[NBA Finals] The Longest Day

Les finales, c’est parfois des épopées fantastiques, parfois des matchs incroyables. Le match 5 des NBA Finals 1976 entre dans la deuxième catégorie. Le titre ne s’est pas joué là,...

Les finales, c’est parfois des épopées fantastiques, parfois des matchs incroyables. Le match 5 des NBA Finals 1976 entre dans la deuxième catégorie. Le titre ne s’est pas joué là, mais il a fallu 3 prolongations pour séparer les chevronnés Boston Celtics et les tout jeunes Phoenix Suns.

Le contexte

Indétrônables durant les années ’60, les Celtics sont tombés de leur piédestal lorsque Bill Russell a quitté le banc vert. Tom Heinsohn a pris le relais pour reconstruire une équipe autour de Jo Jo White, Dave Cowens, Don Nelson et le vétéran John Havlicek. Cette ossature a remporté le titre en 1974 et a obtenu une nouvelle chance de titre deux ans plus tard.

A l’inverse, les Suns n’ont aucune histoire. Créée en 1968, la franchise n’avait réussi à s’inviter qu’une seule fois aux playoffs avant 1976. Miraculés, avec un bilan de 42-40, ils ont sorti tour à tour les Sonics (4-2) et les Warriors (4-3), le champion en titre. L’équipe est menée par Paul Westphal, un ancien Celtic, Alvan Adams et Curtis Perry.

Le match

A quoi tient un match de légende ? A pas grand chose, évidemment. En l’occurrence, un lancer-franc raté par John Havlicek dans les dernières secondes du match. S’il avait rentré ce tir, je ne vous ferai pas une chronique sur ce match. Les Celtics se seraient imposés au terme de 48 minutes de « petit basket » et auraient filé vers un nouveau titre.

Mais ce lancer, John Havlicek ne l’a pas inscrit. Alors, ce match où chaque équipe a eu sa mi-temps devait continuer. Les C’s ont dominé la première mi-temps et pris 22 points d’avance. Les Suns ont réussi à refaire leur retard dans le sillage de Paul Westphal et du remplaçant Phil Lumpkin.

Tom Heinsohn : Les forces mystiques ont travaillé. Paul Westphal était absolument fantastique dans leur come-back.

Les Suns comptaient même 1 point d’avance dans la dernière minute — leur premier avantage du match. Jusqu’à la faute d’Alvan Adams, qui a atteint son quota sur l’action, sur John Havlicek à 19 secondes du gong. Le meilleur scoreur de l’histoire des C’s rentre le premier mais manque le deuxième. 95-95.

En prolongation, les C’s reprennent la main. Le Boston Garden fait un boucan pas possible pour pousser son équipe mais les Suns parviennent à nouveau à égaliser par Curtis Perry et Gar Heard. John Havlicek a une nouvelle balle de match, dans le corner, mais c’est un échec. A son micro, Brent Musberger, le commentateur de CBS, s’enflamme.

Brent Musberger : Heureusement que nous sommes vendredi soir. Les enfants, vous n’allez pas à l’école demain. Demandez à votre père un autre Coca-Cola.

La deuxième prolongation est comme un éternel recommencement. Les Celtics prennent l’avantage mais les Suns ne s’avouent pas vaincus. A 19 secondes de la fin, Jo Jo White assure un panier inside pour donner 3 points d’avance aux Celtics (109-106). Mais les Suns vont réussir l’exploit de scorer par Dick Van Arsdale puis Curtis Perry. 110-109.

John Havlicek a gaspillé suffisamment de ballon décisif pour enfin se montrer clutch. Cinq secondes à jouer, il remonte la moitié de terrain des Suns et rentre un tir à 4 mètres. La salle s’enflamme. Le parquet est envahi par les fans…

Paul Silas : Nous courions tous sur le terrain car nous pensions que le match était terminé. Nous menions d’un point.

Seulement, les arbitres montrent l’horloge. Il reste une seconde à jouer.

Alvan Adams : On se disait ‘les gens courent partout ! Le match est terminé ? Je ne crois pas. Non, il reste du temps’.

Après plusieurs minutes de grande pagaille, la seconde restante peut se jouer. Paul Westphal va alors faire preuve d’un culot monstrueux. Il demande un temps mort alors que les Suns n’en avaient plus en réserve. Faute technique et lancer franc converti. 112-110. Mais le calcul est bon. La remise en jeu se fait alors au milieu du terrain. La règle sera d’ailleurs changée l’année suivante.

John MacLeod met alors un système en place pour Westphal. Dans le même temps, les fans des Celtics mettent un énorme bazar, au point que Jerry Colangelo menace de ne pas revenir à Boston dans le cas d’un match 7 si la situation n’est pas maitrisée. C’est entouré par un cordon de policiers que les joueurs reviennent sur le terrain.

John MacLeod : Nous avions mis en place un système pour un jump shot de Paul dans le corner mais ils ont bien défendu sur lui.

Auteur de la remise en jeu, Curtis Perry doit alors improviser. Gar Heard, qui avait posé l’écran pour Westphal propose une solution en tête de raquette. Il reçoit le ballon et prend un tir au-dessus de Don Nelson pour égaliser, encore une fois.
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Gar Heard : Je pense que les gens se rappellent de moi plus pour ces deux secondes que pour le reste de ma carrière.

Tom Heinsohn : Il a pris un tir de loin avec un mec devant lui et il l’a rentré !!

Paul Silas : J’ai pensé que personne n’allait gagner ce match.

La troisième prolongation est particulièrement débridée. Les paniers s’enchainent de part et d’autre, et, finalement, c’est un rookie complètement inconnu, Glenn McDonald, qui va faire la différence en scorant 6 points rapides. L’écart est fait, 128-120. Reposé, McDonald a joué sur sa vitesse pour tirer son épingle du jeu au milieu de joueurs émoussés.

Mais le match n’est toujours pas terminé. Les Suns vont revenir à 128-126 à 11 secondes du gong. La dernière action est chaude mais les Celtics parviennent à garder le ballon et leur avance.

128-126. Trois prolongations et la victoire des Celtics. 33 points pour Jo Jo White contre 26 pour Paul Westphal. Pourtant Dave Cowens a gardé un souvenir plutôt inattendu de ce match.

Dave Cowens : Il y avait une femme assise au premier rang. Elle m’a dit que c’est la première fois qu’elle était à un match de basket professionnel. J’ai trouvé ça drôle, car je me suis dit qu’elle allait probablement penser que chaque match est comme celui-là.

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Epilogue

Battus deux fois à Phoenix qui était revenu à 2-2, les Celtics ont remporté le titre dans le désert de l’Arizona lors du match 6. Jo Jo White (21.6ppg) est élu MVP des finales et John Havlicek remporte son huitième et dernier titre.

Dick Van Arsdale : C’était certainement le tournant de la série. Havlicek ne l’admettra jamais, mais je lui ai dit que si nous avions gagné le match 5, nous aurions gagné le titre.

Les Suns ont profité de cette série en général, et de ce match en particulier, pour se révéler auprès du grand public. La franchise est sortie de l’anonymat.

John MacLeod : Je pense que cela a placé les Phoenix sur la carte de la NBA. Encore aujourd’hui, beaucoup de gens se souviennent exactement de ce qu’ils faisaient ce vendredi soir, quand ce match s’est déroulé.

Néanmoins, les Suns n’ont toujours pas gagné de titre NBA. Ils ne sont retournés qu’une seule fois en finale, en 1993. Sur le banc, un coach rookie, Paul Westphal.