En dernier volet de notre bilan des demi-finalistes du Mondial, nous vous proposons un détour par la Serbie. Suite au titre mondial en 2002, ce pays a connu le pire et a du passer par la case départ afin de remonter. De retour au sommet, sous la houlette de Dusan Ivkovic, la Serbie n’a pas décroché de médaille mais a totalement redoré son blason.
Le parcours du combattant.
Indianapolis, 2002, la Serbie des Bodiroga, Stojakovic, Divac, Rakocevic, Radmanovic, Jaric, Drobnjak, Gurovic ou Tomasevic, et dirigée par Svetislav Pesic décroche le titre mondial. La Serbie, encore appelée Yougoslavie, vient de remporter deux titres mondiaux et trois Eurobaskets depuis 1995. L’année suivante, en Suède, Dusko Vujosevic mènera un groupe largement remanié à la sixième place, éliminé en quart de finale par la Lituanie, futur champion d’Europe.
Mais la suite sera un véritable cauchemar. Zeljko Obradovic prend les commandes avant les JO d’Athènes et la Serbie ne réussit pas à passer le premier tour. L’Euro 2005, au pays, devait marquer le grand retour de la Serbie-Monténégro, l’aventure se terminera en pré-quart, face à la France, avec une bagarre dans le vestiaire. Rebelotte au Mondial 2006 (élimination en 8e) et à l’EuroBasket 2007 (élimination au premier tour suite à une défaite contre Israël…). Comme la France, l’Italie ou la Turquie, la Serbie doit passer par les qualifications pour aller en Pologne, en 2009.
Dusan Ivkovic est nommé fin 2007 et décide de sacrifier la génération Jaric, Radmanovic, Milicic, Gurovic pour partir avec une bande de jeunes. A Cagliari, pour débuter les qualifs, il responsabilise les Perovic (22 ans), Erceg (22 ans), Velickovic (21 ans), Tripkovic (21 ans), Teodosic (20 ans), Tepic (20 ans), ou Markovic (19 ans), encadrés par quelques vétérans comme Krstic, Kecman et Vujanic. La Serbie s’imposera 78-64 en Italie et remportera 7 matchs sur 8.
En Pologne, Dusan Ivkovic va au bout de son idée. Il ne parvient pas à convaincre Igor Rakocevic de défendre le maillot national et décide de sacrifier en cours de route Dusan Kecman, pour embarquer une équipe particulièrement jeune. Nenad Krstic et Bojan Popovic sont les seuls à avoir plus de 23 ans. Le résultat est au-delà des espérances avec une médaille d’argent. De cette équipe, seuls Popovic, Raduljica et Tripkovic n’ont pas été retenus pour le Mondial, remplacés par Rasic, Savanovic et Keselj.
Décomplexés.
Défendre le maillot de la Serbie, c’est défendre le maillot d’une nation qui vibre pour le basket. Dusan Ivkovic aime le rappeler. C’est probablement une des raisons qui l’a poussé à éjecter des anciens venus pour leur poire et qu’il a privilégié des joueurs plus jeunes et plus réceptifs à son discours. Si Obradovic, Vujosevic, Sakota ou Slavnic ont échoué avec la génération précédente, pourquoi lui aurait réussi à les remuer ?
Outre une défaite contre l’Allemagne, après deux prolongations, et avec Krstic et Teodosic suspendus, la Serbie a remporté tous ses matchs jusqu’aux demi-finales. Australie, Argentine, Croatie, Espagne, les victimes ont un CV qui pèse lourd. Elles ont toutes été victimes de la furia serbe.
L’Argentine et la Croatie n’ont pas survécu au sang froid de Rasic, l’Espagne a été victime des couilles de mammouth de Teodosic… Il aura fallu la Turquie et le genou de Turkoglu pour envoyer la Serbie dans les cordes. Mais ni l’ambiance surchauffé, ni les barbelées installés par les turcs autour du cercle n’ont semblé mettre à mal ces serbes totalement décomplexés.
Teodosic, le patron.
Révélé l’été dernier, Milos Teodosic a encore pris de l’ampleur en un an. Le MVP de l’Euroleague 2010 est un meneur caractériel, un monstre d’orgueil et un combattant hors norme. Teodosic a délivré 5.6 passes par match, avec une pointe à 11 en demi-finale, il a réalisé quelques jolies perfs offensives, comme ses 19 points contre l’Australie et les 16 face à l’Argentine, et s’il n’avait pas débuté le tournoi suspendu, l’Allemagne n’aurait certainement pas vaincu la Serbie.
Mais Teodosic, c’est aussi un génie du jeu. Il est capable d’envoyer une passe dans le dos dans un trou de souris, de créer des décalages par un drive ou d’envoyer des tirs impossibles. Forcément, il a du déchet, mais il apporte tellement plus qu’il ne gâche. Il a l’air d’un vétéran mais n’a que 23 ans. Meilleur meneur du tournoi, son ‘moment’ reste son tir face à l’Espagne.

Du talent au service du collectif.
Nenad Krstic, 13.5 points et 7.5 rebonds par match, est le vétéran (à seulement 27 ans), de cette équipe. L’intérieur du Thunder est le top scoreur de cette équipe et a prouvé une nouvelle fois qu’il n’est pas juste une grande tige. Intérieur mobile, rugueux, technique et combatif, il a réalisé 5 matchs de très haut niveau suite à sa suspension. Seul le match pour la troisième place le vit passer sous la barre des 13 points. Mais c’était pour l’honneur.
Ce Mondial nous a également permis de découvrir Dusko Savanovic (11.4ppg-3.9rpg), futur intérieur de Valence. Malgré un physique quelconque pour un intérieur, il fait vivre un cauchemar à la défense à chaque entrée, par son intelligence de jeu et ses fondamentaux. Il est capable de tout, scorer inside, à mi-distance ou à 3-points, d’aller au charbon, de défendre, de faire des passes, c’est un vrai joueur de basket.
L’autre révélation de ce tournoi côté serbe, c’est l’ailier Marko Keselj. Signé par Ivkovic à l’Olympiacos, ce grand SF (2.06) a rendu un 21/35 à 3-points. Son geste est parfait et ses nerfs particulièrement solides. Au fil du tournoi, il a pris confiance, pour claquer des 5/6 à l’Espagne ou 4/7 à la Turquie.
On n’oubliera pas de citer les Rasic (moins en vu après son excellent match contre la Croatie), Bjelica, dont nous avions parlé il y a quelques semaines, le très vertical Perovic, les talentueux Velickovic et Macvan, le polyvalent Tepic ou encore le duo de meneurs Markovic – Paunic.
La Serbie n’a finalement qu’un problème à ce jour : trouver le successeur de Dusan Ivkovic. Absent des bancs de touche européens depuis 2007, il avait décidé avant le tournoi de s’engager avec l’Olympiacos. Son successeur aura un sacré challenge à relever. L’héritage d’Ivkovic ne sera pas facile à assumer et un nouveau raté difficile à encaisser.

Serbie de retour de lenfer.. Amazing