Nous étions revenus sur la bonne relance des Lakers après le All-star Game, et le constat était simple: l’avenir de la franchise reposait sur son intérieur, Andrew Bynum, en grande forme. Néanmoins, depuis quelques semaines, le pivot multiplie les attitudes puérils et les actes de rébellion envers Mike Brown. Alors, exit Bynum? exit Brown? La situation s’envenime à l’approche des playoffs.
Why the 3?
Les soucis ont débuté avec cette action:
Après avoir pris un shoot à 3points complètement inutile, Bynum se fait logiquement rappelé à l’ordre par Mike Brown qui le benche. Il ne jouera que 4 minutes jusqu’à la fin de la rencontre, malgré un final serré. Et surtout, il va s’éloigner de lui-même des huddle jusqu’au terme de la rencontre, arguant:
J’en avais pris un contre Memphis, je voulais retenter c’est tout. Je n’ai pas rejoint les huddle car il m’a sorti du match, alors je me suis mis là où il pensait être ma place
Les petites phrases assassines et sarcastiques, on connaît. Mais pour le coup, Kobe Bryant, seul taulier des vestiaires à présent depuis le départ de Fisher, a pris le parti du jeune pivot:
J’ai trouvé ça amusant, son agacement et son côté puéril font que je m’identifie à lui, j’avais ce genre d’attitude étant jeune. La meilleure chose à faire pour tirer le meilleur de quelqu’un ou d’un de vos joueurs est de le comprendre, comprendre ce qu’il ressent, d’où il vient et ce qu’il veut accomplir. C’est pour ça que je trouve cette situation sans importance. Nos coachs vont encore apprendre avec les jeunes.
Quelques jours plus tard, on pense l’affaire tassée. Mais non! Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, dans un match où Kobe Bryant a manqué de précision (3/21…), Andrew Bynum fait une autre sortie médiatique. A la question de savoir comment se comportait Kobe dans les huddles, il répond « je ne sais pas, je ne participe pas aux huddle, je me repose, je reste Zen. » Limpide, et un journaliste de raconter par la suite que Brown a tenté de discuté avec son pivot au début du match, mais qu’il n’a eu droit qu’à son dos, snobé. Il renchérit même auprès des journalistes en affirmant, haut et fort, qu’il continuera à prendre des tirs de loin:
Je suppose que son message était « ne prends pas de 3pt » mais je tenterai encore, et encore, donc j’espère qu’il n’aura pas la même réaction à chaque fois. Et j’en mettrai peut-être un.
Brown botte encore en touche, ne rentre pas dans la polémique, « il peut dire ce qu’il veut, à la fin de la journée, si je sens qu’il ne joue pas comme je le veux, je le sors. » On apprend par la suite que Bynum est sanctionné en interne pour son attitude, le montant de l’amende n’est pas communiquée mais Mike Brown confirme:
Est-ce que je suis préoccupé de son attitude? Non. On a pris des mesures internes, ça ne concerne que notre vestiaire. Ce genre de chose arrive, des fois vous l’apprenez, des fois non. Il a pris une amende, on tourne la page.
Quand il n’y en a plus…
Les soucis avec le jeune pivot ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Les Rockets ont trouvé une formule pour battre les Lakers: jouer avec les nerfs de Bynum et le laisser se faire éjecter par lui-même. En deux semaines, il va se faire exclure des deux rencontres face à Houston, le banc des texans ne s’en cache même pas:
Kevin McHale est lucide sur l’action à mettre en oeuvre contre Bynum:
Ça change tout. C’était le joueur qu’on devait doubler sur chaque possession et toute notre défense était bâtie pour l’arrêter.
Pour un joueur qui a été suspendu 4 matchs au début de la saison à cause de sa faute honteuse sur JJ Barea, qui a pris une amende de 25.000$ pour avoir jeter son maillot après avoir été éjecté sur la même action, qui tente des shoots à 3pts sans intérêt ou se moque ouvertement de son coach, les histoires s’accumulent! Bizarrement, c’est depuis ces derniers mois que l’agitation est la plus grande. Il y a très certainement un conflit avec le coach qui ne sait pas comment le gérer, et les journaux californiens n’ont pas patienté pour interroger Phil Jackson, sur l’affaire:
Bynum n’est pas encore mûr mais tout le monde devrait se relaxer et et le regarder grandir. Cette année est une grande étape pour lui, offensivement, il est magnifique à voir et quand il prend le couteau entre les dents en défense, les Lakers sont vraiment injouables.
Il n’en reste pas moins que le Maître Zen a toujours été très strict avec son pivot, lui réclamant toujours plus en terme de potentiel athlétique, de rebonds et de défense. La situation a tout de même réussi à empirer (no kidding!), puisque le repos obligatoire de Kobe Bryant en ce moment a retiré du leadership dans le jeu, un leader qui se retrouve de manière incongru chez Artest (notamment offensivement) mais pas assez puissant pour canaliser les petits coups de folie du pivot.
Contre les Hornets, il fait une faute hallucinante car on ne lui a rien sifflé juste avant. Et plus récemment, il tente de prendre la balle à Steve Blake pour shooter à 3pts alors qu’il reste quelques secondes à jouer, faisant fît du respect de l’adversaire en fin de rencontre. La vidéo vaut son pesant d’or:
Dans toute cette agitation, ce ridicule, ces attitudes absolument affligeantes pour un joueur professionnel à ce niveau, Andrew Bynum marque tout de même les esprits sur le terrain. Car, pour se permettre ce genre de frasque et de lubies, il faut pouvoir, derrière, justifier d’un statut (et de la compromission d’un coach incompétent). En l’absence de Kobe, il a su élever son niveau de jeu et ses trois derniers matchs parlent pour lui: 23 pts, 18 rbds contre les Suns, 18 pts, 11 rbds contre les Hornets, et une perf’ historique avec 16 pts, 30 rbds contre les Spurs. Lui qui tente actuellement presque 20 shoots par match, prouve qu’il est, à l’heure actuelle, le meilleur pivot de la ligue mais qui doit mûrir dans sa tête pour devenir le « Shaq » que les Lakers attendent.
Il faudra, patiemment, gérer cet égo pour aller plus loin, surtout en playoffs. Un dernier mot tout de même sur l’attitude du jeunot, peu l’ont noté mais lorsque Gasol se fait écraser par Griffin (coude dans la face), c’était CA, la réponse de Bynum:









Il en tient une couche le bynum. Le talent oui, la mentalité, pas forcément.
Question bete, c’est quoi les « huddles » ?
Je ne savais pas si je devais le définir mais c’est les petits réunions entre joueurs et coachs pour annoncer les tactiques, faire des discours peps pour remotiver les troupes etc…La traduction littérale de Huddle c’est « petit groupe ».
Exemple en image: http://a.espncdn.com/photo/2010/0319/nba_g_hawks_huddle1_576.jpg
Merci
Ca me rappelle ca phrase juste apres la draft en arrivant aux Lakers :
« Je suis aussi bon que le Shaq, mais je mets mes LF moi… »
un gosse… si au moins il était drôle…
Je dirais que le coup qui me choque le plus, c’est pour le dunk de griffin sur gasol, ça m’est en avant un esprit d’équipe plus que discutable! Un vrai coéquipier se dirait probablement intérieurement : « je vais le venger », là il se fout totalement de sa gueule! c’est bof, très bof….
je note aussi que tu ne peux pas sentir le coach (est-ce l’objectivité NKnienne légendaire?
), est-il si limité que ça? En terme de résultats, je ne trouve pas son bilan si affligeant que ça compte tenu des départs à l’inter-saison, d’un effectif que je ne trouves pas si flamboyant (sauf inside) et l’après « attaque en triangle » probablement pas si facile à appréhender pour une équipe qui a joué ainsi depuis de nombreuses années. Ne faudrait-il pas le juger aux lakers au moins sur une année de plus? je trouve aussi que son bilan aux cavs, même si pas de titre, n’était pas si moche que ça. Enfin, il vient de l’école Popovich si j’ai bien compris, ce dernier est bien reconnu comme un as du coaching, non?
Celà étant dit, je suis incapable de juger un coach. Je me permets cependant de sortir un peu du sujet « bynum » en te posant quelques questions précises sur le coaching: quels sont tes griefs techniquo-tactiques contre lui? et par ailleurs, je suis aussi curieux d’avoir ton avis sur popovich? et enfin quel(s) coach(s) (en nba) est (sont) une(des) référence(s) pour toi et pourquoi?
Sa référence : Don Nelson
Beaucoup de questions, je vais tenter d’y répondre sans écrire un pavé indigeste.
First, je te convie à lire le premier paragraphe de mon précédent article « compte-rendu » sur les Lakers (http://www.passionbasket.fr/les-angelinos-apres-le-all-star-break/). Les chiffres parlent d’eux-mêmes mais pour juger un coach il y a des tas de variables qui rentrent en compte: le bilan, la gestion des égos et des joueurs, les drafts, le plan de jeu (et souvent les stats) équilibré ou non, sa longévité…..
Tous ces paramètres servent à juger. Pour Mike Brown, contrairement à ce que tu penses, je le trouve avant tout très limité. Il n’insuffle rien dans son effectif à part à vociférer sur le banc auprès des arbitres la plupart du temps. On lui a donné les clés d’une Ferrari avec laquelle il essaie de rouler en enclenchant le régulateur de vitesse. Passer d’une attaque en triangle à un jeu « stéréotypé » est beaucoup plus simple que l’inverse, car tout joueur a commencé par jouer au basket très simplement. Donc la transition, elle se fait sans trop de heurs et, avec un effectif plus qualitatif que tu ne le penses: avoir un trio Bryant-Gasol-Bynum, entouré d’Artest, Sessions et Blake, c’était déjà infiniment mieux que nombre d’équipes.
On parle tout de même de trois all-star, bien sûr ce n’est pas Wade et James dans un jeu débridé, non, mais c’est à mon sens plus efficace mais moins valorisé, malheureusement.
Tout ça pour dire que la transition et l’effectif, ce n’est pas le souci. A l’instar de Doc Rivers, ou, à une échelle moindre, Spoelstra (très talentueux dans la gestion des hommes), il devrait avoir une qualité primordiale: celle de gérer les égos. Or, preuve en est faite – et ce déjà aux Cavs de LBJ – qu’il n’a aucun skill sur ce plan. Le fait qu’il ait été assistant chez Popovich n’en est que plus révélateur.
Le texan a su renouvelé chaque année son effectif et surtout son plan de jeu pour passer d’une équipe à 80ppg (caricature) à la 3ème offense de l’Ouest, en ouvrant son jeu à Parker, Hill, Ginobili, en équilibrant totalement son schéma qui, il faut l’avouer, a beaucoup marché grâce aux deux magnifiques tours jumelles Robinson/Duncan, et autour de la défense. Pour le coup, Pop est vraisemblablement le meilleur coach en activité mais est-ce bien étonnant? Une organisation solide, des choix de draft toujours très pertinents et subversifs, une confiance totale et un charisme non contesté etc…tout est là pour réussir.
Je veux bien attendre une année de plus pour Brown mais comme je l’ai expliqué dans mes articles précédents, la greffe est incongrue (encore un choix ballzy de Kupchack) mais vu ce qu’il a à disposition, il n’a pas le droit à l’erreur. Il a eu des différends avec Kobe, puis maintenant avec Bynum….je ne peux que, pour la suite, t’engager à regarder un match des Lakers et me dire, en quoi, L.A est devenue une équipe avec une meilleure alchimie, plus collective, belle à voir jouer….si passer la balle à Kobe est la solution, il fallait pas venir.
Deuxième point: les autres coachs, actuels. Aujourd’hui, il y a des coachs que je ne peux pas bien encadrer (Wittman, Silas, Spoelstra, Brown, D’Antoni) et d’autres, que je pense vraiment capable. Rick Adelman avec son jeu offensif et sa gestion du collectif vraiment intéressants; Doc Rivers qui a su allié offense et grosse défense même s’il avait 3 all-star, faut les faire cohabiter. Mention avec la révélation Rondo. Doug Collins, qui a réussi à tout changé aux Sixers: arrêter de fantasmer sur Iverson = Iguodala mais inviter à faire participer tout l’effectif au jeu (à l’instar de George Karl); ou encore, et on en parle peu, Vogel, Scott Brooks et Lionel Hollins.
On ne va pas se perdre en conjectures mais, il faut être clair: pour être coach NBA, il faut des compétences. La plupart des coachs sont moyens/bons, certains sont vraiment excellents/géniaux et d’autres, mauvais. Mais mauvais parmi les coachs gérant les équipes les plus coûteuses du monde, c’est pas rien.
Si on regarde par contre, à plus long-terme, mes références sont plutôt du côté de Phil Jackson/Winter (je ne dissocierai jamais les deux, et surtout, j’ai grandi avec), Jerry Sloan, Larry Brown (malgré ses défauts)…
Bon, fail de mon postulat de départ :p
merci pour ta réponse.
J’ai vu des matchs de LA cette année (pas beaucoup certes) et je te rejoins, c’est pas beau! je n’aime pas le jeu en isolation pour voir Kobe dribler pendant une plombe pour jouer son vis-à-vis. Je suis plus fan du jeu à la san antonio ou à la boston avec une grosse circulation de balle, ou un jeu à la chicago avec un gros meneur qui joue énormément le pick and roll certes mais qui profite aussi des bons déplacements (venant des systèmes du coach je suppose) des autres joueurs et que je ne trouve pas étrangement bouffeur de ballon malgré le fait qu’il le possède 80% du temps (paradoxal?).
Cependant, je suis toujours intrigué de voir des supposés coachs moyens se voir confier de grosses équipes (cavs et LA pour Brown) et même recevoir des titres de meilleur coach (encore que là, c’est juste une histoire de bilan). C’est d’autant plus paradoxal que ton avis sur ce coach me semble partagé par de nombreux analystes, comment alors fait-il pour y parvenir? Quels sont les critères « cachés » des general-managers qui les poussent à les recruter? ….peut-être une histoire de salaire ou bien ces gars couchent avec les bonnes personnes
Les Lakers se sont, à mon avis, décidé principalement sur deux arguments:
- primo, Mike Brown a déjà eu à gérer des égos surdimensionnés. Il a dû composer avec Lebron, voire même plus tard le Shaq et tous ceux qui sont passés par-là. Il a emmené les Cavs en Finals – et ce, même si c’est la conférence Est et qu’elle était plutôt exsangue qualitativement durant ces années – c’est un critère qui a du jouer en sa faveur. Combien y avait-il de coachs finalistes sur le marché? Aucun autre je crois.
- deuzio, un pari. Le pari que, s’il fallait changer quelque chose à L.A et abandonner le triangle (inéluctable avec le départ de Philou), il valait encore mieux, en disposant de deux grands à l’intérieur de très gros calibre, focaliser le gameplan sur la défense. Ou à tout le moins, en apporter une bien efficace. Le problème est moins sur la défense que l’offense en ce moment, domaine dans lequel Brown n’excelle absolument pas.
Si on analyse de manière pragmatique la décision, elle n’est pas « folle » en soit, c’est juste qu’il fallait bien quelqu’un, que cette personne serait critiquée de toute façon en rapport au passé immédiat de l’équipe, et quitte à prendre cette volée de bois vert dans la tronche, à mettre un coach qui pourrait tenir l’équipe dans le top 5, à la faveur d’un tout-kobe assumé.