L’Europe du basket revient à l’actu cette semaine avec deux tentatives d’analyse. Nous nous intéresserons tout d’abord au cas du Panathinaikos, champion Euroleague en titre sorti dès le Top 16. avant de prendre la direction de la Liga ACB, avec un résumé d’un article publié sur le site de la ligue espagnole et expliquant l’ultra-domination du Barça sur le basket européen.
Le Panathinaikos: autopsie d’un naufrage
La semaine passée, le Panathinakos se faisait mathématiquement sortir de l’Euroleague au stade du Top 16. Un sérieux contre-coup pour le vainqueur de l’Euroleague 2008-09. Une déception qu’il est nécessaire de de relativiser. Depuis 2001 et l’instauration du modèle Uleb à l’Euroleague, 3 champions en titre ont été sortis dès le Top 16 l’année suivante: le FC Barcelone (vainqueur en 2003) et le Panathinaikos (vainqueurs en 2002 et 2007). Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette situation n’est pas rare dans l’histoire de l’Euroleague.
On peut toutefois se poser de nombreuses questions quant aux raisons ayant conduit à ce naufrage collectif des Grecs.
1. Un Jasikevicius en fin de parcours?

Jasikevicius, le cerveau du Pana
La première explication que l’on peut avancer pour expliquer l’échec du PAO vient de la baisse de régime de Sarunas Jasikevicius. Le PG lituanien, qui fête ses 34 ans aujourd’hui même, est en grosse difficulté cette saison. A cause de problèmes de santé récurrents (notamment aux genoux), Jas’ n’a pris part qu’à 14 rencontres sur les 31 disputées par son club, toute compétition confondue. Un véritable trou béant laissé dans le roster du Pana, tant la motivation, l’esprit et l’expérience de Jasikevicius ont importé dans les succès conquis par le club depuis 2 ans.
Au-delà de ses absences, Jasikevicius éprouve aussi de grosses difficultés lorsqu’il est sur le parquet. Bien souvent capable du meilleur comme du pire, il a viré du côté de l’ultra-mauvais en ce Top 16. 2 rencontres disputées: 12 minutes face au Partizan (2/9 au FGs, pour une éval’ de -2) et 10 minutes face au Barça (0/1 au FG, 1 TO, éval’ de -2). Le quadruple vainqueur de l’Euroleague n’est plus que l’ombre de lui-même. Avec ce que ça implique sur le jeu. Jasikevicius, souvent employé en subersub par Obradovic l’an passé, laisse un backcourt peu convaincant cette saison: Spanoulis, MVP du F4 en 2009, est passé à travers son Top 16 (10 ppg à 11/34 aux FGs, éval’ de 4.5), Drew Nicholas n’a pas l’impact attendu et les jeunes Verginis et Calathes n’ont pas encore la bouteille nécessaire pour impacter en Euroleague. Seul Dimitrios Diamantidis, quintuple meilleur défenseur de l’Euroleague, tient son rang avec 11 ppg, 3 rpg et 3 apg sur le Top 16.
Mais sans Jasikevicius, son sens du jeu, ses nerfs en acier trempé, le Pana a des difficultés. La gestion des matchs semble difficile, notamment dans les fins de match au couteau comme face au Barça, au Partizan ou Maroussi…
2. Une équipe qui ne conclut pas ses matchs.
Conséquence directe et indirecte de cette « absence » : l’équipe ne trouve pas son joker en fin de match, son clutch-player. L’an passé, le Pana avait bluffé tout le monde. En grande partie grâce à l’expérience de Jasikevicius, les Grecs avaient vaincu l’Olympiacos et le CSKA de deux points à l’occasion au Final Four de Berlin. Cette année, les Greens se troue lors des moments chauds qu’ils négociaient si bien l’an passé.
Illustration: défaite de 5 points face au Partizan après avoir mené 57-51 à 7 minutes du terme (et ne plus avoir scoré de paniers de plein jeu sur les 7 dernières minutes). Défaite de 2 points à Maroussi sur une TO de Nicholas. 6-20 lors des 5 dernières minutes face au Barça dans la défaite 67-70. Le Panathinaikos est donc capable de faire jeu égal avec Maroussi, le Partizan voire le Barça. Il manque juste le finish, cette capacité à terminer les rencontres. Une qualité qui a fait défaut aux Spanoulis, Diamantidis, Nicholas ou Pekovic, les leaders annoncés de cette équipe. Quelque chose que Jasikevicius aurait sans doute pu apporter au roster…
3. Un secteur intérieur léger.

Mike Batiste et Nikola Pekovic, les valeurs sûres de la raquette athénienne.
Le troisième facteur-clé semble être une certaine faiblesse dans le secteur intérieur. Ce ne sont pourtant pas les talents purs qui manquent: entre Pekovic, Batiste, Fotsis et Haislip voire Tsartsaris forment un quintet impressionnant sur le papier. En pratique, c’est un peu plus compliqué: Pekovic et Batiste répondent aux standards attendus de leur part. Par contre, les back-up que sont Fotsis, Haislip et Tsartsaris peinent à s’imposer inside. Fotsis, malgré sa taille (2.09m), peut difficilement être considéré comme un intérieur. Son style de jeu offensif, s’écartant très souvent de l’anneau, est incompatible avec le travail attendu à l’intérieur de la raquette. Ses 5 ppg et 4 rpg lors du Top 16 sont bien en-deçà de ses standards. Marcus Haislip, que le Pana a récupéré des Spurs en janvier, ne s’impose pas lui non plus. Athlétique, physique, explosif, Haislip et ses 2.07m ne trouve tout simplement pas sa place au Pana. 4 matchs joués et une meilleure performance à 6 points et 5 rebonds face au Barça. C’est trop peu pour cela qui aurait pu (dû?) être le joker du Pana et qui a signé pour 2 ans et 2,5 millions d’euros en décembre… Reste Tsartsaris qui squatte l’infirmerie depuis le début de la saison…
Dans un roster déjà avare en intérieur (seuls Batiste et Pekovic peuvent sérieusement jouer des coudes inside des deux côtés du terrain), le rendement individuel des joueurs est en berne. Seuls les deux incontournables Pekovic et Batiste évoluent à un niveau attendu. Sur ce Top 16, les Haislip et Fotsis ne répondent pas aux attentes et espoirs placés en eux.
Le Barça en mode « dominateur »
Le principe de l’article de référence pour cette analyse est simple: Les sept merveilles du Regal Barcelone. Il consiste à mettre en avant 7 stats et caractéristiques de la saison du Barça. Le résultat est édifiant…
1. Une domination insultante. Le club catalan a joué depuis le début de la saison 38 matchs, pour 35 victoires. Invaincu à domicile, le Barça n’a craqué qu’à Valence, à Gran Canaria et à Belgrade. Le club survole les compétitions, tant la Liga ACB (leader avec un 21-2), l’Euroleague (14-1 au jour d’aujourd’hui) et la Coupe du Roi. Sur les huit derniers mois, le club a joué et remporté 3 finales (ACB et SuperCoupe 2009, Coupe du Roi 2010) et a dû se contenter d’une 3ème place en Euroleague. La domination actuelle du Barça, tant en Espagne qu’en Europe, rappelle les grandes heures du CSKA, du Maccabi ou du Panathinaikos. La qualité de la Liga ACB en moins pour ces clubs…
2. Une addiction aux records. Le club ne fait pas que remporter ses rencontres: il les écrase. Pour l’instant, le Barça possède la meilleure défense de l’histoire de la Liga ACB, prenant 62.95 ppg. Le club possède aussi la meilleure attaque, évaluation, domine les assists, les contres, les pourcentages à 2 et 3 points ou encore perd le moins de balles et commet le moins de faute… Le club est invaincu au Palau Blaugrana depuis le 3 janvier 2009, soit 24 rencontres (record historique à 25 atteignable ce week-end). Le club a aussi sorti le meilleur premier tour de l’histoire de la Liga ACB (16-1) et battu à Barcelone le Gran Canaria 105-55…
3. Des ressources sans limites. Tous les joueurs du roster ont le potentiel pour briller. Boniface Ndong, 3ème pivot derrière Lorbek et Vazquez, était un indispensable du Malaga finaliste de la Coupe du Roi 2009. Jordi Trias a déjà eu les honneurs d’un titre individuel majeur avec le titre de MVP de la Coupe du Roi 2007. Fran Vazquez, le meilleur contreur de l’histoire de l’Euroleague, a été élu MVP de la Coupe du Roi en sortie de banc et en ne jouant que 18 minutes. Roger Grimau constitue l’âme de l’équipe. Basile sera toujours là pour rentrer ses trois-points. Pete Mickeal est là avec son volume physique monstrueux. Sada, Morris et Lakovic sont des jokers de luxe pour Pascual… Et on rajoute à ces « role players » les stars: Lorbek le tueur silencieux, Navarro et ses multiples titres de MVP (ACB 06, SuperCoupe 09, Euroleague 09, finales de Liga ACB 09) et Rubio, juste Ricky Rubio…
4. Pascual superstar. A son arrivé à la tête du Barça en février 2008, peu de monde croyait aux capacités de Xavi Pascual. « Pas assez expérimenté pour prendre la tête d’un club d’un tel calibre », lisait-on alors à l’époque. En deux ans, il a fait taire – et avec une grande classe – toutes les critiques en ramenant à Barcelone les 3 trophées espagnoles en moins de 2 ans: la Liga, la Coupe et la SuperCoupe. Bien sûr, c’est plus simple de réussir cela avec des Rubio, Navarro ou Lorbek dans son roster. Mais Pascual a réussi à souder son effectif et lui transmettre sa philosophie, à imposer une défense de fer et utiliser la totalité de son roster pour un objectif commun.
5. Une défense unique. Si le Barça continue sur sa lancée, il deviendra à la fin de la saison la meilleure défense de l’histoire de la Liga A. Le club, après 23 matchs, limite ses adversaires en Liga à moins de 63 points par match. Le précédent record, à ce stade de la saison, est détenu par le Caja San Fernando qui, lors des 23 premiers matchs de la saison 1999-00, limitait ses adversaires à 67.2 points par match. Ce qui fait en cumulé une différence de près de 100 points encaissés, soit 4.2 points par match. Un gouffre…
6. Une marche implacable. Le Barça ne gagne pas, il écrase ses adversaires. En 23 matchs de Liga ACB, le Barça a remporté 12 victoires de plus de 20 points d’écart:
- Power Electronics Valence (+25),
- DKV Joventut (+33 et +24),
- Caja Laboral (+28),
- Valladolid (+33),
- Real Madrid (+22),
- Suzuki Manresa (+20),
- Bizkaia Bilbao Basket (+22),
- Alicante (+42),
- Xacobeo Blusens (+21),
- Gran Canaria 2014 (+50).
On peut rajouter à cette liste 6 matchs d’Euroleague (sur 15 de disputés):
- Fenerbahçe (+23 et +24),
- Cibona Zagreb (+22),
- Asvel Villeurbanne (+24 et +26),
- Zalgiris (+24),
- Maroussi (+27).
Entre les victoires historiques (dans leur ampleur) face au Real et à la Joventut, les 16 autres victoires de plus de 20 points et la claque de 19 points infligées à Sienne, le Barça a marqué les esprits par l’ampleur de leur succès. Et l’appétit semble venir en mangeant…
7. Prêt pour rentrer dans l’histoire? Le Barça sauce 2009-10 est une équipe qui semble hors du commun. Le club est toujours en lice pour réaliser le Grand Chelem sur cette saison. Déjà vainqueur de la SuperCoupe et de la Coupe du Roi, le club domine de toute sa classe la Liga ACB et l’Euroleague. De là à imaginer que cette équipe du Barça est la meilleure mouture du club de l’histoire, il n’y a qu’un pas… Que certains n’hésitent pas à déjà franchir.

Le Barça version 2009-10, un roster pour les livres d'histoire?
Référence: Las Siete Maravillas del Regal Barcelona, ACB.com.

Pour aller dans le sens du déclin de Jasikevicius, en début de saison, il n’était pas dans le groupe qui devait jouer en championnat. Son opération de l’intersaison y était pour beaucoup mais Obradovic avait laissé entendre qu’il voulait le garder frais pour l’Euroleague, et que 2 matchs par semaine, c’était trop.
Son déclin marque la fin d’une époque.
Par contre ce que j’ai un peu de mal à comprendre, c’est l’utilisation de Pekovic. Le mec a un talent fou, il domine tout le monde techniquement, il score fort sur court temps de jeu, et pourtant, Obradovic ne le fait JAMAIS jouer plus de 20 minutes. Pour moi, cette utilisation est inexpliquable. Je suis sur qu’il serait complémentaire avec Batiste, et que les associer serait une bonne chose. S’il va un jour à Minnesota, j’espère qu’il sera utilisé correctement.
Pour moi y a un point dont tu n’as pas parlé dans le déclin de ce Barça, c’est l’absence de tauliers. A part Diamantidis, tout le monde est interchangeable, er personne ne joue plus de 22, 23 minutes. Quelque part, c’est la profondeur du banc qui veut ça, mais à un moment, il faut avoir des cadres. Spanoulis ou Fotsis n’ont peut-être pas complètement répondu présent, mais ces groupes de 12 joueurs de très haut niveau a peut-être tendance à déresponsabiliser un peu les cadres.
A Barcelone, Navarro est le leader, à l’Olympiacos, Kleiza et Childress (voire Teodosic) assument un rôle de leader, au Pana, le leader c’est un défenseur de très haut niveau capable de coup de fusil en fin de match, mais pas un gars qui a un killer instinct comme Navarro. Là, je pense qu’un Spanoulis à son vrai niveau manque.
Le Pana ne sera certainement pas mort, le recrutement des Tepic, Calathes, Shermadini, Verginis, Bogris va dans le sens d’un rajeunissement des troupes. Le CSKA est arrivé à se maintenir compétitif avec un groupe rajeuni, le Partizan y arrive tous les ans. Ce serait intéressant de voir le Pana suivre la même voie.
La victoire d’hier face au Partizan illustre le manque du leader au Pana. Quand un joueur parvient à prendre les choses en main – comme l’a fait Drew nicholas hier, le Pana devient très difficile à jouer. LE gros problème, c’est que, comme déjà dit, personne ne prend ce rôle de leader à temps plein. Le duo Jas’-Spanoulis le faisait l’an passé. Cette saison, Jas’ est en retrait et Spanoulis est transparent sur le Top 16. Du coup, on doit attendre des coups d’éclat de Diamantidis (toujours un peu court en attaque) ou Nicholas (irrégulier au possible) pour venir aider les deux valeurs sûres que sont Batiste et Pekovic.
On en vient presque à espérer un mini-chamboulement de roster cet été, mettant le cap sur la jeunesse… J’ai vraiment l’impression que le Pana risque de tomber dans une grosse ornière si un vrai tournant n’est pas pris dans les mois à venir…
A ce sens, je pense que l’Olympiacos a désormais repris le dessus dans le duel au sommet grec. Les Reds ont, à la différence des Greens, construit une base de roster valable sur une plus longue période de temps. Le virage s’est passé en 2006-2007. L’Olympiacos a alors recruté Bouroussis, Mavrokefalides, Schorsanitis ou Vasillopoloulos. Cela s’est confirmé les années qui ont suivi avec les arrivées de Teodosic, Beverley ou Papanikolaou. Ces jeunes, qui progressent d’année en année, sont bien entourés par l’expérience de Papaloukas, Vujcic, Kleiza ou Childress.
Pendant ce temps, le Pana mise sur des valeurs sûres trentenaires ou presque comme Jasikevicius, Haislip ou Fotsis… Le Pana semble avoir opéré le tournant cet été en allant chercher Tepic, Shermadini, Bogris ou Calathes. Mais je pense que le roster de l’Olympiacos est bien mieux armé que celui du Pana pour dominer le basket grec dans les quelques saisons à venir…
Concernant le CSKA, j’avoue être très surpris de toujours les voir au sommet. Ils se font chaque saison dépecer et malgré l’absence relative de culture basket en Russie, ils parviennent toujours à rester au top. Je suis chaque année bluffé par cette équipe.
Par contre, le Partizan profite à fond de la tradition basket en Serbie – voire Serbie du Nord, centrée autour de Belgrade, tous les clubs de D1 serbe étant dans un rayon de 50 kms autour de la capitale. Un coach formateur avec la réputation de Vujosevic, la quasi-certitude d’avoir leur chance, la possibilité de jouer en Euroleague et en ligue Adriatique: tu es un joueur serbe plein de talent, tu réfléchis, tu passes au Partizan. D’où le niveau maintenu chaque année…