Suite du feuilleton de la Nouvelle Orléans. Nous vous rappelions les principes guidant ce problème dans notre article de la veille : les Hornets vont être lâchés par leur propriétaire George Shinn faute d’affluence suffisante. Que deviendront-ils? Rachetés par d’autres propriétaires? Extinction pure et simple? Une rumeur courait dès lors que la NBA elle-même pourrait racheter l’équipe de manière transitoire, cette décision est désormais réalisée.
David Stern a fait son choix
La décision de racheter les New Orleans Hornets par la NBA donne une opportunité peu envisageable de garder la franchise en Louisiane après son arrivée en 2002 selon les dires de David Stern. La stratégie a donc été de s’impliquer et de sauver l’équipe prenant le contrôle de celle-ci, de la « nbationaliser » en quelque sorte. Stern a confirmé aujourd’hui que la grande ligue était en train de mettre sur pied un plan de rachat du club à l’actionnaire majoritaire, George Shinn et son actionnaire/partenaire minoritaire Gary Chouest qui n’a pas les reins assez solides pour le faire de lui-même.
Les Hornets sont donc la première équipe de l’histoire de la ligue américaine à être possédée par la NBA elle-même. C’est un précédent jurisprudentiel conséquent et qui peut revêtir de véritables critiques. Nous y reviendrons.
On le rappelle mais Shinn tente de vendre l’équipe depuis le printemps dernier à Chouest cependant les négociations n’ont pas avancé. David Stern a confirmé que Shinn était dans l’urgence, il veut absolument vendre ses parts au plus vite car il accumule de lourdes dettes auxquelles il ne pourra plus répondre et deviendra de fait insolvable. Si la NBA ne fait rien, selon Stern, Shinn pourrait être incité à prendre la première offre qui passe même si elle provient d’un acheteur qui prévoit de déménager l’équipe dans la foulée.
David Stern : La NBA a le luxe d’avoir du temps devant elle pour prendre des décisions. Donc franchement, c’est une des meilleures raisons pour nous de nous avancer et le temps est de notre côté. Nous n’avons pas à prendre une décision de très long terme dans un très court laps de temps et avec de grosses pressions de toutes parts. Nous pensons avoir éliminé la pression maintenant.
La Louisiane à la rescousse?
Mr Stern a aussi été très clair sur le fait que les politiciens de Louisiane devraient se préparer à revoir de manière substantielle le loyer de la New Orleans Arena ainsi que le niveau des taxes et d’incitations fiscales que le club recevrait dans le futur de la part du contribuable. Il a fait référence à la franchise NFL des New Orleans Saints qui depuis 2001 a négocié ces incitations (exonérations) valant quelques centaines de millions de dollars. Un contrat récent, impliquant le propriétaire des Saints (Tom Benson) a même eu lieu, qui a permis d’acheter un gratte-ciel en plein centre ville avec la garantie des agences d’Etat qu’il leur louerait des espaces pour les bureaux et un centre commercial…
David Stern : Que vous appeliez ça un contrat de louage ou des arrangements additionnels, je pense que l’Etat de Louisiane est très familier à ce contexte dans un sport où le ballon est différent du notre (NFL). L’Etat devra participer tout du long et soutenir l’équipe, c’est un compromis acceptable et le gouverneur sait que nous venons à lui.
La Louisiane, comme beaucoup d’Etat, fait face en ce moment à d’énormes coupes budgétaires subséquemment à la crise économique. Le gouverneur, Bobby Jindal, a promis de travailler avec la NBA mais dans les limites de ses possibilités.
Jindal : Nous avons parlé avec l’équipe, la NBA et de potentiels futurs acheteurs depuis quelques temps déjà. Nous voulons garder les Hornets ici. Le problème est que nous faisons face à de nombreux challenges économiques et nous ne ferons rien qui mettrait en péril l’éducation ou la santé, qui sont nos priorités.
L’actuel contrat des Hornets, qui contient déjà la plupart des rediffusions TV, pubs, parking et concessions à l’équipe et laisse peu de chose à l’Etat, court jusqu’en 2014. Mais comme nous le rappelions, ce contrat contient une clause d’audience en termes de spectateur de 14.735 personnes en moyenne et pour l’instant le chiffre est à 13.865. Si cela reste en l’état, au 31 mars 2011, le club notifiera à la Louisiane la fin de l’accord mais David Stern ne précipitera pas le processus, il ne veut pas que l’équipe s’échappe du deal.
Stern : Ce contrat de louage donne de la flexibilité si le futur de l’équipe n’est pas en Louisiane mais nous voulons croire que le futur de l’équipe y sera. Franchement, c’est une des raisons qui fait que nous nous sommes avancés et que nous l’avons acheté.
Le président de la NBA n’a pas précisé combien la NBA paierait pour le club mais a précisé que la valeur de la franchise excède 300 millions. La vente doit encore être approuvée par le bureau des gouverneurs qui devrait voter dans le courant de la semaine prochaine. Il a aussi précisé que le natif de New Orleans, Jac Sperling, serait l’administrateur de l’équipe en attendant sa vente à un acheteur permanent. C’est un avocat du sport et le vice-président de la franchise NHL des Minnesota Wild. Stern (toujours), a aussi confirmé que la NBA pourrait garder les Hornets en attendant que les négociations entre la ligue et les joueurs soient terminées pour un nouveau CBA.
Conflit d’intérêt ou sauvetage exceptionnel?
Naturellement, la grande question qui se pose en l’état est celle de la déontologie. Comment la NBA, qui dirige la grande ligue, édicte ses règlements, a le pouvoir de coercition et est l’autorité de référence, peut-elle se permettre de faire un acte d’ingérence sur le libre marché concurrentiel des franchises NBA?
Étant juge et partie, ce rôle ne lui sied pas. La déontologie l’impose, c’est une contradiction majeure du système. Pis, ce peut réellement être un précédent jurisprudentiel pour de futurs situations. Que se passera-t-il quand les frères Maloof (Kings) menaceront de mettre la clé sous la porte parce que la Key Arena n’est pas rénovée? La NBA achètera-t-elle la franchise? Et si les Bobcats se retrouvent en difficulté par manque de résultats? On a vu bien des franchises brader leurs joueurs, quitte à tout perdre, pour épurer leurs comptes et faire du profit. C’est le principe même de gestion et de concurrence qui est mis en branle par cette décision. La NBA est passée d’une autorité de régulation extérieure, avec toute la légitimité qu’elle avait pour diriger les équipes et joueurs, à véritable Etat dans l’Etat.
En fait, l’analogie la plus récente peut-être faite avec l’administration Obama qui a fait un bail-out majeur (nationalisations) avec la crise financière de 2009. Les banques furent rachetées ou du moins toutes leurs dettes et l’Etat a réalisé une introduction substantielle sur le marché concurrentielle pour sauver le système. Est-ce que la NBA endigue un problème systémique et extraordinaire en sauvant les Hornets? Pas sûr. Elle sauve certainement des emplois et un vivier économique dans une région toujours sinistrée mais à quel prix? La frontière est ténue entre intervention attentatoire et sauvetage au nom de l’intérêt général. Nous n’avons pas la réponse mais que diront les spectateurs de Seattle, impuissants face au départ de leur équipe comme tant d’autres?
Ces questions sont légitimes et se poseront après que la franchise soit retournée dans les bras d’acteurs privés. D’ailleurs, on pourrait se faire l’avocat du diable : la NBA est une organisation à but lucratif qui n’a rien d’un service public et se rémunère sur ses ventes et ses prestations de services. Pourquoi ne pourrait-elle pas intervenir quand cela lui chante lorsque ses intérêts économiques sont menacés? On en revient à une question de point de vue.
En tout cas, cet évènement va faire ressurgir les départs vers Seattle ou Las Vegas ainsi que ceux des joueurs. Chris Paul va peut-être enfin saisir cette chance pour fuir vers N.Y.C….


« Chris Paul va peut-être enfin saisir cette chance pour fuir vers N.Y.C… »
Je me disais exactement la meme chose hier
Et je pense que les Okafor, West et autres joueurs ayant une certaine valeur sportive feront de meme que CP.
Je te rejoins totalement dans l’analyse: c’est deontologiquement, « jurispudentiellement », politiquement et economiquement stupide. Les deux premiers points sont expliques dans l’article. C’est politiquement problematique vu les exigences de la NBA vis-a-vis de l’Etat de Louisiane en periode de crise. Alors que des milliers d’US vivent une vraie galere economique, le fait meme que l’Etat puisse donner des cadeaux a la NBA me repulse. Economiqement, c’est aussi douteux: si les Hornets ne sont pas rentable a NOLA et ne savent pas remplir la salle, pourquoi s’evertuer a les y maintenir? C’est recommencer le meme ballet que M. Shinn a entame en 2004.
Cette operation de sauvetage (que je ne comparerais pas au sauvetage des banques par l’admin Obama, les objectifs d’Obama et ceux de la NBA etant tres differents) est une aberration sans nom qui ne repond a aucune logique a mes yeux…
Le plus gros problème c’est que ça crée un précèdent en contradiction profonde avec le fonctionnement économique de la NBA jusque là.
Pour l’instant une franchise en crise économique devait se démerder pour se rétablir :
- Menacer sa ville hôte pour obtenir une luxueuse salle
- si pas possible, repreneur extérieur et relocalisation
M’enfin ya de fortes chances qu’on voit un déménagement quand même…
Ça cause déjà de Kansas City
Je pense comme Bob, qu’au final le déménagement est inéluctable. La Louisiane n’a jamais été et ne sera jamais un Etat de basket. Il faudrait vraiment voir les Hornets au top tous les ans pour susciter un véritable engouement et comme ce n’est pas le cas…