Turquie — La fierté d’un peuple

Finalistes de ‘leur’ Mondial, les turcs ont réalisé un grand tournoi. Devant leurs fans, ils ont prouvé qu’ils étaient capable, sur 2 semaines, de proposer du grand basket. Bogdan Tanjevic, pour sa dernière compétition à la tête de cette sélection, a tiré le meilleur de ce groupe. Retour sur cette nouvelle épopée quasi victorieuse à domicile.

Les fans, l’atout du numéro 1 ?

Pays où la ferveur populaire anime les salles de basket, la Turquie a fait honneur à sa réputation. A chaque représentation de l’équipe nationale, les fans ont mis l’ambiance, poussé leurs protégés et mis une pression dantesque à leurs adversaires. Comme en 2001, les 12 géants ont été portés par un public déchainé et leur excellent parcours est en partie dû aux fans.

La France, vaincue par la Turquie en huitième, avait pu constater la ferveur qui entourait cette équipe.

Vincent Collet : On s’est battu avec nos armes mais c’était insuffisant pour rivaliser avec cette équipe de Turquie, devant son public, qui joue comme si elle était possédée.

Mais le moment fort que j’ai envie de sortir, c’est la standing ovation des fans pour leurs joueurs à 2 minutes du terme de la fin de la finale. Le match était joué et le public a souhaité rendre un dernier hommage à ses idoles, qui sont devenus vice-champion du monde. La communion fut extraordinaire. Voir Turkoglu répondre en applaudissant les fans pendant des lancer-francs américains est une image exceptionnelle qui résume à quel point les deux parties étaient liées.

Turkoglu, géant parmi les géants.

Hedo Turkoglu est un joueur imprévisible. Sur courant alternatif tout au long de sa carrière, il est capable en club comme en sélection d’être un ailier créatif, clutch et leader, ou, au contraire de se transformer en boulet, envoyant brique sur brique, ralentissant le jeu et oubliant de défendre.

Lors de ce Mondial, comme lors de l’EuroBasket 2001, les fans locaux ont pu apprécier la belle version de Turkoglu. Il ne termine pas top scoreur de son équipe, mais il a répondu présent à chaque match à enjeu. La France a pris 20 pions, la Serbie 16, les USA également. Et quand il ne score pas, comme contre la Slovénie (10 points à 2/5), il délivre 7 passes décisives.

Membre de la All-Tournament Team, Hedo Turkoglu s’est comporté en leader tout au long de ce tournoi. Le futur Sun est désormais médaillé d’argent européen et mondial. A 31 ans, son dernier défi avec l’équipe nationale sera de l’amener aux jeux olympiques de Londres.

Ilyasova, lumière éteinte.

Brillant, Ersan Ilyasova l’a été lors de ce tournoi. Meilleur scoreur (13.4ppg) et rebondeur (7.6rpg) de son équipe, l’ailier des Bucks a longtemps été considéré comme un MVP potentiel. Son adresse à 3-points était terrifiante, il martyrisait les défenses les plus hermétiques (26pts contre la Grèce), il gobait tous les rebonds…

Puis, sont arrivées les demi-finales. Contre la Serbie, il est passé à côté (6pts-4rbs). La Turquie s’est qualifiée malgré l’absence de scoring de son intérieur. Mais en finale, il aurait fallu un grand Ilyasova pour espérer s’imposer. Ce ne fut pas le cas. Il a chipé 11 rebonds mais ne rend que 7 points, à 2/9.

Encore jeune (23 ans), Ilyasova a prouvé qu’il était capable de dominer dans le basket FIBA. Il avait déjà réalisé un bel Euro 2009 et une énorme saison à Barcelone en 2008-09. Il avait tout pour faire partie de la All-Tournament Team… jusqu’à la demi-finale. Même son masque retiré n’y a rien changé !

Un axe meneur – pivot fourni

Poste 5, Omer Asik, Semih Erden et Oguz Savas se sont relayés. Coach Tanjevic disposait de trois joueurs autour des 7 pieds, qui savent manier un ballon. De quoi rendre envieux de nombreux coachs, à commencer par Vincent Collet.

Poste 1, l’expérimenté Kerem Tunçeri, le sniper Ender Arslan, le rodeur Sinan Güler (8 steals contre la Chine, 5 contre la Côte d’Ivoire) et l’espoir Baris Ermis se sont succédés sur le parquet, et étaient parfois associés.

Cet axe clé n’était pas occupé par des superstars mais Coach Tanjevic disposait de solutions multiples. Il n’hésitait par exemple pas à associer l’athlétique Erden avec le plus physique Savas. En demi-finale, les tirs à 3-points d’Arslan et Tunçeri ont maintenu un bon moment la Turquie dans la roue serbe. Le collectif turc est personnifié à travers cet axe.

Une défense de zone redoutable.

Dernier point, et non des moindres, la défense de zone élaborée par Coach Tanjevic. Avec une équipe coupée en 2 au niveau de la taille — seul Akyol, 1.97m, mesure entre 1.94 et 2.08 –, il n’est pas évident de trouver une homogénéité collective.

Avec une défense que l’on peut apparenter à une 2-1-2, voire une 1-3-1 par moment, Bogdan Tanjevic a tiré profit de la taille de sa frontline et de la vitesse de son backcourt. Avec Omer Onan, redoutable dès qu’il faut mettre la pression sur un meneur ou un arrière, et le meilleur stealer de la compétition, Sinan Güler, le backcourt sort du lot. Mais collectivement, cette défense était très forte, et vraiment au point.

Florent Pietrus : C’est vrai que leur zone un peu bizarre, un peu haute, nous a beaucoup gênés. Et à partir de là, on a eu beaucoup de mal à se mettre en place.

Elément clé, la défense est le socle d’une équipe. La Turquie avait la seconde défense du tournoi, en terme de points encaissés. Les américains sont les seuls à avoir fait mieux, ils sont repartis avec l’or.