Au programme de cette semaine de « L’Europe du basket », on part à la découverte d’un grand qui devient petit (le Galatasaray en perdition), un petit qui devient de plus en plus grand (Khimki et ses dents longues) et un rookie de l’Euroleague qui surprend par sa qualité et sa percussion offensive (Matt Walsh).
Les galères du Galat’
Dans le monde du basket turc, on peut résumer la lutte pour le titre comme une compétition fermée entre le Fenerbahce, Besiktas, le Turk Telekom, l’Efes Pilsen et le Galatasaray. Mais cette année, tandis que le Bahce, Besiktas, Turk Telekom et Efes Pilsen squattent les premières places, le Galatasaray coule à pic. Demi-finaliste en Uleb Cup en 2008, le Gala est désormais en position de relégable en TBL… La raison de cette situation plutôt surprenante est un imbroglio abracadabrantesque démarré lors de l’intersaison.
Tout a commencé cet été, quand Cemal Nalga est impliqué dans une bagarre lors d’un match amical face au Cibona Zagreb. Le joueur est suspendu pour 5 matchs. Dans ces conditions, il était très surprenant pour le Oyak Renault, premier adversaire du Gala cette saison, de voir l’intérieur Nalga sur le parquet… Le petit club dépose plainte à la fédération. Le Galatasaray est appelé à s’expliquer et avance comme explication que Nalga a purgé ses 5 matchs de suspension lors des matchs amicaux face à Erdemir, Deutsche Bank Skyliners, Ludwigsburg, Istanbul BSB et Yesilyurt. La fédération accepte « l’excuse » et déboute Oyak Renault. Le Galatasaray s’en sort bien…
L’affaire rebondit quelques semaines plus tard. Films et vidéos à l’appui, il est avéré que l’intérieur suspendu avait pris part aux rencontres amicales face aux Skyliners et à Ludwigsburg. Mieux, plutôt que de jouer avec son propre jersey et son vrai nom sur la feuille de match, Nalga avait enfilé le maillot du guard Tufan Ersoz et avait été inscrit sur la feuille du match comme étant Tufan Ersoz… Bref, le vol presque parfait si il n’y avait pas eu de photos ou de caméras. Le Galatasaray s’est donc retrouvé accusé de deux choses: 1, d’avoir menti à la fédération. Et 2, d’avoir falsifié la feuille de match à deux reprises face aux Skyliners et Ludwigsburg. Conséquence pour le coaching staff: tous virés par la direction du club…
Le club a aussi été sanctionné sportivement pour ce fait: les 5 matchs joués ont été purement et simplement annulé (défaite par forfait) et le club a pris une pénalité de 5 points. A l’heure actuelle, et en attendant le verdict de l’appel introduit par le club, le Galatasaray est dernier du championnat, à 9 points de l’avant-dernier (soit 9 victoires, le championnat étant sur un modèle « 1 point par défaite jouée, 2 points par victoire »). Avec 22 journées à jouer, le club n’a pas de temps à perdre pour sauver sa peau. Et ce n’est pas en perdant contre des équipes comme le modeste Tofas Bursa que les Mike Wilkinson, Simas Jasaitis, Radoslav Rancik ou Darius Washington vont s’en sortir…
La révélation Matt Walsh

Matt Walsh sous le maillot des Gators
En ce début de saison en Euroleague, Matt Walsh s’est imposé comme une des valeurs sûres. L’Américain, rookie à ce niveau européen, est actuellement meilleur scoreur et se trouve en seconde position au classement du ranking. Petit portrait de ce joueur qui se révèle après cinq saisons pro assez discrète et sans vrai coup d’éclat…
Originaire de Philadelphie, Matt Walsh est d’une certaine manière LE joueur US typique, mélange de décontraction hors des parquets et de talent dessus. Le « white guy with curly blonde hair and a headband » , boyfriend du modèle et ancienne playmate Lauren Anderson, a fait ses armes sous les ordres de Billie Donovan à l’Université de Floride. En 3 années, il aura eu l’occasion d’y côtoyer, entre autres Matt Bonner, Joakim Noah, Al Horford, Corey Brewer ou David Lee, pour ne citer que ceux ayant atterri en NBA. Il quitte Florida lors de l’été 2005. Recalé à la draft, il signe en tant que Free Agent au Heat. Il y joue 2 matchs et se fait virer… Il reste quelques mois sur la touche et, en janvier 2006, rejoint les Arkansas RimRockers en D-League. Les Nets viennent alors aux infos, et Walsh rejoignait le New Jersey pour la présaison. Mais il ne passe pas le cut automnal et se retrouve de nouveau sur le marché en octobre.
Il fait alors le grand saut et rejoint le basket européen, suivant l’exemple de Pepe Sanchez, son joueur college préféré et PG argentin de renom. C’est à Larissa qu’il atterrit, en plein cœur de la Grèce et ville d’origine de Kill Bill Spanoulis et Dimos Dikoudis. Aux côtés de Printezis, c’est la révélation pour Matt Walsh. Il s’impose comme une des valeurs sûres en Grèce. 18 ppg (et une top-perf à 33 points face à l’AEL), 4.6 rpg et 1.4 spg lui assurent déjà une sérieuse réputation. Walsh a surtout imposé sa précision longue distance. Prenant en moyenne 6.25 tirs à trois point par match, il tourne à un impressionnant 40% sur la saison. Cette précision, combinée à une agressivité positive irréprochable, permet à Walsh de prendre part au All-Star Game grec dès sa saison rookie.
Une saison suffisante pour sauter un pas et atterrir en Espagne, à Manresa. Mais Walsh ne trouvera pas sa place dans le club de la grande banlieue de Barcelone. Après un début de saison intéressant ponctué de quelques coups d’éclat (27 points-8 rebonds à Vitoria, 25 points-7 rebonds face à l’Estu Madrid), Matt Walsh recule dans la rotation. Son temps de jeu diminue et il quitte finalement le club en cours de saison. Il atterrit en Belgique, aux Spirou de Charleroi, et apparait rapidement comme un élément-clé du roster carolo. Il conduira le club jusqu’au titre. Lors des finales face à Bree, Walsh est le facteur X dans la victoire, plantant sur les trois manches de finale 14.6 ppg, 3.6 rpg et 3.3 spg. A l’aise en Belgique, Walsh poursuit l’aventure à Charleroi. Et marquera de son empreinte la saison 2008-09. Après une saison régulière discrète (un gros match à noter, 25 points, 4 rebonds, 6 assists, 5 steals face à Mons-Hainaut), Walsh signera des play-offs remarquables. En demi-finale, il sera le bourreau d’Anvers avec 15.3 ppg, 4.6 rpg, 2.6 spg. En finale, il sera tout aussi impressionnant, signant 18 ppg et 6 rebonds par match. MVP du championnat, il remportera aussi la Coupe Nationale belge.
Après avoir tout gagné en Belgique, Matt Walsh franchit une nouvelle étape dans sa carrière et atteint – enfin – le top-niveau européen en signant à l’Union Olimpija en Sloévnie. Un top-niveau auquel il appartient, comme en atteste son début de saison en Euroleague…
Khimki, le petit club qui monte, qui monte, qui monte…
Khimki découvre cette saison les joies de l’Euroleague. Et à défaut d’espérer dès à présent jouer les premiers rôles dans la compétition-reine en Europe, le club espère bien faire tomber le CSKA de son trône russe. Retour sur l’histoire de ce club né il y a seulement une petite dizaine d’années.
Créé en janvier 1997, le club s’est très rapidement fait une place parmi les grands de Russie et d’Europe. Première saison et premier titre, le BC Khimki rejoint déjà l’élite du basket russe dès la saison 1998-99. Ils se maintiennent et font leur petit trou. A l’issue de la saison 2000-01, il décroche leur premier billet pour l’Europe. La Coupe Korac leur tend les bras. En tour de barrages, ils sortent les Suèdois de Sundsvall et se retrouvent dans une poule avec le Levski Sofia, le BC FMP et Darussafaka. Le BC Khimki tombe sur l’obstacle. Partie remise pour le club d’Aleksey Bodunkov, le politicien (ministre de la Région de Moscou) – président. Le break-out attendra encore quelques années… La saison 2002-03 est un tournant dans l’histoire du club. Le roster, composé presque uniquement de joueurs du crû (seuls Petrenko, kazakhe et Kuchinsky, bélarus ne sont pas russes) attend les demi-finales de la Superleague. De même, en Europe, il passe le tour de qualification de l’EuroChallenge (éliminant le BC Kiev ou le BC Kalev) et vient jouer les yeux dans les yeux avec l’Aris Salonique, la SIG et l’Hapoel Tel-Aviv. Sur la scène nationale, Khimki atteint pour la première fois les demi-finales de la Superleague. Et face au CSKA, ils les feront quelque peu trembler, allant battre la Red Army au CSKA Universal Sports Hall – ils seront les seuls à réussir cet exploit, toute compétition confondue. La réputation du club est désormais assurée en Russie. L’objectif est désormais de faire encore mieux. A savoir sur la scène nationale s’imposer comme le principal contender du CSKA et se faire un nom sur la scène européenne.
Ce sera chose faite lors de la saison EuroChallenge 2004-05. A l’entame de cette saison, le recrutement fait par Khimki impressionne. Jusqu’alors assez discret sur le marché, les Russes attirent trois gros calibres: Oscar Torres, SG/SF et véritable couteau suisse vénézuelien, mélange d’agressivité et d’efficacité offensive, le combo-guard Melvin Booker et le très massif Argentin Ruben Wolkowisky. Ce trio, épaulé par les locaux comme Petrenko, Savkov ou Karasev propulsent les banlieusards jusqu’au Final 4 de l’EuroCup (désormais EuroChallenge). Il sortait sur la route du F4 Dijon et l’Unics Kazan, club pourtant réputé supérieur sur la scène nationale. Le chemin sera toutefois bloqué par le défunt Dynamo Saint-Petersbourg avec un Askrabic en feu (28 points, 11 rebonds). Nouvelle intersaison et nouveau recrutement de masse: Pozzecco, Okulaja, Fridzon et Gorenc rejoignent le navire jaune et bleu. L’impressionnant roster sur le papier fait des ravages. Ils atteignent enfin les sommets, tant en Europe qu’en Russie. En EuroCup, ils retrouvent en demi-finales le Dynamo Saint-Petersbourg et en viennent à bout sur le buzzer grâce à Oscar Torres. Ils devront toutefois plier face au DKV Joventut de Rudy Fernandez en finale. En Russie aussi, Khimki passe un stade en évitant la quatrième place de la phase régulière, synonyme de CSKA à affronter en demi-finales. Ils jouent donc en demi-finale Saint-Petersbourg (encore!) qu’ils iront éliminer à l’extérieur lors d’une cinquième manche décisive. Tout ça pour aller se faire sweeper par le CSKA… Ils atteignent aussi la finale de la Coupe nationale. Mais comme toujours, en Russie, il y a le CSKA qui empoche le trophée. Mais l’exploit est là: en 10 ans d’existence, le BC Khimki a fini son apprentissage. Finaliste en Europe, en Coupe et en Superleague, le club a rejoint le club des grands. Et compte bien y rester…
Il rentre encore un peu plus dans le monde des grands d’Europe en participant au premier NBA Live Europe Tour. Les Clippers se déplaçaient à Moscou et Khimki n’est pas passé loin de l’exploit, s’inclinant 91-98, mais charmant les dirigeants des Clippers (« The representative of “Los Angeles” liked the diversity and the coherence of performance of our dance team » avance le site du BC Khimki) et David Stern… Bref, une première réussie. Mais sur le terrain du jeu, pas grand chose ne change. Le club prend une saison hors des compétitions européennes, et la route est toujours barrée par le CSKA Moscou. Rien de neuf sous les tropiques de Moscou en cette saison 2006-07…
Le club revient en force en 2007-08. Le BC Khimki débarque en Uleb Cup avec un roster chamboulé depuis la campagne européenne précédente. Exit Booker, Pozzecco, Torres et Wolkowisky et bienvenue Daniel Ewing, Pat Burke, Maciej Lampe, Kelly McCarthy, Anton Ponkrashov, Mike Wilkinson et Teemu Rannikko. Un roster presque neuf, très international, et d’une qualité redoutable. Ils tomberont toutefois aux portes du Final 8 turinois, vaincus par les compatriotes du Dynamo Moscou. Une première réussie donc pour le club qui réussira le plus gros exploit de sa courte vie. Ils atteignent le F4 de la Coupe de Russie et rencontre le Dynamo Moscou. Et cette fois, ils viendront à bout des rivaux pour retrouver en finale un autre club moscovite, autrement plus redoutable: le CSKA. Mais le CSKA ne fait pas le poids et se fait balayer 85-67, pour le premier titre pro du BC Khimki, Maciej Lampe empochant les honneurs du titre de MVP. Mais le CSKA gardera son dû et sa couronne de Superleague, sweepant une nouvelle fois en finale Khimki…
Las de cette situation, et fort du soutien politique et financier de la Région de Moscou (le président du club est Ministre à ce niveau de pouvoir…), le BC Khimki se donne les moyens de battre le CSKA. D’où un été 2008 riche en gros moves, faisant presque de Khimki un lieu de villégiature pour ex-NBAers. Outre Lampe déjà présents, Garbajosa, Delfino, Moiso (pour le début de saison) et Palacio faisait le move vers Khimki. Encadré par les anciens Kelly McCarthy, Vitaly Fridzon ou Mike Wilkinson, un vrai groupe émerge sous la houlette de Sergio Scariolo. En résulte une campagne européenne assez remarquable, se terminant en finale de l’Uleb Cup. Mais le Lietuvos Rytas est supérieur à Turin. Et une nouvelle fois, Khimki rentre à la maison les mains vides… D’autant qu’en Supeleague, l’histoire semble là aussi se répéter. Khimki joue les yeux dans les yeux avec le CSKA jusqu’en finale où l’ogre moscovite mange le petit poucet voisin…
Khimki peut-il espérer un second titre cette saison? Pas impossible de l’imaginer, tant le club semble bien armé. La qualification pour le Top 16 semble d’ors et déjà acquise et, excepté une défaite 70-71 au bout du monde à Krasnoyarsk, l’équipe rend un bilan de 6-1 en SuperLeague. Outre les anciens Kelly McCarthy et Vitaly Fridzon, Scariolo peut compter sur une paire de PG de très haut niveau avec les Espagnols Raul Lopez et Carlos Cabezas. Inside, Robertas Javtokas est une montagne de muscles toujours difficiles à bouger. Et sur les ailes, le MVP du dernier F4 EuroChallenge Keith Langford est venu solidifier les lignes. L’effectif est intéressant, et pourrait surprendre un CSKA en reconstruction depuis 2 ans. Premier duel au sommet ce dimanche, sur le coup de 20h après le premier choc CSKA-Khimki.

Un sommaire vraiment intéressant, et un article qui l’est tout autant.
Des articles sur le basket européen de ce niveau là, aussi bien documenté, j’en redemande !!
Juste une question qui me turlupine, quand tu parles de second titre pour le Khimki, de quoi s’agit il ? ils n’ont jamais été champion.
J’espère que Maric, le génial pivot du partizan qui s’affirme vraiment comme une machine sera bientot cité dans « l’Europe du basket ».
Le premier titre correspondait dans mon esprit à la victoire en Coupe 2008. Le CSKA truste la Superleague depuis sa création en 92 (15 titres en 17 ans, juste Perm s’est incrusté dans le palmarès en 2000 et 2001).
Plutôt que de titre, j’aurai dû parler de trophée pour être plus précis