Les années Celtics de Dino Radja

Période de transition entre le départ du Big Three et l’arrivée de Rick Pitino, le milieu des années 90 est marquée par l’émergence d’un intérieur atypique, Dino Radja. L’intérieur croate...

Période de transition entre le départ du Big Three et l’arrivée de Rick Pitino, le milieu des années 90 est marquée par l’émergence d’un intérieur atypique, Dino Radja. L’intérieur croate a eu le mérite de faire partie des premiers européens à trouver sa place en NBA. Mais sportivement, la période est particulièrement trouble pour les Celtics.

En l’espace d’un an, les Celtics ont perdu Larry Bird, Kevin McHale et Reggie Lewis. Red Auerbach, toujours président de la franchise, et Jan Volk, le GM depuis 1984, cherchent de nouvelles têtes pour relancer une équipe sortie des playoffs au premier tour en 1993. En interne, les meneurs Dee Brown et Sherman Douglas et les ailiers Kevin Gamble et Rick Fox sont appelés à de nouvelles responsabilités.

Durant la période des transferts, Xavier McDaniel, ex-vedette des Sonics et laissé libre par les Knicks, est signé. Il joue 3 ans à Boston où il confirme son déclin. La pépite est nettement plus inattendue. Drafté en 40e position en 1989, Dino Radja s’engage à Boston lors de cette même intersaison. Son arrivée ne bouleverse pas les foules. A vrai dire, il est, à l’instar de Toni Kukoc, qui débarque aux Bulls le même été, un illustre inconnu du grand public NBA.

Dino Radja : À cette époque, vous pouviez compter le nombre d’européens en NBA sur une main. Au moment où j’ai été drafté, il y avait trois gars au-dessus. Il y avait Drazen Petrovic, Vlade Divac et Arvydas Sabonis. Je connaissais ces gars. C’était tous de grands, grands joueurs. Je ne savais pas si j’étais à leur niveau. Jouer en NBA et échouer, c’était ma plus grande peur.

Un choix réfléchi

Avant la draft ’89, les Celtics ont décidé de prendre un risque, calculé selon les dirigeants, de sélectionner ce joueur éligible automatiquement par son âge et repéré un an plus tôt, aux Jeux Olympiques ’88.

Jan Volk : Nous avons vu une première fois Dino durant le premier tour des Jeux Olympiques ’88 et il était impressionnant. Puis, nous l’avons revu au McDonald’s Classic. Il a joué contre nous et fait quasiment jeu égal avec Kevin [McHale]. Il n’était absolument pas intimidé, il avait confiance en son tir et a fait un boulot raisonnable en défense sur Kevin, ce qui, bien sur, était une tache difficile pour n’importe qui.

Dino Radja, champion d'Europe avec Split

Dino Radja, champion d’Europe avec Split

Malgré sa sélection, Dino Radja était encore un an sous contrat avec la Jugosplatika Split, tout juste champion d’Europe. Les Celtics ont tenté tous les recours mais le club croate est resté inflexible. L’intérieur croate honorera son contrat.

Dino Radja : J’étais à l’aise en Europe. Je savais que je faisais partie des deux ou trois meilleurs joueurs, et je savais que je pouvais gagner un excellent salaire. Si j’étais allé aux USA, cela aurait signifié beaucoup d’ajustements. Le jeu NBA est plus physique car les joueurs sont plus grands, plus puissants qu’en Europe. J’aurais aussi du me faire à une culture totalement différente. Au final, j’ai décidé de jouer encore une saison en Europe, et peut-être, penser à nouveau à la NBA.

Toutefois, dès 1989, Dino Radja s’est engagé à rejoindre Boston en 1990. Les hésitations reviennent face à ce saut dans l’inconnu. Les Celtics disposent alors toujours de Bird et McHale et acceptent de le laisser filer à Rome pour 3 ans contre une compensation financière. Après les Jeux Olympiques et la défaite de la Croatie en finale contre la Dream Team, il revoit sa position.

Dino Radja : J’étais prêt à jouer pour les Celtics car de plus en plus d’européens, non seulement jouaient en NBA, mais en plus étaient performants. Je n’étais pas satisfait par le niveau de jeu de mon équipe contre les USA aux Jeux Olympiques, mais ce que j’ai retenu de cette expérience est que je pouvais jouer à ce niveau et à un bon niveau.

Au terme de son contrat à Rome, en 1993, il s’engage ainsi enfin en faveur des Celtics. Le moment est idéal puisqu’il coïncide avec la retraite de Kevin McHale.

Quatre années réussies… individuellement

Dino Radja débute sa carrière NBA par 15.1 points à 52.1%, 7.2 rebonds et 1.4 assists. Il ne joue que la moitié des matchs comme titulaire — le fameux temps d’adaptation — mais ne met pas longtemps avant de reléguer le très décevant Ed Pinckney sur le banc. Le bilan final (32-50) n’est pas reluisant mais est à peine décevant vu l’effectif en place.

L’été suivant, les Celtics laissent partir Robert Parish, le dernier membre de leur fameux Big Three et recrutent le vieillissant Dominique Wilkins (35 ans mais 17.8 points par match tout de même), Pervis Ellison, en espérant une version 2 de Bill Walton — échec — , et le pivot fraichement sorti d’UNC, Eric Montross (9e choix de la draft). Passer de Parish à Montross au poste 5, le choc est immense !

Avec cette équipe faite de bric et de broc, l’équipe dirigée pour la dernière fois par Chris Ford remporte 35 matchs et parvient au premier tour des playoffs. Shaquille O’Neal, Penny Hardaway Horace Grant et Nick Anderson sont trop forts. Cette campagne de playoffs sera la seule disputée par Radja, et l’unique entre 1993 et 2001.
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Membre de la All-Rookie Second team en 1994, Radja ne cesse d’élever ses productions, pointant à 19.7 points (50%), 9.8 rebonds, 1.6 assists et 1.5 blocks en 1996, sa meilleure saison.

Dino Radja : Tout allait bien pour moi. J’étais capable de faire ce que je voulais en attaque. J’avais appris à trouver la bonne position pour bloquer le rebond. Je sentais bien mon jeu. L’équipe était en reconstruction et tout le monde me disait que je serais un élément fort du processus.

« Dino, ne t’inquiète pas »

A l’intersaison ’96, les Celtics recrutent la star de Kentucky Antoine Walker (6e choix de la draft), Rick Fox, Eric Williams et David Wesley prennent de l’importance et Radja se blesse. Il ne joue que 25 matchs. ML Carr, le coach depuis 2 ans, est viré au terme d’une saison à 15 victoires. La pire saison de l’histoire verte.

L’été suivant, Rick Pitino devient le président et l’entraîneur des Celtics — on y reviendra en détail la semaine prochaine. C’est lui qui mettra un terme à la carrière NBA du croate.

Dino Radja : Je suis allé voir Pitino pour lui demander si je correspondais à ses plans. Avec un nouvel entraîneur, je voulais bien sur savoir ce qu’il pensait de mon jeu. J’aimais jouer pour Boston et je voulais savoir s’il y avait une possibilité d’être transféré car j’avais entendu des rumeurs. Pitino m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit ‘Dino, ne t’inquiète pas, tu es un membre important de notre attaque. Quand nous lancerons un système, la balle passera par toi.’ J’ai quitté le rendez-vous confiant. Cinq jours plus tard, j’ai appris mon transfert à Philadelphie. Je ne peux pas vous dire à quel point je me sentais trahi. Soit Pitino m’avait menti, soit il avait totalement changé d’avis en quelques jours.

Dino Radja avec les Celtics

Dino Radja avec les Celtics

Dino Radja décide alors d’échouer volontairement à la visite médicale à Philadelphie. Problème, il lui reste 3 ans de contrat. Il doit donc trouver un accord avec les Celtics pour racheter son contrat. Les Sixers, eux, se contentent d’une compensation financière.

Dino Radja : Une fois que j’ai appris que les Celtics m’avaient envoyé à Phily, je savais que si j’échouais à la visite médicale, Pitino ne me voudrait plus sous le maillot des Celtics. Mais je savais que je pouvais encore être un joueur productif. Je l’ai prouvé en Europe. J’ai encore fait de belles stats, surtout en coupe d’Europe contre les meilleurs équipes.

Dino Radja quitte la NBA avec 16.7 points (49.7%), 8.4 rebonds, 1.6 assists et 1.3 blocks de moyenne, en 4 saisons. Il n’a finalement avoué qu’un regret.

Dino Radja : Je ne peux pas mentir, je pense souvent à ce qui aurait pu se passer si j’avais joué pour Boston juste après ma draft. Bird, McHale, Parish, le Big Three, cela aurait été fun de juste les voir à l’oeuvre ensemble.

Source principale : Where Have You Gone ? de Mike Carey et Michael D.McClellan (2005).

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