Exceptionnellement, je remplace Max pour vous proposer un nouveau numéro de l’Europe du basket. Pour l’occasion, je vous propose un focus sur Timofey Mozgov afin de voir ce qu’il devient depuis son Euro plutôt réussi avec la Russie, puis un portrait croisé des jumeaux Lavrinovic, Darjus, qui évolue au Real Madrid, et Ksystof, la star de la Montepaschi Sienne.
Timofey Mozgov, progression ou stagnation ?
Du haut de ses 2.16m, Timofey Mozgov fut une des excellentes surprises de l’Euro. Réputé athlétique et mobile malgré sa taille, le géant russe a en plus montré qu’il avait de bonnes mains. Il a aussi été sensible au discours de David Blatt, toujours capable de pousser ses joueurs dans leurs retranchements.

Mozgov face aux bleus
Au final, Mozgov a cumulé 11 points à 58.8%, 4.6 rebonds et 1.3 blocks en 22.2 minutes. Il a martyrisé la Macédoine (25pts-11rns-3stls), il s’est imposé contre la Croatie (18pts-8rbs) et il avait joué les tours de contrôle contre l’EDF, rejetant 5 tirs. Des faits d’arme plutôt intéressants.
Il était alors intéressant de voir comment l’ancien pensionnaire de deuxième division russe allait se comporter en Euroleague, avec le Khimki Moscou.
Année après année, le joueur a progressé. Avant que le Khimki ne mette la main sur ce joyau en 2006, il évoluait à LenVo puis Samara. Sa progression était linéaire pour atteindre 8.4 points et 6.3 rebonds en EuroCup l’an passé.
Désormais, Timofey Mozgov est un spécimen physique et athlétique hors nome. Il semble d’ailleurs très adapté au style de jeu rapide prôné en NBA. Il n’aura aucun mal à encaisser les allers-retours continuels. Mais techniquement, il ne confirme pas les progrès vus cet été.
Sergio Scariolo a tendance à lui préférer sa recrue estivale, l’expérimenté Robertas Javtokas. Ainsi, son temps de jeu est limité à 14 minutes en Euroleague. Il apporte malgré tout 6.3 points à 45.5% — un faible pourcentage pour un joueur qui score beaucoup près du cercle — et gobe 4.1 rebonds.
Néanmoins, avec un temps de jeu plus élevé, il est plus efficace. En championnat (7.2ppg-5.3rpg, 65.8%) comme en VTB League (10.9ppg-5.5rpg, 63.5%) sa taille et ses mains font merveille. On pourra mettre en avant une opposition plus faible, mais la VTB League est composée de nombreuses équipes d’Euroleague. Puis, ses meilleures perfs offensives en Euroleague sont venues face au Real (10pts, 5/9 en 16min) et au Pana (9pts à chaque fois, 3/8 et 3/7).
Le jeune pivot russe — il n’a que 23 ans — est toujours en apprentissage et Coach Scariolo privilégie l’expérience de Javtokas pour le moment. D’après DraftExpress, les scouts NBA ont un oeil attentif sur lui. Il est un possible bon coup au prochain second tour. Contractuellement, il a une clause pour partir en 2011. Il a donc encore le temps d’apprendre.
Portrait croisé – les Lavrinovic tweens
Le monde du basket est une grande famille. Les fils de basketteur qui ont fait carrière sont légion, les fratries ne manquent pas, mais deux jumeaux qui réussissent au plus haut niveau, c’est nettement moins fréquent.
En NBA, il y a les Collins, Jason et Jarron, ainsi que les Lopez, Brook et Robin. A une époque, il y avait les Grant, Horace et Harvey. En remontant dans une période plus ancienne, on peut retrouver Tom et Dick Van Arsdale qui ont même terminé leur carrière ensemble, en 1976-77 à Phoenix. La WNBA est également représentée avec Heather et Heidi Burge ainsi que Coco et Kelly Miller.
En Europe, deux phénomènes, Ksystof et Darjus Lavrinovic portent haut les couleurs des jumeaux dans le basket depuis 10 ans.
Darjus est un peu plus grand, 2.12, et joue plus près du cercle. Il score à très haut pourcentage (13.5ppg à 62.2% en Euroleague), prend un tir de loin à l’occasion, provoque un grand nombre de fautes et défend comme une teigne dans la peinture. Ce n’est pas un hasard si Ettore Messina, une fois en poste à Madrid, en avait fait une priorité de son recrutement.
Ksystof est un peu plus petit, 2.09, s’écarte nettement plus — il prend le tiers de ses tirs derrière l’arc –, score tout de même à bon pourcentage (52.3% inside, 45.8% à 3-pts), il provoque tout de même beaucoup de fautes, il défend dur. Le tableau est presque identique, sauf qu’il a davantage un instinct de scoreur que son binome.
Les deux joueurs ont grandi dans le même club, l’Alytus Alita. Darjus a débuté dans l’équipe pro un an avant son frère. Il scorait déjà à haut pourcentage, il était déjà un bon rebondeur, il était déjà un gros défenseur. Son frère a suivi ses traces. A ses débuts, il ne shootait pas encore mais il paraissait déjà le plus talentueux.

Les frères Lavrinovic
En 2000, leur carrière aurait pu basculer lorsqu’une demoiselle avec qui les deux ont eu des relations sexuelles a porté plainte pour viol. Bien qu’elle ait changé de version en cours de route, les jumeaux seront emprisonnés. Ils passeront quelques temps à jouer l’un contre l’autre derrière les barreaux. Durant plus de 2 ans, ils ne vont pas évoluer en compétition officielle.
A leur retour, à l’Alytus Alita, les observateurs ne croient pas leurs yeux. Les deux géants ont développé leur potentiel de manière incroyable. Ils sont matures, ils ont gagné en toucher et ils ont le couteau entre les dents. Ksystof s’est mis à tirer de loin, Darjus se spécialise dans la castagne.
En 2002, Ksystof part pour l’Ural Great Perm, double champion de Russie en titre. Le club présidé par Segei Belov se fait dépouiller tous les ans mais a un bon réseau de recruteurs. Ainsi, ils mettent la main sur ce joueur de 23 ans. En Russie, Ksystof devient un vrai shooteur A la fin de la saison, il intègre la sélection lituanienne avec qui il remporte l’Euro. Sans son frère, gravement blessé au genou.
A l’été 2003, Darjus s’engage avec le Zalgiris Kaunas. Ses perfs sont encourageantes mais son genou le tiraille. Début 2004, il doit à nouveau passer sur le billard et manquera les JO. Ksystof y participera et manquera le podium face à l’Argentine. Après la campagne d’Athènes, il s’engage au Dynamo Moscou. L’été suivant, il partira pour Kazan.
Les deux jumeaux seront réunis en sélection en 2005, puis à Kazan pour la saison 2006-07. Ksystof a signé une saison à 13.5 points (58.1%, 41.8% à 3-pts), 5.4 rebonds, 1.6 assists et 1.25 steals. Darjus assure 12.6 points (61.5%), 6.9 rebonds, 1.8 assists et 1.3 steals. Mais en fin de saison, Ksystof part donner un vrai élan à sa carrière, à Sienne. Durant l’été, les deux jumeaux obtiennent, ensemble, la médaille de bronze à l’Euro.
En Italie, Ksystof Lavrinovic devient une vraie star. En 2008, il intègre la All-Euroleague Second Team après avoir terrorisé toutes les équipes par son arsenal offensif. Dans le même temps, Darjus fait partie des stars de la Coupe ULEB avec Kazan puis le Dynamo Moscou, qu’il rejoint en 2008 (avec Pargo, Nachbar…).
Cet été, les deux jumeaux auraient pu se retrouver en Espagne. Darjus s’installe au Real Madrid, Ksystof est assidûment courtisé par Barcelone. Mais il reste finalement à Sienne. Au Real, Darjus part fort, 32 points, 8/12 et 14/17 aux LF, 11 rebonds, 11 fautes provoquées, 3 blocks et 2 assists pour une éval de 49, contre le Khmki. Depuis, il est plutôt régulier, 19.3 d’éval globale, dans le roster ultra-dense du Real. Ksystof fait un poil mieux, 19.8 d’éval moyenne, mais avec des responsabilités plus larges.
Le hasard du tirage au sort a placé la Montepaschi et le Real dans le même groupe. Rendez vous est pris le 11 février pour des retrouvailles en Italie. Deux semaines plus tard, les deux équipes se recroiseront en Espagne. L’occasion de revoir sur le même parquet deux jumeaux au parcours peu linéaire, sortis de l’enfer plus fort que jamais.

Les jumeaux Lavrinovic




Le portrait des Lavrinovic était passionnant. Je savais pas qu’ils avaient fait un détour de zonzon. C’est incroyable, déjà d’avoir pu rebondir comme ils l’ont fait. S’ils avaient joué, ça aurait pt été différent, dans un petit club ils ont pu rejouer.
Quel destin, et quel talent surtout. Ces deux joueurs incroyables et talentueux de l’Euroleague.