Propulsé star dès le lycée, Michael Beasley peine à confirmer à l’échelon professionnel. Malgré un talent certain, il n’arrive pas à exploser. Cette stagnation a eu raison de la patience de Pat Riley qui a décidé de sacrifier cet ancien #2 de draft pour deux seconds tours, en 2011 et 2014. Une décision plus financière que sportive, qui en dit malgré tout long sur l’image et la cote dont bénéficient l’ancien étudiant de Kansas State actuellement. Comment a-t-il donc pu tomber si bas ? Tentative d’explications.
Une star (trop ?) précoce
Comme beaucoup d’autres jeunes joueurs, Michael Beasley est médiatisé dès le lycée. Fréquentant de multiples établissements, il se révèle avec les PG Jaguars, au sein de l’AAU, où il fait équipe avec Kevin Durant. Ensemble, ils remportent de nombreux titres et les médias commencent à s’intéresser à lui. A l’été 2006, il est membre de l’équipe américaine pour les FIBA Americas U18 Championship à San Antonio. Il tourne à 13.8 points et 8.3 rebonds, s’affirme en tant que leader et repart avec la médaille d’or.
Quelques mois plus tard, Rivals.com le désigne comme prospect #1 de sa classe d’âge. Le site spécialisé met en avant sa polyvalence, il mesure 2.08m mais il est capable d’alterner finesse et puissance. Il est le prototype parfait du joueur grand, capable de courir, de scorer sous le cercle, en sortie d’écran ou en contre-attaque, de défendre à l’aile comme à l’intérieur, ou de tenir le ballon. Le mismatch parfait. Pour l’anecdote, il devançait dans le top 5 Eric Gordon, Derrick Rose, OJ Mayo et Kyle Singler.
Fort de cette réputation, il décide de s’engager en faveur du programme de Kansas State. Il devient un joueur ultra-dominant sur les parquets universitaires. Scoreur de talent (26.2ppg), gros rebondeur (12.4rpg), il se signale avec 28 double double en 33 matchs — effaçant ainsi le record pour un freshman détenu par Carmelo Anthony — et mène le pays au niveau des matchs à plus de 40 points (3), à plus de 30 points et 10 rebonds (13) et à plus de 20 points et 10 rebonds (22). Sa meilleure perf, il l’a signé dans une défaite à Baylor, 44 points. Malgré son gros volume de points, il force aussi le respect avec une bonne sélection de tirs, 53.7%, dont 39.5% à 3-points.
Après sa saison freshman, il détenait 30 records à Kansas State et 17 dans la conférence Big 12. Il a mené son équipe à un bilan de 20-10 et 10-6 dans la Big 12. Parmi ses fiertés, une victoire au Bramlage Coliseum sur l’Université de Kansas, la première depuis 1983. Avant la saison, il avait annoncé cette victoire sur les Jayhawks.
Michael Beasley : Nous allons battre Kansas chez nous. Nous avons les battre chez eux. Nous allons les battre en Afrique. Ou que nous jouons, nous allons les battre.
Sa saison est récompensée par une place dans la All-America First Team de l’AP, il est nominé pour le John Wooden Award (qui reviendra à Ty Hansbrough) et de nombreux autres trophées individuels nationaux, et fait la razzia sur les titres de la Big 12 (joueur et freshman de l’année). Par contre, le tournoi final s’est achevé au second tour contre Wisconsin (72-55, 23pts-13rbs de Beasley), après l’upset d’USC au premier tour. Le 14 avril 2008, il annonce la fin de sa carrière universitaire pour se présenter à la draft.
Michael Beasley : C’est le moment d’amener mon jeu au niveau supérieur. Je pense que je me suis prouvé que j’avais le niveau. Je pense simplement que c’est le moment pour de nouveaux challenges.
Une adaptation compliquée
Le 26 juin 2008, il est sélectionné en 2e position de la draft par les Miami Heat. Ce choix n’est pas une surprise, Derrick Rose était le #1 unanime et son talent en faisant un no-miss choice pour le Heat. Il réalise une Summer League prometteuse mais se fait remarquer lors du Rookie Transition Program avec de la marijuana, en compagnie de Mario Chalmers et Darrell Arthur.
Son premier entraînement est marqué par un coup de coude dans la poitrine qui lui vaudra quelques séances sans contact. Il débute la saison dans la peau d’un titulaire mais les défauts de ses qualités commencent à se révéler. Il sait tout faire ? Mais où excelle-t-il ? Associé à un autre tweener, Shawn Marion, il évolue plutôt en 4 mais ne gobera jamais plus de 9 rebonds durant le premier mois de compétition. Il dispose de moins de liberté, son shoot à 3-points est moins efficace, et il n’arrive plus à s’imposer en dessous. Malgré 9 matchs consécutifs à plus de 10 points, il va filer sur le banc fin novembre.
Il vivra la quasi totalité du reste de la saison sur le banc et assure 13.9 points et 5.4 rebonds en 25 minutes. Suffisant pour intégrer la All-Rookie first Team. Durant l’été, Erik Spoelstra souhaite le voir travailler son handle afin de le convertir en 3. Mais l’apprentissage ne sera pas une réussite et, finalement, le coach du Heat va sacrifier Udonis Haslem pour le titulariser à nouveau en tant qu’ailier fort. Ses stats vont un peu grimper (14.8ppg-6.4rpg en 30min) mais il est régulièrement retiré de l’équipe lorsque le match est serré dans le quatrième quart-temps.
Lors de notre semaine à Miami, j’avais relayé les propos d’Ira Winderman (du Sun Sentinel) et Michael Wallace (Miami Herald) sur le sujet.
Ira Winderman : Le plan est de gagner des matchs et de mettre Dwyane avec les joueurs en qui il a confiance sur le parquet. A Oklahoma City, tout est basé sur la progression de Kevin Durant. Ici, tout est fait pour satisfaire Dwyane Wade. Ce qui doit se passer en premier, c’est que Michael doit gagner la confiance de Dwyane.
Michael Wallace : Ici, ce n’est pas Oklahoma City, ou Memphis, ou Sacramento, où les jeunes stars jouent 40 minutes par match, quoiqu’il se passe. Au Heat, les trois premiers quart-temps sont pour le développement de Beasley. Le quatrième, c’est pour gagner. Il doit gagner la confiance de ses partenaires et des coachs sous la pression. Il n’a pas forcément mérité d’être sur le banc lors des quatrièmes quart-temps. Mais il n’a pas forcément fait beaucoup, par rapport à Richardson et Haslem, pour obtenir du temps de jeu.
Au bout de 2 ans, Michael Beasley n’a donc jamais obtenu la confiance de Wade. Ses perfs en playoffs n’ont pas rassuré le board du Heat et un départ devenait inévitable. En dehors du parquet, une autre affaire de marijuana a éclaté à l’été 2009 après des photos lancés sur Twitter. Il fut admis dans une clinique à Houston afin d’être soigné. Trop d’éléments à charge contre lui.

Un départ non regretté.
Au lendemain de la décision de James, le Heat annonçait le départ de Michael Beasley dans le Minnesota contre 2 futurs seconds choix de draft. Bien que la contrepartie soit ridicule, la presse floridienne s’est montrée presque soulagée par ce départ. Bien sûr, remplacer un joueur à l’éthique de travail douteuse, à la progression limitée depuis 2 ans et aux problèmes extra-sportifs réguliers par LeBron James et Chris Bosh, ça vaut bien des exigences revues à la baisse. Mais à ce point !
Au moment de faire le point, la presse a surtout retenu ses problèmes de drogues et les amendes qu’il a reçu que ses exploits sportifs. » Il n’a jamais réussi à sortir de l’ombre de Dwyane Wade « explique l’insider Jon Krawczynski. Pat Riley n’a rien dit d’autre que les politesses d’usage.
Pat Riley : Nous avons le sentiment que Michael a passé deux bonnes saisons à Miami. Nous pensons qu’il aura une belle carrière et nous lui souhaitons uniquement le meilleur pour la suite.
Mais cela n’effraie pas David Kahn pour autant. Le boss des Wolves a expliqué qu’il ne pouvait pas laisser passer cette opportunité. Tout simplement.
David Kahn : Nous devions le faire. Nous aimons la polyvalence et les qualités athlétiques. Si nous transférons Al [Jefferson], il nous amène l’assurance d’avoir une menace offensive.
Après l’officialisation du départ d’Al Jefferson, David Kahn expliquera qu’il n’y avait pas assez de minutes dans un match pour Michael Beasley, Kevin Love et Al Jefferson.
Quel rôle aux Wolves ?
A force d’empiler les joueurs, David Kahn va finir par compliquer la tâche de Kurt Rambis. En général, en phase de reconstruction, on cherche plutôt des joueurs à la mentalité exemplaire, avec une marge de progression. Pas un cas social. Le GM estime que Beasley et Love étaient de meilleurs fits dans le système offensif que Jefferson.
David Kahn aime bien relancer des cas désespérés et voir du potentiel là où plus personne n’en voit. Michael Beasley n’était certainement pas au niveau de ridicule où avait été trainé Milicic mais la contrepartie lâchée par Minnesota rappelle à quel point personne ne voulait de ce joueur. Wesley Johnson, le rookie des T-Wolves, avait croisé Beasley en NCAA. Lui aussi voit le talent avant la réputation.
Wes Johnson : Je me souviens d’un match. Je crois qu’il avait joué 22 minutes et il avait planté 33 points et un double double, quelque chose de fou comme ça. Heureusement, je ne défendais pas sur lui, mais c’était fun à voir. C’est un grand joueur. Un très grand joueur.
Jonny Flynn, qui l’avait croisé en AAU, va dans le même sens.
Jonny Flynn : Il est incompris. Son comportement, sa manière d’être, beaucoup pensent qu’il s’enfiche du basket. Il est comme ça. Il a traversé des épreuves qui l’ont faites grandir. [...] Je pense que les gens ont une mauvaise image de lui. C’est un excellent choix pour nous. Il est polyvalent. Il peut jouer à plusieurs postes. Il a du talent. On l’a vu à l’université et à Miami. Désormais, il a l’opportunité de montrer son talent.
De son côté, Kurt Rambis a discuté de son nouveau joueur avec Pat Riley. L’ancien Laker est ravi de pouvoir compter sur un joueur capable de scorer, d’aller au rebond, de faire jouer les autres et d’évoluer sur plusieurs postes. Cette polyvalence peut s’avérer précieuse pour les éléments de l’attaque en triangle qu’il utilise.
Le Heat avait abandonné l’idée de le faire jouer à l’aile, jusqu’à faire défendre Udonis Haslem sur les ailiers lorsqu’ils étaient associés. Alors, Rambis tentera le coup ? Ou se contentera-t-il de le lancer en relais de Love ? Une chose est sure, Kevin Love ne veut plus être remplaçant.
Kevin Love : Je veux être titulaire. Ce serait compliqué pour moi d’accepter d’être sixième homme dans cette équipe. Si c’était les Lakers et Pau Gasol et Andrew Bynum devant mieux, ce serait différent.
Au final, David Kahn prêche la patience. Il dispose de joueurs talentueux et souhaite les voir progresser. Les playoffs, ce sera dans quelques années.
David Kahn : Avec une équipe en reconstruction comme la notre, nous devons prendre des risques, surtout quand ils sont calculés. C’est important de ne pas porter de jugements sur des joueurs jeunes, qui ont 19, 20, 21 ou 22 ans.
B-Easy est un joueur de talent, sans aucun doute, mais il n’a jamais réussi à adapter son jeu aux exigences de la NBA. Peut-être trop polyvalent, Beasley n’a réussi à imposer aucun de ses points forts à Miami. Il s’apprête à vivre une nouvelle aventure à Minneapolis, il ne sera plus chouchouter et mis sur le parquet parce qu’il fut second choix de draft. Il sera à la lutte avec d’autres jeunes et devra gagner ses minutes. Une étape nécessaire pour l’amener enfin au niveau supérieur ?

Apparemment, il n’intéresse plus grand monde…
Perso, je pense que son problème est le même que Rashard Lewis sauf que l’ancien Sonics a réussi à braquer le GM du Magic. Néanmoins, c’est toujours un problème face aux gros Power de la league car défensivement, Beasley aura toujours du soucis..
Faut qu’il joue aux cotés d’un gros pivot défensif et qu’il joue sur sa capacité à s’écarter du cercle.
Il y a clairement un gros problème de profil.
Dans ce registre, tout le monde cherche un peu le nouveau Nowitzki et pour l’instant, la chasse est compliqué.
Les mecs grands et polyvalents sont des mismatchs nightmare au lycée et à la fac, mais en pro, leurs faiblesses explosent au grand jour.
C’est exactement ce qui s’est passé avec Beasley.