Preview des quarts de finale de l’Euroleague

Preview des quarts de finale de l’Euroleague

Regal FC Barcelona – Real Madrid

Premier quart de finale, le Classico entre le Real Madrid et le FC Barcelone. Attendu par tous dès le tirage au sort du Top16, les deux frères ennemis d’Espagne se retrouvent pour un maximum de 5 duels en moins de deux semaines.

Nous vous l’avions expliqué il y a de cela deux semaines: le Barça est cette saison une bête indomptable. Défense insubmersible, attaque diaboliquement efficace s’appuyant sur le quatuor Mickeal – Rubio – Navarro – Lorbek et avec comme joker les artilleurs Basile – Lakovic et les besogneux NDong – Vazquez – Grimau, un roster pléthorique donc, à la profondeur inouïe. A l’image de leur bilan de 15 victoires pour une défaite, dans tous les domaines, le Barça s’est imposé en tant que référence absolue cette saison en Euroleague. Et apparaît donc comme LE grand favori pour cette Euroleague 2009-10.

Face aux Catalans se dressent fièrement les hommes d’Ettore Messina. Après un début de saison très convaincant (8-2 lors de la saison régulière, défait seulement chez le Khimki et à Gdynia), le Real a un peu marqué le pas lors du Top 16. Avec son bilan de 3-3, le Real ne doit sa présence en play-offs que grâce au point-average relatif face à Sienne (+1 sur les deux matchs). Le potentiel des Madrilènes restent sur le papier impressionnant: Prigioni et Llull à la mène, Jaric, Kaukenas, Hansen, Garbajosa et Bullock sur les ailes et Velickovic, Reyes, Tomic et D. Lavrinovic. Le Real possède toutes les qualités de l’outsider parfait: un roster talentueux, à même de potentiellement faire douter le Barça si les choses tournent bien. Ce qui n’a d’ailleurs pas souvent été le cas ces dernières saisons : sur les 7 Classicos disputés depuis le début de la saison 2008-09, le Barça a remporté la mise à 6 reprises… Tout concorde à faire du Barça le favori légitime de ce quart de finale.

Le match-up clé: Erazem Lorbek VS Darjus Lavrinovic. Ce Classico sera l’occasion d’assister au duel entre deux des meilleurs intérieurs européens du moment: Erazem Lorbek et Darjus Lavrinovic. Un duel qui promet d’être une opposition de style entre la technique de Lorbek et le physique du teigneux Lavrinovic.

Erazem Lorbek s’est imposé avec le temps comme une référence pour le jeu offensif intérieur. Doté d’une palette de moves dignes d’Hakeem Olajuwon, il est aussi à l’aise dos ou face à l’anneau, près du cercle ou derrière la ligne des trois points. Son Top 16 a d’ailleurs été impressionnant: 11 ppg à 70% à 2 pts et 43% à 3 pts. Difficile de faire mieux offensivement en considérant la densité de la raquette du Barça…

Face au Slovène, le Lituanien Darjus Lavrinovic. Teigneux, travailleur, physique, il s’est imposé comme un élément-clé du Real dès son premier match en Euroleague, avec ses 32 points et 11 rebonds claqués à Khimki. S’appuyant sur sa puissance, D. Lavrinovic répond toujours présent pour faire le sale boulot. Il gobe des rebonds, provoque des fautes et contribue au scoring avec une moyenne de 10 ppg. Il prend par moment feu et dévient inarrêtable, à l’image de son match à Khimki en début de saison ou face au Montepaschi Sienne de son frère (24 points, 6 rebonds). Deux matchs que le Real a toutefois perdu…

Maccabi Tel Aviv – Partizan Belgrade

Maccabi Tel Aviv et Partizan Belgrade: deux clubs légendaires symbolisant leurs pays respectifs se retrouvent. Mais deux clubs au profil très différent: le Partizan responsabilise les jeunes en les faisant évoluer au plus haut niveau, le Maccabi puise allègrement dans le vivier de joueurs US présents en Europe.

Aleks Maric et Jan Vesely à la lutte pour le rebond.

Après Pekovic en 2007-08 et Velickovic en 2008-09, le Partizan a permis cette saison la révélation – suprise – du phénomène Aleks Maric et l’éclosion – très attendue celle-là – du Tchèque Jan Vesely. On parle là de deux twin-towers de 2.10m qui auraient pu se marcher sur les pieds s’ils n’avaient pas été si complémentaire. Aleks Maric s’est imposé dans le registre de l’intérieur « classique » : il joue près du cercle, opère comme point de fixation et possède une technique dos à l’anneau très intéressante qui en fait un danger permanent. Ses stats sur la saison en Euroleague illustre bien son style de jeu: 15 ppg et près de 10 rpg en 12 matchs… A l’inverse, Jan Vesely évolue dans un registre tout autre. Malgré sa taille, on a avec lui un véritable SF, mélange de vitesse, de puissance, de timing, de précision et de technique. Précis derrière la ligne des 6.25m, Vesely est aussi capable de partir en drive ou de conclure une contre-attaque. Attendu parmi les lottery-pick de la draft 2010, le Tchèque a démontré aux yeux de l’Europe qu’il rentre parfaitement dans la tradition de formation de Dusko Vujosevic. Ce tandem infernal Maric-Vesely peut aussi compter sur le support du petit PG Bo McCalebb et du très physique PF Lawrence Roberts.

Au Maccabi, à l’inverse, les US ont débarqué en masse. Casspi et Eliyahu partis, les dirigeants ont confié les rênes de l’équipe au quatuor Alan Anderson – Chuck Eidson – Doron Perkins – D’Or Fischer. A eux 4, sur le Top 16, ils ont apporté 62% du scoring, 56% des rebonds, 70% des assists et 65% des steals de l’ensemble de l’équipe. Fischer est un intérieur limité techniquement mais qui sait utiliser habillement ses 2.11m et ses bras interminables tant aux rebonds qu’aux contres ou pour dunker. Perkins et Anderson ont imposé leur style dans le jeu de Gershon. Doté tous les deux d’une vitesse et d’une explosivité hors-norme, ils savent utiliser leurs qualités pour scorer, prendre des rebonds ou encore créer des ouvertures et libérer le ballon pour un coéquipier ouvert. La différence entre les deux joueurs vient du registre dans lequel ils évoluent : Anderson est un scoreur pur tel qu’on les forme à l’école de la NBA. Doron Perkins, plus petit (1.89m), est plus polyvalent. Capable de scorer, il est surtout le meilleur rebondeur (5.7 rpg) et passeur (4.7apg) du Maccabi lors du Top 16. Enfin, Chuck Eidson continue d’être un véritable couteau suisse. Moins impressionnant que l’an passé à Rytas, il continue d’amener sa contribution tant au scoring qu’au rebond, aux assists ou aux interceptions.

En joker, Pini Gershon pourra aussi compter sur un David Bluthental qui commence à s’imposer comme un incontournable du roster et sur le très physique et défensif intérieur Stéphane Lasme, ancien du Partizan…

Le match-up clé: Pini Gershon VS Dusko Vujosevic. Deux coachs mythiques se retrouveront à l’occasion de ce duel : Dusko Vujosevic et Pini Gershon. Deux coachs au caractère trempé, imposant une discipline de fer à leurs joueurs et comptant parmi les plus respectés en Europe. TouT deux proposent un style de jeu assez similaire, basé sur une défense de fer (le Partizan et la Maccabi étaient les 2èmes et 3èmes défenses du Top16, après le Barça) et une grosse discipline en attaque. C’est grâce à cette mentalité que le Partizan a réussi à battre coup sur coup le Panathinaikos et le Regal Barcelone lors du Top 16 en limitant les deux clubs à 64 et 66 points. L’équipe qui sera la plus disciplinée et défendra le plus efficacement sur l’ensemble de la série aura de grandes chances de passer.

Pour illustrer la grandeur des deux coachs en présence, un coup d’œil aux palmarès respectifs s’imposent. Et imposent de suite le respect…

Dusko Vujosevic:

  • Championnat de Yougoslavie 86-87, 01-02 (Partizan Belgrade),
  • Championnat de Serbie (et Monténégro): 02-03, 03-04, 04-05, 05-06, 06-07, 07-08 et 08-09 (Partizan Belgrade),
  • Coupe de Yougoslavie 1989 et 2002 (Partizan Belgrade),
  • Coupe de Serbie 2008, 2009 et 2010 (Partizan Belgrade),
  • Ligue Adriatique 2007, 2008 et 2009 (Partizan Belgrade),
  • Coupe Korac 1989 (Partizan Belgrade),
  • Champion d’Europe au Championnat d’Europe -18 en 1988 (Yougoslavie),
  • Aleksander Gomelski Euroleague Coach of the Year (2009)..

Pini Gershon

  • Euroleague 04 et 05 (Maccabi Tel Aviv),
  • Suproleague 2001 (Maccabi Tel Aviv),
  • Championnat d’Israël 92-93 (Galil Elyon), 98-99, 99-00, 00-01, 03-04, 04-05, 05-06 et 08-09 (Maccabi Tel Aviv),
  • Coupe d’Israël 96 (Hapoel Jerusalem) , 1999, 2000, 2001, 2004, 2005, 2006 et 2009 (Maccabi Tel Aviv),
  • Aleksander Gomelski Euroleague Coach of the Year (2005).

CSKA Moscou – Caja Laboral

Valeurs sûres de ces dernières années en Euroleague, le CSKA Moscou et le Caja Laboral Vitoria se retrouve ici dès les quarts de finale. Pourtant, ces deux équipes sont discrètes: aucune star attitré, mais deux rosters diablement bien balancé et pensé.

La présence à l'intérieur de Tiago Splitter est essentiel pour le Caja Laboral si ils veulent découvrir Paris en mai.

Le CSKA se repose sur du classique. Ramunas Siskauskas, Trajan Langdon et Viktor Khryapa se sont imposés comme les trois principaux artisans des succès du club de l’Armée Rouge. Langdon et Siskauskas sont des anciens, des valeurs sûres du club. Mais là où en attendait beaucoup des combo-guards JR Holden et Zoran Planinic, c’est Viktor Khryapa qui justifie – enfin à 28 ans – les espoirs placés en lui. Mais au-delà des individualités, ce qui fait la force du CSKA est sa puissance collective.

Jouant comme un seul homme en défense, ils ont limités leurs adversaires du Top 16 à moins de 75 ppg – avec comme valeur aberrante les 88 points pris à Gdynia. Les hommes de Pashutin ont aussi démontré lors de ce Top 16 de bonnes dispositions offensives, scorant 83 points par match (3ème attaque du Top 16 derrière l’Oly et le Caja Laboral, justement) à de hauts pourcentages (58% à 2 pts, 45% à 3 pts). Appliqués en défense, impliqués en attaque, les Moscovites ont fait forte, très forte impression lors du Top 16.

En face, les Espagnols de Vitoria sont contraints à l’exploit pour espérer retrouver le F4. Avec un Tiago Splitter à nouveau en délicatesse physiquement – 2 matchs joués lors du Top 16 -, les Basques ont profité des explosions sur la scène de l’Euroleague des deux PG Fernando San Emetorio et Marcelinho Huertas. Jusque là relativement discret, les deux arrières ont su augmenter leur niveau respectif pour compenser l’absence de la tour de contrôle brésilienne. Capable de pénétrer comme de shooter derrière les 6.25m, d’organiser le jeu et de créer pour leurs coéquipiers, ils ont été parmi les artisans de la qualification du Caja Laboral. Et en particulier lors du dernier match décisif face au Cibona Zagreb – 16 pts-7 ass pour Huertas, 19 pts-5reb-3 ass pour San Emeterio.

Lior Eliyahu a aussi apporté au club basque lors de ce Top16, à l’image de ses 22 points et 9 rebonds face au Cibona. Mais le grand artisan du Top 16 réussi du Caja Laboral est l’efficacité de Mirza Teletovic. Taillé pour combattre dans la raquette, le Bosniaque est aussi d’une précision diabolique à 3-points. Si Splitter est de retour et vient compléter la lineup déjà impressionnante, les Espagnols seront difficiles à battre.

Le match-up clé: Viktor Khryapa VS Mirza Teletovic. Le duel entre Khryapa et Teletovic vaudra le coup d’oeil. Deux MVP en puissance de l’Euroleague se retrouve, et la confrontation promet beaucoup. Malgré ses 2.06m, Mirza Teletovic se plait à régulièrement s’écarter de l’anneau et s’aventurer derrière la ligne à 3-points. Sur les 6 rencontres joués lors du Top 16, Mirza Teletovic a tenté 46 tirs à 3-points, soit près de 8 tentatives en moyenne par match, et le tout à 46% de réussite. Un chiffre démentiel, battu par seulement 2 joueurs dans l’histoire moderne de l’Euroleague (Charles Smith en 2006-07 et Terrell McIntyre cette saison). On rajoute à ce shoot à 3-points une bonne présence inside – surtout en l’absence de Splitter – et Teletovic est désormais officiellement fait son entrée dans l’élite du basket européen.

En face, il sera opposé à un Viktor Khryapa revanchard après une expérience NBA loupée. Sur ce Top16, Khryapa a démontré l’étendue de ses talents: 3ème meilleur passeur, 10ème rebondeur, meilleur intercepteur, 2ème blockeur. Khryapa sait tout faire, et le fait bien. Du haut de ses 2.03m, le Russe a su se faire une place dans le paysage européen. Avec un QI basket hors du commun, le Russe est capable de TOUT faire sur un terrain. Jouer en-dessous, distribuer le ballon, s’écarter de l’anneau, tout cela est possible pour Khryapa. On rajoute à cela des mains très rapides et un roc défensif: Khryapa, dépositaire des espoirs du CSKA, est un sérieux candidat au titre de MVP de la saison régulière de cette Euroleague.

Olympiacos – Assecco Prokom

Linas Kleiza et Milos Teodosic, la "Beard Connexion", la recette du retour au premier plan de l'Olympiacos

Invité-surprise de ces quarts de finale, l’Assecco Prokom continue de rêver. Le club Polonais est la grosse révélation de cette campagne européenne. L’équipe propose un mix intéressant entre des ailes prolifiques au scoring (Qyntel Woods et David Logan) et des intérieurs très complémentaires que sont le physique Radko Varda et le longiligne Jan-Hendrick Jagla, avec comme joker à l’intérieur l’ancien de Levallois Ronnie Burrell. Ce n’est pas très couleur local, mais la sauce semble bien prendre, à l’image de la victoire conquise à la maison face au CSKA Moscou 88-81. Mais l’Assecco Prokom reste le tout petit poucet à ce niveau de la compétition. On peut presque dire que c’est un peu par hasard qu’ils en sont arrivés là. Qualifiés pour le Top 16 grâce à une victoire lors du dernier match face à Khimki (en cas de défaite ce jour-là, ils rentraient définitivement à la maison), il ont profité de la « faiblesse » générale du groupe (CSKA, Unicaja, Zalgiris) pour finir le Top 16 avec un bilan de 3-3. Bref, emmené par les exploits offensifs des Logan, Varda et Woods, l’Assecco s’est retrouvé en quarts de finale malgré un bilan global 7-9.

C’est un peu léger pour pouvoir effrayer l’Olympiacos. Les Grecs ont tout écrasé sur leur chemin lors du Top 16. 5 victoires, 1 défaite (lors de la dernière journée, face à Khimki), près de 90 points scorés en moyenne (89.3 pour être précis). Ils apparaissent pour le moment comme les seuls à pouvoir inquiéter le Barça. Et pour cause, le roster est dantesque, d’une profondeur incroyable, et Giannakis sait exactement comment l’utiliser. Deux leaders se sont imposés avec le temps: Linas Kleiza et Milos Teodosic qui a confirmé son talent pour s’imposer comme un des meilleur PG du basket européen. Précis, collectif, bon défenseur, Teodosic sait tout faire et le fait bien. Et comme back-up du Serbe, on retrouve ni plus ni moins que Theo Papaloukas, le meilleur PG des 10 dernières années au niveau européen.

Sur les ailes, Giannakis a le choix: Yotam Halperin, Josh Childress et sur le banc Panos Vassilopoulos (victime de blessures chroniques, mais vrai talent) et Patrick Beverly. 4 mecs tamentueux, évoluant toutefois dans des registres sensiblement différents. Outre la mène, le deuxième véritable point fort du roster est la densité en intérieur: Linas Kleiza, qui revient en force après son aventure NBA en demi-teinte, est épaulé par un Big Sofo toujours difficile à jouer, un Ioannis Bouroussis qui ressemble enfin à un intérieur crédible et le technique Nikola Vujcic. L’Olympiacos est un poids lourd qui vise le Final 4, et plus si affinités…

Le match-up clé: Milos Teodosic VS David Logan. Le match dans le match entre David Logan et Milos Teodosic promet d’être passionnant. Les deux joueurs se sont tous les deux imposés comme les deux valeurs sûres de leurs équipes respectives. Milos Teodosic est désormais le playmaker attitré de l’Olympiacos. Dôté d’un QI basket élevé, Teodosic brille par la justesse de son jeu. Capable de scorer à hauts pourcentages près du cercle, il est aussi adroit derrière la ligne des 3-points et dans la création et la distribution du jeu… Agressif, il peut aussi mettre ses opposants en difficulté en provoquant des fautes.

En face, David Logan évoluera dans son registre traditionnel: le bombardement offensif. En pénétration, derrière les 6.25m, à mi-distance, David Logan est un véritable « pyromane » du basket, capable de mettre le feu à n’importe quelle rencontre. Mais à la différence du Serbe, Logan éprouve des difficultés quand il n’est pas en réussite à l’image de la double confrontation avec le Pana (6/14 à 2 pts et 1/8 à 3 pts sur l’ensemble des 2 matchs). Et face à la défense d’un Teodosic, Logan pourrait éprouver pas mal de difficultés à s’en sortir…

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