La draft approche, les mock drafts se multiplient (même ici sur PB), les questions deviennent certitudes. Ce jeudi, 60 joueurs auront l’honneur de rentrer dans la planète NBA. Parmi ces candidats, une grosse dizaine d’Européens ont de sérieuses raisons d’espérer rejoindre la Grande Ligue. Petite présentation des principaux candidats européens de cette année 2009.
Ricky Rubio: entre talent et marketing
En chef de file de cette génération européenne version 2009, on retrouve le prodige espagnol Ricard Rubio Vives, mieux connu sous le nom de Ricky Rubio. Celui que le magazine Slam appelait « The Best Basketball player you’ve ever heard of » en avril 2007 va donc faire son entrée en NBA. Plus jeune joueur de l’histoire de la Liga ACB (à 14 ans, le 15 octobre 2005 face à Girona); plus jeune joueur à disputer une finale olympique à Pékin, meilleur meneur de la Lige ACB et membre de l’équipe-type à 17 ans, plus jeune meilleur espoir européen de la Fiba Europe: Ricky Rubio a toujours étonné par sa maturité et sa précocité sportive. En trois saisons en Europe, Rubio a presque tout remporté avec Badalone: l’EuroCup 2006; l’UlebCup, la seconde place de la Liga ACB et la Coupe du Roi 2008. A titre individuel, Ricky Rubio a gagné en popularité depuis ses débuts professionels en 2005, et les comparaisons fusent: le jeu de passe de Magic Johnson ou la défense de Pete Maravich sont souvent évoqués. Des comparaisons reposant en grande partie sur son talent hors-norme, illustré par quelques performances gargantuesques, à l’image de l’Euro des -16 ans en 2006 durant lequel il signera un quadruple-double et deux triples-doubles. En finale, il rentre une ligne de stats énormissime: 51 points, 24 rebonds, 12 assists et 7 steals… Bref, un avenir rose s’ouvre pour Ricky Rubio, bien encadré par Aito Reneses, son coach à Badalone, et ses parents, lui empêchant tout contact avec les médias avant ses 18 ans.
Mais voila, ces dernières semaines, suite aux workouts effectués avec les franchises NBA, des critiques se sont élevées. Son shoot peu fiable, son manque de préparation au monde de la NBA ou son physique ont été épinglé par les scouts. Aussi, malgré deux saisons au top-niveau espagnol, Rubio n’a que très rarement été mis sous pression à Badalone. Lors de la saison 2007-08, toute l’attention des défenses était focalisée sur Rudy Fernandez, principale arme offensive de Badalone. Suite au départ de l’ailier l’été passé, cette saison 2008-09 devait être celle de Rubio, avec comme cerise sur le gâteau une participation à l’Euroleague. Mais une blessure vient compromettre son début de saison, l’immobilisant jusqu’en décembre. Ensuite, il alternera le très bon (12 assists face à Murcie, 11 assists contre Gran Canaria, 18 points contre Grenada) et le moins bon en Euroleague ou lors des matchs importants. Ainsi, sur la scène européenne, sa meilleure performance a été un petit 9 points-6 rebonds-2 assists face au Tau Ceramica. On citera aussi ses performances moyennes lors de ces play-offs espagnols. Après une première manche écourtée par une blessure (encore…), le prodige se réveillera lors du deuxième duel à domicile, signant 16 points-6 assists et 4 rebonds. Une belle performance, éclipsée par un game 3 décisif où Ricky ne rentrera que 6 points et perdra 6 ballons. Bref, cette saison, qui aurait dû être celle de la confirmation pour lui, aura par moment pris des allures de calvaire.
Et on ne reviendra pas sur ses désidératas multiples. Notamment en exigeant presque de se retrouver dans une « grande ville », comme avait pu le faire Yi Jianlian il y a deux ans à son arrivée à Milwaukee.
Omri Casspi, le premier Israélien de la NBA
La deuxième certitude européenne du premier tour est Omri Casspi. A 21 ans, Casspi est en passe de devenir le premier Israélien à découvrir la NBA. Son potentiel est connu de longues dates. Chef de file de la nouvelle génération nationale ave Lior Eliyahu, Casspi a fait son entrée en équipe nationale de jeunes en 2003, chez les moins de 16 ans. Il grandira ensuite, en équipe nationale où il passera chez les moins de 16 ans, les moins de 18 ans, les moins de 20 ans avant d’arriver en équipe A. En club, Casspi connaitra la même ascension. Formé dans le « petit » club de l’Hapoel Holon (en deuxième division à l’époque). Il rejoindra ensuite l’Hapoel Galil Elyon, l’ancien club de Rimantas Kaukenas, Teo Cizmic ou Doron Sheffer. Il retrouve aussi là-bas l’autre grand espoir du basket israélien, Lior Eliyahu. Avant afin de faire le saut vers le Yellow Submarine, le Maccabi Tel Aviv et de s’imposer cette année comme un joueur européen majeur.
Car à la différence de Rubio, Omri Casspi vient de réaliser une magnifique saison. Après avoir participé à la campagne qualificative pour l’EuroBasket 09 (5,5 ppg, 3 rpg, 1 blocks en 10 minutes par match), il s’est imposé dans le roster très dense du Maccabi, devenant une des clés des succès du club. Lors des playoffs nationaux, jamais il ne descendra sous les 10 points scorés. Il tournera en moyenne à 14 points, 6,3 rebonds, 2 assists et une évaluation moyenne de 16 sur cette campagne victorieuse du Maccabi. En phase classique de Basketball Super League (la D1 israélienne), il brillera à l’occasion de quelques rencontres qui assoiront sa réputation. Notamment face à Rishon Le Zion, où il rentrera 27 points (6/7 à 2 pts, 3/5 à 3 pts, 6/7 aux LF), 4 rebonds et 4 assists. Ou encore ses 20 points, 9 rebonds, 4 assists face à Ramat Gan.
Suivant une trajectoire de progression constante, Omri Casspi s’est imposé aux côtés de Lior Eliyahu comme la référence du basket israélien. A ce titre, et à 21 ans seulement, tout laisse à penser qu’Omri Casspi devrait être sélectionné au premier tour. Son jeu offensif sans ballon, ses qualités physiques, son éthique de travail, son énergie et sa détermination ont en tout cas séduit les scouts NBA. Reste qu’Omri Casspi doit être pris comme un pari pour le futur: son contrat au Maccabi court jusqu’en 2010, il n’a jamais caché son amour pour le club-nation israélien et le départ de Lior Eliyahu à Vitoria lui ouvre une voie royale pour devenir le symbole du Sous-marin jaune…
Les autres:
Derrière ces deux joueurs assurés d’un premier tour, on retrouve un tas de jeunes Européens. En tête, on retrouve le Suédois Jonas Jerebko, dont on vous proposait une interview il y a quelques jours. Ses 2,04m et 110 kilos lui permettent de s’en sortir aux postes 3 et 4 des deux côtés du parquet. Dans un registre proche de celui de Kirilenko (sa référence basket, comme il nous le confiait), il mise beaucoup sur sa grosse défense, aussi à l’aise pour répondre au défi physique d’un 4 ou mettre en échec un 3 voire un 2. Offensivement, un petit shoot intéressant et une bonne qualité de drive sont ses principales armes. Bref, son profil, à défaut de pouvoir en faire un go-to-guy, lui permettra de s’installer dans le rôle de joueur de l’ombre, faisant un boulot de qualité sur les poisons adverses.
Derrière Rubio, Victor Claver et Sergio Llull seront plus que probablement les deux autres Espagnols repris ce jeudi. Claver, le Valencian, et Llull, le Madrilène, ont tous les deux fait leur trou dans leur club respectif. Entre Pepe Sanchez et Raul Lopez, Sergio Llull s’est imposé comme un PG plus que crédible. En sortie de banc comme dans le cinq de base, Llull a brillé cette saison. En atteste quelques gros matchs signés par le jeune Sergio, comme ses 21 points face à Murcie ou ses 10 assists face à Bruesa. Le grand espoir a désormais acquis un statut de joueur majeur du Real, le club de son coeur.
Victor Claver a lui vécu une saison plus délicate à Valence. Sa saison démarrera sur les chapeaux de roue avec 11 ppg et près de 6 rebonds par match sur les 11 premiers matchs. Mais une vilaine blessure (fracture de la malléole interne) viendra interrompre sa superbe saison, le mettant au repos pour quatre mois. Il reviendra en fin de saison, histoire de rappeler aux scouts NBA ses qualités au rebond et au scoring, tant inside que depuis la ligne des trois points. Mix entre un 3 et un 4, Claver pourra faire jouer sa polyvalence aussi en NBA.
Mais je vois mal les deux Ibères rejoindre la NBA dès cet été. Llull n’a jamais caché son amour du Real. Et maintenant qu’il y a un rôle majeur, je le vois mal partir pour la NBA. La remarque vaut aussi pour Claver, qui a encore quelques saisons pour devenir un incontournable en Espagne et ensuite penser à une carrière NBA, à l’image d’un Marc Gasol…
La French Touch de cette draft
Que serait une draft NBA sans français? Comme c’est la tradition, on retrouve donc deux Français attendus par les mocks drafts. Après Petro, Turiaf, Gelabale, Mahinmi, Ajinca et Batum, ce sont donc Rodrigue Beaubois et Nando De Colo qui auront peut être la chance d’aller serrer la pince de David Stern. Et à en croire les mockdrafts NBADraft et DraftExpress, Rodrigue Beaubois sera le Choletais en meilleure position pour décrocher sa place en NBA. Ses qualités physiques, sa vitesse, son drive, ses bonnes capacités défensives, son énergie ont apparemment séduit les scouts NBA. Malgré son manque de constance dans son jeu, DraftExpress fait de lui un candidat à la fin du premier tour. Nando De Colo est lui annoncé beaucoup plus loin que Rodrigue Beaubois. Nando, l’arrière polyvalent, peut faire jouer sa qualité de passe et son shoot, notamment depuis la ligne des 3 points. Sur le modèle d’un Juanca Navarro, Nando De Colo a un style de jeu à mi-chemin entre le poste 1 et le 2. Pas vraiment un PG, mais pas vraiment un SG non plus, pas mal de doutes habitent les scouts NBA sur sa position de référence.
Les autres, attendus au second tour
D’autres Européens sont attendus pour cette draft 2009. Voila une petite liste:
- Sergey Gladyr, Guard Ukrainien de 19 ans évoluant au MBC Mykolaiv,
- Henk Norel, PF néerlandais de 21 ans portant les couleurs de la Joventut,
- Christain Eyenga, SF/PF congolais lui aussi à la Joventut,
- Emir Preldzic, l’intérieur Bosnio-slovène de Fenerbahce,
- Slava Krvatsov, le 7-footer ukrainien du BC Kiev,
- Milenko Tepic, l’arrière serbe du Partizan.

Max, si tu nous gratifies de cette large review, j’avais une question à te poser : est-ce que tu penses que Casspi est prêt pour la NBA, et, s’il est drafté, qu’il ira directement dans sa franchise ?
J’ai cru voir cette saison que son role grandissait au Maccabi cette saison, ce que tu confirmes, mais j’ai quand même pas l’impression qu’il soit un titulaire indiscutable, à la différence de Eliyahu, d’Arroyo ou de Fisher.
T’as un avis ou des échos sur le sujet ?
Et accessoirement, je trouve ta comparaison de Colo / Navarro (toute proportion gardée) franchement pertinente. Un SG européen qui se retrouve meneur en NBA, ça c’est déjà vu, et ça réussit rarement…
Le cas Casspi dépend en fait de l’équipe qui va venir le chercher. Si il est sélectionné par une équipe dans lequel il peut devenir un joueur « important » dès sa rookie-season, il fera le saut. Début juin, les forums d’Interbasket faisait part d’un intérêt pour lui de la part des Spurs, des Kings, de Cleveland, de Minny et de Chicago. Et au vu des workouts effectués (il a envoyé Austin Daye à l’hôpital en lui ouvrant la lèvre…), l’intérêt n’a pas dû baisser. Si Sacto ou Minny le prend, je le vois passer directement en NBA, avec un impact direct dans sa franchise (même en sortie de banc, comme au Maccabi). Maintenant, si ce sont les Cavs, les Spurs voire les Bulls, je pense qu’il va encore rester un an ou deux de plus au Maccabi, histoire d’arriver au top en NBA.
Aussi, au Maccabi, il n’est pas titulaire indiscutable. Ce ne veut pas dire pour autant que ce n’est pas un élément important du roster de Pini Gershon. La notion de titulaire n’a qu’une importance relative. Par exemple, Papaloukas ou Jasikevicius sont des joueurs clés de leurs clubs, tout en sortant du banc…
Le coup du SG qui passe meneur en NBA, c’est l’échec assuré. Mais les PG européens qui réussissent en NBA sont très rares. Seul Calderon a réussi à imposer son style de jeu à l’européenne en NBA et s’en sortir avec les honneurs. Les autres (Jas’, Rigaudeau, S. Rodriguez, Raul Lopez, Juanca Navarro, Beno Udrih, Dragan Dragic, Roko Ukic) se sont tous plantés, ou sont en train de le faire…