du PF typique, Ersan Ilyasova est un diamant. Du haut de 2,09m, il est capable de batailler dans la raquette, notamment dans la conquête du rebond. Mais à la manière d’un Nowitzki, le jeune Turc est capable de s’écarter de l’anneau et de se révéler une menace derrière la ligne des 3 points. Ces qualités lui ont permis d’être un des éléments-clés du Barça champion d’Espagne 2009 et de s’imposer dans la rotation de Bucks cette saison.

Pour épauler Ilyasova, les futurs sélectionneurs turcs pourront compter sur des joueurs du calibre de Cenk Akyol (23 ans, 43 matchs en EuroLeague), Oguz Savas (23 ans et 79 matchs en EL) ou encore Semih Erden (55 matchs en EL à 23 ans). Des joueurs toujours très jeunes, mais qui peuvent déjà compter sur une solide expérience du plus haut niveau. Et des joueurs loin d’être des manchots…

Mais le plus gros talent de la Turquie, on doit aller le chercher du côté de Kentucky et d’Enes Kanter. Turc de 18 ans né à Zurich, Kanter a déjà su démontrer des grandes qualités, tant sur les parquets qu’en dehors. Le petit a de la suite dans les idées. Au Fenerbahce, il a l’occasion de découvrir le plus haut niveau – tant la première division turc que l’Euroleague – à 16 ans en octobre 2008. Mais il refuse de signer tout contrat: son objectif est de passer par le cursus américain pour aller se perfectionner. Il reste donc une saison au Bahce, sans rémunération, avant de traverser l’Atlantique et d’aller terminer sa formation en High School. Il rejoint le Stoneridge Preparatory de Simi Valley, et ce malgré les sollicitations de l’Olympiacos et du Barça. Et les scouts US tombent sous le charme…

DraftExpress sur Kanter: Le jeu offensif de Kanter s’est étoffé depuis son passage au Fenerbahce en plus de son incroyable sens du scoring au poste bas qui a attiré l’attention des scouts il y a des années. Enes Kanter est désormais aussi capable de s’écarter de l’anneau et rentrer les shots avec une bonne consistance. Il a une bonne réussite depuis la ligne des 3 points en high school et pourrait devenir une très bonne menace en pick-and-pop.

Défensivement, Kanter a montré de très bonnes choses, bloquant des shots et gênant les adversaires par son sens du positionnement – plus que par ses capacités physiques. Son sens du placement lui permet de se battre a l’intérieur de la raquette tandis que son physique lui permet de contester les pénétrations quand un adversaire essaye de le dribbler.

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Au-delà de ses qualités physiques et techniques, les qualités morales de Kanter sont souvent mises en avant. Se plaignant très peu auprès des arbitres, il reste concentré en permanence sur son jeu. Sans surprise, Kanter répond toujours présent lors des matchs à enjeux. Lors du match pour la 3ème place des Championnats d’Europe -18 à Metz l’an passé, il écrasera à lui seul les Lituaniens. Auteur de 35 points, 19 rebonds et 4 blocks, Kanter permet aux siens d’aller chercher la médaille de bronze. Et cet été, lors du très réputé Nike Hoop Summit, il effacera des tablettes le record établi par Dirk Nowitzki. Il inscrira 34 points et prendra 14 rebonds (cf vidéo ci-dessus).

A suivre l’an prochain en NCAA. Mais sous les ordres d’un formateur comme John Callipari, tout laisse à penser qu’on entendra encore parler du jeune intérieur turc…