Critiquer Michael Jordan n’a jamais été facile. Quand on a grandi en le regardant dominer la league, c’est un exercice encore plus compliqué. A l’époque, Jordan provoquait l’admiration, le respect. Il était individualiste ? Il avait un égo sur-dimensionné ? Et alors ? C’était le meilleur et c’était lui qui gagnait à la fin, tel un bon super héros.
Aujourd’hui intronisé au Hall of Fame, il a quelque peu manqué sa sortie. Nous vous avions proposé son discours en intégralité, peut-être l’avez vous écouté. Moi oui, et plusieurs fois, afin de bien comprendre ce que Sa Majesté avait à nous dire en guise d’adieu. Un discours que j’aurais tendance à qualifier de maladroit, voire déplacé, tant il apparaît que Jordan en a profité pour régler quelques comptes.
Après un hommage vibrant à Pippen, son fidèle lieutenant, je me dis que Jordan est venu remercier les hommes qui l’ont amené à ce niveau exceptionnel et qu’il a laissé son égo à Chicago, Washington ou Charlotte. Mais, son égo était bien présent à Springfield, comme pour une dernière bataille. On se rend compte finalement assez rapidement que ses adversaires sont presque plus importants que ses partenaires. Kukoc, Kerr, Armstrong, Grant ou Longley n’apparaissent pas dans son discours, par contre, il évoque longuement Magic, Zeke ou Bird, comme pour montrer qu’ils ont décuplé sa motivation. Il parle aussi beaucoup de Pat Riley, coach des Knicks de la grande époque, mais Phil Jackson est très peu cité et pas un mot sur Tim Grover, son préparateur physique personnel qui l’a accompagné quasiment toute sa carrière.
Tout ceci fait partie du personnage, il a toujours semblé loin de ses partenaires, car il a ce niveau d’exigeance envers lui-même et les autres qui ont fait de lui un « winner » quasi intouchable. Mais profiter d’une tribune au Hall of Fame pour régler ses comptes une dernière fois est franchement limite. Les preuves de sa rancune sont nombreuses. En vrac, il critique le coach qui a choisi Leroy Smith à sa place au lycée, il se paye la tête de Byron Russell (qui lui a proposé un duel depuis) et Jeff Van Gundy, il revient sur un article de Sports Illustrated sur les meilleurs universitaires, où il n’a pas été cité — quelle mémoire ça remonte à presque 30 ans –, il revendique un titre de meilleur lycéen de l’Etat lors de sa dernière année de lycée, il n’est pas tendre avec Jerry Krause — qui avait confirmé il y a quelques jours que leurs relations étaient tendus –, il s’en prend aux médias qui critiquaient sa manière de jouer dans les années 80, avant ses titres.
Autant d’exemples qui n’ont pas leur place dans un discours — que tout le monde trouve formidable car c’est Jordan — d’introduction au Hall of Fame. Finalement, ce discours explique très bien d’où Jordan puisait son incroyable désir de vaincre. Malheureusement il montre également un égocentrisme démesuré. Quelque part, il en a joué en reprenant un célèbre dialogue avec Tex Winter :
TW : Michael, there is no I in team
MJ : But there is I in WIN !
Visiblement, il pense que ce dialogue le résume. Cela prouve bien qu’en fin de compte, même aujourd’hui Michael Jordan n’a toujours pas compris le concept de collectif. Alors s’il est probablement le plus grand joueur de tous les temps, il n’est certainement pas le coéquipier ultime, un leader pour qui l’équipe compte plus que tout, tel que pouvait l’être Bill Russell.
Le plus triste est bien là : Michael Jordan est indiscutablement la figure de proue du basket-ball, Jordan, tout le monde le connait, les Bulls, tout le monde en a entendu parler. Mais en sachant qu’il n’a aucun respect pour la notion de collectif, quel avenir pour le basket ? Kobe Bryant, Lebron James, Dwyane Wade et les autres ont tous avoué qu’ils étaient bercés par les exploits de Jordan pendant leur jeunesse. Peut-être auraient-ils été encore meilleurs si leur référence n’était pas un individualiste forcené.
Ainsi, Jordan avait l’occasion d’être un magnifique point d’orgue à cette cérémonie. Mais ce discours est d’autant plus mal passé qu’il faisait suite à une démonstration d’altruisme par les précédents orateurs. J’ai écouté les quatres autres discours (Robinson, Stockton, Sloan et Stringer) et ils ont tous fait preuve d’une immense humilité et attribuer une bonne grosse partie de leur succès à d’autres personnes. David Robinson a par exemple confirmé qu’il était un class-act, John Stockton fidèle à sa réputation, distribua les assists, et Sloan a fait encore plus spectaculaire en citant en hommage un nombre incalculables de noms ayant émaillé sa vie depuis 40 ans, des assistants qu’il a connu au Jazz à ses partenaires à la fac.
Ce discours manque totalement de classe — il a même pris le temps de critiquer le prix qu’il a dû débourser pour que ses enfants assistent à la cérémonie — et n’est pas à la hauteur de son talent. Sans remercier la terre entière, il aurait pu s’abstenir d’adresser autant de tacles. N’importe quel journal lui aurait permis de le faire à n’importe quel autre moment.
Il montre ainsi ses défauts mais aussi ses principales qualités : son esprit de compétition et sa rage de vaincre. Pour le côté fabuleux; il reste sa phrase de clôture, qui va en inspirer plus d’un : « Limits, like fears, are often just an illusion. »

J’ai été de la génération qui a été bercé par Jordan. Mais aux matchs des Bulls, je préferais regarder les matchs retro des Lakers de Magic ou les Jazz de Stockton !!
La mentalité individualiste de Jordan se retrouve dans certains joueurs de la league, Bryant, Marbury, Iverson, Francis et a un degrés moindre Parker version EdF des dernières années !!!
Mais il avait tellement de talent qu’il lui était impossible de ne pas connaitre le succès, malgrés des relations tendues avec ses co-équipiés au fil des années. Mais sans une bonne équipe autour de lui, tout talent est limité … chose que l’on voit dans ses choix de draft (Kwame Brown, c’était lui à 100%, Adam Morrison à 90% pour ne citer que ces deux là !!) et dans ses premières saisons où il était moins bien entouré …
ouaouh le procès à charge contre sa majesté! tu va pas te faire que des amis Jérôme
Celà dit je partage entièrement ton avis sur Jordan, le plus grand joueur de tous les temps sans aucun doute, mais qui était aussi un vrai individualiste professionnel. En même temps, c’est le vrai et ultime symbole de la NBA, l’individu starifié à travers le collectif…c’est vrai que l’un ne va pas sans l’autre pour gagner mais le premier sera toujours mis prioritairement en lumière en NBA contrairement au basket européen!
De toute manière, personnellement j’ai toujours admiré le joueur (niveau basket mais aussi niveau mental), le meilleur, mais j’ai jamais accroché sur l’homme…
En même temps ces dérives individualistes et mégalomanes sont encouragées par tout le star système qui est à la base de la ligue américaine de basket. Lebron James avait signé son premier contrat de pub alors qu’il n’était même pas en NBA! Michael Jordan a servi d’icône, c’est une marque, le symbole des performances des américains. C’est pas le seul d’ailleurs, dans les autres sports US on retrouve cette espèce de mentalité et je ne m’étonne pas qu’un mec comme TP trouve comme motivation de devenir le meilleur sans s’occuper du collectif car le système de jeu le permet aisément.
Bref, Jordan mégalo oui, le marché mégalo de Jordan? oui….c’est pas comme si son investissement à Washington (drafter Brown ahah) avait été un grand succès mais on lui pardonne parce que c’est l’icône, la marque….
Nan mais en même temps c’est Jordan, il dit ce qu’il veut et il sera toujours adulé. Je vois pas pourquoi il ne dirai pas ce qu’il veut sous prétexte que c’est son entrée au hall of fame. Jordan c’est Jordan.
@AI3 Sixers
Jordan peut dire ce qu’il veut et son égocentrisme n’est pas nouveau. Mais ce n’est ni le lieu ni l’endroit de tailler tout ce qui bouge. L’intronisation au hall of fame, c’est une fête, un moment de joie, s’il veut chatouiller Russell ou montrer sa rancune envers des articles écrits il y a 30 ans, il me contacte et je lui offre une interview où il peut dire ses 4 vérités à qui il veut dans les colonnes de PB
Mais tu fais pas ça dans ton discours d’intronisation au HOF. C’est vraiment ça que j’ai voulu pointer.
Comme le dit stephyx, l’homme n’est pas au niveau du joueur. Et son discours est venu nous le rappeler.
« Un discours que j’aurais tendance à qualifier de maladroit, voire déplacé, tant il apparaît que Jordan en a profité pour régler quelques comptes. »
Chers amis, cessons de critiquer l’éventuelle maladresse de Michael au Hall oh Fame pour tenter de mieux comprendre quelles ont été ses réelles intentions à travers ce discours.
A-t-il réellement cherché à régler ses comptes ?
Ou bien n’a-t-il pas plutôt décidé d’expliquer à la terre entière : comment réussir ?
« Finalement, ce discours explique très bien d’où Jordan puisait son incroyable désir de vaincre. »
Voilà, paradoxalement, Jérôme le dit lui-même en plein milieu de sa critique : Jordan cherche simplement à nous communiquer sa connaissance, ou plutôt « comment ne jamais cesser de progresser pour, grâce à son expérience et son amour, élever son niveau de conscience et que son entourage en retire autant de bénéfice que soi-même.
Je pense que le souhait principal de Jordan, bien avant celui de se mettre en avant, était d’expliquer comment il a fait, pour que nous en retenions tous quelque chose.
« il a toujours semblé loin de ses partenaires »
Dans un premier temps oui, car il n’a pas cherché à les comprendre, comme eux n’ont pas cherché en retour, mais les coachs Doug Collins et surtout Phil Jackson lui ont fait prendre conscience qu’il devait « abaisser son niveau de conscience à celui de ses partenaires afin d’ensuite les aider à atteindre le sien, tous ensemble, dans l’amour, ce qui a commencé à être évident durant la saison 87-88 et puis flagrant durant la saison 90-91.
Jordan divise car il est authentique grâce à son niveau de conscience qu’on pourrait presque qualifier de mystique car son parcours de « conscientisateur » est limite comparable à JC ou Bouddha, toutes proportions gardées.
Le discours de Jordan, c’est de l’amour pur et simple, c’est même une certaine forme de sagesse (oui oui) mais parfois ceux qui ne veulent pas le comprendre prennent cela pour du mépris, car ils sont susceptibles, alors qu’il ne fait que « secouer pour faire progresser les consciences ». Il le fait simplement par amour.
Jetez un oeil à ses interviews philosophiques, ça ne passe pas loin du bouddhisme parfois.
http://www.youtube.com/watch?v=gfvuF5qf9v0
Peace.
Fox.