Définition d’un concept et évolution
Une définition conventionnelle…
Définition: Le point dans le temps où un joueur dans sa saison rookie atteint physiquement et mentalement un seuil, un plafond, qui l’oblige à décliner de manière drastique sa productivité. C’est surtout le point de la saison où les rookies jouent plus de match que ce qu’ils avaient l’habitude de faire en université.
L’image est simple, le mur s’impose dans la saison du rookie, c’est un palier qu’il se doit de franchir pour devenir un vrai joueur NBA. De nos jours, cette notion a beaucoup évolué car ce fameux rookie wall s’évapore au profit d’entraînements intensifs qui préparent les jeunes à ce nouveau monde. En effet, avec des techniques d’entraînement de meilleure qualité, des vols mieux encadrés et un staff à plein-temps composé d’entraîneurs personnels, de kinésithérapeutes etc… Les rookies ne font plus face aux mêmes contraintes structurelles que leurs ainés. Et si vous faites une petite recherche sur le rookie wall, vous trouverez essentiellement ces constats de rookies cassant le wall et donc n’étant plus touchés.
Dimemag.com : Il semblerait que les rookies, chaque année, deviennent de plus en plus athlétiques. Ils sautent plus haut et courent plus vite.
Mais cette évolution n’empêche en rien de mettre en perspective le pourquoi de son existence. On sait que la saison NBA n’est pas un sprint mais un marathon: training camp pendant un mois puis deux entraînements par jour lorsque la présaison débute, 82 matchs en saison régulière et si le joueur est dans une équipe playoffable, on peut l’étendre à une centaine (quoi que généralement une équipe playoffable n’a pas de gros rookie, donc le temps de jeu est moindre, il n’a pas la même place dans le roster). Mais globalement, pour des joueurs de 19-22 ans c’est une multiplication du rythme de vie qui es triplée par rapport à l’université et éventuellement, le mental et le corps craquent, et c’est là que le rookie wall prend tout son sens.
…qui suscite tout de même des controverses
Voici quelques témoignages de joueur qui décrivent ce phénomène:
Larry Hughes : Je pense que tout le monde se le prend. On dévoue tout au basket, aux voyages. Probablement que maintenant, beaucoup de rookies sont capables de le sentir, surtout quand ils jouent beaucoup. L’important c’est de savoir avec quelle rapidité vous en sortez.
Al Thornton : Votre corps devient léthargique après quelques temps. Vous vous réveillez fatigué. Je me souviens avoir eu 4 jours de repos cette année-là et je me sentais toujours comme si on m’avait battu durant mon sommeil.
Mike Bibby : [En 1999 dans Sports Illustrated] Je suis fatigué. J’ai l’impression de courir dans le sable des fois. Aujourd’hui, à l’entraînement, je sentais que je ne pouvais rien faire. Le coach nous disait de bouger et d’y aller dur, je croyais déjà y aller très dur…
Cependant, d’autres n’y croient pas. Comme Steve Hess, spécialiste de la condition physique des joueurs de Denver depuis un long moment:
La première chose que je fais c’est essayer de leur mettre dans la tête que le wall n’est qu’une fiction qu’ils ont créé. Je pense que toutes ces limites sont fictives et qu’on les leur a mis dans leur esprit. Dés que je le mentionne, je dis « Je ne veux pas en entendre parler. Je ne veux pas en discuter, je ne veux même pas qu’il soit mentionné. Vous devez vous sortir de la tête ce concept ».
Hess va jusqu’à remplacer le terme par celui de « chute de la concentration mentale ». Quand les corps commencent à se fatiguer, Hess et son staff changent tout, du régime diététique à la charge de travail, pour faire passer le message.
Ça ressemble un peu à l’époque où j’étais à mes examens universitaires. Les deux derniers jours vous êtes à vous dire « Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce qui m’arrive? », ce n’est qu’une chute de la concentration. Pourquoi certains prennent ce pseudo-mur et d’autres non? Donc oubliez tout à propos de ça!
Eric Gordon est le parfait exemple de la théorie de Hess. Le Clippers tournait à 18.1 pts 2.9 assists, il était en double figure dans chaque match excepté trois en janvier. Son explication?
Je ne pense pas avoir touché le rookie wall l’année dernière. En fait, à la fin de l’année, je jouais bien mieux.
En fait, c’est plutôt l’impact de ce rookie wall qui est à remettre en question que le wall en lui-même. La majorité des rookies vous diront qu’il existe, comme les exemples cités ci-dessus mais beaucoup ne l’ont pas ressenti du tout. Si nous prenons l’exemple de Kevin Durant, il a augmenté ses stats dans toutes les catégories (hormis les contres) après le All-Star break durant sa première saison.
La situation en 2010
Brandon Jennings, l’exemple parfait
Brandon Jennings (Milwaukee Bucks) est le parfait candidat au rookie wall. Même s’il a commencé la saison à un niveau de all-star avec des stats magnifiques: 20.3 pts, 6.2 assists, 3.9 rbds, en 35.5mins par match, il est frêle et n’a pas joué beaucoup de minutes en Italie la saison dernière. Il y avait donc une possibilité dés le début de la saison que le rookie wall le touche car en sur-régime et on peut considérer que c’est le cas. Ses stats ont décliné de manière vertigineuse après deux mois de très haute volée où il dépassait allègrement les 20 ppg et noircissait pratiquement toutes les cases.
En décembre, la chute s’amorce, il baisse en régime, devient maladroit mais se concentre un peu plus sur le passing, dernière roue de secours. Dés janvier, c’est la dégringolade : 32% au shoot, 14 points par match, toujours autant de passes mais tout décroît. Offensivement, Jennings perd tout, et un joueur comme Delfino en a bien profité. Seul point positif, ses passes sont toujours là mais sa candidature au titre de rookie of the year en a pris un coup, il s’est pris un sacré mur en pleine face. Certains avanceront que les défenses se sont resserrées autour de lui, ce qui est sûrement vrai mais ça n’explique pas une chute aussi abyssale.
| Mois | G | Min | FG Pct | 3pt Pct | FT Pct | Off | Def | Tot | Ast | TO | Stl | Blk | PF | PPG | |||||
| October | 2 | 33:12 | 51.6 | 55.6 | 66.7 | 0.5 | 5.0 | 5.5 | 6.0 | 4.0 | 1.5 | 0.0 | 5.0 | 20.5 | |||||
| November | 14 | 35:00 | 42.0 | 49.3 | 78.5 | 0.8 | 3.0 | 3.8 | 5.6 | 3.3 | 1.1 | 0.3 | 1.6 | 22.1 | |||||
| December | 14 | 35:00 | 37.6 | 32.4 | 84.8 | 0.7 | 2.6 | 3.4 | 6.5 | 2.2 | 0.9 | 0.4 | 2.7 | 16.7 | |||||
| January | 15 | 33:17 | 32.4 | 35.2 | 84.0 | 0.5 | 2.7 | 3.3 | 6.6 | 2.2 | 1.5 | 0.4 | 2.6 | 14.2 | |||||
| February | 4 | 31:41 | 30.0 | 23.5 | 66.7 | 0.0 | 3.0 | 3.0 | 6.8 | 1.3 | 1.3 | 0.0 | 2.0 | 9.5 |
Il n’est pas seul dans ce cas. Un joueur comme Jonny Flynn (Minnesota Timberwolves), titulaire également dans son équipe, connaît aussi une période de déclin sur le même tempo que Jennings. Sa production offensive est en relative chute : 14 pts, 43%, 3.7 assists en novembre, 13.8 pts, 39.5%, 4.8 assists en janvier. Son passing-game se diversifie plus que son offense. Certains comme Terrence Williams (New Jersey Nets) en ont même perdu leur poste après les invectives de la presse, des supporters, des coachs et même des coéquipiers. Le constat est flagrant: 9.9 pts, 5.3 rbds 2.1 assists en 27 mins par match en novembre, 3.6 pts 3.9 rbds en 15 mins par match en janvier….
Evans et Curry en contre-exemples
Certains autres semblent immunisés au rookie wall. On ne citera que pour la forme les précédents que sont des joueurs comme Shaquille O’Neal, Lebron James, Carmelo Anthony, ou Dwight Howard. Ils ont eu un impact époustouflant dés leur premier match et sont des joueurs hors-norme quoi qu’on en dise. Cette année, c’est Tyreke Evans qui sort du lot et semble paré pour remporter le titre de ROY. Il suffit de voir ses stats (cf. tableau ci-dessous). Il a certes profité a plein de la blessure de Kevin Martin pendant deux mois et demi et baisse même un petit peu de régime maintenant vu qu’il doit partager le ballon, mais globalement, il est très performant et reste une grosse surprise. Il a également été touché une ou deux fois par les blessures mais son corps tient très bien le choc. En bref, il est parti pour remporter le ROY vu ses prestations. Si sa production offensive décroît néanmoins, il y a de fortes chances que les 20 shoots de Martin aient faits leur œuvre.
| Situation | G | Min | FG Pct | 3pt Pct | FT Pct | Off | Def | Tot | Ast | TO | Stl | Blk | PF | PPG | |||||
| October | 3 | 30:41 | 40.5 | 16.7 | 58.3 | 0.7 | 2.3 | 3.0 | 3.3 | 2.7 | 1.7 | 0.0 | 4.0 | 12.7 | |||||
| November | 12 | 37:30 | 45.4 | 36.0 | 82.6 | 0.8 | 4.8 | 5.5 | 5.1 | 3.3 | 1.3 | 0.4 | 2.5 | 20.3 | |||||
| December | 13 | 37:53 | 47.6 | 17.2 | 76.7 | 1.2 | 4.2 | 5.3 | 5.1 | 2.9 | 1.6 | 0.7 | 3.2 | 22.1 | |||||
| January | 14 | 36:42 | 44.8 | 25.0 | 82.4 | 0.9 | 2.6 | 3.5 | 5.1 | 2.4 | 1.6 | 0.4 | 2.2 | 20.7 | |||||
| February | 2 | 32:47 | 58.6 | 50.0 | 72.7 | 1.0 | 5.0 | 6.0 | 6.0 | 2.0 | 1.5 | 0.5 | 4.0 | 22.5 |
Stephen Curry a suivi un parcours similaire. Titulaire dans une équipe d’artilleurs, il n’a pas pu s’exprimer offensivement dés le départ. Heureusement pour lui, le départ de Jax et les nombreuses blessures l’ont propulsé sur le devant de la scène et il forme avec Monta Ellis un redoutable duo d’arrières avec en point culminant un mois de janvier à 19.1 pts et 5.1 assists. En février, par contre, il commence à perdre de l’impact (seulement 3 matchs donc pas de conclusion hâtive), à voir sur la longueur mais rookie wall ou simple petite baisse de régime?
Les autres…
Et puis il y a les autres, ceux qui ne font pas des stats fantastiques mais restent réguliers (ou sont irréguliers d’ailleurs) avec un temps de jeu moindre. C’est le cas des Casspi, Thornton (titulaire maintenant), Lawson ou Jerebko.
La sensation des Nuggets, Ty Lawson, confirme même qu’il a déjà touché le wall:
Je me sens bien. Je pense que j’ai déjà touché le rookie wall. Je suis prêt pour les 41 derniers matchs. J’ai déjà joué une saison entière à l’université et je pense être prêt.
George Karl en a rigolé. Quand on lui a demandé s’il pensait que Lawson l’avait touché, il a répondu un laconique « non » et « ne donnez pas trop de crédit à la « sagesse » des joueurs de basket. C’est très basique ». Pourquoi Lawson aurait touché le wall?
Parce que j’ai déjà joué une saison entière universitaire. Je pense que c’est là que mon rookie wall était, quand je ne jouais pas bien. Maintenant je me sens beaucoup mieux.
Il est vrai qu’entre le 8 et le 25 décembre, Lawson ne jouait pas bien, en neuf matchs, il tournait à 5.3 pts, 42% au shoot et 3 passes alors que maintenant il performe: 17.6 pts, 55%, 6.1 assists. Il profite des blessures de Melo ou Billups, il faut le dire mais la différence entre les deux mois est criante.
Conclusion
Alors, réalité ou simple mythe né de l’autosuggestion? Il est certain que ce wall doit exister mais qu’il ne touche pas uniformément les joueurs. Le plus important étant d’en sortir le plus vite possible. Bien sûr, tous ces exemples cités concernent des joueurs souvent titulaires, des prospects ayant explosé comme prévu et qui ont une place importante dans leurs équipes respectives.
Certains rookies restent scotchés au banc ou dans les cartons des équipes et n’ont pas la chance d’avoir du temps de jeu et de se prendre ce fameux rookie wall. On va en identifier 3 cette année qui commencent à se révéler:
- Hasheem Thabeet. Il a été plus agressif en janvier, notamment en défense. Le pivot de Uconn a même réalisé 9 rbds 4 blocks en 23 minutes (saison high) contre le Thunder.
- A.J Price. Il a vu son rôle et ses minutes augmentés en janvier. Le meneur des Pacers tourne à 20.4 mins par match sur les 14 dernières rencontres et enquille 10.4 ppg (Neuvième chez les rookies ce mois-ci).
- Jordan Hill. Le joueur commence enfin à avoir du temps de jeu aux Knicks avec 13 mins par match en janvier (c’est mieux que des DNP). Il a même réalisé un gros match contre les Lakers avec 8 pts et 7 rbds, ce qui lui vaut une certaine confiance de son coach.
Le rookie wall, une vérité relative à chaque joueur et qui reste une variable parmi d’autres.


J’ai trouvé l’article très intéressant sur un sujet souvent abordé mais rarement approfondi.
Pour moi, chaque cas est unique finalement, et c’est compliqué de théoriser. Je pense simplement qu’un joueur normal (j’exclus donc les surdoués), qui sort de fac, ou même qui vient d’Europe ou d’ailleurs, n’a pas l’habitude de jouer une telle cadence et que c’est donc normal de le voir flancher à un moment ou à un autre.
Souvent, la période janvier / février est propice au rookie wall, on arrive à 35, 40 matchs en 3 mois et les organismes souffrent. J’ai envie de dire quoi de plus normal ?
Il y a peut-être une part de mythe mais je trouve que c’est normal d’avoir besoin d’un an ou deux pour se faire au rythme NBA.
Très bon article, et le sujet sort des sentiers battues.
Ce que dit le préparateur physique des Nuggets Steve Hess est pour moi très bourrin.
Pour lui seul le mental compte, on est fort, musclé, ou on ne l’est pas et basta !…Je trouve affligeant qu’un préparateur physique de NBA ne se penche pas plus sur le probléme.
Et puis comparer le Rookie Wall en NBA avec ses examens universitaires (…)
Sinon j’ajouterais une chose en « complément » de l’article :
Le nombres de voyages et les décalages horaires qui vont avec peuvent aussi contribuer au wall je pense.
Un ancien joueur universitaire, européen ou autre n’y est pas non plus habitué, et l’horloge biologique s’en retrouve aussi possiblement chambouler.