Cette semaine, « L’Europe du basket » vous propose une plongée dans l’univers de Jeremy Tyler, l’intérieur qui en fin de saison passée avait décidé de quitter les championnats High School pour tenter sa chance à l’étranger à 17 ans, au Maccabi Haifa. Et les temps sont durs pour lui…
Chronique d’un échec prévisible
Le 22 avril 2009, Jeremy Tyler rentrait dans l’histoire du basket US en décidant de passer pro en Europe à 17 ans, avant de terminer son cursus en High School. Il justifiait cette décision par le manque d’intérêt, à ses yeux, du championnat High School.
C’était ennuyant et ça n’allait pas en s’améliorant. Chaque match était similaire. J’étais victime de prises à deux ou trois et on me hackait. Après chaque match, j’avais des écorchures et des hématomes le long des bras à cause des prises à trois. Ce n’était juste pas pour moi.
Il étayait aussi son choix par la différence dans le niveau de compétition et le manque d’intérêt pour le monde universitaire.
Aujourd’hui, les gens vont à l’université plus pour les choses s’y déroulant hors du terrain que pour aller au gymnase et progresser. Si tu veux vraiment te concentrer pour devenir meilleur, tu dois aller jouer ailleurs. Des gars professionnels te feront plus progresser que de jouer contre des joueurs universitaires.
Et voila comme le center le plus dominant depuis Greg Oden quittait la voie traditionnelle du joueur de basket US. Pourtant, son profil – 2,11m pour 116 kilos – et ses statistiques – 28.7 ppg lors de sa dernière saison – lui ouvrait la voie vers les sommets NCAA. USC, UCLA et Louisville s’étaient proposés pour accueillir le phénomène. Tyler s’était d’ailleurs engagé avec Rick Pitino, coach de Louisville… Avant de se rétracter, en optant pour l’Europe. Plusieurs clubs se sont montrés intéressés par le jeune phénomène. L’AJ Milan, mais aussi les Grecs du Maroussi et du Panellinios ou encore quelques clubs espagnols étaient sur les rangs. Mais c’est le Maccabi Haifa qui a été l’heureux élu. Jeremy Tyler rejoignait donc au mois d’août pour une saison et 140.000$ l’ambitieux club de Jeff Rosen, millionnaire US propriétaire du club depuis quelques années…
Le choix a soulevé le débat dans le microcosme de la NBA: et si Brandon Jennings avait ouvert une brèche pour éviter la NCAA et rentabiliser son talent avant de rentrer en NBA? Alors que Fran Fraschilla, analyste ESPN, mettait en avant la force mentale et physique nécessaire à ce pari, Dave Telep, l’un des responsable de Scout.com, pointait du doigt un sérieux danger pour les jeunes suivant cet exemple.
Je pense que ça met en grand danger le développement social et académique d’un jeune de tout quitter de la sorte. J’espère que cela n’aura pas d’effets négatifs sur le long-terme…
(Quelques mois plus tard) Jeremy a perdu de vue ce pour quoi il avait énormément d’attention en tant que joueur de High School. Au cours de sa carrière, le cinéma l’entourant est venu polluer son développement. C’est l’exemple classique que tout peut mal tourner très rapidement.
Quelques mois après avoir quitté San Diego pour Haifa, Jeremy Tyler a reçu la visite du journaliste du NY Times Pete Thamel. Et le premier bilan de son aventure européenne est loin d’être brillant…
Une étonnante immaturité
Son coach le trouve paresseux et hors de forme. Le capitaine de l’équipe dit de lui qu’il est soft. Ses coéquipiers lui recommandent de se taire et de se pointer à l’heure. Il n’a pas d’ami dans l’équipe. Au cours d’interviews poussées avec Tyler, son père, ses coéquipiers, son coach et ses conseillers, le consensus est que Tyler est naïf et immature au point de ne pas imaginer à quel point il est naïf et immature. Tellement obnubilé par son immense potentiel, Tyler n’a pas développé l’éthique de travail nécessaire pour concrétiser ce talent.
Pete Thamel n’y va pas avec le dos de la cuillère. L’incontournable prospect de la draft 2011 est devenu un projet. D’autant que son coach a été des propos très durs vis-à-vis de son nouveau joueur. Pour résumer, Tyler est complètement perdu sur le parquet quand il ne sait pas faire ce qu’il fait le mieux: monter à l’anneau pour dunker… Mais quand on le critique, Tyler sait répondre. Ses coéquipiers le trouvent immature : ils n’ont qu’à le traiter comme un homme. Il montre des réticences à travailler et écouter ses coachs: c’est parce qu’ils ne semblent ne pas connaître grand chose au basket. Et caetera… Bref, les raisons de voir sa cote de draft chuter dramatiquement sont nombreuses.
Mais était-il prêt à quitter le cocon familial et aller vivre seul à l’autre bout du monde, loin de la vie de paillettes qu’il s’était construite à San Diego? On peut se poser la question… « Après avoir oublié de demander un visa en août, il avait pleuré en quittant les States », explique Thamel. Il s’est déjà pris une amende de 1.000$ par son club – la plus grosse amende infligée par le club depuis 3 ans – pour avoir raté un entraînement et s’être pointé en retard pour une interview. Il a déjà été exclu d’un entraînement. En quittant le terrain, il s’en est pris à son coach, lui expliquant dans un langage « coloré » qu’il n’y connait rien au basket. Ses voisins de palier se sont déjà plaint à 3 reprises pour nuisances sonores. Il est également déçu par les services reçus par le club: son chauffeur ne veut pas le conduire où il veut et l’appartement mis à sa disposition est mal éclairé et peu meublé, avec notamment une lampe pendant du plafond par un câble ! Dramatique !
Cela ne l’empêche toutefois pas de rêver, comme le rapporte Pete Thamel.
Tyler parle toujours ouvertement de partir à la retraite avec 200.000.000$ en banque après une carrière NBA de 15 ans. Il parle aussi de devenir mannequin, du documentaire fait sur son histoire (My Life: The Fate of a Phenom) ou encore comment, avec sa girlfriend Erin Wright, fille du rapper Eazy-E, ils comptent devenir un American power couple.
Et le basket dans tout ça? Le quoi? Ah oui… En 3 matchs en Israël, Jeremy Tyler a passé 20 minutes sur le parquet, compilé 2 points (0/2 à 2 pts, 2/4 aux LF), 2 rebonds, 2 TO et 5 fautes… Tout ça au Maccabi Haifa, club israélien évoluant bien loin du niveau des cadors européens. Sa mission qu’est aller serrer la pince de David Stern en juin 2011 est loin d’être remplie. Jeremy Tyler est en train de faire une Darko Milicic: quitter son pays très jeune pour tenter un pari sportif et s’y planter complètement. Sauf que Tyler n’a même pas les dollars de la NBA pour se consoler…
Un entourage pas franchement recommandable
Mais Jeremy Tyler n’est pas seul dans cette aventure. Derrière le pari tenté par le jeune tennager, on retrouve un de ses conseillers, Sonny Vaccaro, parfois surnommé le Parrain du basket High School. Une personnalité très controversée de la planète basket par sa vision orientée marketing du sport. Michael Jordan chez Nike en 1984 pour 2.500.000$ en 1984, quelques mois après être passé pro? L’oeuvre de Sonny Vaccaro. Kobe Bryant chez Adidas pour 48.000.000$ avant même de rentrer en NBA? Sonny Vaccaro là aussi. Le passage de Brandon Jennings à la Lottomattica Roma? Sonny Vaccaro, évidemment. L’entrée du « sponsoring » d’équipes de High School par des grandes marques afin d’ « attirer » les jeunes joueurs prometteurs? C’est aussi Sonny Vaccaro… Tout comme les ABCD Camps ou les All-Star Game High School, sorte de grand-messe ultra-médiatisé dédié aux jeunes superstars des lycées.
Bref, quand il s’agit de faire rimer argent et jeunes joueurs doués, Sonny Vaccaro n’est jamais loin. Pas étonnant donc de le retrouver aux côtés de Jeremy Tyler dans cette aventure qui tourne aux désastres, comme le reconnait à demi-mot Vaccaro.
Tout ce qu’il a à faire, c’est de faire ce que Brandon (Jennings) a fait : se taire et apprendre. Ce n’est apparemment pas ce qu’il fait ici. Il pense qu’il est Kevin Garnett…
On pointera aussi du doigt la personnalité de Jeff Rosen, le nouveau propriétaire du Maccabi Haifa. Le millionnaire floridien, aujourd’hui homme de média, compte bien utiliser Jeremy Tyler comme un argument médiatique. Sa web-TV diffuse les matchs du Maccabi Haifa et un de ses objectifs est de faire reconnaitre le basket israélien aux USA. Et à défaut d’une superstar qui mieux qu’un phénomène sportivo-médiatique comme Jeremy Tyler pour placer Haifa sur la carte du basket américain et mondial?
Jeremy nous donne une marque et une reconnaissance, en particulier aux USA pour les jeunes joueurs se disant « L’université n’est pas pour moi et je sais que Haifa est un endroit où je peux avoir un salaire et être entrainé ».
D’autant que l’image de Jeremy Tyler est abondamment utilisée par le club. Entre le buzz créé par sa signature, la diffusion des matchs sur Internet et sur des chaines nationales US ou encore les produits dérivés du club, Jeff Rosen compte bien faire du Maccabi Haifa le club israélien le plus connu aux USA, en lieu et place du Maccabi Tel-Aviv. Et dans ce but, la signature de Jeremy Tyler était un grand pas en avant.
Et ce ne sont pas là les seuls personnes pouvant « distraire » ou utiliser l’image de Jeremy Tyler. James Tyler, le père de Jeremy, a lancé quelques sérieuses banderilles à l’encontre de l’entourage de son fils. Shaun Manning, coach personnel de Jeremy, a été accusé d’avoir tenté de vendre le joueur à des agents par le passé. Drew Gallery (la boite en charge de son documentaire) et l’entourage d’Erin Wright, sa girlfriend star de télé-réalité, ont été traité de « gold digger » voyant Jeremy comme une vache à lait et retardant le développement du joueur.
Quels perspectives pour la suite de sa carrière?
Le moins que l’on puisse dire est que Jeremy Tyler démarre sa carrière professionnelle d’un mauvais pas. Sa suffisance, son caractère d’ado trop sûr de lui, son manque d’éthique de travail sont en train de lui jouer de bien mauvais tours en Israël. Son entourage n’est pas non plus exempt de tout reproche, tant les motivations de certains de ses proches semblent intéressées. On se demande bien comment le phénomène se sortira d’Israël… Il n’a signé que pour un an à Haifa. Autant dire qu’une saison trop « moyenne » mettrait peut être en péril sa carrière.
Comment pourra-t-il se reconstruire une image positive auprès des scouts? D’autant qu’il n’a signé que pour un an à Haifa. Ce qui veut dire qu’il devra soit renégocier son contrat en fin de saison, soit aller voir ailleurs. Et vu ses performances actuelles et son objectif prioritaire qu’est rejoindre la NBA en 2011, peu d’équipes risquent de se bousculer au portillon pour le signer.
C’est donc now or never pour lui : soit il se reprend, se reconcentre sur son basket et accepte de bosser en se remettant en question pour devenir le grand joueur qu’il était supposé devenir, soit il continue sur sa lancée et risque de devenir le plus gros bust de l’histoire du basket nord-américain.
Petit extra: la galerie de Rina Castelnuovo, photographe au New York Times, qui est allée à la rencontre de Jeremy Tyler.

Tyler à Haifa c’est un peu rdv en terre inconnu. Seulement, la terre inconnue, c’est le basket…
Lol, bien vu la comparaison Jérôme! L’article sst super intéressant, et permet de voir une chose: les jeunes stars pourris gatés des lycées américains n’ont tout simplement pas le niveau de basket suffisant pour jouer pro en Europe.
C’est plutôt Tyler lui-même la terre inconnue…
Aussi, le portrait et le parcours de ce mec montre comme des LeBron James, Kevin Garnett, Kobe Bryant, Brandon Jennings ou Ricky Rubio: passés pro à 18 ans, ils n’ont pas pris la grosse tête et ont continué à bosser comme des malades pour continuer à progresser.
Article super intéressant, merci beaucoup
Qu’il vienne au Partizan chez Dusko Vujosevic s’il veut progresser