On en parle peu, on en a peu parlé – et par « on », je vise naturellement les médias sportifs – mais l’affaire Tim Donaghy a donné un grand coup de massue à la crédibilité de la grande ligue NBA dirigée par David Stern. Voilà qu’après avoir été inculpé pour paris illégaux (nous y reviendrons), l’ancien arbitre titulaire a écrit un livre que personne ne veut voir apparaître. En effet, les révélations qu’il y fait à propos de ses collègues, des joueurs, de l’administration, passent très mal et voilà pourquoi nous tenons à revenir sur cette affaire et vous présenter des extraits tirés de son livre plus tard.
Une chance sur deux, bet and clic!
Avant de nous attacher à étayer ou du moins relater ces révélations, il faut revenir dans un premier temps sur l’affaire en elle-même, ESPN.com ayant consacré un article très intéressant sur le sujet. Ce scandale vient ternir l’image de la NBA qui était déjà en proie à plusieurs allégations d’arrangements de matchs notamment de playoffs afin que les tours durent plus longtemps et que l’élargissement du marché ne soit entravé. Bien sûr, les dirigeants ont de suite coupé court à ces « on dit » qui se retrouvent dans l’affaire Donaghy.
Une enquête fédéral en 2007 prend pour cible Tim Donaghy, arbitre respecté dans la NBA, sur des suspicions (avérées) d’information illégalement transmises aux parieurs. En fait, ses « tips » servaient aux bookmakers à savoir quelles étaient les tendances/humeurs des arbitres qui officiaient les matchs. De fil en aiguille, il ne faut pas grand chose pour se demander si Tim Donaghy n’a pas trafiqué ses propres matchs afin de gagner des paris et filer un ou deux coups de sifflets décisifs pour son porte-monnaie. Traduit devant une cour fédérale, il écope de 15 mois de prison en juillet 2008.
Le juge Carol Amon l’inculpe et le condamne à 15 mois de prison plus trois ans en liberté conditionnelle du fait de l’acceptation de dizaines de milliers de dollars en échanges de ses fameux tips aux bookmakers.
La NBA, les joueurs et les fans se sont fiés à lui pour qu’il fasse son boulot de manière honorable.
Ayant plaidé coupable, il accepte sa peine:
J’ai apporté la honte sur moi, ma famille et ma profession

Il a en effet plaidé coupable sous le coup d’une « addiction particulière au jeu qui nécessite un traitement, pas un emprisonnement« , ce que son avocat a mis en avant pour expliquer son comportement et essayé de lui éviter de faire du temps derrière les barreaux, en vain. Il a d’ailleurs également avancé le fait qu’il allait dénoncé « les bons, les mauvais et tout ce qui est moche » dans la ligue. Il parle d’un exemple particulier qui a mis la puce à l’oreille de beaucoup de monde en mettant en cause l’arbitrage des Finals NBA. Il affirme que la ligue encourage de manière quotidienne les arbitres à siffler des fautes imaginaires pour manipuler les résultats tout en les incitant à ne pas siffler de fautes techniques sur les stars.
Réalité, fantasme de fanboy déçu ou simple échappatoire? Au final, Donaghy échappe aux 33 mois de prison ferme requis à son encontre. Le juge accepte de l’envoyer dans une prison près de ses 4 filles mais son cas est réglé judiciairement alors que la NBA, elle, se trouve très embarrassée. David Stern a répondu par un remaniement massif de l’administration de la ligue. L’ancien général des armées, Ron Johnson, a été engagé en tant que Vice-Président des opérations concernant les arbitres. Bernie Fryer et Joe Borgia ont reçu une promotion dans d’autres positions managériales et Ronnie Nunn, directeur arbitral depuis cinq ans, a été réaffecté à un autre service.
La solution est simple selon le professeur Justin Wolfers, professeur qui a pointé du doigt le nombre de fautes plus sévèrement sifflés contre les athlètes afro-américaines que blanches:
Si un seul fan voit autre chose que de la transparence à partir de maintenant, il y aura des suspicions.
Les matchs en question
La question qui brûle les lèvres est maintenant de savoir quels matchs ont reçu des petits coups de pouce machiavéliques pour booster les revenus, audiences et tout le marketing made in NBA.
Donaghy a mis en cause la finale très prévisible de la saison 2008 entre les Celtics et les Lakers en affirmant que les résultats ont été trafiqués pour augmenter les audiences et la vente des billets. Continuant son récit, il est également fait mention d’une rencontre de 2002 poussé jusqu’au 7ème match décisif afin de booster les revenus. Comme il n’y a eu qu’une seule rencontre en 7 matchs cette année-là – Lakers/Kings - il ne peut que s’agir de celle-ci, surtout que l’équipe de Californie a été championne à la suite de cette victoire.
Bien sûr, ne nous empressons pas de qualifier ces matchs de truqués car comme le dit David Stern:
Il a choisi ces rencontres pour être crédible et alléger sa peine.
C’est la parole de Donaghy contre celle de la ligue, en l’absence de preuves tangibles mais un témoignage d’un arbitre corrompu, c’est quelque chose.
Ayant eu à ma disposition ces informations confidentielles, j’étais le seul en position de prédire les résultats des matchs NBA
Son avocat l’appuie:
Il devait tout dire. C’était la seule bonne chose à faire…le pire dans tout ça c’est que Mr.Donaghy a été d’une coopération exemplaire.
L’arnaque ne concernait bien sûr pas que Donaghy mais il était « plus coupable que les autres car indispensable à cette fraude » selon le juge. La ligue demande 1.4 millions de $ de dédommagement mais le juge n’a accordé que 217.266 $ en restitution pour les trois accusés (Donaghy, le bookmaker et le transmetteur d’information).
Due à la longueur excessive des extraits à vous traduire/présenter, la seconde partie de cet article arrivera demain.

C’est honteux cette affaire. Truquer des matchs, c’est facile au basket, un contact se transforme en faute, un 3 secondes sifflé d’un coté et pas de l’autre…
On se dit toujours que ça n’arrivera jamais, que les arbitres sont intègres, sauf que ça peut arriver…