L’Europe du basket

Aujourd’hui, L’Europe du basket reprend sa machine à remonter dans le temps. Nous reviendrons sur le destin tragique de Fernando Martin, père spirituel de Pau Gasol, décédé dans un accident de la route en 1989. Dans un destin qui n’est pas sans rappeler celui de Drazen Petrovic… Nous ferons ensuite le bilan de ce début de la saison européenne de nos clubs belges et français engagés en EuroCup et EuroChallenge, bien loin des spotlights de l’Euroligue.

Il y a 20 ans…

Le 3 décembre 1989, plus précisément, en début de soirée, le basket espagnol perdait une de ces plus belles étoiles. Fernando Martin, 27 ans, pivot du mythique Real Madrid des années 80 perdait la vie dans un accident de la route en se rendant au Palacios de Deportes pour assister à la rencontre entre « son » Real Madrid et Saragosse. Une fin tragique pour un joueur qui, dans l’ombre du génie Petrovic, s’était fait une place dans le firmament des stars européennes durant les années 80.

Tout a commencé sur le tard pour Fernando Martin. Ce n’est qu’à 15 ans, après avoir brillé entre autres en handball ou en natation, que le jeune Fernando se met au basket et rejoint l’Estudiantes Madrid. Physiquement formé par ses expériences sportives précédentes, son développement technique se passe à la vitesse de l’éclair. Si bien qu’à 18, il accède à l’équipe A et rentre dans le cinq de base du club à 19 ans. Il est la grande révélation de la Liga ACB 1980-81, à 19 ans. Les offres lui tombent dessus. Il signe un pré-accord avec le Joventut Badalone, avant de finalement rejoindre le Real Madrid de son frère, le PG Antonio Martin. Et la légende se retrouve en marche… Durant une décennie, il survolera le basket espagnol et européen, se construisant un palmarès énorme:

  • 4 titres ACB (1982, 1984, 1985, 1986),
  • 3 Coupes du Roi (1985, 1986, 1989),
  • 1 SuperCoupe d’Espagne (1989),
  • 1 Mondial des Clubs (1982),
  • 1 Coupe des Coupes (1989),
  • 1 finale EuroLeague (1985).

Mais au-delà du palmarès, Fernando Martin a d’une certaine manière révolutionné la notion et le rôle du pivot. A une époque où le poste de pivot permettait de faire gagner des titres, Martin s’est imposé comme un des meilleurs de sa génération. Les raquettes européennes étaient très bien peuplées à l’époque. Des légendes comme Arvydas Sabonis, Dino Managhin, les US Jim Brewer (l’oncle de Doc Rivers) et Bob McAdoo (5 fois All-Star NBA dans les années 70 et MVP du F4 Euroleague 88) ont tous été à un moment donné sur le chemin de Martin. Cela n’a pas empêché l’Espagnol d’imposer une certaine marque de fabrique à son jeu. Mixant allègrement combats de raquettes, shoots à la périphérie ou travail sans ballon, Fernando Martin parvenait parfaitement à compenser son physique un peu « court » (seulement 2,05m et 100 kilos).

En 1985, il deviendra le premier Européen sans expérience NCAA à rentrer à la draft. Il sera sélectionné en 38ème position par les Nets qui ne le signeront pas. Il rejoindra finalement Portland lors de l’été 1986, pour une expérience qui ne sera au final que peu concluante. Victime de blessures à répétition, il ne jouera 24 matchs dans l’Oregon, avec une top-performance de 6 points et 7 rebonds face aux Clippers le 2 décembre 86… Été 87, Martin revient au Real. Et un an plus tard, il est rejoint par Drazen Petrovic pour former un des duos les explosifs des années 80, avec comme bilan une Coupe des Coupes.

Fernando Martin est aussi rentré dans les livres de basket espagnol grâce à ses perfs avec l’équipe nationale. Aux côtés de Juan Antonio San Epifano, Juan Antonio Corbalan et Nacho Solozabal, il conduira la Seleccion aux médailles d’argent à l’EuroBasket 83 à Nantes et aux JO 84 de Los Angeles (JO il est vrai tronqué par le boycott des pays du Pacte de Varsovie).

A l’image d’un Drazen Petrovic quelques années plus tard, le décès de Martin a propagé une onde de choc dans le monde du basket. Symboliquement, depuis ce 3 décembre 1989, aucun joueur n’a porté « son » numéro 10 au Real. Tout aussi symbolique a été l’hommage de Rudy Fernandez à son compatriote lors de son entrée au Slam Dunk Contest 2009. A la surprise des commentateurs US, Fernandez avait réalisé son premier dunk en portant le maillot de Martin sur les épaules. Hommage d’un joueur de 25 ans au joueur qui lui ouvert la voie de Portland. Comme si l’esprit de Fernando Martin continuait d’habiter l’esprit du basket espagnol 20 ans après sa disparition…

Le point EuroCup-EuroChallenge

Régulièrement, L’Europe de basket fera le point sur la situation des clubs belges et français en EuroCup et EuroChallenge.

  • EuroCup

Après deux journées d’EuroCup, le bilan est plutôt mitigé. Côté belge, les Spirou Charleroi ont compilé deux lourdes défaites face à Bilbao et en déplacement au Turk Telekom. En ouverture, face aux Basques, les Spirou ont butté sur un véritable collectif bien huilé. 4 joueurs passaient la barre des 10 points (Banic, 18 points; Mumbru, 13; Guardia, 12; Salgado, 10 points + 6 assists), tous se décarcassaient inside (Moiso, Seibutis, Markota et Mumbru captaient 5 rebonds chacun) et les Basques remportaient les quatre quart-temps pour rentrer un 67-80 à des Carolos ne pouvant se reposer que sur un bon Jonathan Tabu (22 points, 5 rebonds, 7 assists). En Turquie, le match n’ a pas duré longtemps: après 10 minutes, les Turcs menaient 24-6 et 48-24 à la mi-temps. La messe était dite et les Belges se sont finalement inclinés 91-67. Lamayne Wilson (25 points, 3 steals) et Bekir Yarangume (24 points, 6 rebonds) faisaient gonfler leur ligne de stats, tandis que seul Dwayne Broyles (19 points, 7 rebonds, 4 assists) était au rendez-vous. Le pire n’est pas le bilan de 0-2 mais bien le niveau montré, comme en atteste les 12.5 turnovers par match ou les 58% de réussite aux LF… La qualification pour le Last 16 et déjà bien loin…

Le Mans termine cette deuxième journée avec ce même bilan de 0-2. Mais les Manceaux auraient pu avoir le bilan inverse pour le même prix. Après une défaite inaugurale de 3 points face au BC Triumph, les Manceaux ont failli réalisée l’exploit d’aller battre Valence en Espagne. D’autant que le plus dur semblait à deux reprises fait en attaquant à deux reprises le quatrième quart devant. Mais une mauvaise gestion des derniers quart-temps tuait à chaque fois les hommes de John-David Jackson. Face aux Russes, à Antares, un viatique de 10 points a été dilapidé en 10 minutes. Un 24-11 final bien tassé, et le BC Triumph s’imposait 74-77. L’homme du match était Valery Likhdov, compilant 16 points et 7 rebonds pour les Moscovites. Il était bien épaulé par l’ancien Roannais et Strasbourgeois Brion Rush (19 points, 6 rebonds, 6 assists) et le polyvalent Konstantin Nesterov (7 points, 8 rebonds, 5 assists). Du Côté de la Sarthe, c’est le tandem Zach Wright (13 points, 4 rebonds, 6 assists) – Joao Paulo Batista (17 points, 8 rebonds) qui sortait le grand jeu, tandis que Dewarick Spencer jouait au pompier-pyromane, scorant 17 points mais à des pourcentages atroces (2/4 à 2 points mais 3/10 à 3 points) et perdait 3 ballons….

Nancy et Cholet sont eux passés tout près d’un 2-0. Nancy avait très bien entamé sa compétition. En déplacement chez les Polonais du PGE Turow, les Nancéiens ont parfaitement géré le match pour finalement l’emporter 72-75. Quatre hommes se mettaient particulièrement en valeur: les frères Greer (13 points pour Jeff et un improbable 4 points-8rebonds-8 assists pour Ricardo), Daniel Dickens et ses 18 points et Steed Tchicamboud compilant 15 points, 7 rebonds et 3 assists. Côté polonais, le duo US Willie Dean (22 points) et Michael Wright (26 points) ont tout donné mais en vain… 7 jours plus tard, les Cougars recevaient le Panellionis et s’inclinaient 72-81 après prolongation. Marcus Slaughter et Ricardo Greer ont pourtant fait un massacre en imposant leur agressivité: Slaughter rentrait 10 points, 9 rebonds, 6 steals et 4 blocks et 5 points, 9 rebonds et 7 assists venaient garnir la feuille de match de Ricardo Greer. Jeff Greer (15 points), Daniel Dickens (12 points) et John Cox (11 points) alimentaient maladroitement le marquoir pendant que la profondeur du Panellionios imposait son jeu pour finalement décrocher la victoire après 45 minutes…

Cholet est encore passé plus près du bilan parfait puisque ce n’est que d’un point que que les troupes d’Erman Kunter sont tombés face au Benetton Trévise. Samuel Meija (29 points), Randal Falker (8 points, 10 rebonds, 4 blocks), Antywane Robinson (12 points, 9 rebonds) et Arvydas Eitutavicius (11 points) avaient pourtant répondu présents. Mais l’expérience des Gary Neal (19 points, 4 rebonds, 4 assists), Sandro Nicevic (14 points, 3 blocks) et Davor Kus (12 points en sortie de banc) permettaient aux Italiens de se sortir du piège français. Ce match était aussi le duel entre deux très grands espoirs du basket européen: Donatas Motiejunas et Kévin Séraphin. Motiejunas jouait 19 minutes, pour 6 points inscrits tandis que Séraphin restait sur les parquets 11 minutes, le temps de gober 8 rebonds mais aussi de se faire bâcher à 3 reprises et de perdre 2 ballons… Cette défaite est d’autant plus dommageable que les Choletais ont ensuite enchainé avec une superbe victoire au Dynamo Moscou du trident Monya-Bykov-Savrasenko. C’est une véritable tornade défensive qui a emporté les Russes. Après 10 minutes initiales de rêve pour les locaux (21-12), les duels se sont équilibrés jusqu’au dernier rush improbable des Français, remportant le dernier quart 14-28. Arvydas Eitutavicius (20 points), Samuel Mejia (12 points, 6 rebonds, 5 assists) et Antywane Robinson (19 points, 7 rebonds) faisaient la différence face à des Moscovites se reposant sur les Sergey, Monya (15 points, 9 rebonds) et Bykov (20 points, 5 assists).

  • EuroChallenge

En EuroChallenge, 3ème compétition européenne, 4 clubs français (SIG, Chorale de Roanne, Elan Chalon, BCM Gravelines) et 4 clubs belges (Mons-Hainaut, Alost, Anvers, Liège) sont en compétition. Et là, les bilans, français principalement, sont pour le moment bien plus positifs. Tant la SIG que la Chorale et l’Elan Chalon ont pris un départ parfait et présentent un bilan de deux victoires pour 0 défaite. Les Strasbourgeois sont venus à bout des Chypriotes de l’Apoel Nicosie (76-67) avant d’aller vaincre les Néerlandais de Den Bosch en déplacement (90-85). Le trident David Simon (20 ppg, 12.5 rpg, 1.5 bpg) – Tremmell Darden (16.5 ppg, 7.5 rpg, 1.5 spg) – Thomas Heurtel (14.5 ppg, 5 rpg, 5.5 apg) a pour l’instant fait des ravages et ont posé les bases d’un parcours européen s’annonçant sous les meilleurs auspices. La Chorale présente un bilan similaire de 2 victoires – 0 défaite. Les victimes sont ici les Chypriotes de Keravnos (77-89) et le BC Kiev sur le fil (73-70). Les Roannais ont pu compter sur un danger venant de partout. A Chypre, 5 joueurs, dont 3 en sortie de banc, passaient plus de 10 points (Nsonwu, 12; Amagou, 11; Mims, 20; Dia, 10 et Lewis, 15). Et face aux Ukrainiens, ce sont principalement Marc-Antoine Pellin (10 pts, 5 assists) et David Noel (21 points), pourtant aux abonnés absents une semaine plus tôt, qui permettaient aux Roannais de l’emporter. Le BCM présente un bilan plus mitigé. Après avoir battu les Monténégrins de Buducnost à Sportica 70-59, les Nordistes ont été se faire laminer en Allemagne, prenant 30 points (81-51) à Gottingen. Statisquement, pas grand chose à signaler, mais la qualité de la défense sera plus que jamais le leitmotiv du club cette saison, tant en Europe qu’en Pro A. Du côté de Chalon, les feux sont aussi au vert. Porté par un super Blake Schilb (20 ppg) et Jerome Tillman (17.5 ppg, 8.5 rpg), l’Elan a remporté ses deux duels initiaux face à Mons-Hainaut (81-62) et à Zagreb face au Cedevita (83-89).

Du côté belge, la fête est un peu moins belle… Mons-Hainaut, après son naufrage au Colysée de Chalon, a bien réussi se reprendre à domicile face au Proteas EKA AEL (82-71). Le moteur de ce renouveau est incontestablement le nouveau venu Jerrell McNeal. Face aux Chypriotes, le jeune US sorti de Marquette a compilé 19 points, 6 rebonds et 5 assists. Justin Cage s’est mis au diapason et amené 17 points tandis que Callahan pesait dans la raquette (15 points, 5 rebonds). Le BC Liège et les Giants Anvers proposent eux aussi le même bilan contrasté. Les Liègeois, après une défaite inaugurale face aux Ukrainiens de Donetsk (74-79), sont parvenus à arracher la victoire au buzzer en Roumanie à Ploiesti. Willie Thomas (17 points, 9 rebonds), Adrian Banks (19 points dont le shot au buzzer) et Michael Green (15 points) ont été les trois grands artisans de ce succès. Les Giants Anvers ont eux aussi un bilan neutre de 1-1. Bryan Hopkins (20 ppg), Graham Brown (12.5 ppg, 7 rpg) et Brandon Gay (14 ppg, 6 rpg) sont les trois artisans de ce bilan somme toute logique tant les Artland Dragons sont sur le papier favoris du groupe. A Alost, deux défaites à l’arrachée (78-79 face au BC FMP et 79-76 à Riga) ont terni les bilans. Bryan Greene (23.5 ppg, 8 rpg, 5 apg) et Bingo Merriex (14.5 ppg, 7 rpg) ont tout fait pour sauver les meubles, mais le manque d’expérience était fatales dans la gestion des dernières secondes.