[World Championship 2010] – Les forces en présence

A la veille du début du Mondial, je vous propose un tour d’horizon des forces en présence. Qui sont les favoris ? Les principaux outsiders ? Les surprises ? Etat des lieux groupe par groupe, puis je vous proposerai mon pronostique pour le dernier carré.

Groupe A

Le groupe A n’est pas le moins explosif. Avec la Serbie, l’Argentine et l’Australie, trois équipes peuvent viser la première place. Les suspensions touchant la Serbie sont désormais connues, Nenad Krstic a pris 3 matchs, et Milos Teodosic 2. Elle s’en sort plutôt bien puisque l’entame de la compétition est plutôt douce avec les trois équipes les plus faibles lors des trois premiers matchs. La Serbie est parfaitement capable de battre l’Angola, l’Allemagne et la Jordanie sans son pivot titulaire (avec Perovic et Raduljica derrière) et son meneur titulaire (Paunic et Markovic prendront le relais).

Luis Scola, point fort de l'Argentine

Luis Scola, point fort de l'Argentine

La Serbie devrait remporter ce groupe devant l’Argentine qui vient de perdre Nocioni (cheville) et sera remplacé par un joueur encore inconnu, qui débarquera donc en Turquie, sans avoir fait la totalité de la préparation, à moins de 24 heures du premier match. Luis Scola est un leader exemplaire et sera épaulé par Prigioni, Delfino et Oberto. Mais le roster manque clairement de profondeur et le scoring dépendra beaucoup de Scola et Delfino, deux joueurs habitués au carton en sélection.

L’Australie me semble un poil en dessous mais pourrait très bien chatouiller les leaders. Les retrouvailles entre Maric et la Serbie vaudront le coup, tout comme celles entre les deux ex-coéquipiers des Rockets Scola et Andersen. La raquette est d’ailleurs le point fort de cette équipe, avec Nielsen (qui jouera l’an prochain à l’Olympiacos, sous les ordres de Coach Ivkovic… le sélectionneur serbe), le musculeux Baynes et le tweener Worthington. L’Australie sait durcir le jeu et a démontré dans le Rhône qu’elle maitrisait son basket. Elle dispose, en outre, en Patty Mills d’un super électron libre et d’une ribambelle de joueurs de devoir (Ingles, Newley, Markovic). Un gros candidat au top 8 !

La quatrième place se jouera entre l’Angola et l’Allemagne, et je mettrais bien une piécette sur les africains. L’Allemagne se reconstruit alors que l’Angola a un groupe très stable et surtout, habitué à jouer ensemble. L’Allemagne sera privée de joueurs historiques (Nowitzki, Femerling, Roller, Okulaja…) et devra composer avec une nouvelle génération peu expérimentée (Harris, Pleiss, Schaffartzik, Ohlbrecht, Benzing) encadrée par Demond Greene et Steffen Hamann. Je n’y crois pas. Pas plus qu’en la Jordanie, très méconnue et pas étincelante en préparation (seulement cinquième de la FIBA Asia Stankovic Cup).

Groupe B

Dans le groupe B, il devrait y avoir les Etats-Unis, puis les autres. Les champions olympiques en titre présentent une équipe remodelée mais plutôt cohérente. Après des débuts difficiles, Kevin Durant a prouvé contre l’Espagne qu’il était aussi capable de dominer dans le basket FIBA. Le départ de Rondo, dans des conditions pas très claires, n’est pas forcément préjudiciable tant le potentiel à la mène est élevé. Chauncey Billups et Derrick Rose ont pris l’ascendant à ce poste. Puis, l’équipe défend — Coach K travaille la zone et l’indiv — et progresse sur demi-terrain. L’équipe B sera très intéressante à suivre.

Le Brésil, champion des Amériques en titre

Le Brésil, champion des Amériques en titre

En seconde force de ce groupe, je vois bien le Brésil, devant les nations d’ex-Yougoslavie. Le roster est vraiment complet et coaché par Rubén Magnano, qui avait mené l’Argentine à l’or olympique en 2004. Huertas est un vrai meneur d’impact, Barbosa marque des points, Splitter pose un problème permanent dans la raquette… Puis, il y a Machado qui dégaine au moindre espace de liberté avec une précision remarquable. Néné sera le principal absent, mais avoir JP Batista en 6e solution intérieure en dit long sur le potentiel de cette équipe…

La Slovénie, au complet, aurait été un deuxième logique, mais sans Lorbek, Udrih, Smodis et Vujacic, ça risque d’être compliqué de viser le top 16. En préparation, la Slovénie a été battue par la Grèce, la Serbie et… la Nouvelle-Zélande et n’a pas obtenu de victoires d’éclat. L’équipe est menée par Dragic, Lakovic, Nachbar, Becirovic et Brezec, donc le talent sera là. Mais si, une fois seulement, tous les talents pouvaient être réunis…

De son côté, la Croatie présente un groupe rajeuni, sans les pivots vétérans Kasun, Vujcic et Nicevic. Par contre, Ante Tomic, qui a franchi un vrai palier en signant au Real Madrid, sera présent et deviendra un des leaders de cette équipe où se mêlent manieurs de ballon (Planinic, Popovic, Tomas, Bogdanovic) et joueurs de devoir (Kus, Banic, Loncar). Ce sera suffisant pour sortir les poules. En effet, il semble impensable que l’Iran et son pivot NBA Haddadi ne batte une autre équipe que la Tunisie.

Groupe C

Là encore, les suspensions entrent en compte. Fotsis et Schortsanitis manqueront les deux premiers matchs contre la Chine et Porto-Rico. La Grèce a le potentiel pour venir à bout de ces deux nations sans deux de ses joueurs majeurs puisque Jonas Kazlauskas dispose encore de Bourousis, Printezis, Kaimakoglou, Perperoglou, Tsartsaris et du jeune Vougioukas pour composer sa raquette. Autrement dit, du joueur dur, rugueux, et parfois talentueux. Il sera par exemple intéressant de voir à l’œuvre Vougioukas durant l’absence de Big Sofo.

La Grèce, candidate au podium

La Grèce, candidate au podium

Avec un groupe relativement identique à l’an dernier, et à toutes les compétitions depuis 2005, les grecs ne sont pas en fin de cycle, loin de là. La force défensive de cette équipe est impressionnante et même quand elle veut perdre, elle ne passe pas loin de la victoire (rappelez vous de France – Grèce l’an dernier…). Le match contre les américains est une possible source d’inquiétude mais sur un match, ils restent capables de tout. Puis, quand votre coach se paye le luxe de dire non au retour de Papaloukas, c’est que le potentiel est présent.

Un potentiel qui me parait supérieur à celui de la Turquie, qui évolue pourtant à domicile, avec la pression populaire qui va avec. Mais les turcs ont réalisé une préparation décevante, avec de nombreuses défaites à domicile. Cette équipe a des joueurs de talent (Turkoglu, Ilyasova, Akyol) et de la viande sous les panneaux (Savas, Asik, Erden). Vice-championne d’Europe à domicile en 2001, la Turquie a eu du mal à confirmer depuis. Alors l’année ou jamais ? D’après mon pronostique, elle retrouverait les USA en quart de finale, la même équipe qui a battu l’Espagne à Madrid et la Grèce à Athènes.

Derrière, la troisième place est ouverte et devrait se jouer le 28 août entre Porto-Rico et la Russie. Je mettrai volontiers une pièce sur les hommes de Manolo Cintrón. Carlos Arroyo et JJ Barea seront orphelins de Larry Ayuso qui a claqué la porte mais le roster reste barder d’artificiers, Lee, Vassallo, Huertas et Sanchez. En dessous, deux 7-footers passés furtivement par la NBA, Dan Santiago et PJ Ramos, associés au très actif Renaldo Balkman. Ce groupe me paraît supérieur à la très discipliné Russie qui évoluera sans Kirilenko, McCarty et Holden et avec un Viktor Khryapa amoindri. Les curieux observeront Timofey Mozgov et Sasha Kaun, deux futurs pivots NBA.

Pour l’honorifique cinquième place, je pense que la Côte d’Ivoire, si elle arrive à faire preuve de constance, est capable de battre la Chine. Ce sera une opposition de style entre les athlétiques, vifs et polyvalents ivoiriens et les géants-shooteurs chinois, malheureusement privés du plus grand. Souleymane Diabate, Pape Amagou et Stephane Konate peuvent donner le tournis aux partenaires de Yi Jianlian. Verdict le 29 août.

Groupe D

L’Espagne sera probablement au rendez-vous des demi-finales et a les moyens d’écraser la concurrence au premier tour. Sergio Scariolo dispose d’un potentiel fou. Raul Lopez a remplacé Jose Calderon (blessé à la jambe contre les américains) et formera une belle triplette de meneur avec l’excellentissime Rubio et l’imprévisible Llull. A l’intérieur, Pau Gasol n’est pas là, mais Fran Vasquez a répondu présent. Il épaulera Marc Gasol, Felipe Reyes et Jose Garbajosa sous les panneaux. Sans oublier Navarro, Claver, Rudy, Mumbru… Qui dit mieux ?

Pas la Lituanie en tout cas. Souvent brillants, les baltes m’ont surpris lors du USA-Lituanie à Madrid en proposant une défense très intense, tenant les américains à 8 points (de mémoire) dans le premier quart-temps. Linas Kleiza sera le leader de cette équipe et sera épaulé par des joueurs habitués de l’Euroleague comme Javtokas, Jasaitis, Jankunas, Pocius, Gecevicius ou Kalnietis. Les noms ronflants sont à la retraite mais dans ce groupe plutôt ouvert, la Lituanie a une carte à jouer.

Quelles ambitions pour la France ?

Quelles ambitions pour la France ?

La France sera-t-elle capable de gagner la troisième place ? Sur le papier, oui. Les hommes de Vincent Collet peuvent battre la Lituanie, la Nouvelle-Zélande, le Canada et le Liban… mais ils sont tout aussi bien capables de perdre ces matchs. Là est le problème. Quelle France verra-t-on ? Celle de la première mi-temps face au Brésil, brillante, agressive et adroite ? Ou celle de la deuxième mi-temps, indigente, apathique et non concernée en défense ? Réduire les pertes de balle sera un pas important vers la qualif.

Le Canada a été capable de battre la France deux fois chez elle et de battre la Serbie en Grèce. La France n’a pas obtenu une telle victoire durant sa préparation. Cependant, les nord-américains ont aussi pris une branlée face à la Grèce. Les leaders ne font pas rêver (Andy Rautins, Denham Brown, Jermaine Anderson, Joel Anthony) mais le collectif est capable de tout.

La Nouvelle-Zelande peut aussi viser les huitièmes avec son scoreur Kirk Penney (42pts contre la Slovénie il y a deux semaines) et le vétéran Pero Cameron. Onze des douze joueurs évoluent au pays et le dernier, Craig Bradshaw, se balade en Lettonie. Quatrième du Mondial 2002, il ne faudra pas les sous-estimer. Par contre, le Liban avec sa vedette Fadi El Khatib et ses deux brefs-ex-joueurs NBA (Matt Freije et Jackson Vroman) paraît un ton en-dessous.

Le carré magique

Espagne – USA. La probabilité de voir une revanche de la finale des derniers jeux olympiques le 12 septembre était très forte. L’opposition à Madrid, dimanche, a accouché d’un match — amical, vraiment ? — d’anthologie. Les deux équipes sont au-dessus du lot et elles seront très difficiles à faire tomber. Mais si elles terminent en tête de leur groupe, elles se retrouveront en demi-finale. Le match de Madrid a prouvé que le niveau était homogène et qu’une finale entre les deux équipes aurait été fantastique. Quoi qu’il en soit, sur le papier, ces deux équipes sont favorites de la compétition.

Dans l’autre partie du tableau, je vois bien la Serbie et la Grèce aller en demi-finale pour des retrouvailles explosives. Les matchs entre ces deux équipes sont toujours engagés et ne manquent jamais de rebondissement. Respectivement deuxième et troisième du dernier Euro, les deux nations se connaissent parfaitement, notamment parce que les géants grecs aiment bien recruter chez les clubs serbes.

Pour terminer de me mouiller, j’imagine une finale USA – Serbie, avec une victoire américaine. Le fait d’avoir pris la préparation au sérieux, avec de gros matchs, sera bénéfique aux américains.