Team USA dans l’ombre de la Dream Team

Dans ce concert de tractations, négociations, signatures en tout genre de l’offseason, on oublie très facilement qu’une grande compétition est sur le point de commencer: les Jeux Olympiques de Londres....

Dans ce concert de tractations, négociations, signatures en tout genre de l’offseason, on oublie très facilement qu’une grande compétition est sur le point de commencer: les Jeux Olympiques de Londres. Petit retour sur Team USA qui revient sous la forme rédemptrice qui l’a fait gagné en 2008.

Le souvenir, pugnace

Dans tous les esprits, aujourd’hui, l’arrivée d’une équipe formée des meilleurs joueurs NBA renvoie nécessairement à ce tour de force qu’a accompli la Dream Team 1992 en marquant au fer chaud le basket mondial de son talent. C’est Kobe Bryant, très loquace en tant que leader de cette nouvelle mouture, depuis 2008, qui en parle le mieux sur ESPN:

Kobe Bryant : Quand ils ont commencé ce rêve, la Dream Team, ils ont créé un monstre. Les pays que nous affrontons maintenant, ils ont cette hargne qui vient de ce qu’avaient accompli nos prédécesseurs. Ils ont tous rêvé un jour de devenir un joueur NBA après avoir vu la Dream Team, et à cause de cela, le basket est réellement devenu une plateforme d’interaction globale. Pour être clair, la compétition sera très très rude, bien plus qu’à l’époque. C’était vraiment la perfection à l’époque, un mix entre Magic et Bird, l’ascension de Michael…tout était parfait.

Jerry Colangelo s’en est bien rendu compte: l’épopée d’une Team USA de haute volée est peut-être en train de s’envoler, car, après ces J.O, plusieurs joueurs ne reviendront pas. La NBA a longtemps connu des « trous » où les stars ont simplement refusé de venir en équipe nationale, considérant que c’était une perte de temps, d’argent et un facteur possible de blessure. Depuis quelques années, Coach K et Colangelo ont réussi à relancer la machine en combinant des jeunes (James, Durant, Melo) et des vétérans (Bryant, D-Will, Kidd).

Jerry Colangelo : Il s’agit peut-être de notre dernière grande équipe donc je leur dis juste que cette compétition sera leur héritage.

Tous ces rappels sont faits pour le 20ème anniversaire de la Dream Team, où ces 11 hall of famers agissent encore d’un lointain passé pour mettre la pression sur leurs contemporains.

Une domination sans partage

Aucun mot ne sera assez puissant pour qualifier l’exploit réalisé en 1992. Quand Michael Jordan, Larry Bird, Patrick Ewing, Charles Barkley et Scottie Pippen pour ne citer qu’eux, ont déferlé sur Barcelone en écrasant chaque adversaire par une marge de 43.8 points en moyenne. Cette réussite, cet amoncellement de stars et l’exploit historique qu’ils ont créé, a permis d’ouvrir le basket à tout un chacun, de démocratiser la chose tout en mettant au centre des attentions un nouveau marketing puissant en provenance des États-Unis.

Il n’y a pas eu de meilleure publicité pour la NBA, à part peut-être Jordan. Cette équipe qui paraît, à posteriori, presque « injuste » tant elle réunissait des légendes qui ont bercé notre enfance. Le fait est que, comme le souligne le New York Post, la volonté de créer cette équipe n’a pas été une idée originale de David Stern mais l’obsession de Boris Stankovic, alors secrétaire général de la FIBA, qui a fait des pieds et des mains pour faire venir une équipe américaine aux Jeux. On se souvient du mépris affiché par la NBA vis-à-vis des compétitions internationales, quand elle a envoyé une équipe en 1987 se faire humilier par le Brésil d’Oscar Schmidt (46 points).

Aux J.O de 1988, l’Union soviétique d’Arvydas Sabonis écrase les USA en demi et remporte l’or devant la Yougoslavie. Les USA envoyaient encore leurs joueurs NCAA faire ces jeux, pour ensuite échouer aux championnats du monde 1990 de Buenos Aires contre la Yougoslavie (en demi-finale), future médaillée d’or, menée par Drazen Petrovic et Vlade Divac.

Coach K : On jouait contre les Yougoslaves et les Russes qui avaient des lituaniens avec eux. C’était simplement impossible que des gamins d’université puissent les battre. Ces équipes-là envoyaient des hommes, pas des gamins, ils étaient pros et certains jouaient même en NBA.

Changer les choses

Le challenge de Stankovic était donc de taille. Il en avait simplement assez d’être snobé par la NBA autoproclamée « championne du monde du basket ».

Jack McCallum : Il était un peu fou mais visionnaire. Cela le rendait dingue de savoir que la FIBA était sensée diriger le basket mondial et que la NBA ne savait même pas qui ils étaient! Il fallait que la FIBA soit connue, il fallait faire venir la NBA aux J.O.

Avant les J.O de 1988, une réunion a lieu entre David Stern, Russ Granik et Boris Stankovic à New York. Les deux premiers, administrateurs NBA, accepteront de faire venir une équipe de Milan et une de l’URSS pour jouer au McDonald’s Open. Mais Granik, alors président NBA, n’en avait cure et avoue sans sourciller que les joueurs NBA ne voulaient pas venir aux J.O, donc, que cela n’arriverait pas.

Boris Stankovic fait le forcing et lors du Congrès FIBA de 1989, met en place une réunion d’urgence à Munich pour voter sur ce point précis. Déjà, en 1986, les USA et l’URSS avaient voté contre la participation de joueurs NBA au niveau international. Ils en ont fait de même mais cette fois-ci, Stankovic a convaincu ses interlocuteurs et le vote passe, les joueurs NBA peuvent jouer. Le feront-ils? L’opposition principale venait des USA, isolationnistes sur tous les points, qui n’avaient aucune envie de voir ses joueurs aller disputer ces petites compétitions.

Finalement, lorsque Magic Johnson décide de faire partie de Team USA en 1991, cela fait un déclic. Il est très vite rejoint par un jeune Michael Jordan, Pat Ewing, Charles Barkley et Karl Malone. Jack McCallum, journaliste de Sports Illustrated parlera de « rêves bleus », thème qui deviendra la Dream Team.

Boris Stankovic dit « le visionnaire » se confie en 1991: « j’espère qu’une de nos équipes pourra réussir à avoir une médaille d’or d’ici à 2004… »

Ce que fera l’Argentine à Athènes mais rien de tout cela n’aurait été possible sans l’abnégation et le courage de certaines personnes…à méditer.

NB: Pour fêter ces 20 ans, ESPN a réalisé un documentaire pour la Dream Team début juin, en voici le trailer:

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