Que retenir du tournoi de Villeurbanne ?

De retour de Villeurbanne, et après de nouveaux problèmes serveur (à croire qu’on est maudit à l’approche des grands moments), je vous propose quelques impressions marquantes de ces trois jours dans le Rhône. Au programme, l’équipe de France, bien sûr, mais aussi un mot sur le Brésil, l’Australie et la Côte d’Ivoire.

Equipe de France : mi-figue, mi raisin

Commençons par le commencement, le bilan comptable. 1 victoire, 2 défaites. Le bilan des matchs amicaux n’est finalement pas flatteur avec 2 victoires et 5 défaites, et c’est une première source d’inquiétude. Après, il faut garder à l’esprit que ça reste des matchs amicaux, Vincent Collet a cherché sa rotation et qu’il a ouvert son banc. Mais gagner fait toujours du bien au moral…

Par contre, les bleus n’ont pas franchement rassuré dans le jeu. Perdre une bonne vingtaine de ballons par match n’est jamais signe de bonne santé collective. Nando de Colo donne l’impression de souffrir au poste 1. Scoreur naturel, il a du mal avec ce rôle de créateur, différent de celui qu’il a connu en Espagne.

Ce poste de meneur est le problème prioritaire selon moi. Vincent Collet a souligné les difficultés de de Colo et a souvent lancé Bokolo et Albicy à ses côtés. Mais le premier évolue au poste 2 à Gravelines et le second n’a pas 20 ans. Peut-on leur demander d’avoir un impact en équipe de France ?

Yannick Bokolo est l’excellente surprise de cet été. Il apporte de grosses minutes offensivement comme défensivement, un peu d’adresse extérieur mais ce n’est pas un meneur naturel. Andrew Albicy est davantage « meneur », il apporte de la vitesse et tient bien le ballon. D’ailleurs Vincent Collet attend de lui des montées de balle rapide en transition et du peps, et l’a pourri pour avoir ralenti le jeu sur une séquence face au Brésil.

Néanmoins, si individuellement les joueurs répondent présents (avec un bémol sur de Colo), collectivement, le meneur manque d’impact et le créateur reste finalement Boris Diaw. Au passage, je ne pense pas que Beaubois aurait été la solution miracle.

A l’inverse, le poste 5, l’autre énigme de l’été, a plutôt rassuré. Ali Traoré a pris une vraie ampleur et a réalisé deux très belles sorties contre l’Australie et le Brésil, avec, à chaque fois, un premier quart-temps plein d’agressivité. Critiqué pour sa défense, le futur romain s’est donné et je le range parmi les satisfactions sans la moindre hésitation. Ian Mahinmi a fait un bon job lors de son apparition surprise contre le Brésil. Il n’a pas surnagé dans le marasme de la seconde mi-temps mais sort 2 blocks et quelques rebonds en première période.

Alexis Ajinça n’a pas été conservé, et franchement, je m’étonne de lire ici ou là que c’est une surprise. Lorsque je l’ai vu scotché au banc contre l’Australie, j’ai compris que Collet ne le retiendrait pas. En fait, le néo-Mav fait le show à l’échauffement avec un bel éventail de dunk mais dès qu’il y a un défenseur… Il est grand, mobile, il ne manque pas d’agressivité et de bonne volonté mais balle en main, c’est trop aléatoire.

Tout au long de la préparation, Vincent Collet a testé des paires Diaw-Pietrus ou Diaw-Koffi, sans pivot de formation, et ces formules sont plus efficaces qu’avec Ajinca sur le parquet. Tout simplement. On ira donc en Turquie avec cinq intérieurs, Boris Diaw inclu.

Sur les ailes, Vincent Collet a testé des jeunes (Causeur, Jackson, Lombahé-Kahudi) et le manceau a été sacrifié. Dans l’histoire, seul Edwin Jackson est sorti du lot à l’Astroballe avec une capacité à scorer appréciable. Seul Nico Batum est incontournable et Mickael Gelabale s’intègre bien à l’équipe en sortie de banc. En seconde mi-temps contre le Brésil, lorsque la France s’est écroulée, Batum ne scorait plus. On a besoin de ses points, et ça s’est vu.

Au final, le tournoi de Villeurbanne a livré de bonnes promesses. La France était au-dessus de la Côte d’Ivoire, malgré un relâchement en fin de match et a fait jeu égal avec une forte équipe australienne. Si Batum rentre son dernier tir, ça devient un match plein de promesses. Enfin, la première mi-temps contre le Brésil fut consistante. Mais le manque de constance lors de ce dernier match, avec un troisième quart-temps affligeant rappelle que la France ne peut pas se permettre le moindre relachement. Autres satisfactions, le rebond et la défense en général qui amène des points en contre-attaque. Par contre, il y a un problème « pertes de balle » sur lequel Collet doit plancher.

En lisant quelques analyses, j’ai également vu des propositions d’ajustement, type de Colo en 2, Batum en 3, Diaw en 4 et Pietrus sur le banc. Selon moi, ça pose un problème, puisqu’une rotation Bokolo – Albicy à la mène, c’est light. Et pourquoi se passer d’un Flo Pietrus performant ? Diaw et Pietrus peuvent parfaitement permuter, ce qui laisse de la liberté à Diaw. La polyvalence des joueurs doit rester une force, et pas devenir un problème.

Une belle équipe d’Australie

Concernant les autres équipes, la très physique Australie a fait forte impression. Avec Andersen – Nielsen – Maric, la raquette est impressionnante, même si le nouveau pivot du Pana a été massacré par les arbitres. Mills est un énorme scoreur et ce groupe dispose de quelques joueurs efficaces sur les ailes (Newley, Ingles, Worthington) qui ne cherchent pas à tirer la couverture à eux.

Les Boomers avaient aussi un excellent système ailier-pivot, avec fixation du pivot post bas puis passe main-à-main à l’ailier qui a amené pas mal de points. Utilisé régulièrement, aucune équipe n’a réussi à trouver la parade à ce mouvement plutôt basique.

Le Brésil a aussi réalisé de bonnes prestations. Le trident extérieur Huertas – Garcia – Barbosa, avec ce dernier placé au poste 3, est explosif et reçoit le soutien de la patte de Machado. La raquette est solide, Splitter techniquement au-dessus du lot (qu’est qu’il a mis aux Bleus…), Guillherme très polyvalent, le col bleu Becker et Varejao, limité par une blessure à la cheville. D’ailleurs, le Cav et le néo-Spur n’ont pas laissé l’impression d’une complicité débordante. Contre l’Australie, ils ont été alligné pour la première fois ensemble à 5 minutes de la fin et l’Australie a gagné le match à ce moment là. Reste le point d’interrogation sur Néné. JP Batista a été appelé, au cas où.

Enfin, la Côte d’Ivoire ne manque pas de bonne volonté mais a tendance à se déstructurer au fil des minutes. A chaque match, ils ont livré 10, 15 bonnes premières minutes avant de s’écrouler. Comme la France, ils perdent un paquet de ballons mais eux cherchent souvent la solution trop compliquée avec des passes qui finissent en tribune. Ils ont certainement sorti les séquences les plus marquantes, avec des alley-oops signés Diabaté et son petit mètre 80. Mais ça ne suffit pas.