Lituanie – La prime au collectif

Malgré de nombreuses absences, la Lituanie, terre historique de basket, a réalisé un grand tournoi. Rarement dominant, ils ont d’abord impressionné par leurs capacités à renverser des situations défavorables. Puis, les lituaniens ont gravi les échelons jusqu’à arriver invaincus en demi-finale. A un an de l’Euro au pays, les joueurs baltes ont préparé cette échéance de la meilleure manière possible.

Un groupe fort collectivement.

Sarunas Jasikevicius, Ramunas Siskauskas, Rimantas Kaukenas, Ksystof Lavrinovic, Darjus Lavrinovic, Marijonas Petravicius, sans parler d’Arvydas Macijauskas qui a pris sa retraite définitive durant l’été, Kestutis Kemzura a du jongler durant l’été pour composer un groupe de 12 soldats. Il restait bien Linas Kleiza mais le reste de l’effectif restait méconnu pour toute personne ne sachant pas situer Kaunas ou Vilnius sur une carte.

L’ancien sélectionneur de la Lettonie, et ancien assistant d’Antanas Sireika en 2005 et 2006, a ainsi décidé d’annoncer un groupe restreint très tôt en juillet et un ‘groupe B’ dans lequel il a repêché Andriuskevicius ou Tomas Delininkaitis en cours de session.

Coach Kemzura a ensuite forgé une identité plus défensive qu’à l’accoutumée à cette équipe. Habituellement explosive et proche du basket champagne, la Lituanie 2010 a proposé un basket nettement plus posé, axé sur Linas Kleiza et les positions de tirs au périmètre en attaque, et un gros engagement en défense. Le sélectionneur a ainsi imposé une forte discipline tactique à cette équipe.

Les miracles de la zone matchup

Vincent Collet : Les Lituaniens ont sorti une zone match-up qui nous a posé mille problèmes. Jamais nous ne l’avons attaquée correctement.

Nicolas Batum : Ils sont revenus avec une grande énergie et une défense match-up qui nous a énormément gênés. Tactiquement ils ont été très forts. Le staff technique lituanien a fait un gros travail dans ce domaine. C’était une défense atypique et jamais nous n’avons su y répondre. Il commençait en zone pour finir en homme à homme. Puis commençaient en homme à homme pour passer en zone. C’était très perturbant. Nous n’avons pas l’expérience pour nous adapter à ce type de défense. Il va falloir regarder la vidéo.

Les français avaient goûté au premier tour à cette Match-up zone defense. Cette défense de zone est particulière car le porteur de balle fait face à une énorme pression. Elle demande des joueurs tactiquement fort, intelligent et polyvalent. Les tirs à 3-points sont compliqués et les prises à 2 à l’intérieur permanentes. Les français, comme les argentins plus tard, ont manqué de patience.

Les lituaniens ont peut-être regretté d’avoir joué Team USA à Madrid car ils avaient sorti cette arme dès le début du match pour tenir les américains à 8 points dans le premier quart-temps. En demi-finale, la musique était différente et les américains ne se sont pas embourbés dans cette zone.

Une adresse diabolique.

23.1 points par match, 38% de réussite, les lituaniens ont beaucoup shooté et souvent à bon escient. Ils sont capable d’enchaîner des séries hallucinantes, la plus belle restant le 8/8 contre l’Argentine. Avec Kleiza, Kalnietis, Pocius, Delininkaitis, Jasaitis ou Seibutis, le danger est constant. Le lituanien est shooteur et ne se prive pas.

Avec le seul Javtokas inside (Andriuskevicius a eu un rôle anecdotique), Coach Kemzura a clairement mis l’accent sur le tir extérieur. Le plus étrange, finalement, c’est que Martynas Gecevicius ait peu joué alors que son shoot fait partie des plus purs du continent.

Kleiza, le leader

En capitalisant 19 points à 52.4% et 7.1 rebonds, Linas Kleiza a réalisé un tournoi globalement positif. Force offensive redoutée, capable d’alterner à merveille post bas et tir extérieur, le futur ailier des Raptors a répondu présent du début (27pts-8rbs contre la Nouvelle-Zélande) à la fin (33pts-7rbs-4pds contre la Serbie).

Seulement, Kleiza a loupé un match, peut-être le plus important, face aux Etats-Unis. Scotché au banc une bonne partie de la seconde mi-temps lors de ce match, il n’a rendu que 4 points (1/7) et 5 rebonds, face à l’excellente défense d’Iguodala. Un grand joueur (Jasikevicius ? ) trouve des solutions dans ce type de rencontre. L’ancien Red a semblé totalement désemparé.

Malgré tout, il termine dans la All-Tournament Team car il a initié les come-back contre le Canada et l’Espagne, il a sorti la Chine (30pts-9rbs) quasiment à lui tout seul et a apporté les points inside (17pts) contre l’Argentine. Dans le match pour le bronze, il a donné le tempo tout le long du match et cette médaille est un accomplissement.

Des révélations permanentes

Avec une équipe faite de role players, chaque match a vu un nouveau lieutenant se révéler aux côtés de Kleiza. Si bien qu’au final, aucun autre joueur ne dépasse les 10 points.

Mantas Kalnietis (9.8ppg-3.4apg-3rpg), le meneur du Zalgiris Kaunas, fut le plus régulier. Aucun match sous les 6 points et tous les matchs du second tour en double figure, avec au moins 2 paniers primés. Bon passeur, bon shooteur, bon gestionnaire, il a le profil du bon meneur européen, celui qui ne fait pas de vague et fait tourner la boutique.

Le très dynamique Martynas Pocius (9.6ppg à 54.5%, 16pts contre l’Argentine, 13 contre les USA) est une autre révélation de ce Mondial. Mais tous ont eu leur moment : le polyvalent Jonas Maciulis a claqué 19 points contre les Bleus, Simas Jasaitis (19pts) et Tomas Delininkaitis (16pts) ont crucifié l’Argentine, Paulius Jankunas a débuté et conclu le tournoi avec 15 points, Martynas Gecevicius a fait parler son tir contre le Liban (16pts, 4/11 à 3-pts), et Robertas Javtokas a fait parler sa taille contre les USA (15pts-9rbs). La menace pouvait réellement venir de partout !