Le tragique destin de Len Bias

A Boston, Len Bias devait être synonyme de renouveau, de nouvelle génération. Dans un monde parfait, il reprenait le témoin transmis par Larry Bird et assurait l’avenir des Celtics. Mais...

A Boston, Len Bias devait être synonyme de renouveau, de nouvelle génération. Dans un monde parfait, il reprenait le témoin transmis par Larry Bird et assurait l’avenir des Celtics. Mais le sort, et la drogue, en ont décidé autrement. Il devait tout révolutionner, il n’a jamais mis un pied sur un parquet NBA.

The next big thing

Natif de Landover, Maryland, Leonard Bias effectue toute sa carrière scolaire dans son Etat, d’abord au lycée Northwestern à Hyattsville, puis à l’Université du Maryland.

Au niveau local, il est une vedette. Les fans n’ont d’yeux que pour lui. Il faut dire qu’il a tout pour faire rêver, un physique d’ailier fort, une mobilité d’arrière, une capacité à créer de meneur. Il est rapidement considéré comme le joueur le plus prometteur du pays.

Lors de son année senior, les scouts NBA se sont bousculés au Cole Field House pour le superviser. Il est considéré comme l’ailier le plus complet de la draft ’86. Il pèse 23.2 points et 7 rebonds par match. A l’époque, Ed Badger, scout des Celtics, ne cache pas son enthousiasme au sujet de ce jeune ailier.

Ed Badger : Il est peut-être ce qui s’approche le plus de Michael Jordan. Je ne dis pas qu’il est aussi bon que Michael Jordan, mais c’est un joueur explosif et excitant.

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Red Auerbach ne souhaite pas vivre de creux dans la domination verte. Il a donc conscience que certains joueurs prennent de l’âge et qu’il faut injecter du sang neuf. C’est ainsi qu’en 1984 il avait envoyé Gerald Henderson et du cash à Seattle contre le pick, devenu #2 en 1986.

Derrière les Cavs, qui ont choisi Brad Daugherty, les Celtics ne mettent pas bien longtemps à se décider. Len Bias a une chance inouïe. Il est déjà ultra talentueux, il débarque en plus chez le champion en titre. Il sera sixième homme dans un premier temps, dans l’optique de devenir la nouvelle star des Celtics. En conférence de presse, Bias lâche même une petite plaisanterie.

Len Bias : Je n’ai pas encore de bague pour le moment, mais je serais ravi d’en porter une.

De son côté, Red Auerbach ne cache pas joie.

Red Auerbach : C’est un bel athlète. Je l’ai vu jouer très souvent. Je l’ai vu à l’entrainement. Il a l’habitude de travailler. C’est un bon gars.

Le lendemain de la draft, il signe un contrat de 3M$ avec Reebok. La belle histoire est en marche. Len Bias est the next big thing.

Destin tragique

Dans la nuit, il retourne à l’université du Maryland où il a toujours sa chambre. Au lieu de se coucher et de rêver à son destin NBA, il fait une mauvaise rencontre avec un dealer notoire. En voiture, il se laisse aller à une dose de cocaïne. Elle lui sera fatale. Arrêt cardiaque.

Journaliste pour Sports Illustrated, Jack McCallum a raconté en juin dernier comment il a appris cette nouvelle.

Vers 9h30 le 19 juin au matin, j’ai reçu un coup de fil de John Papanek, un directeur de Sports Illustrated.
« Qu’est ce que tu as à me dire sur Len Bias » me demande-t-il ?
Je venais de terminer ma première année au service NBA, donc j’ai commencé à lui étaler ma culture basket.
« Choix de draft parfait pour les Celtics. Il est trop grand, trop puissant pour la plupart des ailiers qui vont défendre sur lui, et trop rapide pour la plupart des intérieurs… »
« Jack, » John m’a interrompu, « Bias est mort ».
Cela se passait avant l’age du bombardement incensé sur les réseaux sociaux, donc c’était du domaine du possible d’être allé se coucher la nuit précédente sans entendre une grande nouvelle
« Tu te fiches de moi, n’est-ce pas ? » Je pense que ma réponse a fait écho à des millions d’autres quand ils ont entendu les infos. « Comment ? Quand ? Pourquoi ? »
« Apparemment, c’est la drogue. »

Jack McCallum a relaté cette histoire 25 ans plus tard pour Sports Illustrated. Avec le recul, il estime que Len Bias « n’était pas le nouveau Larry Bird mais certainement la version nouvelle génération de la légende. »

Le décès est annoncé à 8h55 aux Urgences du Leland Memorial Hospital, à Riverdale, Maryland. Quatre jours plus tard, 11 000 personnes se sont réunies au Cole Field House pour une cérémonie en son hommage. Présent à l’hommage, Red Auerbach a déclaré deux choses très fortes, qu’il avait prévu sa sélection depuis 3 ans et que la ville de Boston n’avait pas été aussi assommée depuis l’assassinat de Kennedy.

Le 30 juin 1986, les Celtics retirent le #30 qu’il devait porter et l’offre à sa mère.

Les répercussions

En 1988, le congrès américain vote une loi très stricte connue comme « The Len Bias Law ». Son but est de renforcer la lutte contre la drogue et prévoit des sanctions nettement plus dures contre les traffiquants ou les possédants.

A l’université du Maryland, un scandale parallèle a éclaté. Les notes de Len Bias n’auraient jamais du lui permettre d’intégrer la fac. Pour sa bienveillance, Dick Dull, responsable du secteur sportif est forcé à démissioner. L’Univerité sera également sanctionnée par la NCAA.

Le jeune frère de Len, Jay Bias, lui aussi gros prospect, se fait tirer dessus en décembre 1990 sur un parking. Il n’a que 20 ans et sa mort est prononcée dans le même service que Len. Depuis, Lonise Bias est une militante active de la lutte anti-drogue dans les écoles.

Pour Boston, ce décès marque le début d’une période sombre. Sur les 20 ans à venir, les Celtics n’iront qu’une fois en finale NBA (1987) et une fois en finale de conférence (2002). Du jamais vu dans l’histoire verte. Encore une fois, Red Auerbach avait raison. Les Celtics avaient besoin d’un nouveau talent.

Un film produit par ESPN, Without Bias retrace son histoire.
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