D’Olivier Saint-Jean à Tariq Abdul-Wahad (Part 1)

Tariq Abdul-Wahad — Olivier Saint-Jean à l’origine — est un nom un peu mystique dans le paysage du basket français. À la fois pionnier, car premier joueur français à avoir joué en NBA, et mouton noir, à cause d’une image troublée par sa communication, TAW est un personnage qui a fait parler, discuter et jaser durant sa période d’activité.

Enfant de la région parisienne, Olivier Saint-Jean découvre le basket par sa mère, joueuse au Stade Français Versailles. Il prend logiquement sa première licence dans la ville créée par Louis XIV. Rapidement repéré au niveau départemental, il intègre la sélection d’Ile-de-France en minimes. Il fait alors la connaissance de son pote David Lesmond, futur joueur honnête de Pro A.

Olivier Saint-Jean : « Pas certain que l’INSEP était intéressé »

Sportif prometteur, ses parents restent également attentifs à son niveau scolaire. Il redouble sa troisième et est envoyé, en internat, à Rouen où il ne peut jouer qu’en UNSS. Il est alors repéré par la conseillère technique régionale locale Geneviève Guinchard, qui le recommande à Évreux. Désireux d’intégrer un centre de formation, il reçoit aussi une offre de Tours. Il explique dans le n°100 de Mondial Basket que ses parents ont préféré la cité ébroïcienne car il avait la possibilité d’être hébergé en famille d’accueil. Il parle aussi de l’INSEP.

Olivier Saint-Jean : Ma mère n’a pas voulu que j’y aille. En tout cas, c’est ce qui se dit. Je ne suis pas certain que l’INSEP était intéressé par moi.

Olivier Saint-Jean a alors 16 ans. Il évolue dans un club de National A2 (deuxième échelon national) avec son ami David Lesmond. Ensemble, ils aiment défier les américains du club en 2 contre 2, notamment Mike Hackett, qui était « comme un père » pour les deux gamins. Lors de sa première saison, il effectue ses débuts avec l’équipe pro.

Encore intérieur, il progresse en évoluant avec les espoirs et les professionnels jusqu’en 1993. Geneviève Guinchard, « ma bonne fée », souffle alors son nom à Jean-Pierre de Vincenzi, qui dirige l’équipe de France Juniors. Retenu dans le groupe, il participe aux qualifications de l’Euro 1992 à Coblence, où Rob Meurs, un scout, le repère et l’invite à l’ABCD Camp.

tariq-abdul-wahad-i-498x304

Le billet d’avion payé par Évreux, il rencontre à Los Angeles le coach Keith Moss avec qui il deviendra extrêmement proche. Parmi les 200 prospects présents, le petit français n’est pas le plus talentueux. Mais il a de l’énergie à revendre et une énorme volonté de se dépasser, de progresser et d’atteindre le niveau des meilleurs. Il termine ainsi dans la All-Star Team.

Olivier Saint-Jean : Là, en regardant ces gars qui me paraissaient intouchables, je me suis dit que j’étais aussi fort qu’eux. J’ai compris que je venais d’obtenir ma bourse pour l’université.

JPVD : « Putain, il en a dans le pantalon… »

Cet été-là, il participe aussi au championnat d’Europe Juniors en Hongrie, que la France remporte face à l’Italie (94-83). Parmi ses coéquipiers, on retrouve Laurent Foirest, Cyril Julian, Laurent Sciarra ou encore son complice David Lesmond. Cette médaille d’or est la première à ce niveau pour le basket français. En 1999, Jean-Pierre De Vincenzi se souvenait du jeune Olivier et le décrit ainsi : « Il avait beaucoup de qualités mais aussi beaucoup de déchets dans son jeu. Il jouait 4 et n’avait pas encore de shoot. Bon défenseur, il était très instable. Il pouvait faire un super match et disparaître complètement le lendemain. Il avait du cœur et il était très volontaire. »

1999-ffbb-antoine-rigaudeau-equipe-de-france

Son futur dans l’équipe de France (1999)

JPDV raconte aussi deux anecdotes fortes à Mondial Basket.

Jean-Pierre De Vincenzi : Nous étions en stage avec l’équipe de France Juniors, à Arles-sur-Tech, en 1992. Je l’ai engueulé comme du poisson pourri, il m’a fixé dans les yeux. Il avait déjà du tempérament. Dans son regard, tout était dit. Je n’ai pas baissé les yeux, je me suis dit que c’était à lui de le faire en premier. Il ne les baissait pas. À un moment donné, comme ça traînait en longueur, tout le monde s’est arrêté de parler et nous a regardé. J’ai fait un pas vers lui, en ne sachant pas comment ça allait se terminer. Arrivé à 2 mètres de lui, je l’ai vu baisser les yeux. Je me suis dit : ‘Ouf ! ‘ On était passé près d’un incident. En même temps, au fond de moi, je me suis dit : ‘Putain, il en a dans le pantalon…’

Il continue:

Jean-Pierre De Vincenzi : Quand nous sommes devenus champions d’Europe, c’est le seul qui m’a dit : ‘Je t’ai vraiment détesté. À certains moments, je t’ai haï mais je suis très fier d’avoir bossé avec toi.’ Ça m’a fait drôle… Je n’oublierai jamais ce moment. Il voulait rentrer chez lui à mi-stage. On avait trois à quatre entraînements par jour. On commençait à 6h du matin. Sa phrase voulait dire beaucoup de choses…

Après l’ABCD Camp, il reçoit de nombreuses propositions d’universités américaines. Il choisit d’en visiter 5 durant la saison 1992-93 : North Carolina, Michigan, Providence, LSU et Iona. Il avait d’ailleurs une préférence pour cette dernière, proche de New York et petit campus. UNC offre sa bourse à Rasheed Wallace et se retire ainsi de la course au français.

Le balais des coachs à Évreux flatte l’égo d’Olivier Saint-Jean. L’ambiance des campus le grise. Il est aussi boosté dans ses études, puisque, sans le bac, il ne peut aller à l’université. Finalement, il opte pour Michigan.

Olivier Saint-Jean : Pourquoi Michigan ? A l’époque, la finale universitaire opposait North Carolina à Michigan. C’était donc la deuxième meilleure équipe NCAA du pays. Encore aujourd’hui, ça me donne des frissons de savoir que j’ai été pratiquement recruté par les deux meilleures facs américaines.

A Michigan, Chris Webber est parti mais certains vestiges du Fab Five (Jalen Rose, Juwan Howard) demeurent. Olivier Saint-Jean débute avec peu de temps de jeu. L’ambiance l’impressionne. En fin de saison, il commence à gagner des minutes mais ses moyennes annuelles (3.6ppg-2.3rpg en 13min) sont anecdotiques.

 

Keith Moss : « Dans deux ans, je te mets en NBA »

Durant l’été, il se fait opérer au genou sans en aviser son coach. Par ailleurs, Michigan a, comme souvent, recruté du lourd (Maurice Taylor notamment) et pour le français, sa progression passe par un temps de jeu et des responsabilités que ne peuvent lui offrir sa fac. Sa décision prise, il en fait part à Steve Fisher, qui lui demande de rester encore un semestre. Au final, son année sophomore dure 4 matchs. Il demande alors conseil à Keith Moss, nouvel assistant coach à San Jose State.

Olivier Saint-Jean : Depuis notre rencontre au camp, j’étais resté en contact avec lui. On se parlait deux à trois fois par semaine. II m’encourageait énormément. Quand je lui ai dit que je voulais quitter Michigan, il m’a donné une liste d’universités qui se trouvaient pas loin de chez lui. San José State était tellement faible qu’il n’a pas osé me suggérer d’y aller. Je lui ai dit : ‘Je vais venir à San José State, bosser avec toi, progresser comme je le souhaite.’ Il m’a répondu : ‘Ecoute, si tu prends ce pari, dans deux ans, je te mets en NBA.’

Les premiers mois sont compliqués. Le jeune français n’a plus de bourse et ne peut pas jouer en NCAA. Il doit donc travailler pour vivre. Il reçoit aussi des dons de proches, ce qui le pousse à travailler encore plus dur pour progresser et justifier ces marques de confiance. Son rythme est infernal : 6h d’entrainement par jour, les cours, le boulot. « Certains soirs, je rentrais les larmes aux yeux. » À la rentrée, il obtient une bourse et se mue en leader

Il livre deux belles saisons dans une petite équipe d’une petite conférence. En 1996, San Jose State remporte le tournoi de la Big West contre Utah State — Olivier Saint-Jean est MVP — et peut participer à la March Madness malgré un bilan négatif. L’année suivante, il rend 23.8 points et 8.8 rebonds en 33.4 minutes. Le français est la star et s’offre une bonne exposition.

Olivier Saint-Jean : J’ai redoublé d’efforts, transformé mon registre. Dribbler, shooter, passer : je devais tout savoir faire. Le jour où j’ai sorti un match à 33 points et 18 rebonds, j’ai compris que j’étais devenu ‘inarrêtable’ au niveau universitaire

Olivier Saint-Jean décide de se présenter à la draft 1997. Au camp pré-draft de Chicago, les Hawks, qui disposent du 20e choix, lui indiquent qu’ils l’apprécient mais qu’il sera probablement hors de leur portée. À la veille de la draft, les Kings lui promettent la 11e position. Le jour J, il est, comme prévu, le onzième à serrer la main de David Stern.

Petit à petit, le français a évolué. Intérieur devenu ailier, il a un potentiel athlétique impressionnant. Puissant, agressif vers le cercle, rapide, vif, il est par contre un shooteur perfectible. Son aventure NBA commence par une blessure et une présaison tronquée. Il est en concurrence avec Mitch Richmond, le franchise player, Corliss Williamson et Billy Owens.

Le 10 novembre 1997, Olivier Saint-Jean, convalescent, n’a toujours pas évolué en NBA. Ce jour-là marque cependant un tournant dans sa vie d’homme puisqu’il se convertit à l’islam.

Tariq Abdul-Wahad : Je suis devenu l’oiseau qui se réveille le matin et qui n’a rien à manger. Quand il rentre le soir, il est malgré tout rassasié

 

Ecrit par:

Jérôme

Laisser un commentaire

Votre Email ne sera pas publié. Les champs obligatoires sont indiqués (obligatoire):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Revenir en haut