[Retro] Le CSP sur le toit de l’Europe

Le 15 avril 1993, Limoges entrait à jamais dans l’histoire du sport français. Le CSP Limoges devenait le premier club sportif français à être sacré champion d’Europe, un mois avant...

Le 15 avril 1993, Limoges entrait à jamais dans l’histoire du sport français. Le CSP Limoges devenait le premier club sportif français à être sacré champion d’Europe, un mois avant d’être imité par l’OM… Retour sur l’exploit réalisé cette année-là par les hommes de Coach Maljkovic.

La décennie 80 ou l’art de la perfection…

Richard Dacouy (à droite) à son arrivée à Limoges en 1978 (Crédits: Beaublanc.com)

Les racines du titre de 93 sont à aller chercher au début des années 80. Le Cercle Saint-Pierre Limoges (CSP, pour faire court) rejoint la première division du basket français à l’issue de la saison 77-78. Richard Dacoury, arrivé au club à 19 ans lors de l’été 78, sera le moteur du club qui deviendra un des cadors de France et d’Europe lors de la décennie. Les Apollo Faye, Ed Murphy, Jacques Monclar, Greg Beugnot, Stéphane Ostrowski ou Don Collins conduisaient le CSP à 6 titres de champion de France (83, 84, 85, 88, 89, 90), 2 Coupes Korac (82 et 83, à chaque fois face au Sibenik de Drazen Petrovic + une finale perdue en 87 face au Barça de San Epifanio) et une Coupe des Vainqueurs de Coupe (88, face à la Joventut Badalone).

Sous les ordres d’André Buffière, de Pierre Dao et de Michel Gomes, le CSP était respecté et craint partout en Europe. En 1990, le CSP atteint même pour la première fois le Final Four de l’EuroLeague. Une expérience qui tournera court face à l’Aris Salonique, qui s’inclinera ensuite en finale face au Jugoplastika Split, qui signera là le deuxième succès de son Three-Peat européen. En dix ans, le CSP est passé de club de seconde division nationale à grand d’Europe. L’illustration de cette accession au sommet de l’Europe est l’arrivée du mythique Aleksandr Gomelsky aux commandes de l’équipe. Gomelsky, 62 ans à l’époque, c’est juste 4 titres de champion d’Europe (58, 59, 6, soit les trois premières Euroleague et 71), 15 titres de champion d’URSS, 4 médailles olympiques (or en 88, argent en 64 et bronze en 68 et 80), 5 médailles aux championnats du monde (or en 67 et 82, argent 78 et bronze en 63 et 70) et 6 titres de champion d’Europe (63, 65, 67, 69, 79 et 81). Mais la sauce ne prendra pas et le CSP se fera voler son titre de champion de France en 1991 (par Antibes) et 1992 (par Pau-Orthez).

Le génie Maljkovic

Bozidar Maljkovic, architecte de la campagne 92-93

Le renouveau viendra en 1992. Faute de résultat, Gomelsky quitte le club. Pour le remplacer, les dirigeants limougeauds vont aller recruter du lourd, du très lourd avec Bozidar Maljkovic. Le maître serbe, double-vainqueur de l’Euroleague 89 et 90 avec le Jugoplastika Split de Kukoc, Radja ou Ivanovic sort d’une expérience mitigée au FC Barcelone. Le Serbe arrive dans le Limousin en cours de saison 1991-92 et impose d’entrée de jeu sa vision du basket: défense, défense, défense. Le showtime déserte Beaublanc. La défense est la clé du jeu, tandis que l’attaque est utilisée pour fatiguer l’adversaire. Les attaques vont volontairement au bout des 30 secondes de possession. La défense en béton armé devient une marque de fabrique. La saison 1991-92 permet à Limoges de se replacer en ordre utile en France. Le club devient vice-champion de France, suffisant pour se qualifier pour l’Euroleague 1992-93.

Avec Bozidar Maljkovic et leur nouveau maillot (exit le maillot vert d’Adidas sponsorié par Opel, bonjour le jaune et grenat de Nike sponsorisé par Casino), les Limougeauds retrouvent l’Euroleague le 30 septembre pour un déplacement à Guilforf dans le cadre du tour préliminaire II de la compétition. Et face aux Kings anglais, les Français sont à la peine et doivent se contenter d’un match nul 72-72. Le retour s’annonce tendu à Beaublanc. Mais sous l’impulsion du duo Michael Young (18 pts, 10 rebonds, 7 assists) – Jim Bilba (18 points, 8 rebonds), les Anglais sont dominés de la tête et des épaules, pour finalement s’incliner 71-57 (première victoire défensive) et ouvrir la voie des poules.

Le CSP se retrouve verser dans la poule A, en compagnie du PAOK,du Scavolini Pesaro, du Kinder Bologne, de Badalone, du Cibona Zagreb et du Maccabi Tel-Aviv. Un groupe très costaud, dans lequel les 4 premiers seront qualifiés pour les quarts de finale. Cette phase de poule commencera plutôt mal pour le Cercle, concédant deux défaites d’entrée de jeu face au PAOK et à Bologne. Et une première réaction d’orgueil se fait sentir: Badalone se fait balayer par les 31 points de Young (victoire 62-78), le Cibona repart de France avec une défaite 82-51 dans la besace, Jure Zdovc entre en démonstration à Pesaro (15 points, 4 rebonds, 5 steals dans la victoire 61-76), Michael Young est une nouvelle fois stratosphérique face au Maccabi (35 points, pour un succès 75-63), même le PAOK venait tomber à Beaublanc 60-58.

Avec un bilan de 5-2 après 7 matchs, les Limougeauds géraient la situation pour finalement tranquillement se qualifier pour les quarts de finale. Deuxième de leur groupe derrière le PAOK, le CSP terminait finalement avec un bilan de 7 victoires pour 5 défaites, se signalant principalement pour sa défense de fer (63 points en moyenne par match) et les coups de chaud de Michael Young, redoutable ailier de 2,00m, aussi bon aux rebonds que derrière la ligne à 3-points.

CSP, Just Do It

En quart de finale, le CSP retrouve l’Olympiacos de Zarko Paspalj, Giorgios Sigalas, Dragan Tarlac et Walter Berry (meilleur joueur NCAA 85-86), un club qui sera désigné « meilleur club de la décennie 90′s ». Le challenge est de taille, mais les Limougeauds possèdent toutefois l’avantage du terrain et recevront donc les Grecs en cas de match d’appui. Une possibilité qui deviendra réalité: le CSP se fait dominer 70-67 au Stade de la Paix et de l’Amitié d’Athènes d’entrée de jeu. L’équation est donc simple pour les hommes de Maljkovic: soit vaincre deux fois à Beaublanc, soit dire byebye au Final 4 prévu à Athènes.

Le match retour tournera à la démonstration défensive. Les Grecs sont limités à 53 points (dont 27 pour le seul Paspalj et 16 pour Berry), tanids que les Limougeauds enquillent un 38-30 en seconde mi-temps pour s’imposer 59-53 et décrocher le droit de disputer un match d’appui à la maison. Et quel match d’appui! Tout simplement mythique: une référence de basket défensif et physique, conclu par un finale digne d’un thriller hollywoodien.

Les Grecs égalisent à 40 secondes du buzzer 58-58. Jure Zdovc monte la balle. Énorme pression défensive de la part des Athéniens qui ne laisse pas un millimètre d’espace. Zdovc décale sur la gauche pour Frédéric Forte qui prend en première intention un shot casse-croute à 10 mètres de l’arceau. La tentative échoue, grosse lutte pour le rebond qui atterrit dans les mains de Paspalj. Coup de sifflet: Paspalj a posé un doigt de pied sur la baseline lors de son rebond… La dernière possession sera donc française. Il reste une grosse vingtaine de secondes, les Limougeauds ont leur destin entre les mains. Jure Zdovc sera le sauveur. Le Slovène joue son un-contre-un seul, comme un grand. Il pénètre, petit cross-over, le défenseur est mis dans le vent. Il prend son shoot et le rentre à 2 secondes du buzzer. Folie à Beaublanc. Temps-mort grec suivi d’une perte de balle. Le CSP est au Final 4 et sera de retour à Athènes.

Sur leurs routes se dresse alors le Real MAdrid d’Arvydas Sabonis et de José Biriukov. Mais même ce duo magique ne peut rien faire face à la furia française. Le grand Real, qui tournaitr en moyenne à plus de 80 points scorés par match, se retrouve limité à 52 points. ils s’inclinent 52-62 et ouvre la voie de la finale aux miraculés français. Le titre de champion d’Europe de basket se jouera donc entre le CSP Limoges et le Benetton Trévise de Toni Kukoc, dans un remake de David contre Goliath.

Le petit David français vaincra le Goliath italien. Mais là où la qualification face à l’Olympiacos s’était jouée sur un coup du sort (le pied de Paspalj) , la victoire face à Trévise sera incroyable de maîtrise. Maîtrise des nerfs, quand Zdovc et Butter rentreront leurs lancers-francs pour maintenir le CSP dans le coup face aux coups de boutoir de Kukoc. Self-control de la part de Jim Bilba quand il mettra le Cercle devant à 57-55 depuis la ligne des LF. Maîtrise défensive ensuite, avec l’incroyable interception de Frédéric Forte sur Toni Kuloc, au moment où le Croate prenait son envol pour crucifier le CSP depuis la ligne des trois-points. Et à nouveau, Jure « Big Clutch » Zdovc intervenait pour tuer le match, rentrant deux lancers-francs donnant 4 points d’avance à ses couleurs. Le CSP remportait finalement le match 59-55. Une défense incroyable (61 points concédés en moyenne sur l’ensemble de la compétition, et 57 points pris sur les 5 derniers matchs) et un esprit de groupe hors-norme ont permis à Bozidar Maljkovic de retrouver les sommets européens. Et Richard Dacoury de rentrer dans l’histoire en devenant le premier sportif français à soulever le trophée de « Meilleur club d’Europe », toute discipline confondue.

Le roster du CSP champion d’Europe

Joueur Poste Taille Origine
Frédéric Forte Meneur 1,92 France
Jimmy Verove Ailier 1,98 France
Richard Dacoury Ailier 1,95 France
Michael Young Ailier 2,00 USA
Jure Zdovc Meneur 1,96 Slovénie
Franck Butter Centre 2,10 France
Jim Bilba Centre 1,98 France
Willie Redden Centre 2,08 USA/France
Marc M’Bahia Centre 2,00 Côte-d’Ivoire
Coach Bozidar Majlokovic Yougolavie

Bonus: le résumé de la finale, en deux parties:

Première mi-temps: Image de prévisualisation YouTube

Deuxième mi-temps: Image de prévisualisation YouTube