L’arbitrage NBA biaisé, une réalité scientifique?

Brian Robb de CelticsHub.com (et d’ESPN) a narré il y a quelques mois une expérience scientifique ou plutôt une observation statistique participante qui s’est déroulée avec des spécialistes en psychologie du sport dans le Massachussets. Celle-ci accouche d’un nouveau concept pour qualifier les attitudes changeantes des arbitres NBA et concrètement parler d’un système global intégré au jeu. Le récit de cette étude à suivre.

Un arbitrage inconscient?

L’arbitrage a toujours été un point ambigu en NBA et sujet à controverses. Il est de notoriété commune que le flot ininterrompu de matchs NBA (82 par saisons sans compter les playoffs) peut largement être influencé par les trois officiels zébrés. Le 4 mars 2010, à la Sloan Sports Analytics Conference du très sérieux MIT (Massachussets Institute of Technology) de Boston, Tobias Moskowitz et L. Jon Wertheim ont présenté les recherches concernant les biais, travers, anomalies que les arbitres NBA ont, en comparaison à d’autres sports, dans le rapport « Whistle Swallowing: Officiating & the Omission Bias. » Littéralement « avaler le sifflet, l’arbitrage et ses mensonges par omission ».

Moskowitz et Wertheim ont étudié cinq sports différents et plus précisément les coups de sifflets « omis », autrement dit, des oublis. Ils définissent cette notion d’omission par la réticence prononcée à faire de mauvais coups de sifflets plutôt que celle de ne rien faire lorsqu’une action est normalement fautive. Pour le dire simplement : dans le doute, on s’abstient. Dans leur étude, ce biais est bien pire qu’une simple erreur de jugement hasardeuse plutôt prévisible et qui ferait pencher un match vers l’overtime. L’omission peut être inconsciente et n’a pas le caractère hasardeux de la simple erreur.

Cette philosophie consiste dans la psychologie humaine à faire la distinction entre les gens qui font du mal ( et l’échec à sauver quelqu’un. En effet, ce dernier est aux yeux de la population une offense plus insignifiante donc moins grave qu’une atteinte directe. C’est la même chose pour l’arbitrage, ne pas siffler devient moins flagrant que de mal le faire.

La question est donc de savoir où la NBA réalise-t-elle ce genre de biais? Les recherches ont montré que plusieurs problèmes dans la ligue rejoignent les critiques observées par les fans au fils des années.

Les causes

Le premier échec vient du traitement des joueurs « stars ». L’étude compare de quelle manière les arbitres vont siffler des fautes sur les stars par rapport à des joueurs NBA dits non-stars. Le résultat est le fruit de trois années d’observation pendant lesquelles 1.5 millions de situations/actions de jeu ont été examinées en plus de 3500 matchs.

Le critère de « Star » est basé sur les votes pour le titre de MVP. Voici les résultats de l’étude:

  • 42% des fautes sont sifflées contre les stars en situation dite « normale » contre 57% pour les joueurs non-stars.
  • les chiffres sont plus dramatiques en faveur des joueurs stars quand ils sont en « foul trouble », comprenez quand ils ont des problèmes de fautes (4-5), il s’agit là de 28% des fautes sifflées contre eux, une chute vertigineuse depuis les 42%
  • quand les rôles sont inversés et que les joueurs non-stars sont en « foul trouble », les chiffres redeviennent normaux avec 48% de fautes sifflées contre 51% pour les stars

L’autre paramètre étudié implique le regard subjectif des coups de sifflets (fautes offensives, marchés, double dribble etc…) réalisés (ou non) en comparaison avec des coups de sifflets très objectifs (coup de pied dans la balle, violation des 24 secondes…) dans un match. La tendance à vouloir laisser les joueurs faire la décision dans un match serré à la fin d’un match montre par elle-même encore une fois une situation de biais, d’omission, avec un taux de coups de sifflets qui chute énormément entre la première et la seconde période. Une autre chute dans les coups de sifflets dits subjectif se retrouve dans les matchs à prolongation avec les « judgment calls » ou en français, les décisions importantes. Encore une fois, s’abstenir est de rigueur. Les coups de sifflet dits « objectifs » restent quant à eux à un certain niveau tout au long de l’étude, sans varier.

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Les docteurs en psychologie retiennent de leurs recherches qu’il apparaît clairement que le biais d’omission n’est pas un phénomène isolé. La recherche a montré que c’était un problème universel, commun à l’arbitrage de tous les autres sports étudiés incluant le base-ball (MLB), le hockey (NHL), le football américain (NFL) et le football (FIFA). Donc, si les fans NBA ont du grain à moudre pour leurs futures vendettas face à l’arbitrage, ils peuvent également dormir sur leurs deux oreilles sachant qu’ils ne sont pas les seuls à faire face à ces risques.

Pertinence d’une telle étude

S’il est d’un lieu commun les plus utilisés, ce serait celui que « l’erreur est humaine. » Dans ce rapport, il s’agit plus de montrer que l’arbitrage connaît également des fluctuations mais il s’agit de pures données statistiques. En effet, il est nécessaire de mettre en relief ces comportements avec un nombre considérable de facteurs qui expliqueraient les changements d’attitude : le « star-système » poussif et encouragé par les instances NBA, les pressions exercées sur les arbitres de la part des entraineurs, des joueurs, voire même du public (même si on est encore loin des démonstrations sauvages entre-aperçus dans certains stades de Football) etc…

Il faut également mettre au centre de ce phénomène tout l’aplomb médiatique qui chapeaute les rencontres, fournit des sommes d’argent mirobolantes et fait du spectacle un objectif de tous les instants. Avec l’arrivée de la vidéo, des commentateurs foisonnant (directement des fois de la grande ligue), des émissions spécialisées etc….il s’agit là de passer au microscope le moindre écart de la part des arbitres.

Ne parler que de comportement conscient ou inconscient des hommes en noirs, c’est aussi éluder le fait qu’ils dépendent de manière prépondérante des règles en application. Celles-ci sont édictées par des hautes pontes du Marketing et de l’internationalisation à outrance, qui recherchent avant tout la rentabilité de leur « business » face aux sempiternelles traditions collectives -très européennes-, peu dociles face au culte de la personne, objet fantasmagorique et marketing le plus vendeur (ex : Lebron James). Ces règles sont donc modifiées avec le temps pour protéger les joueurs stars et on le voit clairement in situ, lorsqu’un D-Wade ou Kobe Bryant obtient des fautes à postériori avec les feintes. Certes, faire sortir de ses gonds un joueur est une chose, mais réduire la distance pour obtenir une faute, en est une autre.

Ce sont tous ces facteurs qui nous obligent à remettre en perspective le constat sur les anomalies arbitrales, à replacer dans un contexte somme toute difficile et qui mêle enjeux politiques, économiques et sociaux. La contextualisation est importante et empêche de s’engoncer dans une prose statique qui ferait des arbitres des bouc-émissaires sous les fourches caudines des fans.

NB: Tobias J. Moskowitz est professeur de finances, d’économie à la Booth School of Economy de Chicago, il a un doctorat en finances. L.Jon Wertheim est un journaliste et ancien auteur de Sports Illustrated.