Les prospects de la Liga ACB

Ces dernières années, le basket espagnol s’est fait une spécialité de produire des grands prospects. Ricky Rubio, Rudy Fernandez, Tiago Splitter, Victor Claver ou Joel Freeland ont tous au moins poli leur formation en Espagne. Et c’est loin d’être fini: plus que jamais, l’Espagne s’impose comme la destination de référence pour les jeunes prospects du basket européen.

Pablo Aguilar, plutôt Garbajosa ou Reyes?

Pablo Aguilar (20 ans) s’est imposé comme l’une des vraies valeurs sures de la Liga ACB. Dans une équipe de Grenade peu à son aise (14ème, 7V – 11D), le jeune PF a fait son trou. Passé du Real à Grenade lors de l’été 2008, Aguilar était candidat pour le titre de révélation de la saison après sa première saison en Andalousie. Et il confirme cette saison tout le bien que l’on pensait de lui. Du haut de ses 2,03m, Pablo Aguilar (sans lien de parenté avec la joueuse Elisa Aguilar) est au carrefour de sa carrière. Prévu – pour le moment – aux alentours du 50ème pick de la draft 2010, il présente un profil assez particulier, hybridation parfaite entre un SF et un PF. Il possède le shoot d’un véritable poste 3 (41% à 3 pts en Liga ACB, avec 4.2 tentatives par match en moyenne) et, malgré un physique toujours un peu léger, les capacités défensives d’un 4 (5.4 rpg et 1.4 bpg). Il possède un jeu très propre et très intelligent, comme en témoigne le faible nombre de TO concédées cette saison (12 en 390 minutes de jeu).

Rayon points à améliorer, les scouts NBA rappellent qu’Aguilar manque de vitesse latérale et de variété dans son jeu offensif. Il reste peu convaincant au poste bas offensivement et montre toujours quelques difficultés à se créer son propre shot. Quant à l’aspect défensif, il est nécessaire qu’il se « spécialise » dans un registre: soit en devenant un poste 4 physique, quoique relativement petit (modèle Felipe Reyes), soit en travaillant sa vitesse latérale pour pouvoir s’occuper de SF.

Le diamant ukrainien

49ème pick de la dernière draft, le SG Sergey Gladyr décidé de progresser step by step. Pas de passage direct donc du MBC Mikolaïv (sa ville natale, dans le sud de l’Ukraine) aux Atlanta Hawks, mais plutôt un arrêt du côté de la Liga ACB, à Manresa, dans la grande banlieue de Barcelone. Et cette première saison à l’étranger se passe plutôt pas mal, à l’image des 24 points rentrés au Caja Laboral le 29/11, à 20 ans et un mois. Seuls 13 joueurs avaient réussis cette performance plus jeune encore: Ricky Rubio, Santi Abad, Gaby Ruiz, José Manuel Calderón, Víctor Claver, Jordi Pardo, Luis Scola, Rudy Fernández, Raül López, Alex Bento, Sergio Rodríguez et Tiago Splitter. Que du beau monde pour entourer l’Ukrainien.

Gladyr a tout pour devenir un grand nom. Il possède un instinct de tueur et sait comment scorer. En sortie de banc, il tourne pour le moment à 10 ppg à Manresa. Gladyr est un véritable pistolero du 3 points. En 20 minutes passés sur le parquet, il dégaine en moyenne 7 fois depuis la ligne des 6,25 m. Quand ça rentre, à l’image des 24 points face au Caja Laboral, c’est un régal. Quand ça ne rentre pas, rien ne tourne pour lui et le match se transforme en calvaire. On évoquera le 0/6 à 3 pts et l’éval de -10 reçue lors de la défaite face à l’Estu Madrid. C’est bien là le principal soucis de Gladyr: il commet beaucoup d’erreurs dans son jeu offensif. Pertes de balle innombrables (1.5 par match), problèmes récurrents avec les fautes (3.7 fautes en moyenne) ne jouent en sa faveur et bloquent en partie son développement. Mais le potentiel que Manresa a dans les mains est en or massif…

Vladimir Dasic, Lost in la Mancha… rejoint par Ante Tomic?

Vladimir Dasic (droite) et Ante Tomic (gauche), les deux prospects recrutés cet été par le Real.

Cet été, Vladimir Dasic faisait le grand saut en quittant Buducnost, son club formateur. Il rejoignait le Real Madrid lors de la grande vague ayant fait suite à l’arrivée de Messina, au même titre que Travis Hansen, Darjus Lavrinovic, Novica Velickovic, Rimantas Kaukenas ou Jorge Garbajosa. Que des grands noms de signés… Et en conséquence, on se doutait qu’il y aurait beaucoup d’élus pour peu d’appelés du côté de la Maison Blanche. Et de commencer à s’inquiéter un peu pour Dasic, le nom le moins bling-bling et le plus prometteur à l’avenir de cette vague de recrutement…

En quittant Buducnost pour le Real cet été, Vladimir Dasic s’attendait sans doute à jouer que plus que 50 minutes en 18 journées de championnat. Il a pourtant du potentiel dans les mains. Ancien international espoir de Serbie-et-Monténégro (champion d’Europe junior en 2005), il est considéré comme l’un des meilleurs prospects SF d’Europe. Il a joué 4 saisons à Buducnost durant lesquels il s’est progressivement imposé comme parmi les meilleurs joueurs de la ligue Adriatique. Il s’imposait alors par sa facilité offensive (13 ppg et seulement 45 TO en 758 minutes de jeu), tant en drive que par son shot et ce malgré des positions parfois douteuses, son agressivité (5.3 rpg, 3.8 fautes provoquées en moyenne) et des capacités défensives intéressantes (2.2 spg). Il compte surtout sur un profil physique assez improbable en Europe. Ses 2.06m sont loin d’être un défaut pour lui: il évolue en véritable poste 3, utilisant sa taille pour créer des mismatchs sans toutefois se faire prendre de vitesse en défense. Une grosse polyvalence, quelques points à améliorer, mais l’avenir de Dasic s’annonce rose à la condition de sortir du pied de Messina – que ce soit en quittant le club (cfr Aguilar ou Hernandez-Sonseca du Joventut) ou en remontant dans l’estime du coach italien.

Tout nouvel arrivant au Real Madrid, Ante Tomic a enfin fait le bond hors du nid. Cela faisait quelques années que l’on attendait le départ du pivot croate de son club formateur du KK Zagreb. C’est désormais fait, et c’est au Real que Tomic va s’essayer au plus haut niveau du basket européen. Cet été, il était tout proche de signer avec le Maccabi avant que le deal ne capote. C’est finalement sous les conseils des anciens Madrilènes Damir Mulaomerovic (ancien meilleur scoreur et passeur de A1 grecque) et Marko Tomas que Tomic s’est décidé pour le Real. Le fait qu’il archi-domine individuellement la Ligue Adriatique a aussi dû jouer.

Depuis 3 ans, malgré un physique très « light » (2.17m pour seulement 109 kilos…), Tomic domine les raquettes de l’ex-Yougoslavie. A 20 ans, lors de la saison 2007-08, il rentrait en moyenne 13.1 ppg, captait 7.1 rpg (2ème du championnat) pour une éval’ de 17.58. Il augmentait encore son volume statistique la saison suivante, claquant 15.5 ppg, 8.6 rpg et délivrant 2.6 assists par match. Et cette saison était sous le signe de l’archi-domination, avec des stats vraiment hallucinantes de 18.4 ppg (à 63%), 8.8 rpg pour un ranking moyen de 24.6 (soit supérieur à Aleks Maric…). Dans une Ligue Adriatique en mal de pivots dominants (à l’exception de Maric), Tomic a décidé qu’il était temps pour lui d’exporter son talent. Et c’est le Real qui a hérité du cadeau. Un Real qui ne considère Tomic « que » comme un prospect, et pas vraiment comme un renfort immédiat.

Antonio Maceiras, directeur sportif du Real: C’est un superbe shoteur qui passe, tire, dribble et joue avec une grande polyvalence. Son poids et sa présence physique ne correspondent pas à ce que nous recherchions pour compléter parfaitement la rotation, mais nous avons compris que son potentiel et son développement potentiel est très important.

Le Gasol de l’est, comme le surnomme déjà les médias espagnols, devra s’habituer à un nouveau rôle dans l’ombre. On verra comment il s’y adaptera, mais le Real a mis la main sur un diamant brut à polir…

Tomas Satoransky, un nom à retenir

Le basket tchèque a de l’avenir. On connaissait déjà Jan Vesely, l’ombre des géants du Partizan (Pekovic, et maintenant Maric). Et voila maintenant que Tomas Satoransky commence à faire son petit. A 18 ans, il vient de se faire une place dans la rotation du Cajasol Séville, 6ème pour le moment en Liga ACB. SG d’1.99m, rapide, agressif, participant efficacement à la construction du jeu, doté d’une vision du jeu assez hors-norme et d’un bon sens de la création, Satoransky est déjà une des pierres angulaires de l’équipe nationale aux côtés de Vesely et de Jiri Welsh.

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