Une semaine avec… les Grizzlies

Une semaine avec… les Grizzlies

Huit victoires sur les dix derniers matchs, quatre victoires de rang, un bilan positif (22-18), les Grizzlies font figure de tube de l’hiver. La reconstruction est arrivée quasiment à son terme en cette année 2010. Un peu plus tôt que prévu, soyons honnête. Quelle est la marge de progression de cette équipe ? Comment la presse voit-elle l’équipe locale ? Nous verrons cela au fil d’une semaine avec les Grizzlies.

Tireurs d’élite

Autrefois performants dans la raquette, avec des joueurs plutôt habitués à pénétrer, les Grizzlies deviennent peu à peu crédible au-delà de l’arc. Avec 52.2 points par match in the paint, ils sont #1 de la league dans le secteur. Mais Ronald Tillery, du Memphis Commercial Appeal, a mis en avant la progression de l’équipe à 3-points.

Sur les dix derniers matchs, les Grizzlies tournent à 43% à 3-points. Le backcourt est directement impliqué dans cette progression. OJ Mayo (50% à 3-points sur les 12 derniers matchs) et Mike Conley (60% à 3-points depuis un mois, 42.1% sur l’ensemble de la saison) sont d’une précision diabolique.

Mike Conley : Nous en avons un peu discuté entre nous et nous nous sommes dits ‘quand nous rentrons des 3-points, nous sommes vraiment une équipe dure à battre.’ Nous prenons donc des tirs supplémentaires. Et maintenant, nous les rentrons. Les gars ne se contentent pas de tirer à 3-points. Nous faisons une ou deux passes pour avoir une position. Tout le monde peut tirer. Quand la balle circule et que vous avez une position, même si vous avez un mauvais pourcentage, c’est un bon tir.

Mike Conley est d’ailleurs la principale option à 3-points de l’équipe. Régulièrement oublié en tête de raquette, il n’hésite pas à sanctionner car il aime cette position. Sa réussite est contagieuse, Rudy Gay a réalisé un 3/5 le lundi précédent face aux Suns. Le coach, Lionel Hollins, encourage ses hommes à continuer dans cette voie, et ainsi varier les systèmes d’attaque trop axés vers l’intérieur en début de saison.

Lionel Hollins : J’imaginais bien qu’à un moment nous allions les rentrer. Nous étions plutôt correct l’an dernier. Les mêmes gars qui les rentraient l’an dernier sont là.

Hollins conseille Conley et Mayo

MEM @ NOH – Fin de série

En déplacement à New Orleans, les Grizzlies entendent réaliser une bonne opération et s’imposer face à un concurrent direct. La petite stat intéressante : Sam Young tourne à 13.4 points par match à l’extérieur depuis le 1er décembre, alors qu’il ne score que 5.9 points à domicile. Par ailleurs, les Hornets réussissent plutôt bien face aux Grizzlies, 8 victoires consécutives, et Chris Paul a réalisé deux de ses cinq 40-point games face aux oursons.

Les Hornets ne sont pas tombés dans le piège. Grâce à un layup victorieux de James Posey, les locaux ont mis un terme à la série de 4 victoires de rang de leurs hôtes. La défense de Carroll sur Posey a d’ailleurs fait débat. Le joueur a expliqué après coup qu’il souhaitait éviter à tout prix un jump shot de Posey, ancien Grizzly, et qu’il s’est laissé surprendre.

Néanmoins, DeMarre Carroll conserve la confiance de son coach qui apprécie l’énergie de son rookie. Il fut le premier remplaçant à entrer en jeu car il défend dur.

La conclusion est pour Zach Randolph, auteur d’une grosse perf individuelle, 25 points et 12 rebonds.

Zach Randolph : Nous devons apprendre à gagner des matchs à l’extérieur. Nous n’avons pas bien joué à la fin du match.

L’après Iverson.

Sur Yahoo! Sports, l’insider Marc J.Spears a consacré un article sur les Grizzlies et la gestion de l’après Iverson. La différence entre le bilan avec Iverson, 1 victoire en 9 matchs, et le bilan sans, 23 victoires pour 11 défaites, ne nécessite aucun commentaire.

Le départ d’Iverson, qui ne voyait pas sa présence sur le banc comme une évidence, a désintégré bien des nuages noirs. Mike Conley a avoué que les commentaires d’Iverson sur son statut était difficile à encaisser.

Mike Conley : Quand il a dit ça, c’était quelque chose de nouveau pour moi. J’ai essayé de ne pas le prendre pour moi. Au contraire, je mm’en suis servi comme motivation pour progresser et aider l’équipe davantage. C’était un moment compliqué, la manière de jouer avec lui, et des choses comme ça.

Pour autant, Marc J.Spears rappelle que les problèmes des Grizzlies n’étaient pas liés uniquement à Iverson. L’équipe ne défendait pas, les joueurs la jouaient perso en attaque et l’esprit d’équipe n’était pas présent. Durant un match, OJ Mayo et Rudy Gay s’étaient même joyeusement engueulés. On était loin de l’ambiance idyllique actuelle.

Zach Randolph : Nous n’avions pas de collectif. Nous n’étions pas là les uns pour les autres.

Le départ d’Iverson, remplacé par Jamaal Tinsley, fut donc une bonne chose. L’ancien Pacer a un rôle bénéfique dans l’équipe. Il donne des conseils à Conley et distribue le jeu, chose qu’Iverson n’est pas capable de faire en première intention.

Deux mois plus tard, les Grizzlies sont redoutés. Une alchimie s’est crée. Pour Lionel Hollins, cette page est définitivement tournée.

Lionel Hollins : C’est terminé. Il est parti. Au revoir. Nous pensons au prochain match. Ou le prochain entraînement. Nous ne soucions pas des joueurs qui ne sont pas dans l’équipe. Il a joué 3 matchs. Nous avons avancé depuis. Vous devriez demander à chaque joueur comment cela les a affecté. Mais c’est fini. Terminé.

OKC @ MEM – Hasheem Thabeet s’affirme

Dans le Memphis Commercial Appeal, on peut lire une intro qui pourrait bien faire frémir David Stern. « Si Memphis et les Oklahoma City Thunder sont destinés à devenir rivaux un jour, ce match entre les deux équipes fait office d’excellent précurseur. » Une rivalité Grizzlies – Thunder ? Médiatiquement, ça donne pas forcément envie. Mais sportivement, ça a de la gueule.

Au FedExForum, il y eut 10 changements de leader et 10 égalités avant que Rudy Gay ne fasse définitivement la différence (86-84). Les Grizzlies ont fait la différence en défense, tenant les partenaires de Durant (30pts) à 40% de réussite.

Thabeet bloque Sefolosha

Dans ce registre, Hasheem Thabeet, 9 rebonds et 4 blocks, a fait forte impression. Le #2 de la dernière draft a surtout fait preuve de beaucoup d’énergie, il a imposé sa taille dans la raquette et a rappelé son excellent sens de l’anticipation.

Lionel Hollins : Il était concentré. Il était présent. Il était superbe. Il a eu un impact, je lui ai dit que nous avions besoin de ça tous les soirs. C’est son job. Il a vu des opportunités de contester des tirs et il les a saisi. [...] Il a fait la différence dans notre victoire.

Avant le début du match, Hollins lui a proposé un détour par la DLeague, invitation que le tanzanien a refusé. Thabeet a ainsi voulu prouver à son Head Coach qu’il avait le niveau. Le coaching staff lui a reproché à plusieurs reprises son manque d’investissement et de dureté. Il a surtout tendance à relâcher des ballons en apparence facile, ce qui est gênant pour un intérieur défensif.

Hasheem Thabeet : C’est à moi de rester concentrer, et ne pas me reposer après un bon match. Je dois progresser.

All-Star Game

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les Grizzlies sont encore suivis du côté de Vancouver, via le blog Straight Outta Vancouver. Ce blog a publié un post sur le prochain All-Star Game. La franchise n’a plus été représentée depuis 2006 et la sélection de Pau Gasol. L’intérieur espagnol est du reste le seul Grizzly all-star en 15 ans.

Randolph all-star ?

Un nom revient régulièrement pour intégrer la sélection : Zach Randolph. L’ancien Blazer, Knick et Clipper est le meilleur scoreur (20.9ppg à 50.3%) et rebondeur (11.5rpg) de l’équipe. Il est doc un candidat légitime. Des intérieurs à 20-10 dans une winning team ne peut être raisonnablement écarté. Derrière Nowitzki, deux à trois places d’intérieurs seront distribuées. Carlos Boozer ? Chris Kaman ? Pau Gasol ? Andrew Bynum ? Les noms circulent. Mais pour le blog de Vancouver, Randolph n’a rien à envier à personne. Pas faux.

Dans le Memphis Commercial Appeal, Lionel Hollins a indiqué que Z-Bo méritait sa place mais qu’il se refusait de faire de la promo pour son joueur. Vote for change déclare le coach des Grizzlies, dans un premier temps, un brin malicieux. Dans un second temps, il a tout de même envoyé un message un peu plus significatif à ses collègues, qui se sont exprimés mardi après-midi.

Lionel Hollins : Je leur ai dit que Zach n’était pas seulement un 20-10 player, il contribue à nos victoires. Il est le leader de notre équipe. L’équipe croit en lui. Ils le suivent et se battent derrière lui. Il est mature.

Le nom de Rudy Gay circule également. David Aldridge, l’insider de NBA.com, l’a placé parmi ses « mentions honnorables », au même titre que Randolph — Aldridge lui préfère Boozer. Mais Gay, malgré ses 20.5 points par match, sera certainement devancé par Kevin Durant.

ORL @ MEM – 24

Les Grizzlies chercheront une onzième victoire consécutive à domicile lors de ce match. Rudy Gay tourne à 27.3 points lors des 3 derniers matchs, Zach Randolph reste sur 11 double double en 12 matchs et Mike Conley tire à 71% à 3-points depuis 6 matchs. Des chiffres bien sympathiques. Autre élément, en cas de victoire, les Grizzlies auront gagné autant de match que lors de la saison 2008-09.

OJ Mayo : Vu comment jouent Marc [Gasol] et Zach [Randolph], nous pourrons mettre de la pression sur [Dwight Howard]. J’espère que nous arriverons à le mettre en foul trouble ce qui créera des espaces. Le plus important sera le rebond et d’obtenir quelques bonnes contre-attaques face à une telle équipe de shooteurs.

Si Dwight Howard a fait un match plein, Zach Randolph (23pts-19rbs) également. Au-delà des chiffres, Z-Bo a rentré un tir incroyable au buzzer de la mi-temps.
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Après le match, atteindre ce seuil de 24 victoires a presque perturbé Lionel Hollins.

Lionel Hollins : Gagner 24 matchs n’était pas notre objectif en début de saison. Nous ne pouvons pas arrêter de jouer. Et gagner 11 matchs de suite à domicile est sympa.

La folie Randolph

Après ce nouveau gros match de Zach Randolph, le Memphis Commercial Appeal s’est emballé sur son PF. Ronald Tillery, qui suit l’équipe au quotidien, et Geoff Calkins qui suit l’équipe à travers son blog, se sont tous les deux attardés sur son cas.

Du talent, tout le monde a toujours été unanime, le bon Zach en a. Il en a toujours eu. A Portland, il a chassé Rasheed Wallace de la raquette car son potentiel affolait la direction de l’époque. Mais malgré son talent, il n’est jamais apparu parmi les joueurs capables de faire gagner leur équipe par ses prestations et ses 20-10 soir après soir.

A Memphis, il lui a fallu une demi-saison pour balayer cette image. Son arrivée a fait passer les Grizzlies de cancre à membre de la course aux playoffs. Plus mature, plus leader, plus exemplaire, il a indiqué avoir montré l’exemple durant l’été en passant par la salle de sport.

Zach Randolph : J’ai beaucoup travaillé cet été. Je suis en excellente forme. Je me suis entretenu et j’essaye d’être le facteur qui fait évoluer cette équipe. J’ai fait ce qu’il fallait pour aider l’équipe à gagner.

Zach Randolph est entrain de marquer les Grizzlies. La franchise n’a pas une grande histoire mais a vu passer de beaux intérieurs, Shareef Abdur-Rahim et Pau Gasol en tête. Mais en 6 mois, celui qui est arrivé contre Quentin Richardson (lui-même arrivé contre Milicic), a déjà battu ou égalé 11 records de franchise. Il a transformé l’équipe. Un exemple ? L’an dernier, les Grizzlies étaient l’équipe qui prenait le moins de rebond. Cette année, ils sont quatrièmes de cette catégorie.

Mike Conley : C’est une machine à double-double. L’impact qu’il a eu sur les Memphis Grizzlies est incroyable.

Mais le plus grand fan de Z-Bo est peut-être l’un de ces plus gros détracteurs à son arrivée, le bloggueur Geoff Calkins. J’avais tord; Z-Bo mérite d’être MVP titre-t-il dans sa dernière chronique. Évidemment, Randolph ne sera pas MVP, Calkins le reconnait lui-même. Mais il remarque surtout que cette franchise qui faisait marrer tout le monde après un départ catastrophique (1-8) est désormais respecté. Grâce, en partie, à son PF.

Il compare même l’arrivée de Randolph et la transformation subie par les Grizzlies aux Celtics, après les arrivées de Garnett et Allen, et aux Suns, suite au recrutement de Steve Nash. Ce qui vaut un sacré méa-culpa de sa part.

Geoff Calkins : Je me suis déjà tromper précédemment, et je me tromperai certainement à l’avenir. Mais je ne suis pas sûr que je ferai pire que mon article titré ‘Recruter Randolph est le pire move que les Grizzlies pouvaient faire’. Oops. Je vais le réécrire. En changeant ‘le pire’ par ‘le meilleur’.

C’est dit !

Le bloggueur a demandé à Chris Wallace, le GM de la franchise, ce qu’il pensait de son poulain.

Chris Wallace : Il a gagné en maturité. Il fait tout pour nous, à part vendre les programmes de match. Mais Zach nous apporte plus que les statistiques ne le montrent. Il rend tous les joueurs de cette équipe meilleure.

La définition d’un franchise player en quelque sorte.

Crédit photos : Getty Image