Tom Thibodeau – Monty Williams : une nouvelle génération de coachs

Les awards de janvier commencent à être dévoilés par la NBA. Pour les coachs, la grande league a décidé de faire original en récompensant deux rookies, Monty Williams et Tom...

Les awards de janvier commencent à être dévoilés par la NBA. Pour les coachs, la grande league a décidé de faire original en récompensant deux rookies, Monty Williams et Tom Thibodeau. Ces deux techniciens partagent un principe fort : la défense. Mais au-delà, comment ont-ils réussi à s’imposer dans le gotha des coachs NBA ?

Tom Thibodeau – Attendre le bon challenge

Etudiant dans une petite fac, Salem State, il arrête la pratique du basket au terme de son cursus. Il devient alors assistant coach, puis trois ans plus tard, le coach de cette université. En 1985, il décide de partir pour Harvard où il passera 4 saisons.

En 1989, il intègre la NBA où Bill Musselman fait appel à lui pour l’épauler aux Minnesota Timberwolves, franchise nouvellement créée. Deux ans plus tard, il part aux Sonics où il devient scout. Il restera en place une saison puis part pour San Antonio où il redevient assistant. Après un passage aux Sixers, il se révèle aux Knicks, coachés par Jeff Van Gundy, avec une série de 33 matchs consécutifs sous les 100 points durant la saison 2000-01. Après 7 saisons à NY, il accompagne JVG à Houston.

A l’été 2007, il est embauché par les Celtics qu’il transforme en meilleure défense de la league. Ses schémas pour contrer Kobe Bryant lors des finales 2008 sont médiatisés. Son nom revient alors régulièrement pour devenir Head Coach. En 18 saisons en tant qu’assistant, son équipe a terminé 15 fois dans le top 10 des meilleurs défenses. Il n’y a pas de hasard.

Kobe Bryant : Il est incroyable. J’ai affronté ses défenses à de multiples reprises et c’est dur, très, très dur. Chaque équipe où il est passé était impressionnante par ses stratégies et ses défenses très physiques.

En juin 2010, il signe finalement aux Bulls pour 3 saisons, contre 10M$. A 50 ans, Tom Thibodeau débute une nouvelle carrière qu’il n’a pas embrassé plus tôt car il souhaitait le bon challenge. Amener les Bulls au niveau supérieur après 2 saisons à 41-41 est donc ce challenge.

Au moment d’officialiser l’arrivée de Thibodeau, John Paxson et Gar Forman ont avoué avoir été séduit par ses idées offensives créatives, axées sur des drive-and-kick et des pick-and-roll, autant que par la qualité de ses schémas défensifs, largement reconnue dans le milieu.

Mi-janvier, Gar Forman jugeait Thibodeau dans une interview pour le Chicago Tribune.

Gar Forman : Je pense que la transition [d'assistant à Head Coach] a été facile. Bien sûr, tous, quelque soit notre job, essayons d’apprendre et de progresser. Mais je pense que ça a été facile pour lui. Il s’est préparé tout au long de sa carrière pour devenir head coach. Je pense qu’il était prêt. Même plus que prêt.

Pour le GM des Bulls, la force de Thibodeau est la relation qu’il a tissé avec ses joueurs.

Gar Forman : Il a construit une relation de confiance avec les joueurs. Ils savent qu’ils sont préparés à chaque entraînement pour le match suivant. Il a gagné un fort niveau de respect et de confiance. Par exemple, Joakim. Nous avons tous vu ses premières années, les assistants avaient fait du bon boulot pour son développement. Mais Tom vient sur le parquet et a travaillé individuellement avec les joueurs cet été. Je ne sais pas combien de head coachs font ça. J’en ai discuté avec les joueurs et ils le respectent grâce à ça. Il a développé des relations fortes avec nos joueurs clés, comme Joakim, Derrick, Carlos et Luol.

A son arrivée, Tom Thibodeau avait fixé les priorités et ses axes de travail : la défense, le rebond, perdre un minimum de ballons, scorer davantage à l’intérieur et de l’altruisme dans le jeu. Globalement, c’est plutôt une réussite, les Bulls ont la troisième défense de la league (92ppg), ils sont seconds au rebond (44.5 rebonds par match), ils perdent moins de 14 ballons par match, et distillent 21.8 assists pour 37.2 tirs inscrits par match.

Surtout, les Bulls réalisent leur meilleure première partie de saison depuis 1998 et pointent à 70% de victoires (33-14).

George Linn, son coach au lycée à la fin des années 70, avait présenté Tom Thibodeau dans le Chicago Tribune.

George Linn : Tom Thibodeau a toujours été très performant. Il n’avait pas un talent supérieur aux autres, mais c’était un compétiteur comme j’en ai rarement vu. Il était toujours par terre derrière les balles perdues. Et ses coéquipiers l’élisaient toujours comme capitaine grâce à son leadership.

Monty Williams – Un seul mot : défense

Formé à Notre Dame, Tavares Montgomery Williams Jr, dit Monty Williams a joué 9 saisons en NBA. Numéro 24 de la draft ’94, il a successivement défendu les maillots des Knicks, Spurs, Nuggets, Magic et 76ers. Joueur de l’ombre au bon IQ basket, forcé de prendre sa retraite après 9 saisons en raison de problème de genou, il intègre l’encadrement des Spurs en 2004, puis celui des Blazers en 2005 choisi par Nate McMillan lors de son arrivée dans l’Oregon.

En juin 2010, il signe un contrat de 3 ans avec les Hornets — Tom Thibodeau était également courtisé — et sera le plus jeune technicien sur un banc NBA (39 ans). Monty Williams avoue volontiers s’inspirer des coachs pour qui il a joué ou travaillé, comme Pat Riley, Larry Brown, Doc Rivers, Nate McMillan et Gregg Popovich. Dans le New Orleans Times Picayune, il avait confié avoir demandé conseil à Popovich et McMillan alors que son équipe était à 2-5 après un début de saison exceptionnel (11-1).

Monty Williams : J’ai discuté avec les deux cette semaine par texto ou téléphone et ils m’ont dit tous les deux que je devais continuer à faire ce que je faisais. ‘Quoique tu fasses, continue.’ Ils ne m’ont pas dit ‘Fais-ci ou ça.’ mais plutôt ‘Suis ton instinct et continue comme ça.’ C’est ce qu’ils m’ont toujours dit.

Dès le 30 septembre, au terme du second entraînement, Monty Williams avait planté les bases. Il a passé la majeure partie de la séance à travailler la défense, avec des exercices individuels et collectifs — «ces gars n’avaient jamais vu des exercices comme ça.» indiquait-il. Positionnement, communication et agressivité étaient les mots d’ordre.

Monty Williams : La seule manière de marquer des points, c’est d’obtenir des stops. Si vous marquez un panier, vous devez défendre. Mais il faut obtenir un stop avant de scorer. Pour valider vos points, il faut des stops.

Il explique aussi que, pour lui, la défense ne se résume pas aux chiffres.

Monty Williams : La manière dont nous évaluons la défense maintenant est par certains chiffres. Pour moi, ce n’est pas forcément vrai. Si tu forces un tir compliqué, et qu’ils le rentrent, est-ce que ça veut dire que nous avons mal défendu ? Non. C’est difficile à dire. Je pense que tu peux aider l’équipe à progresser si tu as confiance en ton système.

David West : Il a une excellente vision des choses. Il connait le jeu et il a un staff vraiment intelligent.

L’an dernier, les Hornets concédaient 46.4% à l’adversaire (3e plus élevé), le Head Coach des Hornets souhaitait, avant tout, voir son équipe progresser en défense. Il insiste alors sur la contestation des tirs. Aucun shoot, aucun layup, ne doit être facile. Il insiste également sur la communication et les aides défensives. A l’intérieur, Okafor et West profitent du travail extérieur et agissent en deuxième rideau.

Larry Brown et Gregg Popovich lui avaient déjà rendu hommage en décembre dans le New Orleans Times Picayune.

Larry Brown : Monty a un carractère formidable. Il a un bon bagage. Quand vous êtes dans cette profession et que vous voyez des gens comme lui faire ce qu’il fait, ça vous fait vous sentir vraiment bien.

Gregg Popovich : Monty a cotoyé beaucoup de monde. Il a joué avec de nombreux coachs, il était avec Nate ces dernières années. Il a reçu beaucoup d’influences. Il a joué pour Riley, pour Larry Brown. Il n’y a pas que moi. Il a appris de nombreuses personnes.