Shaquille O’Neal, Kobe Bryant, deux joueurs fantastiques, adorés à travers le monde, deux all-stars ultra-populaires, deux joueurs dominants qui ont régné sur la league ensemble. L’histoire aurait pû être belle… mais les deux se détestaient cordialement. Nous allons ainsi effectuer un retour chronologique sur cette relation mouvementée qui aura tout de même duré huit ans, entre 1996 et 2004.
Construction du duo
Eté 1996. Les Los Angeles Lakers de Del Harris refont peu à peu surface. Le début des années 90 n’a rien de catastrophique, le roster a une certaine qualité mais ça manque de stars et de paillettes. Eddie Jones, Elden Campbell, Vlade Divac, Cedric Ceballos, Nick Van Exel, la qualité est là, mais un leader charismatique fait défaut. De l’autre côté des Etats-Unis, la star plus qu’émergente de la league, Shaquille O’Neal, finaliste NBA dès sa troisième année, est en renégociation pour un contrat. L’histoire est connue, le front office du Magic proposera un contrat que le mastodonte jugea insultant. Dans le même temps, Jerry West, GM de Lakers de l’époque, débarqua avec un contrat immense, 122M$ sur 7 ans, avec la possibilité d’évoluer dans la ville la plus hype des USA, au sein d’une franchise mythique où il pourra prendre la succession de certains des plus grands pivots de l’histoire, Mikan, Chamberlain et Abdul-Jabbar. Le challenge est exitant. Shaq le relèvera!
Trois semaines plus tôt, à East Rutherford, se tenait la draft 1996. Une draft particulièrement dense où, pour l’anecdote, les Lakers ont récupéré Derek Fisher. Mais Jerry West avait une autre cible en vue, un teenager suffisamment confiant en ses possibilités pour sauter la case universitaire, où une bourse l’attendait à Duke, et intégrer le monde professionnel. Il s’agit évidemment de Kobe Bryant, sélectionné en 13e position par les Charlotte Hornets. Le gamin n’a que 17 ans mais il sait déjà ce qu’il veut… et ce qu’il ne veut pas. En l’occurence, jouer à Charlotte ne fait pas partie de son plan de carrière. Il préférerait jouer dans une franchise plus prestigieuse, dans une ville plus classe et ça tombe bien, lors des workouts de pré-draft, Jerry West est tombé sous son charme. Les négociations dureront une quinzaine de jours et Divac sera finalement sacrifié. West récupère ainsi un talent brut, un joyau que le coaching staff devra polir.
En une semaine, Jerry West a ajouté à son roster les deux joueurs qui ont fait des Lakers la top team de la league du début des années 2000. Ces acquisitions alimenteront évidemment les colonnes spécialisées tout l’été. Cependant, West avait un regret: il n’a pas réussi à reconstituer le duo Shaq/Penny.
Le début de la cohabitation se passe sans embûche. La situation était claire, Shaquille O’Neal est arrivé en tant que star, Kobe Bryant en tant que prospect. Même si le jeune Kobe est ambitieux, il n’y a pas de conflit pour le leadership car ce dernier n’est que remplaçant. Les quatre premières saisons se passent sans encombre mais sont décevantes sportivement. De 1996 à 1998, la franchise progresse, le bilan passe de 53 à 61 victoires, chaque saison un nouveau tour de playoffs est passé mais l’équipe vise le titre, elle ne peut donc pas se contenter d’un sweep en finale de conférence.
Titres et querelles
Pour faire passer un nouveau palier à l’équipe, Jerry Buss, le propriétaire de la franchise, décide de licencier Del Harris au cours de la saison 1998-99 et engage Phil Jackson, 6 fois champion avec les Bulls, durant l’été suivant. Sportivement, le pari est réussi, les Lakers remportent 67 matchs, Shaq est nommé MVP et Kobe passe pour la première fois de sa carrière au-dessus des 20 points par match sur une saison. En finale de conférence, les Lakers jouent les Blazers. La série se joue en 7 matchs, un septième match restait dans les mémoires puisque les Lakers remonteront un déficit de 15 points dans le dernier quart-temps. Ce match fut gagné en équipe, une action symbolise bien cela, un alley oop avec passe de Kobe pour dunk du Shaq. Au-dessus du lot, les Lakers domineront les Pacers en finale pour un premier sacre depuis 9 ans.
En 2001, les Lakers réalisent le back-to-back, cependant durant la saison, les premières tensions apparaissent. Bryant (28.5ppg) prend de plus en plus d’importance mais le leader, sur le terrain comme dans les stats (28.7ppg) reste le Shaq. Leurs querelles d’égos ne sont pas encore vives. O’Neal disait même que Bryant était « son idole ». Il ira même plus loin après le Game 1 de finales de conférence contre les Spurs, déclarant que Kobe est « le meilleur joueur de la league, et de loin ». Lors de la saison 2001-02, la cohabitation dans le vestiaire n’est pas toute rose mais l’illusion médiatique perdure, O’Neal faisant campagne pour que le MVP soit attribué à Bryant. Il ne l’obtiendra pas mais en fin de saison les Lakers remportent un troisième titre consécutif.

L’été suivant, Shaquille O’Neal, comme de coutume, n’a pas passé ses vacances à bosser sa condition physique. Au contraire, malgré une gêne à un orteil, il décida d’attendre avant de subir une intervention chirurgicale. Une décision regrettable puisqu’il devra tout de même se faire opérer, mais en début de saison, ce qui lui fera manquer le premier mois. La conséquence sportive est immédiate, les Lakers coulent. Ils seront longtemps sous la barre des 50% et le débat pré-All-Star Game à la mode était « les Lakers allaient-ils se qualifier pour les playoffs? » Ils accrocheront finalement la cinquième place et seront sortis au second tour par les Spurs. La perte de la couronne va définitivement faire basculer la relation des deux superstars de Los Angeles. Bryant aimerait être reconnu à sa juste valeur, comme le leader de l’escouade dont il fut pour la première fois le meilleur scoreur, en saison régulière (30ppg) comme en playoffs (32.1ppg)
Eté 2004, les Lakers effectuent le recrutement du siècle avec Malone et Payton. Ils deviennent ainsi les favoris logiques au titre, les médias se demandent s’ils vont atteindre le seuil des 70 victoires mais dans ce monde d’égo surdimensionné les ennuis ne sont jamais bien loin.
Conflit ouvert
Lors du camp de présaison, le conflit n’est plus larvé. En l’absence de Kobe, pour raisons judiciaires (accusation de viol) et médicales (opération au genou), le Shaq ouvre le bal des bons mots. En conférence de presse, il était interrogé sur le fait que l’ensemble de l’équipe ne soit pas là constituait un handicap. Il répondit, sans jamais nommer Bryant, que les absences n’étaient pas un problème et que leur rôle n’était pas si important que cela. Kobe n’était pas le seul absent, Rick Fox manquait aussi à l’appel, mais les piques du Big Daddy semblaient bien orientées. Quelques jours plus tard, au retour de Kobe, Shaq en remit une petite couche, conseillant à Bryant de se concentrer davantage sur les passes que le scoring. L’interessé apprécia modérément et répondit qu’il n’avait pas de conseil à recevoir d’O'Neal sur la manière de jouer à son poste. Réponse suivante, toujours dans les médias, O’Neal déclara qu’il continuerait à donner son opinion puisque les Lakers étaient son équipe. Et si Bryant n’est pas content, il n’a qu’à partir.
Dans une interview à Jim Gray d’ESPN, Bryant fit alors ses critiques les plus virulentes à l’égard de son pivot. Bryant commença par balancer sur l’état de forme d’O'Neal, « il est gros et hors de forme », il a également dit qu’O'Neal exagérait régulièrement l’importance de ses blessures. Puis sur son autoritarisme, précisant qu’il n’hésitait jamais à rejeter la responsabilité des défaites sur ses coéquipiers. Il critiqua aussi le lobbying fait par O’Neal pour obtenir un nouveau contrat, alors que le sien expirait un an avant. Il dit aussi qu’O'Neal l’avait menacé de ne pas donner son maximum s’il n’avait pas plus souvent le ballon. Il continua en parlant de sa relation avec Shaq. Longtemps, celui-ci se présentait comme le « Big Brother » et Bryant était le « Little Brother » Or, lorsque Kobe a eu ses ennuis judiciaires, il avoua avoir reçu de nombreux témoignages de soutien, même l’oncle du Shaq l’avait appelé. Mais silence radio du côté du #34. Petite pique de Kobe: « Ceci, ce n’est pas ce qu’on attendrait d’un grand frère. »
Il conclua cette interview en critiquant « son manque de professionnalisme » qui nuit aux Lakers. Bryant, agent libre en fin de saison, précise qu’un facteur de sa décision sera « l’infantilité, l’égoisme et la jalousie » que peut avoir O’Neal envers lui.
Désormais, même les fans les plus candides savent ce qu’il se passe dans le vestiaire pourpre et or. Lors de l’opening night, les Lakers reçoivent les Mavs, Bryant est forfait alors O’Neal peut tranquillement montrer que les Lakers peuvent gagner sans lui. Interviewé, Kobe calma un peu le jeu: « On est cool. On a parlé ce matin. Il a dit ce qu’il a dit, j’ai dit ce que j’ai dit. C’est derrière nous. Shaq et moi allons de l’avant, on va être coéquipiers et aider cette équipe à gagner un quatrième titre. » Seulement, les blessures vont rythmer la saison des Lakers, Malone, le ciment de cette équipe, O’Neal et Bryant manqueront tour à tour à l’appel. Malgré cela, les Lakers remportent la Division Pacific mais tombe en finale face aux Pistons.
Le départ du Shaq
Après cette défaite, la fracture entre O’Neal et Bryant refait surface. Lors de la conférence de presse, après le dernier match, O’Neal s’inquiète, Phil Jackson est en fin de contrat et ne semble pas chaud pour revenir et Bryant est agent libre et maintient le suspense autour de ses intentions. « Chacun doit faire ce qui est le mieux pour lui. Moi y compris », lacha le Shaq. Jackson ne recevra finalement pas d’extension et quittera l’équipe. La décision du front office est bien plus lourde de signaux qu’il n’y parait.
Phil Jackson était très proche d’O'Neal alors que Bryant avait critiqué à plusieurs reprises l’attaque en triangle. Ne pas conserver Jackson est donc un signe fort envers Bryant qui est courtisé par les Nuggets, les Suns et surtout par le voisin Clippers. O’Neal apprit le départ de son coach à la télévision. Son avis n’a jamais été sollicité et, évidemment, il l’a très mal pris. Sa réaction ne se fait pas attendre, conférence de presse et annonce sans appel.
Shaquille O’Neal : La direction choisie par les dirigeants ne m´intéresse pas. Je préfère partir. Lorsque je suis arrivé ici, il y avait un projet d´équipe. Là, les dirigeants cherchent à nous monter les uns contre les autres. Donc, vous pouvez l´écrire : si un GM cherche un pivot dur au mal, capable de scorer et qui veut gagner des titres, qu´il appelle Mitch Kupchak.
Les Mavs et les Kings seront immédiatement sur les rangs. Dans le même temps, Bryant scrute ce qui se passe. Les médias annoncent que sa femme souhaite rester à Los Angeles, donc sa prochaine équipe sera soit les Lakers, soit les Clippers, en sachant que ces derniers ont la marge salariale pour réaliser l’opération. Kupchak doit donc faire un choix, il sera fait le 14 juillet, lorsqu’il envoie Shaquille O’Neal à Miami contre Lamar Odom, Caron Butler, Brian Grant et un first-round draft pick. Le lendemain, Kobe Bryant signait un nouveau contrat de 127M$ sur 7 ans!
Les jours suivants ce trade seront propices aux petites piques. O’Neal ouvrait le bal, décrivant Bryant comme « un clown » et « un voyou ». Il n’en fallait pas plus pour que Bryant se lache à nouveau, il questionna O’Neal sur un interrogatoire subi par O’Neal en 2003, au sujet de demoiselles aux moeurs légères grassement rémunérées. O’Neal a démenti ces accusations avec une formule toute trouvée, « il ne sait rien de mes affaires personnelles puisqu’on ne se parlait plus. » Avant d’ajouter, « je ne suis pas celui qui achète l’amour, Bryant est celui qui achète l’amour », faisant référence à une bague de plusieurs million de dollars achetée pour sa femme.
La NBA ne se priva pas de surfer sur cet emballement médiatique en programmant les retrouvailles d’O'Neal et Bryant pour le jour de Noël. Ce match fut l’occasion d’un battage publicitaire quasiment sans précédent et fit les meilleures audiences pour une partie de saison régulière depuis 1998.
Une question était sur toutes les lèvres, dans tous les journaux, sur tous les sites web, dans quelle ambiance ce match va-t-il se dérouler ? Début de réponse lors du NFL Monday Night Football précédant le match, lorsque le Shaq déclara au micro d’Al Michaels sur ABC que Bryant était une « Corvette » et lui « un mur de brique ». Au début du match, Bryant pénétra deux fois sur les deux premières possessions, il prit un contre du Shaq et rentra l’autre tentative. O’Neal fut expulsé (6 fautes) dans le quatrième quart-temps, Bryant manqua le panier de la gagne et le Heat s’est imposé en prolongation.
Bryant et O’Neal se sont retrouvés à nouveau à deux reprises cette saison-là, au All-Star Game puis le 17 mars 2005 pour une victoire des Lakers.
Au fur et à mesure, l’ambiance se normalisa. Bryant s’engagea à ne plus faire d’attaque publique envers O’Neal et lui souhaitait « le meilleur » pour la suite. De son côté, O’Neal fit de même, montrant toutefois une certaine rancune en refusant régulièrement de citer le nom de son ancien équipier, préférant l’appeler « that guy » ou « the other guy ». Et lorsqu’une question sur Bryant lui était posé, il l’ignorait.
Réconciliation
Le 16 janvier 2006 est la date « officielle » de l’enterrement de la hache de guerre. Avant le match opposant le Heat aux Lakers, O’Neal rendit un hommage chaleureux à Bryant. Il s’en suivra une poignée de main et une étreinte. O’Neal avouera que c’est le légendaire pivot des Celtics Bill Russell qui l’incita à se réconcilier avec Bryant.
Le 14 mai 2007, sur le réseau TNT, O’Neal déclarait que son favori pour le titre de MVP était Kobe Bryant. Celui-ci ne sera que troisième, derrière Nowitzki et Nash.
Conséquence de cette paix retrouvée, la NBA a déprogrammé l’affrontement de Noël entre les Lakers et le Heat. En 2007, les deux équipes étaient tout de même en tenue, les premiers face aux Suns, les seconds opposés aux Cavs. Le signe qu’une page s’est belle et bien tournée. Néanmoins, dans une NBA en manque de rivalité, les grands cerveaux de la league ont décidé de nous sortir le match pour ce Noël, profitant au passage de LeBron James.
Si les deux hommes ne se détestent plus, ils s’envoient tout de même des piques de temps à autre. En 2008, le Shaq va chatouiller Bryant dans un rap, chantant « Kobe couldn’t do it without me » en référence aux finales NBA perdues par les Lakers face aux Celtics.
En novembre, Shaquille O’Neal ira même jusqu’à dire que leur entente peu cordiale était de la faute de Phil Jackson, qui n’a pas su gérer l’égo des deux hommes. Il s’en excusera par la suite. Au All-Star Game 2009, réunis pour la première fois dans la même équipe depuis le départ d’O'Neal des Lakers, les deux hommes seront élus co-MVP. Comme un happy end.



à la place des deux, je placerai mon égo de côté pour encore faire équipe ensemble pour gagner encore un(des?) titre(s)
Pourquoi pas dès l’année prochaine shaq???
Pour gagner des titres aujourd’hui, Kobe n’a plus besoin de Shaq, et le roster des Lakers est impréssionant.
Ouais et puis il n’y a pas de place pour un gros Shaq maintenant qu’il y a Bynum et Gasol dans la raquette. En mettre un sur le banc créerait des tensions énormes dans l’effectif !
5 types de LA sont impressionnants ou fort. le reste ne casserait pas des briques en lnb.
j suis tout à fait d’accord avec vous mais j suis un nostalgique et j reste convaincu qu’il aurait pu remporter un paquet de titre ensemble
mais le lakers n’ont pas besoin de shaq ils ont mbenga sur le banc;)
bonne année à vous
pour cédos d’accord mais c’est la que phil jackson intervient il sait transformer des joueurs qui serai « banal » dans une autre équipe, en vrai pion important dans la rotation.
regarde pendant la période des bulls ou la première période des lakers (longley, bj amstrong, scott williams, ….)