Le tonnerre prêt à gronder ?

Un an après le déménagement à Oklahoma City et seulement deux après le début d’une reconstruction profonde orchestrée par Sam Presti et centrée autour de Kevin Durant, les résultats semblent en train de venir : à 22-18 à la mi-saison le Thunder est solide et séduit de plus en plus les fans NBA. Analyse de cette formation…

Durant est bien le prodige annoncé

Le temps d’une moitié de saison Rookie, Durant a pu faire croire à certains que toute la hype entourant sa saison Freshman à Texas n’était que du vent : résultats aux tests physiques d’avant-draft catastrophiques et adresse plus que suspecte jusqu’au All-Star Break au milieu du naufrage collectif que fut la dernière saison des Sonics à Seattle. Le jeune Rookie redressera la barre sur la fin de saison pour finir avec des chiffres plus qu’honorables, pas tout à fait suffisant cependant pour empêcher un sentiment de débuts NBA mi-figue mi-raisin.

Bien aidé par un changement de coach, le renvoi de Carlesimo et son coaching incompréhensible, qui forçait Durant à évoluer poste 2 à plein temps et donc hors de position,  au profit de son adjoint Scoot Brooks, le rendement du franchise player du Thunder enfin Small-Forward va exploser : 25.3pts 6.5 rebonds 2.8 passes avec un très joli 47% au tir dont 42% à 3pts sur la saison. Des chiffres de All-Star qui suffiront à convaincre tout le monde du potentiel incroyable du bonhomme…vraiment tout le monde ? Car malgré des stats irréprochables pour Durant, son équipe est toujours très faible, à peine meilleure qu’à l’exercice précèdent avec une petite progression de 3 victoires. Pire encore, les statistiques semblent montrer qu’OK City est plus fort sans Durant sur le terrain ! Certains journalistes vont ainsi souligner le fait que le différentiel de points de Durant lorsqu’il est présent sur le terrain est lamentable et qu’en plus d’un impact quasi inexistant en attaque il semble en avoir un terriblement négatif sur la défense de sa formation : 112 points encaissés par 100 possession avec Durant, 104 seulement quand il n’est pas sur le terrain. Alors Durant est-il un statman qui fait plus de mal que de bien à son équipe ? Le joueur de 21 ans semble bien décidé à nous prouver le contraire cette saison…

Car le virage est tout à fait stupéfiant ! Non seulement sa production est pour l’instant notablement supérieure à la saison passée (29.1pts 7.2 rebonds 2.9 passes avec 48% au tir) et en constante augmentation sur la saison (28pts à 46% en novembre, 30pts à 48% en décembre et 32pts à 54% en janvier) mais son impact qui était jusqu’alors vivement critiqué est désormais colossal : 108.7 points marqués contre 100.6 encaissés par 100 possessions lorsqu’il est sur le terrain contre 103.4 scorés et plus de 107 encaissés lorsque ce n’est pas le cas. Soit en une saison le passage d’un impact correspondant à un déficit de 9 points par match à celui correspondant à un gain de 12 points cette saison !

Un changement que l’on doit à une implication nettement supérieure dans les tâches défensives, car sans éblouir, Durant est très rarement hors de position et perturbe considérablement son adversaire direct par son allonge, mais également à un collectif beaucoup plus huilé dans lequel Westbrook et surtout Sefolosha sont devenus indispensables.

Westbrook, lieutenant désigné

Bien plus que Jeff Green, Russell Westbrook est en train de s’imposer comme le numéro 2 de cette équipe. Sa saison Rookie a beau avoir été plutôt meilleure que prévue, de criantes lacunes étaient présentes : adresse très faible, mauvaise tenue du ballon, playmaking médiocre et peut-être le plus inquiétant pour quelqu’un dont ça devait être le point fort : une défense très suspecte.

Les progrès sont évidents lors de sa saison sophomore. Comme Durant, il s’implique davantage en défense et profite d’une organisation collective beaucoup plus cohérente. Résultat, un joueur qui parvient à tenir tête à son adversaire direct la plupart du temps ce qui n’était pas franchement le cas l’année dernière. Peut-être encore plus intéressant l’ancien SG d’UCLA se découvre de plus en plus des talents de gestionnaire, bien que toujours sujet à des coups de folie passagers ponctués de mauvais choix, il est globalement beaucoup plus sous contrôle cette saison et ça se ressent dans ses chiffres : 7.4 assists par rencontre contre 5 en 2009 pour un temps de jeu et un nombre de pertes de balle assez stable. Westbrook est actuellement 8e passeur NBA et présente un ratio assist/TO loin d’être dégueulasse puisque supérieur à ceux de joueurs comme Lebron James, Derrick Rose, Brandon Jennings, Tony Parker ou encore Dwayne Wade.

Offensivement, le constat est moins positif, Westbrook étant toujours un scoreur peu efficient (40% au tir) qui pèse essentiellement par son volume d’activité, cependant cela lui laisse une marge de progression assez flippante et ça ne l’empêche pas d’être assez nettement le deuxième joueur le plus utilisé offensivement de son équipe.

Thabo Sefolosha, l’homme de l’ombre

J’avais déjà évoqué son cas lors du premier bilan de la saison et ce que je disais à l’époque est bien évidemment toujours valable. Sefolosha est terriblement efficace en défense et absolument vital au système Thunder. Son rôle est simple : harceler le joueur le plus dangereux de l’équipe d’en face qu’il est physiquement apte à contenir, ce qui exclut finalement assez peu de joueurs puisque l’arrière-ailier suisse dispose d’un physique l’autorisant à se charger d’à peu près n’importe quel profil mis à part les intérieurs massifs.

Brooks aligne donc Sefolosha sur des joueurs aussi variés que Tony Parker, Deron Williams, Dwayne Wade, Kobe Bryant ou encore Danny Granger. Seule quasi constante chez l’adversaire direct : une performance médiocre… En moyenne l’adversaire direct de Sefolosha score 18pts par 48min avec un pourcentage au tir aux alentours des 40%, compte tenu du niveau moyen des dits adversaires directs on ne peut que saluer la performance défensive.

Jeff Green, l’erreur de casting ?

Il a beau être toujours associé aux autres grands espoirs de la franchise lorsque le futur brillant du Thunder est évoqué la situation de Jeff Green est pourtant bien différente…

Contrairement aux autres « stars » de la franchise, sa production est en baisse (14pts 6 rebonds contre 16.5pts et 7 rebonds la saison dernière) et surtout son impact est vraiment faible. On parlait tout à l’heure des différentiels de points marqués et encaissés selon que Durant soit ou non présent sur le terrain, la même stat pour Jeff Green est absolument accablante : 105 points marqués contre 107 encaissés par 100 possessions avec lui alors qu’en son absence les chiffres passent à 112 marqués contre 95 encaissés, Jeff Green représente donc pratiquement un différentiel de -20 points par match… Une stat franchement inquiétante pour un titulaire à gros temps de jeu chez une équipe qui gagne la plupart de ses matchs !

A sa décharge, il n’est pas aidé par l’absence de partenaire de raquette vraiment complémentaire dans l’effectif d’OK City. Green souffre d’un déficit de taille et de poids face à la majorité des PFs NBA, impliquant du coup des difficultés à s’exprimer au rebond où il est le plus mauvais PF titulaire. Green est également régulièrement en souffrance défensivement. Des problèmes amplifiés par le fait de ne pouvoir compter sur un pivot de grande taille capable de protéger le cercle à ses côtés : Krstic a la taille mais il est lent et soft, Collison est lui clairement un ailier fort qui manque donc de taille, d’allonge mais aussi de jump. Seul Serge Ibaka plutôt productif dans son faible temps de jeu laisse entrevoir un petit espoir de dénicher un joueur capable de jouer au-dessus du cercle, à moins bien sûr que Mullens surprenne son monde.

En l’état, la raquette du Thunder constitue vraiment le frein principal aux ambitions, y compris à long terme, de la franchise. Ce frontcourt assez petit, faible au rebond, faible au contre et peu présent au scoring (les meilleurs scoreurs alignés à l’intérieur ont en plus une production basée quasi exclusivement sur la pénétration ou le jumpshot…). Cela me paraît incompatible avec le profil d’un potentiel candidat au titre NBA.

Une seconde unit de plus en plus respectable

Eric Maynor, James Harden, Nick Collison, Serge Ibaka… C’est encore loin de faire rêver mais ça commence toutefois à constituer une second unit décente.

Récemment arrivé en provenance du Jazz Maynor offre à OKC un back-up crédible poste 1, mettant du coup davantage de pression sur Westbrook tout en ouvrant la possibilité d’aligner des 5 de petite taille avec ce dernier décalé SG.

Harden est une demi-déception et éprouve visiblement des difficultés à se faire à ce rôle finalement plutôt limité mais apporte néanmoins un indispensable coup de punch offensif en sortie de banc ainsi qu’une menace crédible à 3pts.

Je viens de souligner la faiblesse globale de la raquette d’OK City mais c’est surtout dû au niveau des titulaires car le tandem de back-ups est plutôt pas mauvais (mais guère plus crédible que les actuels titulaires pour évoluer en starters). Ils sont les seuls joueurs de l’équipe capables d’apporter des points à fort pourcentage (mais pas beaucoup), sont assez bon rebondeurs et même décents défensivement.

Une défense très solide

J’ai beaucoup évoqué la défense jusqu’à présent et pour cause, il s’agit clairement du point fort de l’équipe cette saison.

Faiblesse principale de la franchise depuis la fin de l’ère Gary Payton, la défense est cette saison remontée à un niveau très élevé puisque le Thunder constitue la 4e défense NBA à l’efficiency, 5e aux points encaissés, 2e au pourcentage concédé ou encore 7e aux Turnovers provoqués… le contraste est saisissant par rapport à une équipe qui battait des records de nullité à l’époque de Ray Allen et Rashard Lewis et qui était encore au-delà du 20e rang NBA en défense ces deux dernières années !

Un changement permis par un potentiel individuel supérieur dans ce secteur avec les nets progrès des joueurs déjà présents et le niveau plutôt correct des nouveaux arrivants (Maynor, Harden, Ibaka voir Sefolosha qui n’avait jamais que 3 mois d’ancienneté avant cette saison) mais aussi et peut-être surtout par un travail collectif remarquable. Le groupe est constitué de joueurs visiblement totalement compatibles au niveau de la personnalité et semble vraiment bien vivre ensemble, une bonne ambiance qui se ressent sur le terrain, particulièrement en défense donc où chacun sait ce qu’il a à faire et a conscience des forces et faiblesses de ses partenaires.

Flexibilité maximale ?

Oklahoma City a des atouts incontestables et encore un bon potentiel de progression naturelle (Durant, Westbrook, Harden, Ibaka, Maynor voir peut-être Green même si j’y crois de moins en moins) mais aussi un défaut majeur et quasi éliminatoire dans la peinture.

Cependant le Thunder et son général Manager peuvent encore compter, et c’est sans doute la dernière année où c’est le cas, sur une flexibilité assez énorme. De quoi corriger ce qui ne va toujours pas ?

  • OKC a une masse salariale prévisionnelle faible l’été prochain (40M$ garantis), selon le niveau du salary cap ce sera suffisant pour loger un contrat démarrant entre 10M et 15M$ de dollars. Peu de chances d’attirer un des très gros poissons à l’intérieur (Bosh ou Stoudemire encore que…) mais pourquoi pas la classe en-dessous avec Boozer ou David Lee ?
  • Le Thunder dispose cette saison de deux contrats expirants pour un montant combiné de 14M$ de dollars, suffisant donc pour absorber l’équivalent d’un contrat maximum et être du coup en pôle position si un gros deal avec une équipe désireuse d’alléger sa masse salariale se présente (Okafor et les Hornets ? Voire sait-on jamais Jefferson et les Wolves ?)
  • L’équipe est également en possession de deux premiers tours de draft susceptibles d’être assez bien placés car la configuration de la conférence Ouest laisse sérieusement envisager la non qualification d’équipes ayant pourtant un bilan respectable, catégorie d’équipes à laquelle appartient le Thunder donc mais également Phoenix loin d’avoir assuré sa présence en post-season. La probabilité d’avoir un voire deux lottery picks est assez forte, élément non négligeable que ce soit en vue d’un transfert (package des picks pour un mieux placé ? Inclusion d’un ou plusieurs dans un transfert ?) ou tout simplement pour rechercher un ou des renforts au sein de la prochaine cuvée.

Sam Presti est selon moi à la phase critique de la construction de son équipe. Il ne pourra dans un futur proche plus compter sur les atouts associés à une reconstruction que sont les hauts choix de draft chaque été ainsi qu’une masse salariale au ras des pâquerettes, s’il doit agir c’est maintenant. Et à mon sens, il doit agir pour permettre à son groupe de dépasser à terme le niveau d’une équipe seulement bonne.