Adam Silver, un patron aux multiples facettes

Prenant la relève du sémillant David Stern, Adam Silver n’a pas fait de vagues jusqu’à présent, et pourtant, il a déjà accompli des choses. Retour sur le début de carrière d’un Commish’ 2.0, qui n’hésite pas à donner son avis sur des sujets clivant aux États-Unis.

Des scandales pour débuter

Adam Silver est jeune patron de la NBA (52 ans), tout droit venu (comme son prédécesseur) des milieux d’affaires et plus particulièrement du métier d’avocat. Il rejoint la NBA en 1992 après avoir travaillé dans différents cabinets, notamment pour un juge fédéral américain à New York.  Il sera « assistant » du Commish de l’époque, David Stern mais aussi Chef staff, Vice Président de NBA Entertainment l’amenant à être producteurs de plusieurs documentaires. Il sera en 2003 dans le TOP 100 des personnes les plus influentes selon Time Magazine.

sterlingmeme02Il était donc naturel que la passation de pouvoir se fasse à travers lui. Son arrivée est pourtant mouvementée puisque 3 mois après sa prise de poste, il sera dans l’obligation de réagir dans le scandale Donald Sterling – ce propriétaire aux propos racistes enregistrés et révélés par TMZ. Silver ne prendra pas de gants, sous une pression assez énorme de ses pairs: il bannit Sterling de la NBA en ajoutant une amende record de 2.5M$ (le maximum possible), tout en poussant les autres propriétaires à exclure le dit propriétaire.

Deux mois plus tard, il doit vivre son premier été chargé au vu des différents Free Agent (toute la classe 2003 de James, Wade, Melo…) ainsi que la renégociation des droits télévisuels, un enjeu majeur pour l’augmentation (substantielle) des revenus de la NBA. Silver réussit à négocier un contrat avec ESPN et TNT qui selon le New York Times vaudrait 2.66 milliards de $ en revenus par an (24 milliards au total). Il sécurise les reins financiers des différentes teams, mais aussi des joueurs qui voudront renégocier en 2016 à l’aune de ce gâteau bien plus riche en dollars.

On peut parler de sans faute à l’heure actuelle pour le Commish NBA. Il donne des interviews assez aisément, pour faire parler l’image de transparence qui l’accompagne et voici sa réponse à la question de GQ: Comment gérer une crise dans un Sport aussi médiatisé?

De manière générale, nous avons appris que l’honnêteté, la transparence et la prise de parole directe avec les fans sont d’une importance critique. Nous cherchons toujours conseil, nous avons pris quelques jours avant de nous décider sur Donald Sterling et plusieurs propriétaires ont été judicieux. Nous parlons ici d’un processus: un de nos point fort, c’est que tout le monde prendra l’appel si on décroche le téléphone. Et c’est important quand des sujets sociétaux comme la différence de couleur, rentre en jeu, je dois avoir une perspective globale. J’essaie de faire avec les réalités du terrain.

Six mois plus tard, rebelote avec les différentes affaires de mœurs qui touchent d’abord la NFL avec le cas Ray Rice notamment, puis la NBA. Le jeune Hornet, Jeff Taylor, sera suspendu 24 matchs pour des violences conjugales avérées (il plaide coupable un mois auparavant). Le NBPA (syndicat des joueurs) peut faire appel de la décision mais le joueur préfère éviter et laisser se tasser les choses tandis que Dwight Howard est pris en grippe après ses commentaires sur sa manière d’éduquer ses enfants avec des châtiments corporels…

Oui, la NBA, c’est les États-Unis, avec son lot quotidien de potins et de choses qui n’ont rien à voir, avec le jeu; l’image de la NBA, c’était le sacro-saint de David Stern, devons-nous le rappeler?

Pourtant, Adam Silver apparait comme un pragmatique, il reste rationnel et terre à terre quel que soit le cas. Il apporte d’ailleurs beaucoup plus sur la table qu’il n’y parait.

Une approche rationnelle et pragmatique

L’innovation majeure apportée par ce nouveau Commish’, c’est peut-être cette liberté de ton. Il n’hésite pas à bousculer l’ordre établi ou simplement à proposer de réels changements pour la NBA et le sport en général. Dans une interview au New York Times, il n’hésite pas à s’exprimer sur la légalisation des paris sportifs. Lorsque GQ lui demande s’il n’a pas de problème moral avec les effets induits des jeux d’argent (addiction, illégalités, corruption…), il joue toujours la transparence:

Absolument, j’ai de nombreuses peur mais cela arrive déjà en ce moment même, avec un élargissement de paris illégaux sur la NBA. Cela a toujours existé, la nouveauté vient du fait que c’est devenu commun et banal. Tapez dans n’importe quel moteur de recherche « Paris NBA » et vous pouvez y passer la journée à trouver des sites d’information, de paris officiels etc…Il suffit d’entrer votre numéro de carte de crédit.

C’est interdit aux États-Unis en dehors du Nevada mais des millions de gens le font quand même. Mon point de vu est celui-ci: si cela existe quoi qu’on puisse faire, autant engager un partenariat avec le gouvernement et ces entreprises de gestion de paris pour réguler ce microcosme. Nous devons sécuriser l’information, notamment à propos des blessures et nous devons nous assurer que personne de notre organisation puisse y participer.

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Un avis qui se défend. On vous le disait: pragmatique, il le prouve. Il est même très intelligent de ne jamais mentionner un fait tout simple: l’argent des paris en ligne. Pour vous donner une échelle, en France, les jeux d’argent représentent une mise de près d’1 milliards d’euros par an (988M€), alors dans un pays presque dix fois plus peuplé, vous imaginez bien les retombées financières. Il n’y a qu’un pas à faire pour parler de l’usage légal des drogues, et GQ ose poser la question au patron de la NBA: qu’en est-il de la politique de la NBA vis-à-vis des États qui légalisent la Marijuana?

Nous n’avons aucune obligation de changer notre politique. La majorité des employeurs interdisent à leurs employés de boire sur leur lieu de travail et pourtant, l’alcool n’est pas une substance illicite. Nous parlons de politique d’entreprise et notre préférence va contre l’usage de la Marijuana pour nos joueurs, nous pensons que cela affectera leurs performances sur le terrain. Néanmoins, cela ne nous inquiète pas, nous avons plus de problème sur l’usage de substances qui améliorent les performances et notre priorité est de faire le plus de tests possibles pour éviter ces usages.

Quand on lui demande ce qu’il voudrait changer s’il pouvait le faire d’un simple claquement de doigts, la réponse est immédiate:

Je durcirai le salary cap. Je pense qu’il n’est pas sain pour une équipe comme Brooklyn d’excéder autant la Luxury Tax pour avoir de meilleures chances de l’emporter. De notre point de vu, l’idéal serait que les 30 équipes s’affrontent avec les mêmes budgets, de sorte que ce soit les compétences qui priment, de la part du management et des joueurs, plutôt qu’une équipe se basant essentiellement sur le talent brut. Créer un système plus égalitaire est la première de mes priorités. Et je serai également pour augmenter l’âge minimum dans la ligue de 19 à 20 ans (problème de CBA).

Un homme d’action

Évidemment, Adam Silver ne donne pas que des interviews pour partager la bonne parole qui est la sienne. Il agit, aussi. On l’a vu sur les différents scandales, sa réaction a été rapide, efficace et unanimement soutenue. Qu’en est-il de ses initiatives propres? Eh bien, il y a des succès et des échecs. La renégociation des droits télévisuels fut un franc succès, alors que la réforme de la lottery Draft, un échec cuisant. A un vote de 17 contre 13, la réforme de la Lottery a échoué. L’idée de Silver était simple: empêcher les équipes de faire du Tanking, donc qu’elles arrêtent de perdre sciemment des saisons pour acquérir le premier pick de la draft.

photo-courtesy-of-Jennifer-Pottheiser-getty-imagesIl était question de donner aux quatre pires équipes d’une année, exactement les mêmes chances (11%) de tirer le numéro un de la draft alors qu’aujourd’hui, l’équipe qui a le pire bilan a 25% de chance de tirer ce #1. Silver analyse son échec:

Je pense, essentiellement, que les propriétaires ne voulaient pas des conséquences non-voulues par cette réforme. Nous avons au moins tous pu reconnaitre qu’un meilleur équilibre était nécessaire pour encourager les équipes à construire et non détruire, donc ne plus réaliser des performances terribles afin d’avoir de meilleurs choix à la draft. Pire, je pense que c’est la perception qu’ont les fans et le public en général, de ces équipes qui tankent, qui peut devenir corrosive à longue échéance.

Ce n’était d’ailleurs pas la seule proposition (plus de détails sur Grantland).

Autre serpent de mer en NBA: l’équilibre des Conférences. Chaque année, tous les fins observateurs en viennent à l’outrage devant l’élimination d’équipes au bilan positif à l’Ouest et la qualification en playoffs d’équipes au bilan négatif à l’Est. Et c’est Mark Cuban (propriétaire des Mavs) qui propose, pour faire pression sur le Commish, un réalignement des Conférences. Il propose en effet que les Mavs, Spurs, Rockets et Pelicans aillent à l’Est, les Bulls, Pacers, Pistons et Bucks à l’Ouest.

Adam Silver s’est dit réceptif à ce type d’idées pouvant rééquilibrées la NBA à cause de la profondeur qualitative trop grande de l’Ouest. D’autres ont déjà avancé un changement de format en playoffs : ne prendre que les 16 meilleures équipes, toutes conférences confondues. Une problématique plus que jamais d’actualité:

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Autre engagement : que l’âge minimum en NBA soit de 20 ans. Mais le NBPA n’y est pas favorable:

Silver: L’argument principal du syndicat est simple: c’est une restriction pour les joueurs, c’est un argument plutôt « philosophique ». Je le comprends tout à fait, mais la draft elle-même est déjà une restriction. Notre point de vu est qu’avoir des joueurs de 20 ans et plus, c’est se doter de jeunes gens matures, avec des vrais fondamentaux. De facto, la draft serait meilleure, qualitativement et le jeu s’en ressentirait. Les joueurs dotés de qualités hors-norme arriveront dans la ligue, que ce soit à 19-20 ou 21 ans.

Autre changement, effectif celui-ci: le système de vote du All Star Game. Silver a annoncé qu’au lieu des 60 joueurs présélectionnés, ce seront TOUS les joueurs de la NBA qui pourront avoir des votes (du 11 décembre au 19 janvier). Certes, pas de révolution sur les postes de vote mais qui sait, peut-être aurons-nous droit à un vote qui privilégiera les postes: PG/SG/SF/PF/C. L’ouverture à tous les joueurs des votes était un souci soulevé par la sélection de Tim Duncan chaque année, car les pivots se font rare comme les vrais 4.

En somme, Adam Silver est un personnage qui ne joue pas les cachotiers, il n’hésite pas à donner son avis, de manière logique et argumenté. Il agit (pour l’instant) avec un pragmatisme étonnant, en voulant marquer de son empreinte la ligue: celle d’un patron au-dessus des contingences et à l’écoute de tous les partenaires. Il agit pour le « bien commun », ayant compris que favoriser tel ou tel camp ne mène pas à grand chose. Une posture louable en ces temps de scandales rapidement mis en lumière par les médias…

Ecrit par:

N.K

4 Commentaires

  1. Jérôme -  5 décembre 2014 - 15:37

    Là où Silver me fait « peur », c’est dans son envie de séduire la TV, avec des pistes tout de même assez farfelues (-1 min par QT, ligne des 4 points, 1 LF par faute)

    Sinon, on en a déjà parlé 1000 fois, mais réhausser l’age limite pour se présenter à la draft serait quand même une bonne idée. Ou alors, un système comme au baseball (il me semble), soit le gars ne va pas à l’université, et s’il se plante, il assume, soit il va à l’université et va au bout de son cursus, ce qui rappellerait au passage qu’au College, y a aussi un cursus scolaire et un diplome au bout.

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    • Ben -  8 décembre 2014 - 15:10

      Oui c’est au baseball et pour être exact soit tu présentes à la draft à la fin du lycée, soit tu es obligé de faire au moins 3 ans (sur les 4) à la fac. Mais le risque n’est pas si énorme pour ceux qui se présentent à la draft après le lycée vu qu’il y a un système important de ligues mineures qui permet aux joueurs non draftés de jouer dans ces ligues. Et de toute façon les jeunes de 18 ans draftés rejoignent ces ligues mineures (où les équipes sont affiliées aux équipes mlb) pendant un an ou deux, ils ne débutent jamais de suite en mlb.
      Un système de ligues mineures c’est ce qui manque à la nba
      Et le gros problème c’est que les équipes nba voient toujours le potentiel, même plus souvent que la valeur réelle du joueur qui sort de ncaa ce qui peut donner de beaux plantages.

      Et concernant le réalignement des conf, je suis pas pour. Franchement ça ferait vraiment bizarre de voir une finale 100% Ouest ou 100% Est. C’est cyclique (ouais il est plutôt long celui là) et voir des équipes sous les 50% en PO n’est pas nouveau. je serais plus pour réduire le nb d’équipes en PO, genre les 4 premiers de chaque conf. Ca réduit les PO (2 mois c’est interminable) et ça fait un écrémage plus important (16 équipes sur 30 en PO c’est une vaste blague).

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  2. Free_Eagle -  9 décembre 2014 - 03:13

    L’homme est pragmatique, certes….bien trop à mon goût….
    Jérôme nous le dit : il a aussi des idée délirantes…

    Perso, et pour rebondir sur la réponse de Ben, je préconise (vaste débat) sur une réduction du nombres de matchs en saison rég’, les limitant à 60, c’est bien assez (ou je sais, les tv vont pas être du tout ok, etc, etc….je donne simplement mon sentiment ici…)
    Conserver les 2 conférences, sinon cela va créer trop de voyages long et avec 2 à 3H de décalages horaires entre les villes de l’est et celle de l’ouest….déjà qu’il y a trop de blessés, si en plus l’ont commence à rajouter de la fatigue….
    En revanche, suppression des divisions ; ont prend les meilleurs de chaque conférences, point !

    Et pour finir, j’aime bien l’idée de Ben, seulement les 4 meilleurs.

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