Ce week-end, Paris sera au centre du monde de la balle orange. La ville lumière accueille le Final Four pour la quatrième fois. Lors des trois précédentes phases finales parisiennes, le Maccabi (2001), le Pana (1996) et le Pop Split 84 (1991) étaient repartis avec le trophée. Cette année, la lutte à quatre sera disputée entre le Regal Barcelona, l’Olympiacos, le CSKA Moscou et le Partizan. Preview du sommet de la saison européenne de basket…
Le Regal Barcelona
Si le Barça est si irrésistible cette saison, c’est en grande partie grâce à la philosophie de jeu Xavi Pascual. Head coach depuis seulement deux saisons, l’Ibère s’est imposé comme un incontournable du basket européen. Il a réussi en moins de deux saisons à transformer le Barça en véritable machine de guerre apparemment inarrêtable cette saison.
La principale force de cette équipe est une défense de fer. Une véritable forteresse imprenable. Plus fort que la ligne Maginot et les fortifications de Vauban réunies… En moyenne, sur les 20 matchs d’Euroleague disputés par les Catalans, ils ont encaissé seulement 65 points par match. L’effort collectif est complet: les lignes arrières ne laissent pas un centimètre à leurs opposants et rendent toute décision ultra-difficile à prendre pour l’adversaire. Ricky Rubio symbolise parfaitement l’état d’esprit des Catalans. « Limité » à 20 minutes de jeu par match, le jeune prodige s’est transformé sous Pascual en défenseur hors-pair, capable de mettre en difficulté n’importe quel point guard en Europe. Même des Lakovic, Basile voire Navarro, peu réputé pour leur défense sont rentrés dans le moule Pascual.
Mais la clé-de-voûte de la défense reste le secteur intérieur. Il est absolument gargantuesque entre Fran Vazquez (aka le meilleur contreur de l’histoire de l’Euroleague), les 2.13m de Boniface Ndong ou la dureté d’un Terrence Morris ou la combativité des symboles que sont devenus Roger Grimau et Jordi Trias. Une raquette démentielle, qui a de quoi décourager le jeu inside…
Forteresse derrière, le Barca possède également de solides atouts offensifs. C’est bien simple: tous les joueurs peuvent contribuer au scoring et se révéler décisif. Juanca Navarro et Pete Michael sont les deux artificiers en chef, avec respectivement 13,9 (a 57,5% a 2 pts et 35% a 3 pts pour Juanca) et 12,1 ppg (60% a 2 pts, 45% a 3 pts pour l’ailier US) sur la saison. Emmené par Rubio (6,5 ppg, 4 apg), le supporting-cast offensif pourrait faire figure de première ligne chez certaines équipes Euroleague. Erazem Lorbek (8,8ppg), Fran Vazquez (7,3 ppg a 66%) et Boni Ndong (8,7 ppg a 60%, MVP de la Copa del Rey), Jaka Lakovic (6,8 ppg a 44% a 3 pts) voire Gianluca Basile: tous peuvent faire pencher un match grâce a leur seul talent individuel.
Rassemble par la maitrise de Pascual, la densité du roster permet de garder la même intensité 40 minutes durant. La gestion des temps de jeu est presque parfaite: seul Pete Michael joue plus de 25 minutes de jeu. Et 11 (!!!) joueurs ont passe cette saison plus de 10 minutes par match sur le parquet. Meilleur défense des quatre finalistes, 2eme attaque derrière les fous furieux de l’Olympiacos (79 points scores en moyenne), le Barça est bien armé pour être le grand favori de ce Final 4…
L’Olympiacos
L’Olympiacos, c’est 13 ans sans titre européen. Il faut remonter à 1997 pour retrouver des Reds au sommet du basket européen. A l’époque, les Grecs avaient remporté le titre en venant à bout du Barça 73-58. Dusko Ivkovic avait pu compter sur les talents combinés de David Rivers, Giorgios Sigalas, Dragan Tarlac, Willie Anderson ou Dimi Papanikolaou. Cette année-là, les Reds ont même réussi à décrocher le Triple Crown, remportant également le championnat et la coupe de Grèce.
Depuis, le club a vogué de déceptions en désillusions. Une troisième place en 1999 après avoir été battu 89-73 par le Zalgiris Kaunas en demi-finale. Une quatrième place en 2009 suite à la défaite concédée face au Pana en demi 82-84. Mais surtout 4 éliminations en quarts de finale en 10 ans. Une situation insupportable pour les frères Angelopoulos, magnats de l’industrie propriétaires de club. Du coup, on a eu droit l’été dernier à un recrutement en or pur. Jannero Pargo, Lynn Greer et Giorgios Printezis quittaient Le Pirée. Et pour les remplacer, Glyniadakis, Mavrokefalides et surtout Scoonie Penn, Patrick Beverley et Linas Kleiza débarquaient. Une véritable Dream Team était en place en Grèce, avec notamment Theo Papaloukas, Josh Childress, Nikola Vujcic, Panagiotis Vasilopoulos, Ioannis Bouroussis, Yotam Halperin, Linas Kleiza, Milos Teodosic et Sofoklis Schortsanitis. Tout ça pour repartir à la reconquête de l’Europe.
Un pari qu’est en train de réussir Pana Giannakis. Ses hommes ont su imposer une marque de fabrique. Les Reds ont su, tout au long de la saison, imposer un jeu résolument tourné vers l’avant. Contre-attaques supersoniques, réussite à 3 points, technique parfaite – à l’image de Papaloukas ou Teodosic – et puissance énorme – Kleiza ou Childress, l’équipe est impossible à contrôler. Et quand le jeu rapide en première intention, Giannakis peut toujours compter sur Bouroussis, Vujcic ou Big Sofo pour créer le danger inside et libérer les espaces pour les artilleurs que sont Kleiza, Teodosic ou Childress. Bref, en transition comme sur jeu placé, les Reds parviennent à imposer un rythme débridé aux rencontres. L’illustration par les stats: des 4 finalistes, l’Olympiacos est la meilleure attaque avec près de 88 ppg inscrits (+8 par rapport au Barça, + 12 sur le CSKA, +15 sur le Partizan, adversaire en demi-finale). Par contre, ils possèdent la plus mauvaise défense, avec 80 points pris par match (15 de plus que le Barça, 10 que le Partizan, 6 que le CSKA).
Le CSKA Moscou
La campagne européenne 2009-10 du CSKA avait démarré très lentement : une victoire au buzzer de Viktor Khryapa, suivie par deux défaites face a Rome et au Maccabi. De bien mauvaise augure pour un CSKA qui venait de tourner une page suite au départ d’Ettore Messina et des deux tours de contrôle Erazem Lorbek et Terrence Morris. Des joueurs remplacés seulement numériquement, la faute a des grosses coupes dans le budget du club. Et des départs auxquels on peut rajouter la blessure de Smodis, out presque toute la saison suite a des problèmes de dos. Les premiers pas de Pashutin sur la grande scène européenne sont plutôt délicats. En ce début de saison, outre des difficultés a trouver son cinq idéal, Pashutin doit faire avec une division offensive manquant de percussion (63 points par match sur les duels initiaux).
Mais la crise du début de saison sera vite oubliée: le CSKA se reprend et enchaîne alors 10 victoires consécutives, 7 lors du premier tour et 3 lors du Top 16. Avant de tomber face au Prokom Trefl et de repartir de plus belle vers Paris. Ils remporteront les deux dernières rencontres du Top 16 face a Malaga et au Zalgiris, avant de sortir le Caja Laboral 3-1 de la plus belle des manières, ne laissant aucune chance a leurs opposants. La volte-face opérée par le CSKA s’explique par deux facteurs: Pashutin a mis un peu de temps a trouve son cinq de base, notamment en ce qui concerne le poste 5 (Sokolov ayant été progressivement évincé au profit de Sasha Kaun). Et surtout la mue de Viktor Khryapa.
Car les succès du CSKA cette saison sont indissociables de l’ailier russe. Meilleur défenseur de l’Euroleague, il a – enfin – eu la chance de démontrer toute l’étendue de son talent. Formidable combattant, il est l’âme et le moteur de CSKA 2009-10. Aussi solde physiquement qu’un PF, il possède un bagage technique digne d’un SF et la vision du jeu d’un PG. D’où une versatilité redoutable des deux cotes du parquet, et un joueur très difficile a contrôler. Statistiquement, ça se traduit par une saison Euroleague a 10 points, 6 rebonds, 4,2 assists et 2 steals par match. Rien de moins… Entouré par les valeurs sures que sont devenues Zoran Planinic, Trajan Langdon, JR Holden, Ramunas Siskauskas voire Sashu Kaun, Pashutin a réussi à assembler les pièces du puzzle. On rajoute un peu de rigueur des deux cotés du parquet, une bonne dose « d’agressivité positive » (Pahsutin n’a pas été « l’élève » de Messina pour rien…), et le CSKA est au Final 4 pour la 8eme fois de suite (champion 2006 et 2008, finaliste 2007 et 2009, 3eme 2004, 4eme 2003 et 2005).
Le Partizan Belgrade
Le Partizan débarque à Paris sans aucune pression. Pour la première fois depuis 1997, un club serbe sera présent dans le dernier carré européen. Invité surprise, il ne faudra surtout pas sous-estimer les chances d’un club qui a retrouvé son prestige d’antan grâce à une politique résolument tournée vers l’avenir et la formation.
Malgré le statut d’outsider, les Serbes peuvent toutefois compter sur de nombreux atouts. A commencer par un parcours en Euroleague qui force le respect. L’Olympiacos au premier tour, le Barça et le Panathinaikos au deuxième tour (et sans Aleks Maric) et le Maccabi en quart de finale sont tombés face au Partizan. Une véritable preuve d’une solidité à toute épreuve, symbole d’une équipe qui évolue sans complexe et sait tirer sa carte pour réussir des coups d’éclat.
Avec le Partizan, on a aussi un club qui a déjà presque rempli sa mission annuelle en remportant la Ligue Adriatique à domicile. Mais que la conquête de ce titre fut difficile: deuxième au terme de la saison régulière derrière le Cibona, les hommes de Vujosevic ont du batailler ferme pour sortir Hemofarm 72-67. Mais ce n’était rien comparé à ce qu’on a vu en finale. Face au Cibona, le Partizan a été béni par les dieux du basket. Les Croates peuvent compter sur le tandem Jamont Gordon-Marko Tomas impérial (62 points à eux deux…) mais trop seul (12 points pour le reste du roster). Le Partizan fait parler sa défense. Et après 40 minutes, impossible de départager les deux équipes. 60-60. Le match va en prolongations. Et là encore, les deux équipes font jeu égal. Les Serbes prennent l’avantage 72-68 à 15 secondes du buzzer, mais concède un 6-0 assassin par Marko Tomas et Bogdanovic. 0.6 secondes à jouer, et le miracle vient des mains de Dusan Kecman, surprenant tout le monde…

Drivé par Dule Vujosevic, le Partizan a encore imposé son leitmotiv sur la scène européenne : une défense de fer et une grande rigueur offensive. Le sérieux du jeu pratiqué par les Serbes permet à un roster peu « bling-bling » d’obtenir des résultats. Comparé aux rosters de l’Olympiacos ou du Barça, les Aleks Maric, Jan Vesely, Lawrence Roberts ou Bo McCalebb ne pesaient pas bien lourd en début de saison. Ces « inconnus » (Maric débarquait du banc de Grenade, McCalebb de Mersin et Lawrence Roberts avait été coupé par l’Etoile Rouge l’an passé…) se sont révélés, en grande partie grâce au travail de Vujosevic, qui a su inculquer son état d’esprit et sa vision du jeu à ses hommes. Malgré une absence de grands noms, le Partizan évoluera sans complexe à Paris et pourrait une nouvelle fois surprendre par mal de monde…
Le programme
- Vendredi 07/05 à 18h CET: Regal Barcelona – CSKA Moscou.
- Vendredi 07/05 à 21h CET: Partizan Belgrade – Olympiacos.
- Dimanche 09/05 à 18h CET: petite finale.
- Dimanche 09/05 à 2 h CET: finale.
Le tout en direct sur Sport+ (France), BeSport (Belgique) et sur le web.

Je vois bien une finale Oly-Barça, j’avais lu sur un autre site « misez sur le Partizan, vous gagnerez un beau pactole » mais je ne pense pas que les serbes peuvent aller au bout.
Très intéressante la présentation des forces en présence, la plus complète que j’ai eu l’occasion de lire en tout cas. Merci
Ca sent bon la finale Oly-Barca en effet. Le CSKA et le Partizan arrivent en tant qu’outsiders, mais je ne les vois pas surprendre les deux ogres grecs et espagnols: le Barca est superieur au CSKA, l’Olympiacos a deja ete surpris par le Partizan et je ne les vois pas retomber une deuxieme fois.
Et cette finale Oly-Barca sera une lutte de style entre l’attaque flamboyante des Grecs et la defense de fer du Barca. Ca promet beaucoup…
Après un peu de réflexion, je mise une pièce sur l’Olympiacos. Autant le Barça a un groupe ultra étoffé, autant l’Olympiacos, sans avoir grand chose à envier à la profondeur catalane, se base sur un groupe majeur de 8 joueurs.
Contrairement à Barcelone, il n’est pas rare de voir un Red passé 35 minutes sur le parquet. Sur une finale, ça peut jouer. Alors que les rotations incessantes ont tendance à « déstabiliser » l’alchimie. L’absence de hiérarchie face au MVP et un supporting cast exceptionnel (le meilleur meneur de la saison, le meilleur meneur all-time, Childress, une raquette exceptionnelle)… je donne un avantage à l’Oly.
Pour une fois, je ne te suis pas Jerome. Perso, je vois plus le Barca l’emporter sur son intensite defensive. Comme tu le dis, les rosters se valent sur le papier. Mais je pense que la defense du Barca doit pouvoir prendre le dessus sur les individualites grecques. La cle d’une finale Oly-Barca repose sur deux elements-cles: la defense du Barca et le jeu inside que le Barca doit dominer…
En tout cas, une eventuelle finale Barca-Oly serait splendide, avec des match-ups de folie: Rubio-Teodosic, Childress-Navarro, Michael-Kleiza ou inside Bouroussis/Vujcic/Sofo – Ndong/Vazquez/Lorbek…
Mon prono est pas facile à suivre, puisque le favori, c’est bien Barcelone.
Mais j’ai le sentiment qu’un Kleiza ou qu’un Teodosic, peut faire basculer le match, alors que Barcelone, c’est plus collectif, et c’est collectivement qu’ils feront la différence. Tu me diras, Navarro peut prendre aussi un match en main…
Dans une finale, l’esprit collectif ne suffit pas toujours, un grand joueur se révèle… A ce petit jeu-là, ma préférence va à Kleiza.
Et avant la finale, il faudra deja que les deux favoris passent les demis. Et tant du cote de l’Oly, ca devrait passer sans trop de casse, je suis moins confiant pour le Barca face au CSKA. Et ca, c’est des ce soir